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«Dis-moi ce que tu penses!»

Satire, Henri Marineau, Fondation littéraire Fleur de Lys

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«Dis-moi ce que tu penses!»

 

HENRI MARINEAU

 

Satire

 

Fondation littéraire Fleur de Lys, Lévis, 2008, 268 pages.

ISBN 978-2-89612-246-2

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Henri Marineau

Québec, Québec

 

 

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PRÉSENTATION
«Dis-moi ce que tu penses!», satire, Henri Marineau

 

À l'aube de la soixantaine, les circonstances de la vie ont attiré mon attention, jusque là envahie par des priorités aussi essentielles que la réussite professionnelle ou l'apanage des distractions indispensables à l'expulsion du stress inhérent à cette même réussite, sur une petite voix qui, patiemment, laissait entendre sporadiquement une sorte de sourde ritournelle.

 

Grâce à ces merveilleuses circonstances de la vie, j'ai fini par découvrir l'origine de cette patiente ritournelle dans le tréfonds de ma mémoire morte. Pour tout dire, le gazouillis des oiseaux s'est alors métamorphosé en un chant mélodieux que mes tympans se sont mis à écouter, d'abord avec attention, ensuite avec émerveillement. Tout à coup, les visites familiales d'antan au zoo prenaient du sens, plus particulièrement lorsque ma mémoire vive s'est rappelée qu'étant jeune, planté devant quelque animal, il m'arrivait de me demander dans ma petite tête ce qui pouvait bien trotter dans la tête de ces étranges créatures, dévisagées par une meute d'humains bien pensants. Pour avoir enfin une réponse à ma question, j'ai décrété, et je ne suis pas le seul à le croire, que les animaux, non seulement pensaient mais aussi ressentaient les choses, et, pour vous le prouver, je vous offre cette satire et vous invite à vous y glisser, entre parenthèses et entre les lignes.

 

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EXTRAIT
«Dis-moi ce que tu penses!», satire, Henri Marineau

 

 

Prologue

 

Aux temps glorieux où, mes sœurs et moi, voguions sur la mer calme de notre tendre enfance, il existait une activité sacrée dans notre famille : le pèlerinage annuel au zoo. Par un de ces dimanches après-midi où le soleil semblait montrer de bonnes intentions, mon père, toujours après avoir gentiment demandé à ma mère ce qu’elle aimerait faire comme activité dominicale avec la famille, proposait la visite au zoo, au grand dam de ma mère qui avait en horreur de se pavaner pendant des heures devant une gent animale qui n’éveillait en elle aucune espèce d’intérêt.

 

Qu’à cela ne tienne, le pater familias allait, comme d’habitude dans ces divergences avec la mère de famille, encore une fois devoir utiliser son droit d’aînesse et, c’est au zoo que la couvée familiale allait passer la journée. Il faut bien avouer que ma mère se retrouvait le plus souvent bien isolée avec son droit de veto, mon père bénéficiant de l’appui quasi-majoritaire du reste de la meute, quoique, avec le temps, il perdît quelques appuis du côté de mes deux sœurs aînées qui se sentirent bientôt davantage attirées par les bipèdes que par les ursidés, les gros félins ou, pire encore, les horribles chimpanzés.

 

Malgré la diminution de ses effectifs, le capitaine maintenait le cap sur l’excursion zoologique, aidé en cela par l’arrivée d’un nouveau soldat dans sa cavalerie, soit la naissance tardive du dernier fantassin, ce qui atténuait en partie, l’impact négatif que le désistement de mes deux sœurs aurait pu avoir sur son pouvoir de décision.

 

Quant à moi, le troisième de la lignée, je m’accommodais fort bien de cette excursion, quoique, il faut bien l’avouer, à la décharge de ma mère, préparer le lunch pour six aventuriers affamés par une longue marche dans les sentiers bordés d’animaux en cage, n’était pas une sinécure, chacun des membres du troupeau ayant ses petits caprices quant à la constitution des victuailles de survie. Toutefois, avec le temps, les lamentations de la cuisinière et son humeur massacrante amadouèrent la générosité du maître qui ajouta un peu de baume sur la plaie de son infortunée congénère en proposant, à sa manière coutumière, que la cohorte serait invitée dorénavant à prendre ses agapes au restaurant du zoo.

 

Cette nouvelle stratégie eut l’heur de plaire aux petits soldats, quoiqu’elle n’eût pas le même effet sur la mine déconfite de ma mère, la preuve que son dédain viscéral pour ce type d’excursion était vraiment bien ancré dans ses tripes. Pour ma part, je salivais déjà à l’idée d’engloutir un super hot-dog accompagné de frites, aliments qui étaient prohibés dans le foyer familial. Par surcroît, le chef de troupe nous faisait le privilège de procurer à chaque membre du troupeau, dès son arrivée sur le site au kiosque des friandises, une étincelante boîte de maïs soufflé et sucré, destiné à être distribué aux animaux mais que nous engouffrions presque en entier, ayant pris soin d’en disséminer quelques graines, tapies au fond de la boîte, aux animaux, par acquis de conscience. En prime, la compagnie de pop corn avait eu la brillante idée d’intégrer dans la boîte un truc quelconque qui finissait presque toujours dans la boîte à ordures, le truc en question étant la plupart du temps jugé inutile par les consommateurs avertis que nous représentions.

 

Puis, le safari s’amorçait, le chef de troupe prenant les devants, tout en donnant ses consignes à ses fantassins qui suivaient à la lettre le trajet, pourtant bien imprimé dans les sentiers, les propriétaires de la forêt en cage ayant pris soin d’imprégner dans l’asphalte les prototypes de pistes laissées par chacune des espèces d’animaux, afin d’éviter que les aventuriers ne se perdent en forêt et aussi, subtilement, pour s’assurer que les voyageurs puissent faire le tour complet du site, ce qui permettait aux tenanciers d’espérer que les valeureux visiteurs fassent une halte dans les divers kiosques et casse-croûte éparpillés adroitement sur le parcours.

 

L’excursion prenait son départ chez les deux ou trois ours bruns, tous pour la plupart accroupis dans leur cage, le regard penaud devant des bipèdes gesticulant à qui mieux mieux, chacun espérant s’attirer l’attention de l’autre, la plupart du temps en vain, d’autant plus que le morceau de pop corn tombait régulièrement hors de la portée du naufragé dont on pouvait discerner la frustration dans le regard lorsqu’il tentait vainement d’agripper l’objet de sa subsistance à l’aide de sa grosse patte qui n’arrivait pas à se faufiler au travers des barreaux de sa prison.

 

Le charme des ursidés s’étant évanoui après quelques minutes, nous nous acheminions chez les cervidés, ces admirables gambadeurs que nous réussissions à apprivoiser grâce à quelques touffes d’herbe qu’ils venaient gentiment quérir dans nos menottes puisque ces frêles bêtes inoffensives n’étaient retenues en captivité que par un muret d’environ un mètre, ce qui nous permettait de nous en approcher et de les nourrir d’herbes et ainsi, se donner bonne conscience en s’appropriant notre ration de pop corn.

 

Par la suite, se succédaient quelques bêtes, telles les ratons laveurs, les fouines, les castors et autres animaux qui n’ont pas marqué ma mémoire puisque, la plupart du temps, elles étaient terrées dans leur antre, probablement blasées de recevoir des nourritures qui ne convenaient aucunement à leur palais, heureusement pour les amateurs de pop corn comme moi. Par manque de visibilité de la part de ces animaux sûrement plus intéressés à déguster des aliments à leur goût qu’ils avaient pris soin d’emmagasiner dans leur terrier, nous passions rapidement à l’escale suivante, soit les chameaux et les dromadaires que nous pouvions apercevoir au loin, visiblement indifférents aux gesticulations de leurs visiteurs dont le discours monotone tournait souvent autour du nombre de bosses qui caractérisait chacune des deux espèces, le chef de troupe jouant ainsi un rôle d’éducateur auprès de ses louveteaux avides de connaissances, quoique, avec les années, la répétition de la même leçon devenait pénible à entendre… enfin, il ne fallait pas contrarier le chef… et c’est ce que nous faisions !

 

Puis arrivait le moment tant espéré par la gent féminine, celui de l’escale salvatrice à la salle de toilette, soit pour ma mère de répondre à son besoin d’uriner, son seul instant de réel soulagement, et pour mes sœurs, de pouvoir se refaire une beauté devant la glace au cas où quelque aventurier en herbe oserait jeter son regard sur leur aguichante silhouette. Pendant ce temps, la gent masculine, soit mon père et moi, attendait patiemment que ces dames satisfassent à leur besoin respectif.

 

Après que mes sœurs se furent pomponnées et que ma mère ait soulagé sa vessie, la bande devait affronter les plantureux bisons qui avaient la fâcheuse habitude d’exhaler une odeur nauséabonde qui annihilait complètement les effets aphrodisiaques des eaux de toilette de mes sœurs, et qui par surcroît, au moment précis où la troupe admirait les majestueux bovidés sauvages, laissaient s’échapper une quantité industrielle de liquide vésical qui avait pour effet de remettre en marche le processus d’emplissage de la vessie de ma mère.

 

Mais heureusement pour le moral de la troupe, l’heure était venue de se rassasier, les boîtes de maïs soufflé et sucré ayant depuis belle lurette pris le chemin des poubelles, et les estomacs des jeunes veaux ayant atterri dans leurs talons. À la vitesse de l’éclair, chacun engloutissait son festin préféré, tels des animaux affamés, à l’exception de ma mère qui se contentait d’un bol de soupe, l’appétit, vous comprendrez pourquoi, n’étant pas au rendez-vous, et de mon père qui, en tant que pourvoyeur de la meute, avait tendance à ajuster son appétit au montant total de la facture, en n’oubliant pas d’inclure les prix d’entrée pour toutes ses ouailles… et lui-même.

 

Une fois les appétits repus, la troupe était maintenant disposée à entreprendre la deuxième partie de son périple, soit la gent ailée, ces volatiles ayant le privilège de vivre librement dans des lieux paradisiaques. Quant à nous, exclusivement les enfants, nous puisions notre plaisir à sautiller d’une pierre à l’autre plutôt qu’à admirer la grâce des hérons qui avaient le talent de se tenir en équilibre sur une patte, une observation qui m’est venue, hélas, beaucoup plus tard lorsque je me suis converti en chef à mon tour.

 

Après que cette trêve ait assouvi les douleurs causées aux pieds de ma mère par l’exiguïté de ses souliers, la cohorte, suivie de nombreux autres soldats, petits et grands, suivait scrupuleusement le trajet qui la conduisait au repaire de ces quadrupèdes dont nous sommes censés descendre, les chimpanzés. Nous quittions donc l’air pur de l’extérieur pour nous enfouir dans ce repaire où l’odeur nauséabonde de ses locataires avait pour effet de faire remonter notre succulent repas et de précipiter par conséquent notre visite en ces lieux, malgré un vague intérêt suscité par les pirouettes et les grimaces de leurs sympathiques occupants.

 

Nous reprenions courageusement nos forces pour affronter nos bêtes fauves préférées, le roi des animaux, le lion accompagné de sa maîtresse, et ses cousins, les tigres, nous impressionnant à tout coup par leur démarche lourde et volontaire, et leur regard perçant. Le chef de troupe planifiait toujours notre arrivée devant les gigantesques félins avec le moment de leur repas, où nous avions la chance d’assister au déchiquetage de ces énormes morceaux de viande par les crocs et les griffes de ces bêtes de brousse.

 

Puis, encore sous l’effet de ce spectacle grandiose, nous tournions les talons et pouvions contempler le spectacle grandiose des majestueux ours polaires, juchés fièrement sur une banquise de roc d’où ils plongeaient gracieusement dans une pataugeuse leur servant d’océan. Alors, le chef de troupe, jugeant que le temps consacré à l’excursion était échu, décrétait que le safari se terminait là, et reprenait la tête du peloton, fermé par ma mère qui recouvrait peu à peu son sourire.

 

 

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SUIVI MÉDIAS ET INTERNET

«Dis-moi ce que tu penses!», satire, Henri Marineau
 

Québec Hebdo (blogue)

 

Patrick White

 

 

 

BIOGRAPHIE

Henri Marineau

 

Né dans le quartier Limoilou de Québec en 1947, Henri Marineau fait ses études classiques à l’Externat Classique Saint-Jean-Eudes entre 1959 et 1968. Il s’inscrit par la suite en linguistique à l’Université Laval où il obtient son baccalauréat et son diplôme de l’École Normale Supérieure en 1972.

 

Cette année-là, il entre au Collège des Jésuites de Québec à titre de professeur de français et participe activement à la mise sur pied du Collège Saint-Charles-Garnier en 1984.

 

Depuis lors, en plus de ses charges d’enseignement, M. Marineau occupe divers postes de responsabilités au sein de l’équipe du Collège Saint-Charles-Garnier. Après une carrière de trente et un ans dans le monde de l’éducation, M. Marineau prend sa retraite en juin 2003. À partir de ce moment-là, il emprunte la route des écritures qui le conduira sur des chemins aussi variés que la poésie, le roman, le théâtre, le conte, la biographie, la satire et la chronique.

 

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BIBLIOGRAPHIE

Henri Marineau

 

«Dis-moi ce que tu penses!»
HENRI MARINEAU
Satire,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Montréal, 2008, 268 pages.
ISBN 978-2-89612-246-2

 

Ludger et Bernadette
HENRI MARINEAU
Roman,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Montréal, 2008, 252 pages.
ISBN 978-2-89612-262-2

 

Où est passé notre coeur d'enfant?
HENRI MARINEAU
Contes,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Montréal, 2008, 130 pages.
ISBN 978-2-89612-270-7
 

Les Sansoucy à Old Orchard
HENRI MARINEAU
Pièce de théâtre,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Laval, 2009, 132 pages.
ISBN 978-2-89612-270-7

 

Kim
HENRI MARINEAU
Pièce de théâtre,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Laval, 2009, 136 pages.
ISBN 978-2-89612-297-4

 

Frousses et secousses
HENRI MARINEAU
Roman,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Laval, 2009, 252 pages.
ISBN 978-2-89612-302-5

 

Parcelles de vie
HENRI MARINEAU
Poésie,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Laval, 2009, 104 pages.
ISBN 978-2-89612-305-6

 

Laurence et Sébastien
HENRI MARINEAU
Roman,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Laval, 2009, 254 pages.
ISBN 978-2-89612-318-6

 

William et Véronique
HENRI MARINEAU
Roman,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Laval, 2010, 242 pages.
ISBN 978-2-89612-326-1

 

 

Autres titres de cet auteur chez d'autres éditeurs

 

Les chemins de ma vie,

poésie, Les éditions de la Petite-Nation, 2005.

«Ne jamais abandonner… ! Louis Garneau»,

biographie, Louis Garneau inc, 2006.

 

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