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Méditations campagnardes, Ginette Lefebvre

 

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Méditations campagnardes

Ginette Lefebvre

 

Fondation littéraire Fleur de Lys,

Montréal, 2007,

130 pages, 17 illustrations couleur.

 

ISBN 978-2-89612-220-2

 

Quand la Terre parle à l'âme

 

«Méditations campagnardes» est une fresque de dialogues entre l'âme-enfant et la Terre-mère «mamiska». Chacun d'entre nous a connu de tels dialogues, chacun pourrait écrire son histoire, l'histoire de son âme qui vibre au rythme de l'âme de sa mère, la Terre. Bonne lecture à chacun et si le coeur vous en dit partagez votre histoire avec le reste du monde.

 

Extrait

 

C’est avec un respect sans borne que je remercie Mamiska d’être ma mère, ma mère-Terre.

 

Lorsque je suis née je savais, au plus profond de mon âme de terrienne, que les liens les plus intimes nous unissaient. Au fil du temps cependant, comme la plupart de mes contemporains, j’ai oublié cette appartenance. Dans la civilisation actuelle, c’est ainsi que les choses se passent...

 

Vient pourtant un jour où l’on se sent apatride, orphelin. Orphelin de quoi ? On ne saurait le dire, du moins jusqu’au moment où, des profondeurs de l’être, jaillit cet élan d’amour, cet élan de reconnaissance.

 

On se surprend alors à parler à la planète. Lorsque l’on fait silence, il arrive même que ce soit Elle qui nous parle, du moins, c’est ce que l’on s’imagine. On ne raconte ceci à

personne de peur de passer pour une détraquée, graduellement, on apprivoise ces dialogues. On ne les trouve plus loufoques, à notre insu, ils deviennent même une nécessité. L’âme-enfant en nous a découvert une communion dont elle ne saurait dorénavant se passer.

 

C’est ainsi qu’eurent lieu les retrouvailles avec ma mère-Terre, avec Mamiska.

 

Ginette Lefebvre

 

 

* * *

 

 

Chère Mamiska, comme tu es spéciale. Te rappelles-tu, il y a de cela quelques mois, lorsqu'il devenait pressant pour moi de trouver un gîte, te rappelles-tu de la prière que je t'ai adressée? Bien candidement, avec toute la ferveur d'une enfant, je t'ai priée. Je t'ai dit :

 

«Chère Mamiska de mon cœur, belle planète chérie, il y a sûrement un petit coin où on serait bien ensemble, un petit coin de terre où tu aurais envie que je prenne soin de toi.»

 

Ainsi fut ma prière.

 

En moins d'une semaine, tu m'avais exaucée. Quand j'ai vu l'annonce dans le journal, j'ai su que c'était ta réponse. Oh! merci, Mamiska d'amour.

 

Ça fait maintenant deux mois que je suis ici et, à chaque jour, il se passe en moi des choses spéciales. Ça parle dans ma tête. Ça parle dans mon cœur. C'est merveilleux tout ce qui s'y dit. Tiens, par exemple, l'autre jour, je suis allée au ruisseau, comme à chaque matin. Je me suis trempé les pieds dans l'eau, bien assise sur ma roche. Je regardais dans le vide, sans penser à quoi que ce soit et j'ai entendu une voix qui disait : «Bonjour, n'aie pas peur. Je veux simplement me présenter. Je suis Amélius, ton arbre-protecteur. Je suis ce bouleau que tu regardes sans voir. Porte un peu attention, je vais agiter mes feuilles, en guise de salutation.»

 

Je n'ai pas eu peur. J'étais même très contente. Depuis ma plus tendre enfance, je sais que les arbres peuvent parler. Je suis certaine qu'ils ont des tas de choses à raconter car, avec leur cime, ils sont témoins des événements célestes et, par leurs racines, ils perçoivent les secrets les plus intimes de la croûte terrestre et des mondes souterrains qu'elle recèle. Les arbres savent, ils savent tant de choses..., peut-être est-ce pour cela qu'ils sont si malades? Peut-être que les secrets qu'ils connaissent sont terribles? Qui sait, peut-être savent-ils lire dans les étoiles la destinée de la planète?

 

Quel stress! Pauvres arbres chéris.

 

En effet, tous les soirs, les étoiles se racontent. Et elles sont milliards. Comment écouter tout ce babillage sans devenir fou? Mais, peut-être que les étoiles diffèrent des humains. Peut-être savent-elles parler à tour de rôle en pesant leurs mots. Peut-être... Qui pourrait le dire? Si quelqu'un sait, c'est sûrement Amélius.

 

Je me suis hasardée à lui poser la question.
 

— Dis-moi, Amélius, tu m'as bien dit que tu es mon arbre protecteur? Ça veut dire que tu es mon ami, alors. Dis, je peux te poser une question indiscrète?

 

— Oui, bien sûr, me répondit-il.

 

— Dis-moi, ça t'arrive, le soir, à la nuit tombée, lorsqu'il fait un noir d'encre, ça t'arrive d'entendre la conversation des étoiles?

 

— Oui, effectivement.

 

— Dis-moi, peux-tu me parler un peu de ce qu'elles racontent?

 

Un grand silence s'est alors installé, un silence de mort. Mon ami n'a pas répondu. Le vent s'amusait à souffler dans ses feuilles, tout doucement d'abord, puis de plus en plus violemment. On aurait dit une grande souffrance qui n'arrivait pas à se crier. Un frisson m'envahit alors de la tête aux pieds. J'étais tout oreilles. Brusquement, le vent cessa. Une tristesse sans nom m'étreignit. Je sus alors que cette tristesse était celle d'Amélius. Je savais qu'il pleurait sans le laisser paraître. Il pleurait par en dedans. C'était terrible.

 

— Pardonne-moi Amélius, pardonne-moi. Je ne voulais pas te faire de mal. Je ne voulais pas. Qu'est-ce que j'ai fait? Je ne sais pas ce que c'est mais je ne le ferai plus, plus jamais. C'est promis.

 

— Ce n'est pas toi, sois sans crainte ma bien-aimée. Mais ta question m'a ramené à une bien triste réalité. Oui, il m'arrive d'entendre les conversations des étoiles. Ce n'est pas toujours réjouissant. Vois-tu, de là-haut, elles voient tout ce qui se passe sur Terre. Elles en sont bien attristées. Elles se demandent ce qu'elles pourraient bien faire pour changer le cours des événements. Quelquefois, elles se racontent les atrocités de la guerre qu'elles ont vues dans la journée. D'autres fois, elles prennent pitié des milliers d'enfants qui sont abusés, violentés. Je te fais grâce des détails, ça ne ferait que raviver mon chagrin. Étant mon amie, tu voudrais le partager. Tu en souffrirais. Cela n'est pas nécessaire, ma bien-aimée.

 

Sache pourtant, puisque tu l'as demandé que, oui, les étoiles discutent entre elles. Elles discutent souvent tard dans la nuit, parfois même jusqu'au petit matin. Ces temps-ci, je dois t'avouer qu'elles sont bien inquiètes. Elles sont inquiètes du sort de la planète. Qu'arrivera-t-il, se demandent-elles, si nous n'intervenons pas, qu'arrivera-t-il? Le monde va-t-il à sa perte? Et si nous intervenons, de quelle façon le ferons-nous?

 

Qu'arrivera-t-il, en effet, si Neptune, dieu des mers, se déchaîne? Et si Zeus, dieu du tonnerre, s'en mêle? Qu'arrivera-t-il si les forces cosmiques décident de rétablir l'ordre sur Terre?

 

Dis-moi, ma bien-aimée, puisque tu fais partie de la race humaine, peut-être pourras-tu me répondre; dis-moi, pourquoi les humains sont-ils incapables d'être heureux?

 

— Il m'a semblé, cher Amélius, qu'en effet, fort peu de mes semblables soient capables d'atteindre cet état de bien-être. Il y a tellement de compétition au sein de la race humaine que la majorité de ceux qui viennent au monde avec la faculté d'être heureux semblent la perdre en grandissant.

 

Tu sais, c'est un peu comme s'il existait une tare collective, un certain processus dégénératif contagieux qui fait que l'aptitude au bonheur est l'exception chez l'adulte. Pourtant, si on observe les tout jeunes enfants, cette faculté existe. Mais, hélas! ce germe, cet embryon, est tellement malmené au fil des ans que ce joyau de la personnalité humaine, ou ce qui devrait l'être, bien souvent avorte lors d'une des phases critiques de son développement. Retracer l'épigénèse de cette anomalie équivaut à chercher une aiguille dans une botte de foin.

 

Certains écrits parlent d'un temps où cette Terre était un paradis. Puis, vint un jour, un jour maudit, où tout a basculé. Qu'est-il arrivé? Cela se passait il y a fort longtemps. Il y a bien ces légendes qui narrent le péché originel. Elles font état d'un arbre de la connaissance du bien et du mal. Tout ceci est fort mystérieux et... fort lointain. On y raconte qu'Adam, le premier homme a péché, il s'est laissé séduire par Ève, la première femme qui, elle, avait été séduite par le serpent. Cela se passait il y a fort longtemps; cela se passait aux premiers jours de l'humanité. L'homme choisit alors la connaissance du bien et du mal. L'homme choisit alors le libre arbitre.

 

En mon for intérieur, je sais que la tradition nous transmet une réalité historique mais comme tout ceci me dépasse. Oui, j'ai peine à comprendre. Je n'arrive pas à admettre la présence du mal. Pourquoi l'être humain est-il doté d'un tel pouvoir? Souvent, aussi, je mets en doute la supposée intelligence de l'homme quand, au quotidien, ses actions démontrent le contraire. Amélius, je crains que la race humaine ne soit gravement malade. Si cela est, la planète même est en danger. Dis, qu'y pouvons-nous, toi et moi?

 

— Ma bien-aimée, ma réponse va te sembler paradoxale. Nous y pouvons à la fois fort peu et à la fois beaucoup. Fort peu c'est vrai car nous sommes une goutte d'eau dans l'océan mais beaucoup parce que si nous avons l'authentique désir d'apporter notre contribution à la guérison planétaire, nous allons immédiatement constater qu'il y a déjà quantité d'êtres qui sont dans notre situation. Ils sont prêts à se rallier à une armée nouvelle, une armée où le service se fait sous la bannière de l'Amour. Cette armée déferlera sur la planète et, éventuellement, changera la face du monde. Ce qu'il faut, c'est un grand cri de ralliement qui saura faire vibrer la parcelle divine qui se trouve en chaque être vivant sur cette Terre.

 

— Merci, Amélius. J'avais grand besoin de ces paroles d'encouragement. Comme c'est bon d'avoir un ami comme toi.

 

 

Au sujet de l'auteur

 

Née en 1946, en région rurale, j'ai passé mon enfance en contact étroit avec la nature. Ce n'est que bien plus tard que j'ai compris à quel point j'ai été privilégiée qu'il en soit ainsi. J'étais la deuxième d'une heureuse famille de neuf enfants qui, à ce jour, est encore très unie.

 

À 13 ans j'ai laissé ma campagne natale pour poursuivre mes études dans le Vermont. Nos parents, en effet, considéraient qu'étudier une année «en anglais» faisait partie de notre éducation-héritage.

 

À 17 ans j'ai débuté des études d'infirmière à l'hôpital Maisonneuve à Montréal; métier qui m'a comblée. J'ai pratiqué un peu plus de 30

ans au Québec, la plupart du temps en salle d'urgence, et 8 ans aux États-Unis, dont plus de la moitié en toxicomanie et psychiatrie.


En août dernier j'ai pris ma retraite. Depuis, j’ai effectué un voyage extraordinaire dans les Indes.

 

Je suis comblée par la vie. J'ai trois enfants et trois petits enfants qui partagent mes joies et mes aspirations... bonheur que je souhaite à chacun.

 

 

Du même auteur

 

Que l’amour soit mon guide - Groupe Reflection,

Ginette Lefebvre, illustrations par Joe Fontes,
215 pages, Outremont, Québec, Quebecor, 1996

ISBN-10: 2764000634

ISBN-13: 978-2764000632
 

 

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Voici son adresse électronique :

 

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