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Le dimanche 11 mars 2007

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Caroline Paquin s'est lancée dans l'aventure et a publié à compte d'auteur son premier ouvrage, Trop de lumière, en 2003.
Photo Alain Roberge, La Presse

Ma vie, mon livre

Janie Gosselin

La Presse

Publiera, publiera pas ? Le monde de l'édition peut être cruel. Devant le refus des maisons d'édition traditionnelles, des auteurs se tournent vers l'autopublication ou la publication à compte d'auteur. Mémoires, essais, romans, les livres prennent forme. Mais il faut être prêt à y mettre les sous.

Carroll A. Laurin a 78 ans. Brillant chirurgien orthopédique, il a voyagé aux quatre coins du monde. L'homme a eu une vie bien remplie. Il a eu envie d'écrire son histoire. Pour ses enfants. Pour ses petits-enfants. Pour sa femme. Pour lui-même. «J'ai commencé par distribuer mon manuscrit chez les éditeurs publics, raconte-t-il. Je me suis fait dire : " thank's, but no thank's.

Pour remédier aux refus des maisons d'édition, plusieurs entreprennent de publier eux-mêmes leur bouquin. Deux possibilités s'offrent alors à eux : l'autoédition ou l'édition à compte d'auteur. Dans le premier cas, la personne est responsable des démarches de A à Z. Elle écrit son livre, s'occupe de le faire corriger et réviser, choisit son papier, sa page couverture et sa reliure. Elle l'envoie ensuite à l'impression. Pour ce qui est de l'édition à compte d'auteur, l'écrivain se tourne vers une maison d'édition spécialisée, qui prendra en main tout le processus en lui refilant la facture. Néanmoins, l'auteur conserve ses droits et une plus grande part des profits. Lorsqu'il y en a.

M. Laurin a finalement publié ses mémoires, Dis-moi grand-papa, aux Éditions Francine Breton, fondées en 1996. Mme Breton se spécialise dans l'édition d'autobiographies à compte d'auteur. «Je me suis dit qu'il y avait un besoin, explique-t-elle. Parce que les éditeurs traditionnels veulent bien publier des personnalités connues, mais c'est plus risqué de raconter l'histoire de ceux qui sont totalement inconnus.»




Pour publier chez Mme Breton, il en coûte entre 6000 $ et 30 000 $. Le prix varie en fonction du nombre d'exemplaires, bien sûr, mais aussi des services demandés à l'éditrice. Il augmentera si vous faites appel à un coach, ou même à un «écrivain public». Ce dernier se charge de rédiger le livre pour vous, alors que le premier y va de ses conseils pratiques.

Pourquoi faire appel à un auteur pour écrire son propre livre ? Plusieurs clients, loin d'être des professionnels de l'écriture, ont besoin d'aide pour structurer leurs idées, avance Hélène Belzile, auteure publique chez Francine Breton. «Souvent, les gens ont commencé à écrire eux-mêmes et ils ont besoin d'aide, confie celle qui est aussi journaliste. Ils voient ça comme une montagne, alors que c'est seulement une question d'organisation.»


Une déception


Chez Les Éditions Carte blanche, on retrouve peu d'oeuvres autobiographiques à compte d'auteur. Plutôt des essais et de la poésie. Parfois des romans, même s'ils sont plutôt rares dans ce créneau.

Caroline Paquin a toujours rêvé d'écrire. Fatiguée d'essuyer les refus, elle s'est tournée vers Les Éditions Carte blanche, où elle a publié son premier roman, Trop de lumière, en 2003. Lauréate du prix Découverte de l'année 2004 au Salon du livre de Saguenay-Lac-Saint-Jean, la jeune femme a été remarquée. Approchée par les Éditions de Mortagne, elle y a publié son deuxième roman. Lanctôt s'est occupé du troisième.

Malgré ce succès d'estime du milieu, Caroline Paquin est déçue. «Je réalise que la littérature au Québec, ça ne se vend pas beaucoup. Il y a trop de livres pour le nombre de lecteurs potentiels», dit-elle. L'écrivaine se questionne. Doit-elle se plier aux exigences commerciales ou poursuivre avec son style, qu'elle qualifie de « poétique»? «On s'imagine que dès qu'on sera publié, on va avoir du succès. Ce n'est pas le cas», déplore-t-elle.

Elle garde tout de même un beau souvenir de son expérience à compte d'auteur.« Il faut voir ça comme un beau voyage. Mais il ne faut s'attendre à rien, parce qu'on n'a pas le contrôle sur ce que les gens vont aimer ou pas.»

Avec ses 1000 exemplaires, Mme Paquin estime «ne pas avoir fait d'argent, mais ne pas en avoir perdu non plus.» M. Laurin a publié 1500 exemplaires de son livre, paru en 2005. Il lui en reste une cinquantaine de copies. Il s'est vendu en librairie, entre autres chez Raffin. M. Laurin est persuadé que sa notoriété dans le milieu médical l'a beaucoup aidé à vendre.

L'attachée de presse de Distribution Raffin cite Dis-moi grand-papa parmi les autobiographies écrites par des inconnus du grand public qui ont relativement bien fonctionné. Mais elle précise que ces succès demeurent marginaux. «Les gens ordinaires qui publient leurs mémoires, c'est vraiment pour eux qu'ils le font, indique-t-elle. C'est quelque chose qui ne fonctionne pas bien.» Plutôt que de voir leurs livres s'empiler dans leur sous-sol, faute de preneurs, certains se tournent davantage vers le «récit initiatique» à saveur spirituelle que vers les mémoires, précise Mme Bellemare.

C'est ce que Carole Thibault a fait, en lançant son livre dans la collection « épanouissement personnel» des Éditions Francine Breton, toujours à compte d'auteur. Atteinte d'un cancer à l'âge de 38 ans, l'auteure de On est bien, hein maman ? voulait livrer un témoignage sur sa bataille avec la maladie. Elle prévoit aussi donner des conférences et, qui sait ? Écrire un jour un roman, «basé sur des faits réels», précise la dynamique rouquine de 42 ans.

Tirés à 1000 exemplaires, ses livres lui ont coûté autour de 14 000 $. Même si son bouquin est disponible en librairie, elle n'en a écoulé que 350, plusieurs d'entre eux donnés à des proches. Mais Mme Thibault garde espoir et travaille déjà à la traduction anglaise de son livre. «J'ai toujours voulu écrire, expose la diplômée en architecture. Alors pourquoi attendre ?»




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