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Chère Mamiska, comme tu es spéciale. Te
rappelles-tu, il y a de cela quelques mois,
lorsqu'il devenait pressant pour moi de trouver un
gîte, te rappelles-tu de la prière que je t'ai
adressée? Bien candidement, avec toute la ferveur
d'une enfant, je t'ai priée. Je t'ai dit :
«Chère
Mamiska de mon cœur, belle planète chérie, il y a
sûrement un petit coin où on serait bien ensemble,
un petit coin de terre où tu aurais envie que je
prenne soin de toi.»
Ainsi
fut ma prière.
En moins d'une semaine, tu m'avais exaucée. Quand
j'ai vu l'annonce dans le journal, j'ai su que
c'était ta réponse. Oh! merci, Mamiska d'amour.
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Ça fait maintenant deux mois que je suis ici et, à
chaque jour, il se passe en moi des choses
spéciales. Ça parle dans ma tête. Ça parle dans mon
cœur. C'est merveilleux tout ce qui s'y dit. Tiens,
par exemple, l'autre jour, je suis allée au
ruisseau, comme à chaque matin. Je me suis trempé
les pieds dans l'eau, bien assise sur ma roche. Je
regardais dans le vide, sans penser à quoi que ce
soit et j'ai entendu une voix qui disait : «Bonjour,
n'aie pas peur. Je veux simplement me présenter. Je
suis Amélius, ton arbre-protecteur. Je suis ce
bouleau que tu regardes sans voir. Porte un peu
attention, je vais agiter mes feuilles, en guise de
salutation.»
Je n'ai pas eu peur. J'étais même très contente.
Depuis ma plus tendre enfance, je sais que les
arbres peuvent parler. Je suis certaine qu'ils ont
des tas de choses à raconter car, avec leur cime,
ils sont témoins des événements célestes et, par
leurs racines, ils perçoivent les secrets les plus
intimes de la croûte terrestre et des mondes
souterrains qu'elle recèle. Les arbres savent, ils
savent tant de choses..., peut-être est-ce pour cela
qu'ils sont si malades? Peut-être que les secrets
qu'ils connaissent sont terribles? Qui sait,
peut-être savent-ils lire dans les étoiles la
destinée de la planète?
Quel stress! Pauvres arbres chéris.
En effet, tous les soirs, les étoiles se racontent.
Et elles sont milliards. Comment écouter tout ce
babillage sans devenir fou? Mais, peut-être que les
étoiles diffèrent des humains. Peut-être
savent-elles parler à tour de rôle en pesant leurs
mots. Peut-être... Qui pourrait le dire? Si
quelqu'un sait, c'est sûrement Amélius.
Je me suis hasardée à lui poser la question.
— Dis-moi, Amélius, tu m'as bien dit que tu es mon
arbre protecteur? Ça veut dire que tu es mon ami,
alors. Dis, je peux te poser une question
indiscrète?
— Oui, bien sûr, me répondit-il.
— Dis-moi, ça t'arrive, le soir, à la nuit tombée,
lorsqu'il fait un noir d'encre, ça t'arrive
d'entendre la conversation des étoiles?
— Oui, effectivement.
— Dis-moi, peux-tu me parler un peu de ce qu'elles
racontent?
Un grand silence s'est alors installé, un silence de
mort. Mon ami n'a pas répondu. Le vent s'amusait à
souffler dans ses feuilles, tout doucement d'abord,
puis de plus en plus violemment. On aurait dit une
grande souffrance qui n'arrivait pas à se crier. Un
frisson m'envahit alors de la tête aux pieds.
J'étais tout oreilles. Brusquement, le vent cessa.
Une tristesse sans nom m'étreignit. Je sus alors que
cette tristesse était celle d'Amélius. Je savais
qu'il pleurait sans le laisser paraître. Il pleurait
par en dedans. C'était terrible.
— Pardonne-moi Amélius, pardonne-moi. Je ne voulais
pas te faire de mal. Je ne voulais pas. Qu'est-ce
que j'ai fait? Je ne sais pas ce que c'est mais je
ne le ferai plus, plus jamais. C'est promis.
— Ce n'est pas toi, sois sans crainte ma bien-aimée.
Mais ta question m'a ramené à une bien triste
réalité. Oui, il m'arrive d'entendre les
conversations des étoiles. Ce n'est pas toujours
réjouissant. Vois-tu, de là-haut, elles voient tout
ce qui se passe sur Terre. Elles en sont bien
attristées. Elles se demandent ce qu'elles
pourraient bien faire pour changer le cours des
événements. Quelquefois, elles se racontent les
atrocités de la guerre qu'elles ont vues dans la
journée. D'autres fois, elles prennent pitié des
milliers d'enfants qui sont abusés, violentés. Je te
fais grâce des détails, ça ne ferait que raviver mon
chagrin. Étant mon amie, tu voudrais le partager. Tu
en souffrirais. Cela n'est pas nécessaire, ma
bien-aimée.
Sache pourtant, puisque tu l'as demandé que, oui,
les étoiles discutent entre elles. Elles discutent
souvent tard dans la nuit, parfois même jusqu'au
petit matin. Ces temps-ci, je dois t'avouer qu'elles
sont bien inquiètes. Elles sont inquiètes du sort de
la planète. Qu'arrivera-t-il, se demandent-elles, si
nous n'intervenons pas, qu'arrivera-t-il? Le monde
va-t-il à sa perte? Et si nous intervenons, de
quelle façon le ferons-nous?
Qu'arrivera-t-il, en effet, si Neptune, dieu des
mers, se déchaîne? Et si Zeus, dieu du tonnerre,
s'en mêle? Qu'arrivera-t-il si les forces cosmiques
décident de rétablir l'ordre sur Terre?
Dis-moi, ma bien-aimée, puisque tu fais partie de la
race humaine, peut-être pourras-tu me répondre;
dis-moi, pourquoi les humains sont-ils incapables
d'être heureux?
— Il m'a semblé, cher Amélius, qu'en effet, fort peu
de mes semblables soient capables d'atteindre cet
état de bien-être. Il y a tellement de compétition
au sein de la race humaine que la majorité de ceux
qui viennent au monde avec la faculté d'être heureux
semblent la perdre en grandissant.
Tu sais, c'est un peu comme s'il existait une tare
collective, un certain processus dégénératif
contagieux qui fait que l'aptitude au bonheur est
l'exception chez l'adulte. Pourtant, si on observe
les tout jeunes enfants, cette faculté existe. Mais,
hélas! ce germe, cet embryon, est tellement malmené
au fil des ans que ce joyau de la personnalité
humaine, ou ce qui devrait l'être, bien souvent
avorte lors d'une des phases critiques de son
développement. Retracer l'épigénèse de cette
anomalie équivaut à chercher une aiguille dans une
botte de foin.
Certains écrits parlent d'un temps où cette Terre
était un paradis. Puis, vint un jour, un jour
maudit, où tout a basculé. Qu'est-il arrivé? Cela se
passait il y a fort longtemps. Il y a bien ces
légendes qui narrent le péché originel. Elles font
état d'un arbre de la connaissance du bien et du
mal. Tout ceci est fort mystérieux et... fort
lointain. On y raconte qu'Adam, le premier homme a
péché, il s'est laissé séduire par Ève, la première
femme qui, elle, avait été séduite par le serpent.
Cela se passait il y a fort longtemps; cela se
passait aux premiers jours de l'humanité. L'homme
choisit alors la connaissance du bien et du mal.
L'homme choisit alors le libre arbitre.
En mon for intérieur, je sais que la tradition nous
transmet une réalité historique mais comme tout ceci
me dépasse. Oui, j'ai peine à comprendre. Je
n'arrive pas à admettre la présence du mal. Pourquoi
l'être humain est-il doté d'un tel pouvoir? Souvent,
aussi, je mets en doute la supposée intelligence de
l'homme quand, au quotidien, ses actions démontrent
le contraire. Amélius, je crains que la race humaine
ne soit gravement malade. Si cela est, la planète
même est en danger. Dis, qu'y pouvons-nous, toi et
moi?
— Ma bien-aimée, ma réponse va te sembler
paradoxale. Nous y pouvons à la fois fort peu et à
la fois beaucoup. Fort peu c'est vrai car nous
sommes une goutte d'eau dans l'océan mais beaucoup
parce que si nous avons l'authentique désir
d'apporter notre contribution à la guérison
planétaire, nous allons immédiatement constater
qu'il y a déjà quantité d'êtres qui sont dans notre
situation. Ils sont prêts à se rallier à une armée
nouvelle, une armée où le service se fait sous la
bannière de l'Amour. Cette armée déferlera sur la
planète et, éventuellement, changera la face du
monde. Ce qu'il faut, c'est un grand cri de
ralliement qui saura faire vibrer la parcelle divine
qui se trouve en chaque être vivant sur cette Terre.
— Merci, Amélius. J'avais grand besoin de ces
paroles d'encouragement. Comme c'est bon d'avoir un
ami comme toi.