MONTRÉAL, LE 15 OCTOBRE 2000
Monsieur Harry,
Merci d’avoir pris ma défense
pour dimanche soir. Je me doutais bien que ce n’était pas moi le
plus « tarla » dans cette maison.
Je fais toujours celui qui ne
comprend pas… Mais faut pas s’y fier. J’ai tout entendu quand la
plus grande des deux a lu votre message à la petite. Elles riaient,
mais pas moi. Je faisais semblant de dormir comme d’habitude, comme
ça, elles ne me dérangent pas.
Si je suis allé faire un tour
dimanche, c’était pas si grave. Je sais où est la maison et je ne
suis pas assez fou pour m’en aller. Après tout, je suis bien ici,
elles me donnent à manger, j’ai trois lits plus un divan pour
dormir, une litière toujours propre propre pour mes petits besoins
(enfin, pas si petits que ça), alors il faut bien que j’endure
quelque chose.
Mais de savoir qu’entre mâles
on pourrait se comprendre, ça fait du bien.
J’ai hâte de vous revoir,
Pacha
MONTRÉAL, LE 18 OCTOBRE 2000
Mucha et Miro,
Je crois que vous connaissez un
Monsieur Harry qui est de la même famille que les deux qui m’ont
adopté ici, c’est lui qui m’a parlé de vous deux.
Moi, je suis Pacha. Avant, je
demeurais avec un Monsieur, mais sous prétexte qu’il faisait un
grand ménage chez lui, il est venu me « porter » chez deux madames,
les deux sœurs à ce qu’il paraît, et elles m’ont gardé. Je suis
plutôt bien ici mais je n’ai pas aimé la manière dont j’ai été
abandonné. Je vais m’en souvenir.
Comme je ne connais personne
ici et que je suis un peu perdu, je me demandais si vous ne pourriez
pas devenir mes amis, et si on ne pourrait pas se raconter ce qui se
passe dans « nos maisons » Monsieur Harry a beaucoup parlé de vous,
et j’ai écouté attentivement.
Les « deux vous savez qui » ici
prennent soin de moi, mais il y a bien des petites choses que je
n’aime pas beaucoup. Par exemple, l’autre soir, c’était plein de
visite ici, et même le Monsieur chez qui j’étais y était aussi. (Je
ne m’en suis pas occupé). La porte étant ouverte, ben j’en ai
profité pour aller inspecter les environs, elles ont « pogné les
nerfs ». Elles me pensaient perdu, m’ont fait chercher partout,
avaient l’air de vraies folles. J’en étais gêné, alors j’ai attendu
sous l’auto de la plus grande avant de me montrer, pour qu’elles
comprennent bien qui je suis. Elles m’ont trouvé, se sont couchées
par terre et voulaient me faire sortir de là. En jaquette toutes les
deux, ça faisait un beau spectacle. J’ai été bien obligé de sortir à
un moment donné, mais quand moi je l’ai décidé. Je venais de
déménager ici, je n’avais pas l’intention de partir dans une autre
maison tout de suite.
Puis, elles ont raconté tout ça
au Monsieur Harry, qui a pris ma défense. Alors, je me suis dit :
tiens, ce ne sera pas si pire que je pensais ici.
À part ça, je dois dire
qu’elles prennent bien soin de moi. C’est vrai que je suis un peu
perdu mais je devrai m’habituer, je n’ai pas le choix. Je n’aimerais
pas qu’on m’abandonne une autre fois. La maison est pas pire, assez
grande et je peux me promener où je veux.
Alors, si vous voulez, on va se
raconter TOUT TOUT et bien s’amuser. D’accord?
J’attends de vos nouvelles.
Pacha
TROIS-RIVIÈRES, LE 27 OCTOBRE
2000
Bonjour Pacha,
Bien sûr, Pacha, que nous
voulons être tes amis et bien plus, se raconter tout ce qui se passe
dans nos maisons. Ce serait très amusant, nous en sommes certains.
Hier, nous avons joué un tour à
notre pro-priétaire. Nous ne sommes rentrés qu’à vingt-trois heures.
Que veux-tu, il faisait si beau et chaud dehors. Nous l’avons vue
vers les vingt-et-un – vingt-deux heures nous appeler désespérément,
mais nous étions trop occupés à sauter sur les toits des garages du
quartier. Tu aurais dû être avec nous, tu aurais aimé ça. Nous avons
su que tu aimais les petites escapades toi aussi; des fois, nous
lisons sur l’écran discrètement par-dessus l’épaule de notre
proprio. « T’sé, », toujours dans la maison, ça devient plate.
Moi, Miro, je suis plus jeune
et plus agile. Pas d’problème. Mais Mucha, avec ses dix-huit livres,
c’était un « tit-peu » plus difficile. Comme elle n’a plus
l’habitude de sauter sur les garages, je crois que c’est ça qui
rendait notre proprio si inquiète. Pis, imagine, elle a eu si peur
de nous perdre, Monsieur Harry n’étant pas là pour nous courir
après. Lorsque nous sommes rentrés, après quelques petites
remontrances (très petites), elle a doublé notre portion de
croquettes. Non, mais « c’est-tu » la belle vie!
Aujourd’hui, nous dormons tous
les deux dans son lit… comme des Pachas.!!!
Connais-tu ça toi?
Alors, on se dit : à notre
prochaine fugue. Il faut bien occuper nos proprios, elles nous
aiment tellement (hum…)
Miro et Mucha - miaou – miaou
– miaou
MONTREAL, LE 27 OCTOBRE 2000
Miro et Mucha!
Bonjour vous deux! Merci de
votre encouragement. Mais, dites-moi comment faites-vous pour avoir
la permission de sortir? Ici, mes « deux vous savez qui », depuis ma
petite fugue, ne me laissent pas aller dehors, sauf quand elles me
suivent sur les talons, et encore, juste sur le patio.
Je suis parvenu aujourd’hui à
me rendre jusqu’à la clôture, mais j’ai eu à remonter à toute
vitesse, avec la petite en arrière.
Comme vous deux, je fais mon
« innocent » car elles me laissent dormir avec elles, et me donnent
de bonnes « guernottes » à manger. Je dors avec la petite jusqu’à
une heure du matin, et ensuite je vais trouver la grande. Je les
aime bien mais des fois, je les trouve pas mal « mémères » avec moi.
J’ai hâte de voir votre
maîtresse le cinq novembre prochain, et Monsieur Harry aussi. Il me
semble sympathique.
Donnez-moi de vos nouvelles, je
ne lis pas vite mais j’écoute quand la grande lit les messages à la
petite. Je ne comprends pas toujours pourquoi elles éclatent de
rire.
Bof, vaut mieux faire son
« innocent » parfois et être bien traité. D’accord avec moi???
Pacha (et quand elles sont de
mauvaise humeur, elles m’appellent « Tarla »)
MONTRÉAL, LE 3 NOVEMBRE 2000
Miro et Mucha
Bonjour les amis,
Avez-vous fait une autre petite
fugue? Pas question pour moi. Je suis surveillé, surveillé,
surveillé. Toujours une sur les talons, toujours juste sur le patio.
Mais, je n’ai pas dit mon dernier mot. En attendant, je les énerve
du mieux que je peux, mais en étant toujours prudent car j’aime
mieux rester ici qu’à ma dernière résidence. Le Monsieur n’avait pas
toutes les « petites attentions » que les « deux tu sais qui » ici
ont pour moi.
Présentement, ce qui les
énerve, c’est que je grignote le journal « La Presse » et ça
laisse tout plein de petits papiers partout hi hi… Mais je devrai
abandonner bientôt je pense, car je les ai entendues raconter ça à
Monsieur Harry et elles veulent s’abonner au « Devoir » à la
place. Monsieur Harry leur a plutôt suggéré « Le Nouvelliste »
et elles sont parties à rire. Je ne sais pas pourquoi car je ne
connais pas « Le Nouvelliste ». Et vous, ça vous dit quelque
chose?
À part ça, je déteste la
« petite bibitte à poil » que leur voisine est allée chercher et
qu’elle appelle un chat. Et la grande ici la promène dans ses bras,
sous mon nez! J’haïs assez ça. Je grogne dans ce temps-là GRRR GRRR
mais le petit minou n’a même pas peur.
N’oubliez pas de me donner de
vos nouvelles et dites à votre maîtresse que j’ai hâte de la voir
dimanche. Si elle trouve que c’est trop bruyant ici…, elle n’aura
qu’à venir me rejoindre dans la chambre d’une des « deux vous savez
qui ».
Pacha.
N.B. Paraît qu’à ma naissance,
on m’appelait BOZO.
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