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Le matin se lève au bout de chaque nuit, témoignage, Denis Boucher

 

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Le matin se lève au bout

de chaque nuit
 

DENIS BOUCHER

Témoignage, Montréal,

Fondation littéraire Fleur de Lys, 2005, 226 pages.

ISBN 2-89612-089-0

 

Ce récit attire l'attention sur l'insouciance, l'inertie et l'irresponsabilité de certains fonctionnaires abrutis

 

J'y jette en vrac des expériences vécues, des espoirs, des espérances, des contradictions, des déceptions, des révoltes.

 

C'est un compte-rendu d'une démarche: ce qui a été vu, entendu et senti au cours de longs mois de noirceur, une vision de la vie, avec ses hauts et ses bas, au rythme des illusions, des doutes et des inquiétudes sournoises.

 

Ce récit attire l'attention sur l'insouciance, l'inertie et l'irresponsabilité de certains fonctionnaires abrutis qui, loin d'aider, font tout leur possible pour maintenir un état de médiocrité.

 

Rien dans le système actuel ne peut permettre à quiconque de se soucier d'un malheureux, rongé par la détresse, la fatigue, l'isolement et l'impuissance.

 

Ce récit révèle des noms, des dates, des heures précises, des faits précis, des règles de gestion absurdes.

 

Mais, comme celui qui souffre d'insomnie retrouve le matin au bout de chaque nuit, celui qui connaît de longues et dures épreuves rencontre toujours la lumière à la sortie du long tunnel d'obscurité.

 

Extrait

Au sujet de l'auteur

Bibliographie

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Extrait

 

Prologue


Homme, marié, 47 ans, père de famille, sans emploi, sans maison, sans assurance-chômage, sans argent en banque.


- Autrement dit, direz-vous, t’es un tout-nu.
- C’est ce qu’un de mes frères m’a dit un jour, en pleine réunion de famille.
- Mais comment se fait-il ?… Tout le monde qui a travaillé un tant soit peu a droit à l’assurance-chômage. C’est le minimum.

Oui, c’est vrai. Mais pas tous. Il arrive des cas où des gens n’y ont pas droit. J’étais travailleur autonome. J’étais à mon compte, si vous préférez. C’est le rêve de bien du monde : pas de patron, pas d’heures fixes, pas de cartes à poinçonner matin, midi et soir.

Oui, j’ai 47 ans et je cherche un emploi. Facile.


- T’en fais pas, me disait-on, avec l’instruction que t’as pis ton beau curriculum vitae bien chargé, tu vas très vite te trouver quelque chose.
- J’n’en doute pas. Suis pas inquiet.

Mais en attendant, il faut manger. Nous sommes quatre à la maison. Et c’est bientôt l’hiver. Le chauffage à ‘’ l’hydro-efficacité ’’, c’est plutôt dispendieux. Et le beurre coûte pour moi le même prix que pour les hauts salariés ou les professionnels. No money, no candy.


Et Noël qui s’en vient. Les cadeaux vont être plus petits cette année puis nous remplacerons la dinde et le vin par de la saucisse et de la bière. C’est tout.
Y a rien là, j’ai un beau curriculum.

Cependant une inquiétude sourde, mesquine, morbide, s’est emparé de moi, qui me torture l’estomac, qui me triture les entrailles et m’empêche de dormir. Ma grande force de caractère, mon endurance, ma patience, mon optimisme ne me servent à rien en ce beau jour ensoleillé de novembre.


Vaut mieux cacher ma détresse, mes doutes, mon affolement. Devant ma femme et les enfants, il faut paraître fort, stoïque, fier.
Tout va s’arranger bientôt.

 

 

* * *

 

 

Il n’y a pas de raison pour que les affaires ne s’arrangent pas. J’ai acquis beaucoup de connaissances dans ma vie, j’ai toujours travaillé et je suis instruit : cours classique et deux Baccalauréats.


J’ai été professeur à Montréal pendant presque vingt ans. Durant ces années, j’ai côtoyé des enfants de dix à douze ans, encadré leurs activités parascolaires, dirigé des ateliers de formation pour les parents et pour les professeurs sur les nouvelles méthodes d’enseignement, participé à colloques par-dessus colloques sur divers sujets relatifs à l’éducation des jeunes.
Puis à 40 ans, la patience s’étant un peu estompée, j’ai mis un terme à cette adorable profession pour me lancer dans le monde des affaires. J’ai investi ma prime de séparation, les profits de la vente de ma maison, un peu de mes épargnes personnelles dans un commerce établi depuis longtemps dans ma ville natale. Une affaire en or. Aucun risque possible.


Fini l’enseignement, les enfants bruyants et turbulents, les conflits syndicaux, les parents mécontents. Fini Montréal, la pollution, le bruit assourdissant des DC-8 et des 747, les klaxons, les sirènes. Vive le calme d’une petite ville du Centre du Québec. J’y aménage avec femme et enfants.


Être mon propre patron, dans ma propre entreprise. Enfin.

Mais les heures derrière le comptoir sont plus longues qu’à l’école, parfois de neuf à neuf, et tous les samedis, et tous les beaux jours de l’été. Fini le camping à la saison et les petits voyages de fin de semaine. Mais l’argent rentre. C’est ce qui compte.


J’ai été commerçant pendant cinq ans, durant la crise économique. C’est du moins ce qu’on prétendait. Puis les économies ont fondu, les illusions aussi. Toujours est-il qu’un bon matin, les affaires étant ce qu’elles sont, je me suis retrouvé sans emploi, sans maison, sans assurance-chômage, sans argent.

Voilà. Vous savez tout.
 

 

 

 

Au sujet de l'auteur

 

Je suis né à Drummondville, ai fait des études classiques à Nicolet et mon baccalauréat à l'Université de Montréal. Nicole et moi, nous nous sommes mariés le 4 juillet 1964, ça fait donc 40 ans et... Nous avons vécu à Montréal, la grande ville, jusqu'en 1980. Nos trois enfants sont nés à Montréal. J'y ai été professeur durant 18 ans, dans des écoles publiques de niveau primaire. J'ai quitté l'enseignement en 1980, J'ai décroché du système.

Aujourd'hui, quand on me parle des jeunes décrocheurs, je les comprends. Je sais ce que c'est, décrocher. Si j'étais demeuré dans l'enseignement, je profiterais aujourd'hui d'une bonne retraite, me dit-on souvent. Non, je serais mort. J'ai préféré risquer le tout pour le tout et rester vivant.

Et nous avons quitté la grande ville avec armes et bagages. Je suis venu vivre dans ma ville natale, où j'ai acheté le

commerce de mon père, avec un de mes frères qui y travaillait déjà depuis de nombreuses années. J'ai eu ce commerce, 5 ans. Faut croire que je n'avais pas la bosse des affaires. J'ai vendu ma part à mon frère.

Maintenant je travaille toute la semaine de 8 à 5 dans une usine où nous fabriquons des outils et des pièces de haute précision pour le domaine de l'aéronautique. Je suis homme à tout faire et responsable des réceptions et expéditions depuis 15 ans. C'est un travail parfois éreintant mais très varié. Je n'ai pas le temps de perdre du temps là. Les jeunes me regardent aller et je peux dire que je suis plus endurant que n'importe lequel d'entre eux. Pour mon âge, je suis passablement en forme.

 

 

 

Bibliographie

 

Le matin se lève au bout de chaque nuit
DENIS BOUCHER
Témoignage, Montréal,
Fondation littéraire Fleur de Lys, 2005, 226 pages.
ISBN 2-89612-089-0

 

Le secret de la Dame en bleu
DENIS BOUCHER
Roman, Montréal,
Fondation littéraire Fleur de Lys, 2005, 308 pages.
ISBN 2-89612-090-4
 

 

 

 

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