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Un roman qui raconte
l'histoire d'une famille: le père, la mère et cinq enfants, trois
garçons et deux filles. Totoche, le personnage principal, se dit le
mal-aimé. Lors d'une escapade en forêt, du côté de Remiremont, il
entend le chant du coucou. Cette découverte déclenche de belles
pages remplies de poésie. Sous sa verve, nous
traversons la période de la deuxième guerre mondiale. D'une grande
imagination l'enfant invente les situations les plus rocambolesques
pour embêter sa famille. Il collectionne les bêtises et les
anecdotes insolites sont racontées avec beaucoup d'humour. Les études, les vacances,
les voyages donnent lieu à des réflexions qui ne manquent pas
d'à-propos. Pour tenter de mettre fin à la tyrannie familiale son
imagination entre en ébullition. Le conflit permanent entre la mère
et son fils nous fait pénétrer dans le monde secret des enfants. Un
livre qui retient le lecteur. Un régal tant par le
croustillant de l'histoire que par la finesse des jeux de mots. A découvrir, à lire !
Chapitre I
Selon un scénario immuable, Mère, planquée sous une oasis de
fraîcheur, se délecterait dans la lecture d’un de ses romans à l’eau
de rose. Tinou en profiterait pour batifoler autour d’elle, jouerait
à la poupée, ou s’égarerait à la recherche d’un trèfle à quatre
feuilles. Père, allongé sur un tapis de mousse , se perdrait dans
les rêves d’une longue sieste. Nanard et moi, armés de seaux,
devrions encore nous plier au ramassage de baies sauvages. C’était
imparable. Inutile d’invoquer la chaleur, une prétendue migraine, ou
on ne sait quoi, pas d’échappatoire possible. Les confitures, ça
n’attend pas. Et puis, pour les faire, il ne faut pas que du sucre.
Alors, les garçons, cueillez, cueillez... Cueillez ! Si l’épine vous
griffe quelque peu, la confiture n’en sera que meilleure. - Quelle
vacherie !
Il n’y a pas à dire, ces instants avaient un goût d’amertume. Un
arrière goût de rancœur et de haine enfantine tenace contre cette
autorité. Une saloperie à laquelle nous n’échappions que lorsqu’elle
était remplacée par celle de nos infects moniteurs de colonies de
vacances. Exceptée la benjamine. La chère petite, on ne pouvait la
sevrer du giron maternel. Qui serait capable de tresser sa chevelure
en deux magnifiques nattes aux reflets d’ébène que j’avais tant de
plaisir à tirer ?
Dès que, d’un pied autoritaire, Père eut fini d’écraser la bordure
du roncier, nous fûmes contraints de cueillir. Cueillir ces
cochonneries de baies, jusqu’à en avoir nos mains juvéniles rouge
sang. Aussi sanguinolentes que celles que je voyais à notre
boucher-charcutier, quand mère lui commandait le rôti dominical. Des
mains écarlates, d’une horreur ! A leur vue, on s’imaginait
rencontrer l’ogre de mes contes. Pourtant des mains desquelles, ma
gourmandise d’enfant acceptait régulièrement la belle tranche de
saucisson tendue comme un appât de pêcheur au poisson. Il était si
alléchant ! Chaque fois, j’y succombais.
Avec, en bouche, le souvenir de ma dernière tranche de saucisson,
j’étais impatient d’en terminer avec ces abominables petites boules
gorgées de leur sirupeuse substance. Leur cueillette épineuse
m’énervait. Ma sueur et parfois quelques gouttes, d’un sang pur,
arrachées à un doigt persécuté par un traître piquant, se mêlaient
au fruit capricieux écrasé dans ma paume. Je rageais, avant de tout
laisser tomber dans mon seau. Un seau sans fond. Il n’en finissait
pas de ne pas vouloir se remplir. Je m’affairais à ma besogne, quand
! Insolite et narquois, sorti on ne savait d’où, de quelque part
là-bas, de sous le feuillage touffu de la forêt proche, il perça le
silence recueilli de la nature. Cristallin comme le son de
l’angélus, il me caressa doucement le tympan. A intervalles
réguliers, pareil au balancier d’une horloge plongée dans la litanie
de ses tic-tac monotones, il scandait les battements du temps.
C’était un son si pur, si clair ! Il me berça d’une douce euphorie.
D’un rêve de future bonne fortune. Et, plongé dans la recherche
aléatoire d’une pièce à serrer au fond d’une poche de mes culottes
courtes, j’écoutai. J’écoutai ce chant de liberté. Un chant aussi
agréable à mon oreille que le tintement de la cloche de l’école
destiné à mettre un terme à mes angoisses d’écolier. Douce mélopée,
il semblait m’annoncer la fin prochaine d’un pensum jugé immérité...
J’écoutai les cou cou..., cou cou insolents d’un coucou caché par
une épaisse futaie.
Ravi, j’étais comme le pêcheur ensorcelé par la sirène. La triste
apparence du volatil, objet de rebut pour l’ornithologue et
l’oiseleur ne comptait pas. J’oubliai la livrée couleur de deuil, le
plastron strié comme une tenue de bagnard, de ce virtuose de la
note. Seule, la pureté du chant retint mon attention. Résolu à
tromper la surveillance de Père, ma cueillette de baies devint
aléatoire. Bientôt, elle me rapprocha d’un espace où je pus me
dissimuler.
Hors du champ visuel paternel, je n’hésitai pas longtemps. Pour
mieux capter les notes de la mélodie, je me glissai avec promptitude
entre la haie des troncs de chênes et de hêtres. Sans me soucier de
la barrière de ronces belliqueuses et d’herbes folles, je m’éloignai
à pas furtifs de la bordure du pré. J’abandonnai sans regret Nanard
à sa précieuse cueillette. Dévoré par la pénombre du sous bois, je
partis à la recherche du chanteur inconnu.
En l’épiant, je saurais enfin...
Pour atteindre mon but, mon approche surpassa en ruses celle de
Geronimo. Avec soin je scrutai les interstices du feuillage.
J’espérais découvrir le joyeux drille. En charmant mon oreille, il
m’avait donné le courage et assez de témérité pour m’affranchir du
joug familial. Posté à l’affût, j’écarquillai les yeux, usai mes
cordes vocales immatures avec mes trilles maladroites, pour imiter
le chant du coucou et capter son attention. Rien ! Mes vocalises ne
reçurent pas d’écho. Rien, je n’entendis rien. Je ne vis rien ou
presque ! Le coucou semblait s’être volatilisé.
Aucun doute. Un Merlin, échappé de sa forêt de Brocéliande, de son
pouvoir magique et avec un malin plaisir, venait de me jouer un
tour. A l’arbre de ma connaissance, là-haut dans ses branches, la
scène resta désespérément vide. Sourd au ban de mes vocalises
l’artiste ne réapparut pas. Le récital ne fut pas bissé. Il ne me
restait plus qu’à retourner à mon buisson, ma cueillette et les
épines. Je tournai talons. Soudain, parmi quelques morceaux de
coquilles brisées, parsemées sur le tapis d’humus autour de l’arbre,
un rai de soleil égaré dans la pénombre, joua de son or. Il offrit à
mon regard un petit œuf tout tavelé de gris posé à terre. Ce gris ne
pouvait être que le même que celui d’une jaquette de coucou.
Aussitôt, il capta tout mon intérêt : - Dans sa bonté, l’Enchanteur,
plutôt que de me laisser rencontrer maître coucou, préférait me
donner un véritable trésor. A coup sûr, un œuf de coucou tout prêt à
éclore. Plus besoin de partir à la découverte d’un oiseau
insaisissable. Inutile de me casser le cou pour essayer de
l’apercevoir perché, entre les branches, au seuil d’un nid. En
parachevant la couvaison j’aurai un coucou pour moi tout seul.
Ce raisonnement enfantin entraîna un geste incontournable : ma poche
de culottes courtes, déjà trop lourde de secrets, s’enrichit d’un
nouveau trésor. Nanti de ma nouvelle richesse, je réalisai que si je
voulais éviter les foudres de Père et Mère, il était temps de
regagner le cercle familial et mon seau. Plus facile à dire qu’à
faire ! Les traces de ma progression vers ce lieu enchanté avaient
disparu. Encerclé par une enceinte d’arbres devenus muets, j’étais
perdu. Dans ma prison de verdure, prostré au pied de mon arbre, je
me mis à regretter les ronces et leurs épines. Je tentai de retenir
à grand peine de grosses larmes, prêtes à perler sur ma joue.
Soudain, filtrant à travers l’opacité de la végétation, le salvateur
tûuut... tûuuuut asthmatique de la voiture de Père troua l’air.
J’oubliai coucou, son chant, l’œuf tout neuf dans ma poche. Un train
d’enfer ramena le poussin égaré vers une aile courroucée mais
protectrice. Ce fut l’apothéose : la fragile coquille du petit œuf
blotti, confrontée à l’agressivité de mes petites richesses, cessa
de leur opposer toute résistance. Vaincu, il s’éparpilla, en mille
morceaux. Un cloaque, jaune et visqueux s’étala en fleurs sur la
toile de ma culotte comme un champ de coucous.
Mon retour, sous l’œil narquois de mon frère, et devant le sourire
angélique de ma petite sœur, n’eut rien de glorieux. Sous les : - Tu
n’es qu’un vaurien, un sale petit cochon ! Je me demande quand tu
arrêteras de faire des bêtises, d’une mère irritée à la vue d’une
culotte sur laquelle elle allait devoir s’user les mains, mon
derrière reçut la caresse cuisante de la main de Père. Et dans la
voiture, des bouh... bouh..., bouh... bouh..., entrecoupés de
quelques hoquets, montèrent en écho aux cou... cou..., cou... cou...
d’un coucou moqueur... caché au fond de la forêt.
Sur la route des “ Glycines ”, un coucou venait d’entrer secrètement
dans mon existence.
En janvier 1995, j'ai
publié, à compte d'auteur,
PSYCHOSES Ou Les Droits De
L'Esprit , un recueil de 196
pages où, à travers des
poèmes, des réflexions, des
maximes et des chansons,
agrémentés de mes
illustrations, tout lecteur,
de 7 à 77 ans, peut trouver
sa part de rêve, d'humour.
François Girard se fera un plaisir de lire
Sites Internet:
Bonjour,
Auteur, (lauréat de nombreux prix littéraire), avec un deuxième roman prêt à être édité : "Le Chant du Coucou" dont le manuscrit fut primé trois fois, désireux de faire connaître mes écrits au-delà des mers, dans les pays francophones je dis :
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