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COUVERTURES
La Tortue, une île
à la croisée des chemins, essai, Abel Edmond,
Fondation littéraire Fleur de Lys
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PRÉSENTATION
La Tortue, une île
à la croisée des chemins, essai, Abel Edmond,
Fondation littéraire Fleur de Lys
L’île de La Tortue, vous connaissez? Baptisée par
Christophe Colomb en 1492 à cause de son relief,
c’est sur cette île qu’Abel Edmond a vu le jour.
En 1969, quand les américains accomplissent un petit
pas pour l’homme et un pas de géant pour l’humanité
sur la lune, il débarque discrètement à Boston avec
dans ses bagages une multitude d’histoires de
boucaniers, de flibustiers, de contrebandiers et
autres habitants de l’île.
L’heure est enfin venue aujourd’hui pour l’enfant de
La Tortue, devenu le Dr Edmond, de s’éloigner de ses
publications scientifiques, de retrouver son île et
de vous inviter à en découvrir l’histoire pleine de
re-bondissements.
Mettez vos gilets de sauvetage, embarquez et suivez
votre guide. Il vous conduira à travers l’itinéraire
de son père, Atha, sur les tortugais d’hier et
d’aujourd’hui.
Lisez cet ouvrage et laissez-vous enchanter par
l’histoire mouvementée de ce petit coin de paradis,
berceau de la civilisation française dans la caraïbe
aujourd’hui oublié de tous, mais pas de l’auteur qui
souhaite en partager avec vous la beauté.
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TABLE DES MATIÈRES
La Tortue, une île
à la croisée des chemins, essai, Abel Edmond,
Fondation littéraire Fleur de Lys
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Remerciements
Introduction
Un peu d’histoire
Des Îles Vierges à l’Île de La
Tortue
Atha se souvient des habitants
de la partie est de l’île à la
fin des années 40
Atha construit sa première maison
Description de la maison tortugaise
Les rituels entourant le mariage
à l’Île de La Tortue
La survie passe par l’élevage, la
pêche
et l’agriculture
Le percepteur des impôts est aussi
armateur
À chacun sa journée à l’Île de La
Tortue,
écolier, marin, cultivateur
La journée du cultivateur
La journée de l’enfant
La musique au centre de tous les
loisirs
Activités autour du Nouvel an
à l’Île de La Tortue
Les pratiques religieuses
au cœurs de la vie tortugaise
Les rituels autour de la maladie
et de la mort
Le capitaine Elvé, un pionnier se
raconte
Le cultivateur percepteur se fait
construire
un gros voilier pour commercer
avec les Bahamas
L’aventure des Bahamas et de la
Floride
Père Riou, un religieux
Le retour à l’Île de La Tortue
Les joyaux à l’Île de La Tortue
L’avenir de l’île de La Tortue
Au sujet de l’auteur
Bibliographie
Communiquer avec l’auteur |
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EXTRAIT
La Tortue, une île
à la croisée des chemins, essai, Abel Edmond,
Fondation littéraire Fleur de Lys
INTRODUCTION
Il est cinq heures du matin, les coqs viennent d’entamer leur premier
refrain, la maisonnée grouille, il faut me lever, c’est l’heure du départ.
Maman prépare le café et un solide petit déjeuner qui sera peut-être mon
seul repas de la journée, le trajet est inhabituel et imprévisible.
La couturière, tante Fica, m’avait fabriqué des pantalons et des chemises.
L’uniforme de l’école devra attendre. C’est un tailleur de la ville de
Port-de-Paix qui me le confectionnera. Pas question d’avoir une coupe trop
campagnarde qui détonnerait avec celle de mes nouveaux condisciples. Dans la
petite malle en acajou, fabriquée à la hâte par le menuisier qui fait les
cercueils, sont entassés tous mes vêtements, quelques souvenirs, un petit
pot de confiture d’oranges sures et un bocal de beurre d’arachide pimentée.
Dans le même petit sac en papier brun, quelques petites cassaves et un
morceau de pain de manioc, question d’avoir quelque chose pour me dépanner
au cas où je serais mal nourri dans ma nouvelle famille d’accueil. Vite, je
dois faire mes adieux à Fidel, le chien, à Sinjou, la nounou, à la maison et
à mon cocotier. Mon père plante un cocotier à chaque naissance dans le même
trou où est enfoui le cordon ombilical.
Les paupières remplies de larmes, je foule le petit sentier sablonneux qui
conduit au port. Il a fallu retenir mes sanglots parce que mon père
réagirait très mal s’il me voyait pleurer alors qu’il s’est «fendu en
quatre» pour préparer mon installation à Port-de-Paix, la seule grande ville
du département du nord-ouest. Son fils, dont il était fier, n’ira pas à
l’école à La Tortue. Il fallait lui offrir ce qu’il y avait de mieux. Non
seulement la ville, mais l’école la plus réputée de toutes, celle des Frères
de l’Instruction chrétienne.
Toutes voiles dehors, l’ancre levée, le nez au sud-ouest, Marie-Thérèse est
en route vers le Port-de-Paix. À cinq ans, je quitte mon île pour de bon. Je
pars comme un voleur sur la pointe des pieds avant l’aube. Personne, à part
mon inconsolable mère, n’était à la plage pour me dire adieu. Les tripes
nouées, je feignais de récupérer le sommeil perdu. Des larmes coulaient
jusqu’au collet de ma chemise. Je m’en allais vers l’inconnu, vers un
Nouveau Monde. Je quittais mes arcs et flèches artisanaux, mon voilier
miniature, mes amis, mon cocotier, mes crabes de mer, mes petits lézards,
mes petites tortues, le roucoulement de mes ramiers et mes nuées d’ortolans.
Le canal est de plus en plus large à mesure que l’on se rapproche de
Port-de-Paix. Pour la première fois, je vois un gros bateau à vapeur de
près. Il crache de la fumée, je crains qu’il nous écrase en passant.
Plusieurs de ces bateaux sont mouillés dans la rade. Notre petit voilier se
fait discret, on accoste sur la plage, le wharf étant réservé aux précieuses
cargaisons venant de l’étranger. Un va-et-vient continu de petites
embarcations chargées de bois de campêche se fait entre la berge et les
bateaux à vapeur ancrés au large.
Mon père a retenu les services d’un porteur et d’un brouettier pour
transporter ma petite malle en acajou, des provisions de vivres
alimentaires, un petit lit pliant et des sacs de charbon de bois. Il fallait
faire preuve de générosité à l’endroit de ce couple qui allait m’accueillir
comme pensionnaire pour l’année scolaire.
C’est ainsi que j’ai quitté La Tortue. J’y suis revenu par la suite pour de
brèves périodes durant les vacances d’été, à Noël et à Pâques.
Je n’ai jamais été cependant très loin de cette île parce que de
Port-de-Paix ou de St-Louis-du-Nord, cette tortue allongée se trouvait
toujours en face pour me couper l’horizon.
En 1969, peu après que Neil Armstrong et ses compagnons aient foulé le sol
lunaire, j’ai arpenté la dernière fois les plages de La Tortue avant de
m’envoler vers Boston.
Les souvenirs de cette île mystérieuse, mêlés à mon imaginaire d’enfant
nourrissent mes rêves en permanence. Quarante ans plus tard, j’ai décidé de
décrire et de partager avec vous ce que j’ai recueilli comme informations
historiques ajoutées à mes souvenirs et à mes observations sur le terrain.
Je suis fasciné à chaque fois par l’intérêt que portent les douaniers,
surtout français, sur mon lieu de naissance. Certains en profitent pour
faire un clin d’œil à la flibuste, d’autres cherchent en moi les traits de
corsaires et de pirates. La dernière fois, une Antillaise, à l’aéroport
Charles-de-Gaules de Paris, m’a même demandé à la blague ce que j’allais
faire au Canada en pleine tempête de neige alors que tout le monde se ruait
vers les tropiques en quête de chaleur et de plages ensoleillées. Elle
voulait, certes, faire allusion à La Tortue.
Il y a près de vingt-cinq ans, je déambulais, sans but, dans un quartier
culturel de Paris, un peu fatigué sur l’heure de midi, je suis entré dans
une église pour me reposer de ma longue marche matinale tout en observant
dans le recueillement l’architecture, la richesse des vitraux, les statues
et les fidèles qui brûlaient des cierges. Sur une imposante colonne proche
de la porte d’entrée, une plaque commémorative attira mon attention. Ci-gît
Bertrand D’Ogeron qui a gouverné les destinées de l’île de La Tortue de 1665
à 1776. Je me suis alors souvenu, en effet, de cette gravure illustrant le
portrait de ce Bertrand D’Ogeron dans les premières pages du manuel
d’histoire d’Haïti, tout juste à côté du boucanier, du flibustier et du
corsaire.
Ce n’était donc pas par hasard que l’histoire de St-Domingue avait ainsi
débuté. La Tortue est le berceau de la civilisation française dans les
Caraïbes. L’Angleterre, le roi des mers d’alors, engageait des pirates pour
recueillir l’or des Amériques. Les bateaux battant pavillon anglais
empruntaient le canal de La Tortue avant de regagner l’Atlantique. Les
chasseurs de cochons sauvages à La Tortue, se transformaient en flibustiers,
soutenus par la royauté française. Ils attaquaient les bateaux anglais
chargés d’or, s’emparaient du butin qu’ils se partageaient selon des barèmes
très strictement établis.
Pour évoluer dans la flibuste, il fallait de la solidarité, un code
d’éthique et surtout un pied-à-terre. L’île de La Tortue était tout
indiquée. Dans sa partie méridionale, elle est ceinturée d’un chapelet de
récifs de corail rendant l’accès impossible aux non-initiés. Il faut avoir
une connaissance parfaite des ports, des passes et des marées pour atteindre
la berge. En outre, l’Île offrait de nombreux repères naturels, des voûtes,
des antres, des grottes et des lieux propices pour se cacher avec le butin.
La piraterie et la contrebande n’ont jamais vraiment disparu à La Tortue. À
l’ère moderne, les nouveaux marins tortugais, souvent autodidactes, ont
appris à lire les boussoles et à identifier des caps afin de se rendre à
Cuba, aux Bahamas et aux îles turques. D’abord, ce fut pour le commerce de
fruits, de bananes et de produits vivriers. Ils ramenaient des Bahamas de la
farine, de l’huile, des produits de consommation divers, des vêtements et
surtout des «green back», des dollars.
Avant cet air de prospérité où les bateaux se construisaient par dizaine,
l’Île a vécu, depuis l’indépendance d’Haïti en 1804, une période de
quasi-autarcie. Les habitants, souvent venus de la Grande-Terre,
défrichaient un lopin de terre où ils s’établissaient avec leur famille. Le
seul moyen de subsistance était l’agriculture primitive, au gré des
sécheresses et la pêche au gré des saisons. En parallèle, il y avait le
service de cabotage avec quelques villes côtières de la Grande-Terre ainsi
que le bois de charpente marine et le bois sec vendu comme combustible à
St-Louis-du-Nord, Anse-à-Foleur, Port-de-Paix et Jean- Rabel.
La population était presque totalement analphabète. C’est dans ce contexte
que le jeune Athanase Edmond, dit Atha, débarque à La Tortue avec en poche
son certificat d’études primaires obtenu avec brio chez les Frères de
l’Instruction chrétienne de St-Louis-du-Nord.
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AU SUJET DE L'AUTEUR
Abel Edmond

La littérature regorge d’histoires de galions espagnols chargés de lingots
d’or coulés par les flibustiers basés à La Tortue. Aujourd’hui encore, au gré
d’une simple excursion, on peut découvrir les vestiges de la culture des Indiens
Taïnos, les murs intacts de forteresses françaises, ou des canons abandonnés par
les troupes espagnoles.
Ayant vu le jour sur les hauteurs de la luxuriante région d’Aux Plaines, j’ai
toujours rêvé de faire connaître mon coin de pays au monde entier. Promesse
tenue! Après quarante hivers québécois, j’ai décidé de mettre cap au sud afin de
me replonger dans cet azur limpide et ces éclaboussements de lumière que reflète
ce sable à la blancheur immaculée.
Je vous invite donc à embarquer son mon voilier pour partager ce retour à l’île
natale en revisitant son histoire, en s’imprégnant dans les mœurs et les
coutumes des tortugais, à travers le parcours de mon père qui vient de souffler
sur sa 90ième chandelle.
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BIBLIOGRAPHIE
Abel
Edmond
Anglade, George. «La signification du fait de la
population en Haïti. Contribution à l’étude la
population d’Haïti, centre de géographie appliquée,
Université de Strasbourg 1969» dans Culture et
développement en Haîti, Editions Leméac, 1972.
Camus, Michel Christian. L’île de La Tortue au cœur
de la flibuste caraïbe. Edition l’Harmattan, 2000.
De Cauna, Jacques. Haïti : l’éternelle révolution.
Edition Henri Deschamps, 1977.
Oexmelin, Alexandre-Olivier (2000). Les aventuriers
et les boucaniers d’Amérique. Editeur : La
découvrance, 2000.
Riou, Roger. Adieu la tortue. Edition Robert Laffont
(1974).
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