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Les romans policiers de Guy Dussault

 

Les enquêtes du surintendant Jonathan Elliot

 

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Le Smilling Duck

 

Roman policier

 

Guy Dussault

 

 

Fondation littéraire Fleur de Lys,

Lévis, Québec, 2009, 394 pages.

ISBN 978-2-89612-295-0

 

Couverture souple couleur

Format 6 X 9 pouces

Reliure allemande

 

 

Exemplaire papier : 24.95$ (Canada)

 

Exemplaire numérique : 7.00$ (Partout)

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Le Smiling Duck, roman policier, Guy Dussault,
Fondation littéraire Fleur de Lys

 

 

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PRÉSENTATION

 

Le Smiling Duck, roman policier, Guy Dussault,
Fondation littéraire Fleur de Lys

C’est le temps de la campagne électorale afin d’élire un nouveau maire pour le petit village de St. Andrew. En cette belle journée d’automne, un débat se déroule entre les deux aspirants à la mairie au pub The Smiling Duck. On discute fort. Et quand on parle politique, les esprits s’échauffent vite, surtout lorsque l’alcool les a déjà mis dans l’ambiance. Si l’empoignade qui survient tout à coup se termine dans les rires, elle entraîne pourtant avec elle la mort subite d’Irving Combs, l’un des aspirants.

C’est ainsi que débute une nouvelle enquête du surintendant Jonathan Elliot et de l’inspecteur-enquêteur Gordon Birchin. Pendant que, distraits par les charmes des jumelles Shearing, les deux policiers enquêteront sur cet étrange décès, l’épouse du surintendant, de son côté, remontera dans le passé du défunt.

Après Des oiseaux de mauvais augure, l’auteur nous présente ici son deuxième roman policier.
 

 

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TABLE DES MATIÈRES

 

Le Smiling Duck, roman policier, Guy Dussault,
Fondation littéraire Fleur de Lys

 

Personnages identifiés dans le roman
Chapitre 1 − Discours fatal
Chapitre 2 − Tristes moments
Chapitre 3 − Premières impressions
Chapitre 4 − Angoisses maritales
Chapitre 5 − Histoires forgées
Chapitre 6 − Incompréhensions totales
Chapitre 7 − Révélations-chocs
Chapitre 8 − Passé ressurgi
Chapitre 9 − Intermède dominical
Chapitre 10 − Conversations en tout genre
Chapitre 11 − Couteau et communauté
Chapitre 12 − Recherches et questionnements
Chapitre 13 − Trouvailles et réponses
Chapitre 14 − Bonnes gens de Philippsburg
Chapitre 15 − Ombres fantomatiques
Épilogue
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EXTRAIT
 

Le Smiling Duck, roman policier, Guy Dussault,
Fondation littéraire Fleur de Lys

Chapitre 1

Discours fatal

 

C’était un superbe dimanche d’automne. La lumière était belle, la chaleur pleinement agréable avec son fond de fraîcheur. Les arbres étaient absolument magnifiques avec leurs feuillages orangés, rouges et ocre. Pour leur part, les paysages vallonneux qui entouraient le village montraient diverses nuances de jaunes et de verts tendres. Bref, c’était l’une des deux ou trois seules journées consécutives en cette saison des couleurs où tout était à son mieux. Dans les jours qui avaient précédé, ce n’était pas encore tout à fait au point et à peine quelques jours plus tard, ce serait déjà sur le déclin.

 

Mais curieusement, on ne voyait aucun homme dans les rues de St. Andrew ou aux alentours qui semblait vouloir jouir de ce moment privilégié où la nature présente au regard ce qu’elle a de meilleur à offrir. Ici et là, des femmes jasaient en petits groupes de deux ou trois ou se prélassaient individuellement au soleil pendant que d’autres se promenaient simplement tout en profitant de la beauté du paysage. On pouvait apercevoir également des enfants jouant dans les rues ou dans les cours, ou pour les plus vieux, dans les champs et le marais avoisinants. Mais pas d’hommes.

 

Erreur ! Il y avait un homme. Un seul. Pressé, s’estimant visiblement en retard, il marchait à grands pas dans la rue principale, se dirigeant vers le pub local The Smiling Duck[1]. Il n’eut pas davantage de regards vers l’enseigne installée au-dessus de l’entrée du pub qu’il en avait eu pour le paysage qui l’entourait tout le long du chemin qu’il avait parcouru pour arriver au pub. Pourtant, elle valait bien un regard, cette satanée enseigne. C’était une assez grande enseigne, rectangulaire, en bois, prise dans un encadrement de fer forgé et sur laquelle on avait reproduit par un quelconque procédé, la photographie d’un canard qui souriait, juché sur une clôture de planches. Oui, visiblement, il avait souri au photographe qui l’avait immortalisé et souriait encore maintenant à tous ceux qui regardaient l’enseigne. Le pub existait depuis bon nombre d’années tout comme l’enseigne, et personne ne se rappelait avec certitude si le pub avait hérité de son nom en raison de l’enseigne ou si l’enseigne avait été installée là parce qu’elle illustrait bien le nom du pub. Mais, bon, tout le monde s’entendait pour dire qu’une fois entré dans ce pub, c’était bien la dernière chose dont on se préoccupait. En tous les cas, le retardataire, lui, ne s’en souciait guère.

 

Et pourtant, un observateur qui l’aurait suivi des yeux tout au long de son passage dans la rue principale aurait remarqué que s’il avait été totalement indifférent à la beauté naturelle du paysage automnal, il avait par ailleurs pris la peine de repérer chacune des banales affiches de carton placardées sur à peu près tous les poteaux électriques de la rue, des affiches pourtant nettement moins attirantes que l’enseigne. Des affiches qui présentaient toujours l’un ou l’autre des deux mêmes noms dont les mérites étaient vantés à coup de slogans insipides et sur lesquelles de jeunes farceurs avaient ajouté des graffitis, dont certains de fort mauvais goût. C’était là, après tout, le triste sort de la majorité des affiches électorales.

 

Une malheureuse conclusion s’imposait quant à notre promeneur : ces pancartes électorales et les promesses qu’elles annonçaient supplantaient pour le moment dans son esprit les promesses colorées de la nature.

 

À son arrivée au pub, l’adepte de la marche rapide prit cependant quelques secondes pour lire le petit écriteau en carton dur, collé sur la porte, qui annonçait en toutes lettres :

 

Dimanche prochain, à 14 h 30,

venez assister au débat public entre

les deux candidats à la mairie de St. Andrew,

messieurs Irving Combs et Scott Randlett.

Le pub The Smiling Duck offrira des rafraîchissements

à tous les participants.

Nous vous attendons en grand nombre.

 

Après avoir regardé l’heure sur sa montre de poche dont les aiguilles indiquaient 14 h 29, craché par terre et passé sa langue sur ses lèvres, Charles Wright bomba le torse, ouvrit allègrement la porte du pub et entra. Des cris de joie l’accueillirent.

 

— Ho, ho ! Voilà t-y pas notre arbitre qui s’pointe.

 

— Hé, Charlie, tu t’rappelais pas le chemin ? Pourtant, tu viens ici tous les jours.

 

— Ta chaise préférée a même pris la forme de tes grosses fesses.

 

Des éclats de rire fusèrent de partout. Wright riait également. Le pub était littéralement bondé. C’est là qu’ils se tenaient les hommes du village, en ce beau dimanche d’octobre. Réunis en une multitude de groupes de quatre autour des petites tables de bois du pub. Quatre hommes, huit gros bocks de bière d’un demi-litre chacun. Il n’était pas chiche le propriétaire du Smiling Duck lorsqu’il payait une tournée.

 

Il faut dire que le pub avait acquis une renommée qui attirait une clientèle provenant de kilomètres à la ronde. Une clientèle curieuse et disposée à boire en écoutant le propriétaire raconter sans se faire prier la légende qui avait cours depuis déjà longtemps et qui, d’année en année, prenait de l’importance en détails, mais pas toujours en vraisemblance. On prétendait que le fantôme du premier propriétaire des lieux errait encore dans la cave du pub où le corps de ce dernier avait été retrouvé. L’homme avait été sauvagement assassiné à la hache pour une raison encore inconnue qui, avec le temps, avait permis d’échafauder toutes les hypothèses allant du meurtre passionnel – sa femme ayant eu la réputation d’avoir été plutôt ouverte d’esprit et de jambes – jusqu’à la recherche d’un trésor toujours caché dans un recoin du pub.

 

On avait donc le choix lorsque, par certaines soirées d’hiver, les clients entendaient distinctement, en provenance de la cave inoccupée, les lamentations exaspérantes poussées par le fantôme, de conclure que celui-ci cherchait à retrouver sa femme ou à récupérer son trésor. Bien sûr, personne n’avait vu le fantôme sauf… le propriétaire actuel. Et pas qu’une fois ! Étrangement selon certains, à chaque fois, il était seul. Mais William O’Connell avait une explication. Avec son 1,87 mètre et ses 115 kilos, il était le seul à pouvoir descendre à la cave, puisqu’il l’interdisait à ses trois employées – sa femme Connie et les jumelles Amanda et Brenda Shearing – et encore davantage à ses clients. « Pour leur bien ! », de prétendre le propriétaire qui ne voulait surtout pas risquer de perdre une employée qui se retrouverait face à face avec un fantôme « avec la tête fendue presque en deux par un coup de hache » et qui « sentait si fort la mort qu’on étouffait presque » en le rencontrant. Parfois même, l’odeur de la mort montait de la cave après le passage du fantôme. Mais comme il fallait, semble-t-il,  être soi-même en odeur de sainteté pour pouvoir la percevoir, aucun client du pub n’avait pu encore revendiquer ce privilège olfactif que détenaient seuls, William et Connie O’Connell.

 

Malgré cette terrible peur et ce grand risque pour sa vie, le propriétaire, à toutes les semaines du long hiver, devait surmonter l’épreuve consistant à descendre à la cave chercher les bières, les whiskies et les cognacs permettant à sa clientèle de survivre au froid. Mais, par précaution, il apportait toujours un gros bâton. « Quel homme ! » disaient certains. « Quel beau menteur ! » disaient les autres. Mais tous y trouvaient leur compte puisque les belles histoires de fantômes attirent toujours ceux qui y croient comme ceux qui n’y croient pas… encore.

 

Mais comme on n’en était qu’au début octobre, l’hiver n’était pas installé et sans doute le fantôme était-il en vacances car il ne faisait encore entendre aucun bruit. Il faut dire que personne ne l’aurait entendu cet après-midi-là même s’il avait hurlé.

 

Après les farces qui avaient accueilli Charles Wright, c’était maintenant les bocks de bière qui frappaient sur les tables en cadence pour que Wright donne le signal du début du débat. Après avoir savouré quelque peu la scène, Wright alla se placer au milieu de la salle et leva les bras en l’air, ce qui déclencha les applaudissements et les sifflements. Avec ses mains, il fit signe à la foule de se calmer et prit la parole.

 

— Messieurs, s’il-vous-plaît. Un peu de silence. Le débat va commencer. J’annonce les règles. Chacun des deux candidats aura droit à quinze minutes pour son discours, le premier à parler étant tiré au sort. Puis, dans un deuxième temps, vous pourrez poser des questions à l’un et l’autre en alternance pendant un maximum d’une heure. Après cela, les candidats pourront conclure chacun avec un petit discours de cinq minutes dans l’ordre contraire à celui du départ. Permettez-moi, avant de céder la parole à nos prestigieux candidats, de remercier William d’avoir permis qu’on tienne ici même ce débat politique tout en ayant suffisamment à boire pour maintenir l’intérêt.

 

Ce disant, Wright fit un salut au propriétaire qui était derrière son comptoir. Tout en appréciant les applaudissements et les cris d’approbation qui suivirent cet énoncé, ce dernier lui retourna son salut en levant deux gros bocks emplis de Bittern[2], la bière locale d’un beau brun doré, faisant signe de la tête à Wright qu’ils lui étaient destinés.

 

Wright invita les deux candidats à venir le rejoindre au centre de la salle. Ceux-ci étaient assis ensemble à une table qui faisait office de table d’honneur. Délaissant leurs bocks de bière, les deux hommes se levèrent et entourèrent Wright. On ne pouvait pas ne pas remarquer le contraste manifeste entre les deux candidats. D’un côté, Irving Combs, un homme dans la seconde partie de la soixantaine, élégant dans sa tenue un peu vieillotte, svelte, souriant. Il était le président du club d’ornithologie de Georgetown, la ville voisine, mais habitait depuis peu le village de St. Andrew. Il incarnait visiblement le passé conservateur du village. Son opposant, Scott Randlett, plutôt corpulent, approchant la cinquantaine, un visage moins sympathique et une tenue plus moderne, mais négligée. Originaire de Philippsburg, la capitale, il s’était récemment installé à Georgetown et, en tant que voyageur de commerce, estimait représenter l’avenir progressiste. Tous deux envisageaient remplacer le maire actuel, un vieil homme de plus de soixante-quinze ans, maire du village depuis près de vingt ans et qui se sachant suffisamment vieux pour savoir que la mort s’approchait de lui et s’estimant suffisamment malade pour croire qu’elle le faisait en courant, avait finalement choisi de ne pas se représenter.

 

Wright sortit une grosse pièce d’argent de sa poche et la jeta à terre après avoir indiqué aux candidats quelle était la face correspondant à chacun. Le hasard désigna Irving Combs comme premier orateur. Cela fait, sans oublier d’abord de récupérer sa pièce, Wright alla chercher des mains du propriétaire les deux verres qui lui permettraient de « maintenir l’intérêt » pendant la prochaine demi-heure et alla s’asseoir à la table où s’étaient tenus les candidats. Il y fut rejoint aussitôt par O’Connell qui apportait ses deux propres bocks et par Randlett qui se réappropriait les siens déjà sur la table.

 

Dans chaque élection, qu’elle soit pour élire le président d’une nation, le premier ministre d’un pays ou le simple maire d’un village, on retrouve toujours, même si parfois avec de grandes difficultés et de longues recherches, un élément majeur qui doit provoquer le débat et faire pencher la balance vers un des protagonistes. À St. Andrew, cet élément n’avait pas été long à identifier puisqu’un seul point constituait l’enjeu de cette élection : la survie du marais avoisinant le village. Un marais connu mondialement, mais auprès des ornithologues seulement. On en conviendra, cela limitait passablement sa renommée.

 

En tant que président du club d’ornithologie, Combs souhaitait que le marais puisse être protégé de toute transformation, car il abritait plusieurs dizaines d’espèces d’oiseaux et attirait les ornithologues et d’autres touristes. Les premiers y venaient principalement attirés par les oiseaux, mais tous pour la simple beauté de l’endroit, ce qui permettait des rentrées non négligeables d’argent au village qui en avait bien besoin. Le marais faisait partie intégrante du paysage entourant St. Andrew, un paysage absolument magnifique qui serait irrémédiablement détruit si le marais devait disparaître. Essentiellement, c’est sur cela que porta le discours d’introduction d’Irving Combs, jouant sur la corde sensible du « patrimoine naturel, unique, inestimable et dont tout le village est redevable depuis des années ». Les traditionalistes et les conservateurs applaudirent les meilleurs passages de son discours, ce qui permit de constater qu’ils ne constituaient pas le groupe le plus important dans la place. Puis Combs vint retrouver Wright et O’Connell à la table d’honneur, croisant Randlett qui alla à son tour, sous un tonnerre d’applaudissements, s’installer debout au centre de la salle pour présenter ses arguments à un auditoire en grande partie déjà conquis. Oui, le marais avait eu son importance et oui, le village lui était redevable. Mais les événements survenus dans celui-ci quelque dix-huit mois auparavant[3] avaient terni son image et celle du village; il représentait le passé et non l’avenir et il était temps que les villageois de St. Andrew « tournent la page sur leurs vieilles coutumes et profitent enfin non pas des avantages limités d’un marais suranné, mais des bienfaits multiples de l’ère moderne ».

 

Dans son discours, Randlett fut le propagateur d’une idée récente qui proposait d’utiliser les terrains du marais pour établir un vaste centre de villégiature et d’affaires, ce qui aurait alors une portée touristique beaucoup plus vaste que le simple attrait « des petits oiseaux et des belles fleurs ». C’était là une pensée moderne, alliant l’aventure et les rêves d’argent vite fait, qui sembla plaire à plusieurs parmi les buveurs, dont la plupart avaient déjà renouvelé à plus d’une reprise leur coupe-soif tout en profitant du service fait par Amanda et Brenda Shearing pour reluquer leurs décolletés profonds. La femme du patron, au comptoir, ne cessait de remplir les verres les uns après les autres.

 

— Ce sera un excellent après-midi, disait-elle tout bas aux jumelles lorsque ces dernières venaient chercher les commandes. Deux orateurs et une cinquantaine de buveurs, pardon, d’auditeurs, devrais-je dire.

 

— C’est tellement plus facile de comprendre la politique en savourant une bonne bière, ne cessaient de murmurer les jumelles Shearing à tous les hommes qu’elles servaient en leur faisant leurs plus beaux sourires et en se penchant stratégiquement pour favoriser le panorama.

 

Avec de tels arguments, plusieurs auraient souhaité des élections toutes les semaines et n’hésitaient pas à prétendre que les élections, à St. Andrew, étaient une affaire sérieuse, ce qui revenait à dire une affaire d’hommes.

 

Les deux discours étaient terminés et la période de questions allait bon train. Si le tout avait débuté dans un calme relatif, les choses changèrent imperceptiblement et, sans que l’on sache vraiment ni quand ni comment, ni surtout après combien de bocks de bière, elles commencèrent à se gâter. Après l’humour bon enfant, ce fut la dérision, puis la provocation. Et une question sournoise posée à Scott Randlett mit le feu aux poudres. Quelques-uns se levèrent pour s’enguirlander et s’injurier. En un instant, tout le monde sans exception fut debout et on se prépara au pire. Des chaises furent repoussées et jetées par terre. On s’agrippa les uns aux autres, on se menaça, on se poussa, mais le premier véritable coup de poing qui aurait fait office de déclaration officielle de guerre ne vint pas. À la place, on entendit un bruit du tonnerre, qui figea instantanément tout le monde. Tous se retournèrent vers le comptoir où William O’Connell apparut menaçant avec un gros bâton dans la main, dont il s’était servi pour frapper sur le comptoir. Profitant du silence et de la centaine d’yeux fixés sur lui, O’Connell prit posément la parole.

 

— Vous allez tous vous rasseoir dans le calme. Si l’un de vous a l’envie de tâter de mon bâton, je peux lui garantir qu’il deviendra le deuxième fantôme de la cave.

 

Curieusement, cet avertissement eut un effet insoupçonné. Ainsi, malgré le ton intimidant, la carrure impressionnante d’O’Connell et la mise en garde que constituait le bâton dans la main de ce dernier, la référence au fantôme fit qu’après quelques secondes de surprise, ce fut un éclat presque général de rires. Mais le propriétaire du pub eut néanmoins la satisfaction de voir les gens se conformer à sa demande. On récupéra les chaises tombées ou simplement déplacées, on s’en retourna à sa table et chacun reprit le bock qu’il avait abandonné quelques instants plus tôt pour se jeter dans la mêlée. Chose amusante que remarquèrent Amanda et Brenda qui s’étaient discrètement retirées derrière le comptoir durant l’échauffourée, si la plupart des bocks de bière avaient été déplacés sur les tables et perdu un peu de leur contenu par les secousses sur celles-ci durant la bousculade, aucun ne s’était brisé ni n’était tombé par terre.

 

— Il y a vraiment un dieu pour les ivrognes, dit Brenda à sa jumelle.

 

— Oui, mais il ne nettoiera pas les mares de bière à notre place, répondit Amanda. Viens m’aider à essuyer les tables.
 

Les deux sœurs passèrent donc d’une table à l’autre pour supprimer les éclaboussures pendant que tout un chacun se remettait à jaser et à boire. L’atmosphère était de nouveau à la fête. Seuls les invités qui étaient retournés à la table d’honneur étaient demeurés sérieux même s’ils s’étaient eux aussi remis à boire.

 

— Je suis vraiment désolé, messieurs. Je ne pensais pas que cela se passerait ainsi, s’exprima Wright. Tout avait si bien commencé.

 

— Ce n’est pas du tout votre faute, Charlie, répondit Randlett. On ne peut pas prévoir ce genre de choses.

 

— Bon sang ! Je n’en reviens pas encore, déclara O’Connell. Ces escogriffes auraient pu mettre mon pub sens dessus dessous. Ce n’est pas demain la veille où je leur payerai une autre tournée.

 

— Ce ne sont pas vos seules offrandes, monsieur O’Connell, qui ont suffi à provoquer cela, rétorqua à nouveau Randlett. Vous constaterez en faisant la caisse ce soir que plusieurs d’entre eux ont ingurgité pas mal plus que vos deux bocks gratuits. Vous savez que l’alcool a tendance à réchauffer les esprits. Je suis passé à deux doigts d’en recevoir cinq sur le nez de la part du grand Cooper.

 

En disant cela, Randlett montra son poing fermé pour s’assurer que tout le monde avait compris son jeu de mots. O’Connell et Wright pouffèrent de rire. De son côté, Irving Combs restait silencieux. Durant la bousculade, il avait eu peur et était encore en train de se remettre de ses émotions, à coup de petites gorgées de bière dans son bock après en avoir d’abord pris une bonne lampée. Ses compagnons le regardèrent. Randlett sembla vouloir faire remarquer quelque chose à Combs, mais son intervention fut devancée par celle du propriétaire du pub.

 

— Vous allez bien, Irving ? demanda O’Connell.

 

— Pour dire vrai, je ne me sens pas très bien, répondit Combs. J’ai des palpitations.

 

— Voyons, monsieur Combs. Reprenez-vous. C’est fini, voulut le rassurer Wright.

 

— Souhaitez-vous rentrer chez vous, Irving ? Je vais demander à l’une des jumelles de vous reconduire, ajouta le propriétaire, en faisant un clin d’œil malicieux à Wright.

 

Mais pour le moment, Irving Combs n’avait pas du tout la tête aux jumelles Shearing et à leurs attraits. Il ne se sentait vraiment pas bien. Avant que ses compagnons ne réalisent le sérieux de la situation, Combs laissa subitement tomber son verre et porta la main à son cœur. Puis, tout aussi brusquement, il fut pris de convulsions.

 

— Bon sang ! Il a une attaque, s’écria Randlett.

 

— Connie ! lança O’Connell à sa femme d’une voix forte. Appelle le docteur.
 

Pendant que tout le monde tentait de converger vers la table d’honneur pour mieux voir ce qui se passait, O’Connell, Randlett et Wright essayèrent tant bien que mal de venir en aide à Combs. Mais plus mal que bien, pourrait-on conclure, puisque Combs expira dans leurs bras.


 

[1] Le Canard Souriant.

[2] Butor (oiseau échassier).

[3] Voir « Des oiseaux de mauvais augure », du même auteur et chez le même éditeur.

 

 

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Le Smiling Duck, roman policier, Guy Dussault,
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AU SUJET DE L'AUTEUR - BIOGRAPHIE
 

Guy Dussault

 

 

Fils unique, Guy Dussault est né à Québec le 18 septembre 1952. Il a fait ses études secondaires au réputé Collège des Jésuites (devenu depuis le Collège Saint-Charles-Garnier) et ses études collégiales au Collège François-Xavier-Garneau.

Licencié en droit de l’Université Laval en 1974, il est assermenté comme avocat au Barreau du Québec en décembre 1975.

Il a exercé sa profession durant plus de trente ans dans différents organismes du gouvernement du Québec, mais principalement à la Société de l’assurance automobile, d’abord comme avocat puis comme cadre juridique à compter de 1992, pour finalement prendre sa retraite au début de l’année 2009.

Il a développé au cours des années plusieurs champs d’intérêts pour des loisirs qui peuvent tout aussi bien être pratiqués en solitaire qu’en groupe, dont plus particulière­ment la généalogie et la photographie. Au début des années 2000, il a renoué avec l’ornithologie à laquelle il s’était adonné quelque peu dans sa jeunesse, en y ajoutant le défi de photographier les oiseaux qu’il peut admirer dans les nombreuses régions du Québec.

Avec sa conjointe d’origine vietnamienne, il a par ailleurs effectué divers voyages en Europe qui leur ont permis de visiter ensemble tant les villes importantes comme Paris, Londres, Amsterdam, Rome, Vienne, Athènes et Istanbul que des régions plus romantiques comme la Côte d’Azur, l’Italie du Nord, la Toscane et les îles grecques.

Meublant beaucoup de ses heures de loisir par la lecture, particulièrement celle de romans policiers, il s’est laissé tenter par l’expérience de l’écriture, sans pour autant abandonner ses autres champs d’intérêt.

 

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DU MÊME AUTEUR - BIBLIOGRAPHIE

 

Guy Dussault

 

Des oiseaux de mauvais augure

GUY DUSSAULT

Roman policier,

Fondation littéraire Fleur de Lys,

Laval, Québec, 2009, 310 pages.

ISBN 978-2-89612-292-9


http://manuscritdepot.com/a.guy-dussault.1.htm

Le Smiling Duck

GUY DUSSAULT

Roman policier,

Fondation littéraire Fleur de Lys,

Laval, Québec, 2009, 394 pages.

ISBN 978-2-89612-295-0


http://manuscritdepot.com/a.guy-dussault.2.htm

Coup double

GUY DUSSAULT

Roman policier,

Fondation littéraire Fleur de Lys,

Lévis, Québec, 2010, 424 pages.

ISBN 978-2-89612-346-9


http://manuscritdepot.com/a.guy-dussault.3.htm

Le vol de l'innocence

GUY DUSSAULT

Roman policier,

Fondation littéraire Fleur de Lys,

Lévis, Québec, 2011, 482 pages.

ISBN 978-2-89612-375-9


http://manuscritdepot.com/a.guy-dussault.4.htm

Le Justicier

GUY DUSSAULT

Roman policier,

Fondation littéraire Fleur de Lys,

Lévis, Québec, 2012, 432 pages.

ISBN 978-2-89612-414-5


http://manuscritdepot.com/a.guy-dussault.5.htm

Le destin cruel des jumelles Farrell

GUY DUSSAULT

Roman policier,

Fondation littéraire Fleur de Lys,

Lévis, Québec, 2013, 368 pages.

ISBN 978-2-89612-445-9


http://manuscritdepot.com/a.guy-dussault.6.htm

L'agonie du patriarche

GUY DUSSAULT

Roman policier,

Fondation littéraire Fleur de Lys,

Lévis, Québec, 2014, 414 pages.

ISBN 978-2-89612-470-1


http://manuscritdepot.com/a.guy-dussault.7.htm

 

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Guy Dussault

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