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Récits de l'en-allé, nouvelles, Chantal Gevrey      

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Récits de l'en-allé

 

CHANTAL GEVREY

 

Nouvelles, Fondation littéraire Fleur

de Lys, Montréal, 2004, 174 pages.

ISBN 2-89612-176-5

Communiqué de presse

 

Les Récits de l'en-allé se composent de 17 nouvelles réunies à partir de plusieurs recueils écrits sur un horizon de plusieurs années. Comme le suggère le titre générique, ces textes s'articulent autour du thème de l'absence, fil directeur de l'ouvrage. On y devine une dimension cachée contredisant parfois la logique du réel, un décalage qui force à s'interroger sur celui-ci, à douter de l'évidence.

Qu'est-ce, en effet, que le réel ? Plus encore que la peur, le doute est, on le sait bien, le commencement de la sagesse, parce qu'il fait voir les choses AUTREMENT. En un temps, en un lieu donnés, présence et absence se mêlent, différents plans de l'être coexistent, rien n'est simple. Sommes-nous vraiment là où nous croyons être ? N'y a-t-il pas, aussi, de grands pans du réel que nous ne voyons pas ? Nous opposons sans cesse des pôles comme réel-irréel, présence-absence, vie-mort, bien-mal, etc. Mais chaque chose est aussi son contraire. Les philosophes antiques l'ont affirmé. Les physiciens modernes ne distinguent plus la matière de l'énergie. Le bien et le mal ont cessé de l'être de façon absolue. La mort est le moteur de la vie autant que l'inverse. La lumière ne se conçoit que par rapport à l'ombre.

Le départ, la mort, le rêve, les occasions manquées, autant de variations parfois ambiguës sur le thème de l'ailleurs. Dans ce petit recueil, j'ai voulu donner quelques visages à cette ambiguïté.

 

Extrait  |  Biographie  |  Bibliographie  |  Coordonnées

 

 

Extrait

 

De nulle part à nulle part


Le train m’arrache un à un tous les paysages familiers et la chanson des rails scande: « Pour toujours! Pour toujours! » Lui, il dort en face de moi... enfin... il ferme les yeux. La tête abandonnée en arrière, les mains croisées sur l’estomac, jambes étendues, il respire la confiance. La compagnie des chemins de fer se charge de le mener à bon port et il sait bien que ce n’est pas moi, seule à partager son compartiment, qui vais l’en empêcher.


Malgré moi, je pense à la parole de l’Évangile: « Veillez avec moi. » Il me semble tout à coup que j’ai deux mille ans et que je comprends.


Pourquoi suis-je devenue infiniment plus seule que si j’étais seule? Voilà que le parallèle me saute aux yeux: il retourne continuer sa vie, et moi je vais en commencer une autre. Il me faudra presque réapprendre à marcher et à respirer, en un milieu étrange où rien ne me ressemblera, où personne ne devinera que j’aurai toujours quelque chose à effacer avant d’agir ou de penser. On ne transplante nul arbre qui ne retienne un peu de terre entre ses racines, mais on ne pardonne pas aux humains ce qu’on accorde aux arbres.


N’importe, voici Paris. Ou New York, ou ailleurs. Il faut maintenant se rendre à l’aéroport. Nous nous agitons comme tous les voyageurs, le temps de nous retrouver sur le quai de la gare, les valises à nos pieds. Après une autre phase d’agitation et de foule, nous sommes debout dans une rue, sous la pancarte jaune d’un arrêt d’autobus. D’autres gens attendent sur le même trottoir le même autobus: cela se voit à leur expression d’êtres en transit et aux bagages qu’ils ont déposés à terre. Comme s’il y avait encore de la terre... Je viens de le remarquer, le train nous a pris sur la terre, ou presque, pour nous déposer à jamais sur l’asphalte. Un asphalte noir, gluant de chaleur. Pourtant, il n’y a pas de soleil. Il n’y aura plus de soleil. Seulement des murs gris enfoncés profond dans le ciel, percés d’alvéoles noires toutes semblables et en bas, des vitrines bornant un fleuve d’autos et de passants. On devine d’autres casiers identiques, presque à l’infini. Il fait étouffant. C’est la chaleur moite et triste des grandes villes bâties pour la pluie.


Les visages tirés attendent l’autobus-délivrance. Il faudra aussi apprendre à devenir passive parmi le troupeau.


Les têtes tournent, ce doit être l’autobus. Il est bleu, vieux et crasseux. Ses roues grincent de loin et il s’immobilise dans un hoquet. Le calme revient, la porte s’ouvre en un accordéon parcimonieux. Curieusement, la seule porte qui s’ouvre est celle du milieu à gauche. Les autres ont l’air d’être là seulement pour la forme.


Comme tout le monde une fois encore, je cherche un siège, tandis que mon compagnon pose une valise beige (la seule valise beige) parmi les bagages déjà installés au milieu de la voiture. Une partie des passagers devront rester debout. Avec cette humidité impitoyable, j’ai bien fait d’aller m’asseoir un peu en avant de la porte, près d’une fenêtre. Il se fraie un passage et vient s’installer près de moi, à la place que j’ai réservée. Nous nous regardons avec un sourire un peu indifférent, plein de lassitude. Pourquoi parler, puisque nous nous comprenons? Alors chacun retombe dans ses pensées.


Je sens l’ennui me gagner. Quelle heure peut-il bien être? Midi et demi. Pas étonnant qu’il fasse si chaud... Je dérange mon compagnon pour gagner l’avant. Ses yeux m’interrogent, mais je réponds seulement que je vais en avant.

— À quelle heure part l’autobus, Monsieur?
— Deux heures, ma petite dame. Vous avez le temps d’aller faire un tour.

Beaucoup se sont dispersés dans les rues voisines, en quête d’un restaurant. Mais je veux seulement marcher. Les vitrines succèdent aux vitrines, les murs gris aux murs gris. Cela ne m’intéresse pas. J’éprouve ma fonction de passante anonyme que rien ne retient ici plutôt que là, une rue ou une ville plutôt qu’une autre. Je n’intéresse personne non plus, tout est trop gris. Je glisse en silence parmi les canaux qu’on a tracés pour d’autres comme pour moi. C’est drôle: je suis ici et personne ne se révolte. Personne ne m’accueille et personne ne se révolte. Décidément, je préfère rentrer dans l’autobus. Il est deux heures moins dix, je n’aurai plus guère à attendre.


La porte avant est fermée, naturellement. Mais le temps de faire le tour, la porte du milieu s’est fermée aussi. Le chauffeur refuse de l’ouvrir.
 
— Il y a un autre autobus qui suit. Dans dix minutes.
 
Je regarde par la fenêtre, mais je ne vois pas celui qui m’accompagnait. Je ne sais pas s’il m’a vue. Sans doute nous retrouverons-nous en arrivant à l’aéroport.


Ainsi, j’attends à nouveau parmi des gens. Tous indifférents. Ma valise beige est partie avec l’autobus, mais cela m’est égal. Tant que vous êtes dans un troupeau, tout vous est égal.


Dix minutes, c’est long, quelquefois. Qu’est-ce qu’ils font, ces autobus?


Le voilà enfin. Une autre carcasse bleue, vieille, crasseuse et grinçante. Il s’arrête, mais le chauffeur n’ouvre pas la porte.
 
— L’autre arrive derrière.
 
Cette fois, c’est vrai. Les faces en transit s’animent un peu et montrent un relatif intérêt pour ce qui se passe. Je remarque que nous sommes quatre. Trois jeunes filles et moi.
Le troisième autobus est passé tout droit. Personne n’a eu l’air de nous voir. Et, sans trop savoir comment, nous nous retrouvons ensemble dans des rues éloignées et vides, sans bagages. Bizarrement, les trois autobus repassent, vides. On se croirait sur une autre planète, une planète désaffectée.


Cette désertitude me met si mal à l’aise que je me décide à parler à ces étrangères attelées au même désarroi que le mien.
 
— Qu’allez-vous faire, maintenant? Croyez-vous que nous avons encore des chances de pouvoir prendre l’avion?
— On devrait attendre l’autobus suivant, dit la petite brune à la veste verte.
— Mais il ne repasse peut-être que demain? dit la petite blonde un peu trop ronde.
— De toute façon, c’est la seule solution, dit la seconde blonde un peu trop blonde.
— J’en ai assez. On devrait prendre un taxi et essayer de rattraper les autobus. À quatre, cela ne nous coûterait pas trop cher.
 
Les jeunes filles hésitent, malgré l’argument. Elles n’ont pas l’habitude de voyager en taxi, manifestement. Je me demande ce qui peut les impressionner à ce point.


Le temps continue à passer et prendre l’avion me semble maintenant une préoccupation dénuée de fondement. J’ai cessé de comprendre le monde dans lequel je me trouve plongée. Mon problème commun avec ces filles insignifiantes tombe de moi comme une vieille peau. Qu’ai-je à faire de tout cela? Qui m’oblige à végéter ainsi dans cette atmosphère étrangère et malsaine?


Me voilà assise dans un taxi noir. Y a-t-il seulement un chauffeur? Je ne l’ai pas remarqué et cela m’indiffère. Le taxi roule sans bruit pendant très longtemps à travers des rues toutes semblables. Peut-être tourne-t-il en rond, peut-être est-ce toujours la même rue, peut-être aussi suis-je assise à côté du taxi. J’ignore qui je suis et on m’emmène quelque part. Qu’est-ce que je fais là? Qu’est-ce que je veux? Je ne sais plus et je crois qu’après tout, cela ne me regarde pas.


Je vois que les autobus bleus, vieux et crasseux, sont tous encore le long du trottoir en bordure de l’aéroport. Vides, comme l’aéroport lui-même, comme tout est vide ce jour-là. Il y a seulement, dans le premier autobus, une valise beige abandonnée face à la porte du milieu.


L’avion est parti, sans doute. Je crois que je n’essaierai pas de le savoir. Est-ce que j’essaierai qui que ce soit, d’ailleurs? Sûrement pas.


Qui donc pourrait comprendre? On a dû m’oublier, partout. Alors, je peux tout aussi bien rester là, et continuer à marcher sans savoir pourquoi sous le ciel moite du piège qui n’avoue pas son nom.
Un jour, peut-être, je remonterai dans un train et je descendrai sur de la terre. Mais je n’aurai pas besoin de ma valise beige, car le temps a perdu jusqu’à sa couleur.
 

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Biographie

 

Chantal Gevrey est née à Dijon, en France. Elle a grandi dans une famille dont le père valorisait plus que tout la liberté, ce qui n’était pas très fréquent à l’époque, du moins pour les filles. On y appréciait aussi la bonne chère et les vins fins, ce que le lecteur pourra vérifier dans les menus de la nouvelle «Mémorables festins».


Enfant, Chantal Gevrey ne rêve que dessin, sculpture et décoration mais sa mère, qui ne partage pas tout à fait les idées libérales de Papa, tremble de voir sa fille devenir une dévergondée dans le milieu des Beaux-Arts. Le plan B n’a pas plus de succès : une crise d’appendicite survient la veille du concours d’entrée au lycée. Reste donc le collège avec ses techniques (Maman est ravie : ça, c’est du solide!). À l’issue de ces études durant lesquelles les chiffres lui font la

vie dure, Chantal Gevrey peut enfin gagner les rangs des «lettreux» à l’université, non sans avoir testé auparavant, durant quelques mois, le travail en secrétariat. On ne sait jamais, affirmait Maman, il faut essayer avant de dire que tu n’aimes pas ça. Désastreuse expérience, de laquelle Chantal Gevrey émerge plus morte que vive et allergique pour toujours à la sonnerie du téléphone.


À l’université, elle opte pour la géographie plutôt que pour les lettres. Question d’affinités avec les professeurs, d’aversion pour le formalisme, besoin de tenter le sort ? C’est en géographie qu’elle obtient sa meilleure note en Propédeutique, c’est donc en géographie qu’elle s’inscrira. Il faut dire qu’elle sent l’appel du large, voyage l’été avec les copines et toute l’année avec les atlas. Il y a un pays en particulier qui lui semble fait pour elle : le Canada. Il nourrit ses fantasmes depuis toujours, allez savoir pourquoi, et il est alors en pleine évolution.


Sa licence et une amorce de maîtrise en poche, Chantal Gevrey fait ses débuts dans l’enseignement. Mais le projet d’aller passer un an à l’étranger, histoire de se dépayser un peu avant d’entamer une carrière sérieuse, histoire aussi d’éprouver ses limites personnelles, prend forme. Ce sera d’abord un court séjour à Montréal à l’occasion d’Expo 67, puis on verra. Chantal Gevrey fait paraître des annonces dans diverses revues (Internet n’existe pas encore), pour trouver des contacts et se documenter avant de traverser l’océan. Elle ne veut pas consommer du paysage et des clichés mais découvrir aussi les gens, dépasser les apparences. Une seule personne lui répond, et ce jeune homme deviendra son mari. Il se trouve, Maman, que c’est un artiste peintre !


De retour en France à la fin de l’été, Chantal Gevrey se demande pourquoi attendre davantage pour découvrir ce pays dont elle n’a encore pratiquement rien vu. Aussi reprend-elle aussitôt l’avion en sens inverse, débarque une nouvelle fois à Montréal, trouve une chambre avec pension et se met à la recherche d’un travail, n’importe lequel.


Retour aussi au secrétariat, puisque la rentrée scolaire a déjà eu lieu. Toutefois, ce métier réserve bien des mésaventures à celle qui n’avait déjà pas la moindre affinité pour lui. Au bureau médical où elle a trouvé un emploi à 25 dollars par semaine (la pension en coûte 20), Chantal Gevrey découvre des tâches inusitées, comme préparer les patients pour leurs examens. Elle découvre aussi, mortifiée, que les claviers des machines à écrire sont différents d’une rive à l’autre de l’Atlantique. Adieu les automatismes, bonjour les erreurs de débutante !


Après quelques semaines, un poste d’enseignant devient disponible dans une école secondaire voisine. C’est le début d’une carrière qui, quarante ans plus tard, se poursuit.


Le dépaysement, c’est aussi la solitude. Le démon de l’écriture revient au galop. Il a toujours été là, à guetter toutes les occasions de se manifester, mais que de choses il a tout à coup à dire ! Il a bien fait de se laisser aller, puisque par la suite le travail au cégep, de nouvelles études à l’Université de Montréal et la naissance de trois enfants ne lui ont pas souvent laissé les coudées franches.


Aujourd’hui grand-mère de trois petits-enfants, Chantal Gevrey se prépare à la retraite, se promettant bien de pratiquer enfin à temps plein le métier d’écrivain, dans la liberté que donne l’absence d’ambitions carriéristes. Bonheur tatol, comme dit Barcelo.


Chantal Gevrey est membre de l’UNEQ (Union des écrivaines et des écrivains québécois) et de l’AAM (Association des auteurs de la Montérégie).

 

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Bibliographie

 

PUBLICATIONS «TRADITIONNELLES»

 

Ô 450 ! Scènes de la vie de banlieue (récits).

Montréal, Marchand de feuilles, 2005.

 

IMMOBILE AU CENTRE DE LA DANSE (roman).

Montréal, VLB éditeur, 2000 et Québec-Loisirs, 2001. Prix Robert-Cliche.

 

VENTS CONTRAIRES (poèmes).

Paris, Les Paragraphes littéraires de Paris, 1968.

 

 

PUBLICATIONS EN LIGNE

 

NUAGES À L'HORIZON (nouvelles du prochaine monde),

Montréal, Fondation littéraire Fleur de Lys, 2008.

 

ZOÉ INACHEVÉE (roman),

Paris, éditions en ligne Le Manuscrit, 2007.

 

LES NOUVEAUX CANNIBALES (Contes politiquement incorrects),

Montréal, Fondation littéraire Fleur de Lys, 2006.

 

TRAJETS (triptyque urbain),

Québec, Fondation littéraire Fleur de Lys, 2005.

 

NOTRE-DAME DU CLOU (roman),

Paris, éditions en ligne Le Manuscrit, 2004.

 

RÉCITS DE L’EN ALLÉ (nouvelles),

Québec, Fondation littéraire Fleur de Lys, 2004.

 

 

DIVERS

 

UN MONDE EN MOUVEMENT (manuel de géographie), sous le nom de Chantal Grenier, en collaboration avec Nathalie Thibault. Laval, Études Vivantes, 1995. Mention au Prix du Ministre de l’Éducation.

 

Plusieurs nouvelles et essais dans les revues MŒBIUS, ZINC et VIRAGES.


 

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Communiquer avec l'auteur

 

Chantal Gevrey se fera un plaisir de lire
et de répondre personnellement à vos courriels.

Adresse de correspondance électronique :

chantalgevrey@hotmail.com

 

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Lettre d'appui de l'auteur

à la Fondation littéraire Fleur de Lys

 

Il était temps qu'une initiative de ce genre voit le jour. Malgré quelques réserves dues surtout à des questions encore sans réponse, je suis à 100 % d'accord avec le principe.

En tant que «jeune» auteur (sans e à la fin, merci, je suis maniaque!) ayant doublé le cap de la soixantaine, je n'ai pas d'ambitions de carrière même si j'ai déjà reçu un prix littéraire.

J'aimerais tout de même pouvoir proposer des textes auxquels je crois mais qui entrent dans des catégories trop marginales pour avoir la moindre chance d'être édités-papier.

Surtout, je me réjouis à la pensée que de vrais jeunes auteurs (avec et sans e) puissent sortir de la solitude et des doutes qui sont le lot des «refusés».

Qu'on se souvienne du sort fait, de leur vivant, aux écrits d'auteurs aujourd'hui universellement encensés (Proust, pour ne citer que lui) ou qu'on relise Umberto Eco!

Et qu'on laisse un peu le public juger par lui-même.

Bravo, essayons.



Chantal Gevrey, Longueuil, Québec.

 

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Communiqué de presse
 

[ Version imprimable ]

(Lévis, le 14 novembre 2004) La toute jeune maison d’édition numérique Fondation littéraire Fleur de Lys, de Québec, vient de mettre en ligne Récits de l’en-allé, un recueil de nouvelles de Chantal Gevrey. On se souviendra peut-être que Chantal Gevrey a obtenu, en 2000, le prix Robert-Cliche du premier roman pour Immobile au centre de la danse. Depuis, cette auteure a fourni quelques textes à des revues littéraires (Zinc et Mœbius) et un autre roman, Notre-Dame du Clou, paru plus tôt cette année chez un éditeur en ligne parisien.

Chantal Gevrey mise résolument sur l’édition numérique, sans pour autant fermer la porte à des projets plus traditionnels. Encore trop peu connue du grand public, cette forme de diffusion met en effet à la portée des lecteurs, à un coût très abordable, les œuvres d’écrivains chevronnés aussi bien que d’auteurs plus novices. Les écrivains, quant à eux, peuvent mettre en circulation leurs ouvrages à un rythme beaucoup plus soutenu qu’au moyen de l’édition traditionnelle, qui doit compter avec de multiples contraintes techniques et financières. Bref, tous devraient y trouver leur compte.

Comment découvrir l’univers de l’édition numérique ? Par exemple en tapant le nom de l’auteur dans un moteur de recherche tel que Google, ou en visitant le site de l’éditeur. Celui de la Fondation littéraire Fleur de lys (www.manuscritdepot.com) offre un aperçu de la page couverture des ouvrages, un résumé d’ensemble et un extrait de chacun des textes, la biographie et la bibliographie des auteurs, ainsi que la marche à suivre pour se procurer l’ouvrage choisi. Chaque livre est disponible, au choix, en deux versions : le fichier numérique, à lire à l’écran, ou le livre imprimé, en tous points comparable à ceux que l’on trouve en librairie, envoyé par la poste.

Récits de l’en-allé se compose de 17 nouvelles sur le thème de l’absence. Un sentiment d’étrangeté s’en dégage, qui fait toucher du doigt une dimension cachée, mystérieuse, «contredisant parfois la logique du réel, un décalage qui force à s’interroger sur celui-ci, à douter de l’évidence. (...) Différents plans de l’être coexistent, rien n’est simple. Sommes-nous vraiment là où nous croyons être ? (...) Le départ, la mort, le rêve, les occasions manquées, autant de variations parfois ambiguës sur le thème de l’ailleurs. Dans ce petit recueil, j’ai voulu donner quelques visages à cette ambiguïté», écrit l’auteure.

L’ouvrage est disponible en ligne depuis quelques semaines. De plus, la Fondation littéraire Fleur de lys participe au Salon du livre de l’Estrie (salon-du-livre-estrie.html) du 14 au 17 octobre, une première canadienne, avec des auteurs et des livres «en chair et en os», dont Récits de l’en-allé. Pourquoi ne pas profiter de l’occasion pour se familiariser avec ces nouvelles avenues de la lecture ?

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