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Ludger et Bernadette

Roman, Henri Marineau, Fondation littéraire Fleur de Lys

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Ludger et Bernadette

 

HENRI MARINEAU

 

Roman

 

Fondation littéraire Fleur de Lys, Lévis, 2008, 252 pages.

ISBN 978-2-89612-262-2

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Henri Marineau

Québec, Québec

 

 

COUVERTURES
 

Ludger et Bernadette, roman, Henri Marineau,

Fondation littéraire Fleur de Lys

 

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PRÉSENTATION
 

Ludger et Bernadette, roman, Henri Marineau,

Fondation littéraire Fleur de Lys

 

Dans la deuxième moitié des années ’50, Bernadette Vachon, 18 ans, originaire de la Beauce, en visite chez sa tante à Québec, fait la rencontre de Ludger Simard, frais émoulu de la Chambre des notaires.

À partir de ce moment, la vie jusque là paisible de Bernadette, envoûtée par le charme et la prestance de Ludger, emprunte le labyrinthe tortueux d’une épouse et d’une mère souvent laissée seule dans un monde en constante effervescence.

À la manière de l’artiste-peintre exposant ses tableaux en alternance du présent au passé, l'auteur nous raconte la vie d'un couple québécois issu de la fin d’une période traditionnelle et conservatrice et du début d’une ère de libéralisme et d’ouverture sans précédent au Québec au cours de laquelle ses valeurs fondamentales profondément enracinées sont fortement ébranlées par les courants modernistes auxquels n’échappent pas leurs trois enfants.

Somme toute, une histoire imprégnée d’authenticité où se côtoient les moments de tendresse, de désarroi, de tristesse et de joie d’une famille d’aujourd’hui nous ouvrant candidement les volets de son intimité.
 

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EXTRAIT
 

Ludger et Bernadette, roman, Henri Marineau,

Fondation littéraire Fleur de Lys
 

 

Avant-propos

 

 

«Le cycle de la vie se referme merveilleusement

derrière la scène émouvante

d’un vieillard s’amusant avec un enfant.»

 

 

1er novembre 2003

 

Deux semaines après la mort de Ludger Simard, Philippe, son fils, ayant entendu parler par ma sœur, infirmière avec lui en cardiologie, que je m’apprêtais à écrire un roman sur la vie d’un couple québécois, prend contact avec moi.

 

Nous fixons un premier rendez-vous dans un petit restaurant du boulevard Champlain à Québec; je perçois vite dans le regard de Philippe toute l’admiration et la tendresse qu’il éprouve envers ses parents, Ludger et Bernadette. À l’invitation de Philippe, je rencontre par la suite Bernadette qui me raconte sans scrupule et dans toute sa belle naïveté , sa vie avec Ludger et ses enfants.

 

Lors de notre dernière rencontre, quelques semaines avant sa mort, Bernadette me remet, toute tremblante, ce qu’elle appelle «le petit calepin noir de Ludger» dans lequel, me confie-t-elle, Ludger, parfois, se laissait aller, surtout vers la fin de sa vie, à certaines réflexions sur l’existence. Avec la permission de Bernadette et, pour vous faire partager ces réflexions, je me suis permis d’en intégrer quelques unes au début et à l’intérieur des tableaux.

 

Je vous invite donc à entrer dans la galerie romanesque des Simard pour y admirer chacun des tableaux qui illustrent certaines étapes de la vie de Ludger et Bernadette.

 

 

 

Premier tableau

 

 

«Aucun diplôme ne sanctionne

la compétence des parents

si bien qu’il est inutile de parler d’échecs.»

 

 

Avril 2002

 

Le printemps prend du retard en cette fin d’avril 2002. Toute menue, le dos légèrement courbé par le poids des années, Bernadette s’affaire à balayer minutieusement quelques coups de plumeau sur ses meubles de salon que le temps semble avoir épargnés, tellement elle les a cajolés depuis bientôt cinquante-deux ans.

 

Ludger et Bernadette étaient devenus propriétaires de ce vaste bungalow de sept pièces sur la rue Bougainville en Haute-Ville de Québec, dans le riche quartier Montcalm, en juillet 1950, après la naissance de Phillippe, le cadet, en mai de la même année; Luce, l’aînée du couple Simard, avait alors quatre ans, et Annabelle s’apprêtait à franchir le cap de ses trois ans à la mi-juillet. Ludger Simard, seul garçon d’une famille de cinq enfants, avait suivi les traces de son père Achille en optant pour la carrière de notaire qu’il avait entreprise en 1945.

 

À chaque année depuis maintenant trente-huit ans, Ludger et Bernadette se rappellent avec tristesse cette journée dramatique du 22 avril 1964. Ludger s’apprête, comme tous les matins à 8h pile, à démarrer sa Buick rutilante de l’année, précieusement garée dans son garage  lorsque, dans son rétroviseur, il croit divaguer, apercevant une ombre suspendue au plafond; il sort précipitamment de sa voiture pour découvrir avec effroi le corps de sa fille Annabelle pendu à une poutre du plafond avec un restant de corde à linge qu’il a conservé au besoin. Aux pieds du corps, sont griffonnés des mots sur un bout de papier.

 

Immobile, il fixe les pieds d’Annabelle à la hauteur de ses yeux puis monte son regard lentement  jusqu’à son visage dans l’espoir qu’il se soit trompé. La réalité le saisit au plus profond de ses tripes. Tel un automate, Ludger monte sur un tabouret pour décrocher le corps inerte d’Annabelle qui s’affaisse à ses pieds. La gorge serrée par l’émotion, il saisit machinalement une lettre qu’Annabelle avait déposée à ses pieds avant de se diriger vers la porte d’entrée de la maison où Bernadette arrose soigneusement ses plantes en écoutant la radio.

 

− Bernadette, j’ai à te parler!

 

Comme à son habitude, lorsque Ludger et les enfants sont partis, Bernadette s’enferme dans son monde et vit le reste de la journée en compagnie de la radio dont le volume est assez élevé pour qu’elle puisse l’entendre partout dans la maison.

 

Ludger s’approche de la radio et la ferme; Bernadette , déjà partie dans ses pensées, sursaute comme si le silence inhabituel venait la ramener brutalement sur terre.

 

− Bernadette, il faut que je te parle!, insiste Ludger.

 

− Ludger!…Je te croyais parti!… Mais qu’est-ce qui se passe?

 

Ludger, encore sous le choc à la suite de la macabre découverte, ne sait plus par où commencer.

 

− C’est au sujet d’Annabelle!, balbutie-t-il.

 

− Comment, Annabelle! Elle n’est pas couchée dans sa chambre? Elle m’avait dit qu’elle entrerait plus tard à cause d’une soirée avec ses amis! Elle n’a pas de cours ce matin!

 

− Non, elle n’est pas  couchée dans sa chambre!

 

− Mais, qu’est-ce qui te fait dire ça? Tu n’y es même pas allé!

 

− Je viens juste de la voir!

 

− Comment, tu viens juste de la voir! Mais où ça? Parle!

 

− Dans le garage!

 

− Comment ça, dans le garage! Mais qu’est-ce qu’elle fait là?

 

Bernadette s’apprête à accourir auprès de sa fille lorsque Ludger se place devant elle et la serre dans ses bras en pleurant.

 

− Annabelle est…morte! Je viens de la découvrir pendue dans le garage!

 

− Mais qu’est-ce que tu racontes? C’est impossible!

 

− C’est la vérité, Bernadette,  la triste vérité!

 

Hystérique, Bernadette sort de l’emprise de Ludger en hurlant à l’épouvante, tel un loup pris en chasse.
 

− Annabelle! Annabelle!, crie-t-elle, désemparée, tout en se dirigeant vers le garage, suivie de Ludger hors de contrôle…Annabelle! Annabelle!… Pourquoi?…Pourquoi as-tu fait ça?, s’écrie Bernadette en larmes, se jetant sur le corps de sa fille, déjà froid et bleuté.

 

Prenant son courage à deux mains, Ludger soulève délicatement sa femme, tel un oiseau blessé.

 

− Viens chérie, partons d’ici!

 

− Non, non…je veux rester près d’elle, je veux qu’elle m’explique pourquoi elle a fait ça, répond Bernadette les yeux hagards.

 

− Retournons à la maison, je vais appeler la police, c’est la seule chose à faire!.

 

− Annabelle!… Annabelle!… Pourquoi m’as-tu fait ça?… Pourquoi?, s’écrie Bernadette à genoux auprès de sa fille, la tête appuyée sur sa poitrine.

 

Ludger l’arrache à  nouveau du corps d’Annabelle et l’escorte péniblement jusqu’à l’intérieur de la maison. Aussitôt entrée, Bernadette arpente le corridor qui la conduit jusqu’à la chambre d’Annabelle. Elle ouvre délicatement la porte et découvre le lit où, de toute évidence, Annabelle n’a pas passé la nuit. Elle s’approche de la petite table de chevet, contemple la photo d’Annabelle en compagnie de son père et sa mère prise à l’occasion de son 15ième anniversaire, la serre affectueusement sur sa poitrine, et s’étend tout doucement sur le lit d’Annabelle.

 

Après une nuit de cauchemars et d’insomnies, Ludger informe Bernadette, au matin, de la lettre d’Annabelle et, d’un commun accord, il entreprend de la lire d’une voix étouffée.


 

«Chère maman,

 cher papa,

 

Lorsque vous trouverez ce papier, je serai déjà partie. La vie n’a plus aucun sens pour moi. Je suis emportée par une spirale sans fin. Ne vous sentez surtout pas responsables de ma décision. Vous n’avez rien à voir avec ça! Je vous aime beaucoup!

Annabelle.»

 

 

Annabelle n’avait alors que 16 ans… C’est aujourd’hui le 38ième anniversaire de ce pénible événement, et c’est comme si c’était hier dans le cœur de Ludger et Bernadette.

 

− Honey, que dirais-tu d’aller nous recueillir un peu sur la tombe d’Annabelle? Tu sais, ça fait trente-huit ans aujourd’hui qu’elle est partie. C’est incroyable, notre petite fille aurait 54 ans maintenant!

 

− C’est une bonne idée!, répond Ludger à l’invitation de Bernadette, le regard brillant comme si Annabelle était toujours vivante.

 

− Je vais sortir la voiture, prépare-toi !

 

Dix minutes plus tard, Ludger et Bernadette démarrent en direction du cimetière Saint-Charles, là où repose leur fille depuis 1964. À 81 ans, Ludger Simard, alerte et réflexes bien aiguisés, conduit de façon sécuritaire quoique, depuis quelques années, il range sa voiture à l’automne pour la ressortir après la fonte des neiges. Endimanchés comme pour les grandes occasions, Ludger et Bernadette s’arrêtent au lot numéro 28, rue Saint-Joseph, devant l’épitaphe rosé où sont inscrits, en belles lettres dorées fraîchement repeintes, les mots :

 

«Annabelle Simard

1947-1964.»

 

Pendant que les deux vieux se recueillent sur la tombe de leur fille, le scénario se déroule, toujours le même, dans la tête de Bernadette.

 

− Annabelle, lève-toi! Tu vas être en retard pour l’école!

 

Vingt minutes plus tard, Annabelle descendait l’escalier, les cheveux ébouriffés, le regard presque livide d’une adolescente qui s’enlisait de plus en plus dans la mélancolie, en quête d’une évasion qui l’entraînerait, à ce qu’elle disait, loin de ce monde de fous.

 

− Ne m’attends pas pour souper! Je vais chez des amis après l’école!

 

− Encore! C’est la troisième fois cette semaine!, réplique Bernadette à sa fille, de plus en plus inaccessible et ce, malgré les nombreuses tentatives de rapprochements de sa mère. Et tes devoirs?

 

− Je vais les faire avec Estelle et Bianca!

 

 

Cette année-là, Annabelle est promue de justesse en dixième année à condition qu’elle mette fin à ses nombreuses absences injustifiées.

 

Pendant que Bernadette, debout devant l’épitaphe, telle une statue, continue de visionner son film dans sa tête, Ludger, sentant bien qu’elle a besoin de temps, retourne s’asseoir dans son auto pour l’attendre.

 

Janvier 1963. Annabelle Simard est renvoyée de son école, les absences non-motivées devenant de plus en plus fréquentes. C’est Bernadette qui accompagne sa fille dans le bureau de la directrice.

 

− Vous savez, Madame Simard, nous avons tout essayé pour récupérer Annabelle; cela semble, pour l’instant, difficile pour ne pas dire impossible et pourtant, même s’il ne faut pas comparer, tout a été si facile avec sa sœur Luce!

 

À ces mots, les yeux d’Annabelle fixent madame Tousignant avec tant de haine que l’adolescente ne peut s’empêcher de sortir précipitamment du bureau, laissant sa mère seule avec la directrice. Une fois les formalités d’expulsion signées, Bernadette et Annabelle entreprennent une réinscription dans une autre école.

 

Février 1964. Par une température glaciale, Annabelle est retrouvée chez une amie après une fugue qui aura duré trois semaines infernales pour ses parents démunis et impuissants. C'est pendant cette période qu’elle rencontre Sylvain, un adolescent de 17 ans avec qui elle vit ses premières relations sexuelles après quoi il la quitte brutalement. À bout de force, pesant à peine 90 livres, la frêle Annabelle est hospitalisée en février de la même année, présentant, entre autres, des symptômes d’anorexie; des anti-dépresseurs lui sont alors prescrits. Cependant, malgré la médication, le souvenir amer de sa relation avec Sylvain lui cause une anxiété telle qu’elle sombre vite dans un état dépressif sévère jusqu’à ce matin du 22 avril, deux mois avant son bal de finissants pour lequel Bernadette lui avait confectionné une superbe robe fuchsia surmontée d’un turban blanc cassé qu’Annabelle devait porter dans ses cheveux bouclés pour cette grande occasion.

 

Le film s’étant déroulé pour une énième fois dans la tête de Bernadette, elle peut maintenant rejoindre Ludger qui l’attend patiemment dans la voiture.

 

− Que dirais-tu, Honey, de nous arrêter manger un cornet à deux boules comme Annabelle avait l’habitude d’en manger les dimanches après-midi d’été?

 

− Avec plaisir, chérie!, répond Bernadette, esquissant son plus beau sourire.

 

 

«Il est préférable de vivre sa mort

plutôt que de mourir sa vie.»

 

 

 

 

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SUIVI MÉDIAS ET INTERNET

 

Ludger et Bernadette, roman, Henri Marineau,

Fondation littéraire Fleur de Lys


 

Québec Hebdo (blogue)

 

Patrick White

 

 

 

BIOGRAPHIE

 

Henri Marineau

 

Né dans le quartier Limoilou de Québec en 1947, Henri Marineau fait ses études classiques à l’Externat Classique Saint-Jean-Eudes entre 1959 et 1968. Il s’inscrit par la suite en linguistique à l’Université Laval où il obtient son baccalauréat et son diplôme de l’École Normale Supérieure en 1972.

 

Cette année-là, il entre au Collège des Jésuites de Québec à titre de professeur de français et participe activement à la mise sur pied du Collège Saint-Charles-Garnier en 1984.

 

Depuis lors, en plus de ses charges d’enseignement, M. Marineau occupe divers postes de responsabilités au sein de l’équipe du Collège Saint-Charles-Garnier. Après une carrière de trente et un ans dans le monde de l’éducation, M. Marineau prend sa retraite en juin 2003. À partir de ce moment-là, il emprunte la route des écritures qui le conduira sur des chemins aussi variés que la poésie, le roman, le théâtre, le conte, la biographie, la satire et la chronique.

 

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BIBLIOGRAPHIE

 

Henri Marineau

 

«Dis-moi ce que tu penses!»
HENRI MARINEAU
Satire,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Montréal, 2008, 268 pages.
ISBN 978-2-89612-246-2

 

Ludger et Bernadette
HENRI MARINEAU
Roman,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Montréal, 2008, 252 pages.
ISBN 978-2-89612-262-2

 

Où est passé notre coeur d'enfant?
HENRI MARINEAU
Contes,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Montréal, 2008, 130 pages.
ISBN 978-2-89612-270-7
 

Les Sansoucy à Old Orchard
HENRI MARINEAU
Pièce de théâtre,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Laval, 2009, 132 pages.
ISBN 978-2-89612-270-7

 

Kim
HENRI MARINEAU
Pièce de théâtre,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Laval, 2009, 136 pages.
ISBN 978-2-89612-297-4

 

Frousses et secousses
HENRI MARINEAU
Roman,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Laval, 2009, 252 pages.
ISBN 978-2-89612-302-5

 

Parcelles de vie
HENRI MARINEAU
Poésie,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Laval, 2009, 104 pages.
ISBN 978-2-89612-305-6

 

Laurence et Sébastien
HENRI MARINEAU
Roman,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Laval, 2009, 254 pages.
ISBN 978-2-89612-318-6

 

William et Véronique
HENRI MARINEAU
Roman,
Fondation littéraire Fleur de Lys,
Laval, 2010, 242 pages.
ISBN 978-2-89612-326-1

 

 

Autres titres de cet auteur chez d'autres éditeurs

 

Les chemins de ma vie,

poésie, Les éditions de la Petite-Nation, 2005.

«Ne jamais abandonner… ! Louis Garneau»,

biographie, Louis Garneau inc, 2006.

 

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