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Pages personnelles de l'auteur Jean-François Morin   1   2

La rémunération dans le cyberespace:

concevoir l'information comme un bien public.

Essai - Mémoire de maîtrise,

Fondation littéraire Fleur de Lys, 2005

6 X 9 pouces ou 15 X 23 centimètres

ISBN 2-89612-111-5

 

Résumé     Table des matières     Extrait     Auteur

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« Le message, c’est le médium » disait McLuhan. En d’autres termes, ce qui a le plus d’impact dans la société, ce n’est pas le contenu des messages véhiculés, mais bien le choix du véhicule lui-même par lequel ils passent. Le développement de l’informatique et de l’Internet en est une démonstration spectaculaire. Nous avons un droit d’auteur qui interdit toujours la reproduction non autorisée des ouvrages autre que pour fins personnelles. Pourtant, l’application de cette loi est plus difficile que jamais. L’industrie du disque a surtout réagit en voulant empêcher le copiage illégal. Cette approche fait malheureusement fausse route. Mes travaux visent à démontrer que les efforts législatifs et techniques visant à empêcher le copiage sont au mieux socialement contestables, au pire techniquement impossibles. Ce sont plutôt les principes fondamentaux du régime passé-date de droit d’auteur qui devraient être remplacés.

 

Faisons un parallèle historique. Ce n’est pas la première fois qu’une technologie nouvelle provoque des bouleversements dans le monde culturel. Les premiers imprimeurs du XVIe siècle ont certainement été les premiers à employer une technologie procurant un large accès aux ouvrages d’auteur. Ils en faisait leur profit et toute limitation de reproduction était perçu de leur part comme un contrôle insidieux. Par contre, les auteurs se plaignaient de cette exploitation dans laquelle ils étaient perdant. Les autorités royales de l’époque ont réagit en instituant les premières grandes lignes de ce qui allait devenir notre droit d’auteur moderne : seul l’auteur a le droit d’exploiter son œuvre. Le caractère exclusif de ce droit est plus tard confirmé à l’échelle internationale avec la Convention de Berne de 1887. Aujourd’hui, l’histoire se répète : les fournisseur d’accès Internet (Bell, Videotron, AOL…) fournissent un accès abordable aux ouvrages en permettant à chaque internaute de reproduire et de distribuer les œuvres. Là encore, les autorités publiques ont surtout réagit par l’instauration de nouvelles lois qui interdisent des dispositifs permettant le contournement des protections anti-pirate, le plus souvent des logiciels. Que nous soyons au XVIe ou au XXIe siècle, la réaction fut essentiellement la même : protéger les droit exclusif d’exploitation. Cependant, la situation est évidemment différente sur un point majeur : les copieurs au XVIe siècle sont en petit nombre, spécialisés, visibles et par conséquent vulnérable à la répression policière. Les copieurs du XXIe siècle sont des millions, font une production domestique, se sentent anonymes et par conséquent ne craignent rien.

 

En réaction, l’industrie a tenté d’instaurer de nouveaux standards dans le matériel de lecture des disques. Par exemple, des lecteurs muni d’une clé de décodage ne lisant que les disques de son propriétaire ont déjà été mis sur le marché, mais les exigences des consommateurs sur la compatibilité du matériel ont provoqué leur échec commercial. Aussi, l’industrie du disque a souvent tenté d’obliger les fournisseur d’accès Internet à dévoiler l’identité de certaines personnes ayant illégalement copié des œuvres. Ces solutions par contre ne font pas l’unanimité. Dans le dernier cas, plusieurs sont craintifs sur la protection de la vie privée et des renseignements personnels. Aussi, elle esquive la possibilité de ce copiage soit fait à des fins légales. Dans le cas du lecteur de disque avec clé de décodage, il empêche la copie à des fins personnelles, comme mettre un morceau de musique dans un lecteur portatif MP3, ce que nous avons tous le droit de faire. Il empêche également « l’utilisation équitable » des œuvres. La reproduction non autorisée n’est pas illégale dans tous les cas, par exemple lorsqu’elle est à des fins pédagogiques et qu’elle a peu d’impact sur le marché. Aux États-Unis, on parle de «fair use».

 

Bien que ces solutions soient socialement contestables, nous pouvons aussi nous poser la question : est-il possible, techniquement, d’empêcher le copiage ? Certains disent non. Et pas n’importe qui : des informaticiens de Microsoft ont publié un document de travail dans lequel ils ont analysé bon nombre de dispositifs anti-pirates passés ou à venir. Ils ont imaginés dans chacun des cas comment le copiage clandestin pourrait s’adapter à la situation. Conclusion : les réseaux clandestins continueront à exister, peut être pas toujours avec la même efficacité, mais à exister malgré tout. Le problème est que lorsque nous sommes en possession d’un ordinateur, nous ne sommes pas seulement un consommateur, mais également un producteur. L’ordinateur est un outil de production. Tout le monde, avec un peu de jugeote et de détermination, peut s’adapter aux barrières que l’industrie nous dresse.

 

 

Reconnaître les œuvres comme des biens publics

Il ne faut pas non plus rester insensible aux problèmes de l’industrie culturelle. Il faut assurer une rémunération aux auteurs. La question qui se pose est comment ? Bien que nous ne les reconnaissons pas comme tel, les ouvrages sont dans la pratique des biens publics. En effet, on ne peut empêcher quiconque d’y avoir accès. De même, leur utilisation par l’un n’empêche pas l’utilisation pas un autre. La solution serait d’assurer une rémunération comme s’il s’agissait d’un bien public, soit par une taxation. L’industrie du disque commence tout juste à s’ouvrir à ce type d’idée. L’ADISQ, par exemple, préconise la taxation des fournisseurs d’accès à Internet. Évidemment, ils parlent plutôt d’une « contribution », mais appelons les choses par leur nom, c’est une taxe, mais une taxe nécessaire dans ce cas. C’est là un tournant majeur : la mentalité déphasée du XVIe siècle qui veut conserver le droit exclusif d’exploitation est abandonnée.

Les avantages économiques seraient énormes. Plus besoin d’investir dans de coûteux systèmes anti-pirates pour lesquels aucune standardisation n’est possible dû à l’adaptation des contrefacteurs. Et surtout, profiter au maximum des économies d’échelle. En effet, produire une copie supplémentaire ne coût pratiquement rien. C’est toute une richesse dont ont se prive en cherchant à limiter le copiage. Sur le plan culturel, les effets ne peuvent être que bénéfiques dans notre société.


 

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Résumé
 

Abstract
 

Liste des figures
 

Introduction
 

Problématique
 

Les concepts utilisés
 

Question de recherche
 

Formulation de l’hypothèse
 

Le modèle théorique : la théorie du bien public
 

Plan de travail

 


Chapitre 1 L’information comme facteur de production


1.1 L’information est-elle immatérielle?


1.2 L’information est-elle un bien fini de consommation?


1.3 La cybernétique


Chapitre 2 Les technologies de l’information comme variable indépendante


Chapitre 3 Les théories de la propriété intellectuelle


3.1 L’utilitarisme
 

3.2 La théorie du travail
 

3.3 La théorie de la personne

 

3.4 La théorie de la planification sociale

 

3.5 L’approche utilisée

 

Chapitre 4 Exclusion et rivalité dans une perspective historique
 

4.1 La capacité d’exclusion à l’accès des informations selon les technologies: les critères de comparaison
 

4.2 Analyse comparative des technologies de l’information

 

4.2.1 l’écriture manuelle
 

4.2.2 l’écriture automatisée
 

4.2.3 Les organisations de piratage spécialisées
 

4.2.4 L’informatique et le « peer-to-peer »
 

4.2.5 Comparaison des formes de piratage
 

4.3 La rivalité dans l’usage de l’information
 

4.4 L’information devient un bien public
 

Chapitre 5 Le régime de droit traditionnel
 

5.1 Les efforts législatifs des autorités publiques d’aujourd’hui
 

5.2 L’exclusion technique
 

5.2.1 Les béquets
 

5.2.2 Les solutions techniques appliquées à l’informatique
 

Chapitre 6 Une alternative au régime traditionnel
 

6.1 Les trois difficultés du régime traditionnel
 

6.1.1 Une perpétuelle bataille technologique
 

6.1.2 Des solutions coûteuses pour l'usager
 

6.1.3 La difficile acceptabilité sociale
 

6.2 Culture du copiage et contestation du régime traditionnel
 

6.3 Les distorsions du marché politique
 

6.3.1 La position des sociétés collectives d’auteur
 

6.3.2 La position des grands distributeurs
 

6.4 La « publicisation » de l’information
 

6.4.1 Les avantages
 

6.4.2 Les inconvénients
 

6.5 Mesurer la demande : Les méthodologies
 

6.5.1 Les critères d’une bonne évaluation
 

6.5.2 Les solutions appliquées aux transmissions hertziennes

6.5.3 Les solutions possibles pour l’Internet

 

6.6 Une occasion pour une nouvelle politique culturelle
 

6.7 L’opposition au régime de taxation
 

 

Bibliographie
 

Documents économiques
 

Documents en affaires juridiques
 

Documents en histoire
 

Documents en informatique et théorie de l’information
 

Documents autres
 

Liste des figures
 

Figure 1 : Croissance d’Internet et de la télévision dans le monde
 

Figure 2 : Comparaison du niveau d’exclusivité dans l’accès à l’information selon les différentes techniques de piratage
 

Figure 3 : Les technologies et leurs effets sur l’accès exclusif à l’information
 

Figure 4 : Schématisation de la rémunération selon les régimes de droits d’auteur

 

 

 

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CHAPITRE I

Le décor insipide projette la fidèle image d’une base militaire. À travers les faits et gestes du personnel, il n’y a jamais eu de sentiments relatés, du moins en apparence. Chaque soldat compte leurs pas pour être sûr de proférer la bonne démarche. Malgré l’austère ambiance, le vieux concierge ne s’empêche pas de raconter sa vie dans les détails à son assistant avec désinvolture au rythme énergique des coups de balais étayés sur le plancher. Mais l’assistant n’en a que faire. « Mmm Mmm » répond-t-il à chaque affirmation de son fatigant pépère. Ça ne l’intéresse pas. Ne le voit-il dont pas ?

Une partie de poker aura bientôt lieu. Le concierge veut rester fidèle au rendez-vous. Il se dépêche à récolter les débris des travaux de réparation dans le couloir. Son assistant semble pourtant insensible à ses envies. Soyons honnête, ses papotages le font carrément souffrir. Il souhaiterait que ce bonhomme succombe à sa vieillesse, question de protéger sa santé mentale. Quoi qu’il en soit, il se console. Il sait que cette situation ne durera pas longtemps. Le temps pour le vieux croûton de prononcer quelques simplicités et ce sera bientôt l’apothéose.

Le commandant Swarchkorf est le plus haut placé de la base. Il s’ennui. Thêta-5, une des quatre-vingt-quatre bases militaires de la Confédération, demeure laconique et sans histoire sur une planète éloignée. C’est pourquoi il rêve de partir. Néanmoins, la mission de la base n’est pas sans importance. Thêta-5 assure la surveillance d’une zone tampon entre la puissante Confédération américaine et une petite nation sous le joug du général Kastrau, un rival de longue date de la Confédération. C’est pourquoi Swarchkorf, officier expérimenté, fut sollicité pour le commandement de cette base. Cependant, Kastrau n’a entrepris aucune initiative provocante depuis les trente dernières années, de là le calme plat sur Thêta-5.

Swarchkorf ne prévoit pas rester longtemps. Il attend une promotion. Chaque courrier qu’il reçoit d’un officier supérieur fait l’objet d’une intense appréhension, espérant la bonne nouvelle qui tarde à venir. En attendant, c’est le train-train quotidien. L’agenda des activités d’aujourd’hui se résume principalement par l’entraînement en vol des escadrilles et la surveillance aérospatiale de la zone confédérée. C’est le même agenda qu’hier. C’est aussi le même qu’avant-hier, de même que le jour d’avant… toujours la même routine. Par contre, aujourd’hui n’est pas un jour ordinaire. On attend la venue non pas d’un croiseur interstellaire, non pas d’une délégation étrangère, non pas d’un nouveau prototype de chasseur, mais plutôt… la venue du prochain cargo ravitailleur. On a même prévu une partie de poker avec leur équipage. Ouais, c’est ça un évènement sur Thêta-5.

Cette banalité déprime Swarchkorf. Un fait cependant attire sa curiosité. Depuis les trois années qu’il est affecté à cette base, il n’a jamais pu savoir ce qui subsistait derrière une porte dont tout le personnel de la base est interdit d’accès. Dotée d’un système de sécurité perfectionné, elle est située au dernier sous-sol. C’est la seule porte d’accès de cet étage ce qui la rend d’autant plus intrigante. Swarchkorf a cependant une idée de ce qu’il peut s’y cacher. C’est un officier qui depuis longtemps est en contact avec des hauts placés dans la hiérarchie militaire et il a été impliqué dans quelques affaires secrètes d’État. Un de ces secrets particulièrement sensible n’est même pas connu du président. Cependant, si ses soupçons sont fondés, Swarchkorf se dit qu’il est préférable d’oublier tout ça. Vaut mieux laisser certaines actions du passé s’effacer dans l’oubli. La boîte de pandore demeurera ainsi scellée pour les siècles à venir.

Le vaisseau ravitailleur finalise une manœuvre d’amarrage à un caisson d’entreposage en orbite de Thêta-5. Dans la salle des commandes, Swarchkorf s‘apprête à savourer son café quotidien. Il humecte ses lèvres… phase d’approche du gobelet vers sa bouche. Contact dans trois, deux, un… Le technicien au radar interrompt subitement sa dégustation.

« Commandant, je ne reçois plus de signal. Système radar non-opérationnel ».

À la salle des commandes, on réagit calmement. Ce doit être une défaillance mineure. Swarchkorf ordonne de brancher le radar auxiliaire.

« Système radar auxiliaire non-opérationnel commandant ».

Un vent de méfiance sculpte les visages crispés des officiers. Que le système radar soit défaillant relève de l’imprévu acceptable, mais que le système auxiliaire le soit en même temps…

« Ça sent le sabotage », fait remarquer Swarchkorf.

Le vieux concierge jovial a changé d’air pendant ce temps. Plus un seul mot ne déguerpi de sa bouche. Il traîne sur le sol, tel un rat mort. La vie s’est dissipée de son corps à jamais, évacuée par la foudre d’un mortel instrument.

L’assistant du concierge a agit en traître. Lui seul le sait et lui seul le saura. L’assistant n’a rien d’un assistant. Après avoir éliminé la nuisance au laser à haute intensité photonique, il a mit son plan à exécution. Le coup fut admirablement programmé. Tous les détails de l’opération avaient été vérifiés. Tourne à gauche, cours vingt trois pas, tourne à droite, ouvre un boîtier et coupe le troisième fil conducteur en haut du circuit intégré. Il répète sensiblement la même opération pour un autre circuit plus loin. C’est ainsi que le système radar et le radar auxiliaire sont devenus inexploitables. L’assistant du concierge que le personnel prenait pour un piètre jeunot sans envergure devient soudainement un redoutable trouble-fête. Il détache de sa ceinture un transmetteur : « Ici Vidal. Mission accomplie. Phase un complétée ».

Thêta-5 tourbillonne dans un rare mouvement d’activité. Comme tout officier expérimenté doit le faire, Swarchkorf ordonne à toutes les unités de chasse de quitter la base. Cette manœuvre vise à éviter de clouer la chasse au sol en cas de dommages infligés à l’aire de lancement. Si cette aire ne devait plus être fonctionnelle, aucun décollage ne serait possible et la base serait privée de défense. Une minute et demie sont passées depuis de début de la tourmente. Tel un messie annonçant la bonne nouvelle, le technicien au radar annonce à Swarchkorf que le système radar a été remis en fonction. Les visages se décrispent immédiatement dans la salle des commandes.

Le technicien au radar entreprend un premier balayage radar. Dans les paramètres d’activation actuels, un balayage complet prend 12 secondes. Swarchkorf n’étant plus inquiet maintenant, il annule l’ordre d’évacuation de la chasse. Après tout, aucun vaisseau hostile n’aurait eu le temps d’approcher la base en quelques minutes. Deux secondes se sont écoulées depuis le début du balayage radar. Swarchkorf reprend le café qu’il avait laissé sur le tableau de bord. À la quatrième seconde de balayage, toujours rien en vue. Swarchkorf reçoit un courrier en provenance d’un de ses supérieurs hiérarchiques. Ce sont probablement les directives courantes concernant la cargaison du ravitailleur. Sixième seconde de balayage. Rien à signaler. Il commence à lire sa correspondance. Un opérateur de la salle des commandes attire l’attention du personnel environnant sur un bulletin de nouvelle diffusé en directe. La mention « mutinerie à Delta-Phi » est indiquée au bas de l’écran. Tous apprennent avec stupeur une insurrection de l’armée sur cette planète périphérique de la Confédération : « Une mutinerie dirigée par le commandant Obsco vient d’éclater. Delta-Phi est contrôlée par des rebelles », peut-on entendre. Quant au courrier de Swarchkorf, tient tien, ça n’a rien à voir avec la cargaison. Ça ressemble à un avis au personnel de la base. Neuvième seconde de balayage radar : c’est le calme plat. Toutefois, le visage de Swarchkorf prend soudain un air radieux : « Oui ! Oui ! Enfin ! » Il a reçu sa promotion. Il apprend à la lecture de son courrier qu’il quittera Thêta-5, le rêve qu’il caressait depuis des années. À la onzième seconde de balayage, le technicien au radar annonce : « Détection de quatorze bombardiers à une distance de deux kilomètres. Se dirigent droit vers la base. La patrouille signale que la cible est hostile ! Commandant, nous sommes pris au piège !»

Les yeux agrandis par l’effet de surprise, Swarchkorf n’a que le temps de soupirer ses derniers mots : « ma carrière est finie ». Nos secrets sont toujours plus petits que leur tombeau.

 

* * *

 

Il n’y a que des questions sans réponses. Les journalistes paniquent. Ce qu’ils sont et ce qu’ils veulent ne sont encore que des rumeurs contradictoires. Le président de la Confédération américaine Jeff Johnson est en conférence de presse pour éclaircir la situation aux journalistes... Enfin, éclaircir est un bien grand mot. Aidé de son charisme d’acteur, il propage une atmosphère de tout va bien.

« J’assure à la nation que nous avons la situation bien en main. Les auteurs de cette mutinerie subiront les conséquences de leurs actes. Nous combattrons cette misérable rébellion aveuglée par… la lumière de l’Amérique », lance Johnson accompagné d’un langage gestuel du bras droit.

Derrière l’enceinte, Albert Libman, le directeur des communications du président et le paquet de nerf en chef du cabinet présidentiel, écoute les paroles prononcées et prend soudainement panique.

« Non, mais bon sens ! Qui a écrit ce discours ?

  C’est Mike », lui répond un auxiliaire.

  Je ne veux plus le revoir griffonner le texte d’un discours. J’ai pourtant prévenu tout le cabinet que les envolées patriotiques doivent se faire au deuxième jour de crise ! On n’aura plus de substance à communiquer si on va trop vite.

  Quel est le bilan des pertes humaines et matérielles à Thêta-5  ? » lance un journaliste.

Le secrétaire à la défense prend la parole.

« Comme les rumeurs le laissaient entendre, les mutinés ont effectivement pris le contrôle de la base. Thêta-5 a subi d’énormes dommages que nous ne puissions évaluer actuellement. Nous ignorons tout sur les pertes humaines. Il faudra envoyer une sonde pour amasser plus de détails.

  Monsieur le président, depuis les quarante cinq dernières minutes les planètes Delta-Phi et Thêta-5 sont passées au contrôle d’une rébellion. Cela ne donne pas l’impression que vous avez la situation bien en main comme vous dites.

  Nous savons ce qu’ils veulent », lance Jeff Johnson. « Contrairement à ce qu’ils prétendent, ce soulèvement au sein de l’armée confédérale n’a rien à voir avec la hausse du prix de l’oxygène sur les planètes périphériques. Ce sont des gens… assoiffées de pouvoir », murmure-t-il précédé d’un un petit silence attirant l’attention. « Ils utilisent les moindres imperfections du système pour leurs propres ambitions personnelles. Or, ils ne pourront tenir le coup pour une raison fort simple : L’Amérique est grande. L’Amérique est forte. L’Amérique est la plus grande nation que notre univers connu ait supportée. Nous disposons de 88% de l’armement confédéral et eux 12%. Rien ne peut freiner la volonté américaine. Souvenez-vous ! Oui, souvenez-vous, pourquoi même après avoir colonisé des dizaines de systèmes solaires nous avons conservé le qualificatif d’Américains : c’est un symbole de puissance et de réussite qui nous rappel qui nous sommes. Être américains, c’est aussi être ce qui a de meilleur en nous même à travers un mode de vie édifiant. Ces rebelles profanes qui agissent contre l’Amérique agissent contre le meilleur de l’humanité. Malgré tout, je leur pardonne. Car, au plus profond d’eux même, tous les êtres humains sont américains. Que Dieu les pardonne. Que Dieu bénisse l’Amérique. »

Une journaliste du nom de Christelle représentant la CIN, la Chaîne Interplanétaire des Nouvelles, le plus important réseau d’information du quadrant galactique, prend le relais des échanges verbaux. Son moulin à parole se marie parfaitement avec son attitude d’éreinteuse professionnelle.

« Monsieur le président, quelles sont vos réactions concernant les allégations du comité sénatorial des biotechnologies de conflits d’intérêts avec la compagnie BioTech ?

  Il n’y a pas de conflits. Il y a déjà plusieurs années que je ne suis plus actionnaire de cette entreprise. Le comité doit corriger leur erreur dans les plus brefs délais.

  Les gouverneurs des planètes Altaïre III et V ont dénoncé le peu d’effort que vous employez pour l’avancement des négociations du protocole de Quyoptro. Avez-vous l’intention de modifier l’agenda des négociations sur la politique atmosphérique ?

  Écoutez, nous partons les négociations de très loin. Il y a beaucoup de chemin à faire. Je n’y peux rien si un républicain à la présidence avant moi a à toutes fins pratiques supprimé le processus de négociation. Je dois convaincre bon nombre de planètes de réintégrer le processus.

  Concernant les rumeurs d’une relation avec une certaine Brenda, est-il vrai que vous la voyiez à tous les soirs et que vous adonniez à des jeux sexuels ?

  Écoutez madame, une rébellion vient d’éclater et vous trouvez le moyen de vous intéresser à mon curriculum vitae sexuel ! Il n’y a pas plus de rapports entre cette femme et moi qu’il y en a entre vous et un morpion. Du moins j’ose espérer.

Jeff Johnson quitte la salle de presse avec l’esprit échaudé par la dernière question. Oui… bon, c’est vrai qu’il s’est déjà exécuté quelques permutations avec Brenda, mais c’est de l’histoire ancienne maintenant. Vaut mieux oublier tout ça. Des affaires plus urgentes sont à régler. Johnson se dirige vers son bureau d’un pas pressé, tout en faisant un clin d’œil à une demoiselle journaliste aux cheveux roux. Elle répond d’un sourire.

Même s’il s’est montré rassurant auprès des médias, Johnson sait qu’il en va autrement. La partie sera difficile à jouer. Le chef des rebelles, Obsco, s’est auto-proclamé président de la planète autonome de Delta-Phi. Il est de même général de sa propre armée maintenant. Il est conforté par un appui populaire indéniable là bas. D’autres planètes pourraient tomber entre ses mains. Johnson a toujours nié l’ampleur des problèmes entre les planètes terraformées et les non terraformées. Obsco s’affaire maintenant à les exploiter au maximum.

Ces problèmes émanent du fait qu’il existe deux types d’aménagement planétaire : les planètes équipées d’installations de survie et les planètes terraformées. Celles équipées d’installations de survie ont un climat inhospitalier pour l’homme, de là la nécessité de produire de l’oxygène, de l’eau et les autres éléments nécessaires à la vie humaine. Les équipements produisant ces éléments ont cependant un défaut : leur coût d’opération est très élevé. C’est pourquoi certaines planètes ont procédé à une terraformation. Ces planètes ont pu devenir hospitalières pour l’homme en injectant ou retirant au besoin des gaz à effets de serre. Les coûts d’exécution de cette transformation sont souvent exorbitants. C’est pourquoi dans la plupart des cas seules les planètes riches ou très populeuses ayant la capacité d’entreprendre de grands travaux publics peuvent se le permettre. Une fois cette opération complétée, les coûts d’opération des équipements de survie n’ont plus à être supportés. La terraformation est donc économique à long terme, économique pour les riches.

Il existait une solution alternative à la terraformation il y a plus de quatre-vingt ans : l’écologisme. La terraformation vise pour l’essentiel à adapter la planète à l’homme. Les écologistes proposaient au contraire d’adapter l’homme à la planète. Cette solution visait à procéder à des modifications génétiques sur la population planétaire. De cette façon, l’organisme humain aurait pu survivre à partir des gaz atmosphériques et du climat déjà présents. Les écologistes et les terraformateurs défendaient des idées et des valeurs totalement opposées. Les écologistes conféraient un caractère sacré à la nature. L’environnement devait rester intact car il constituait un patrimoine. Quant aux terraformateurs, c’est la nature humaine qu’ils voulaient conserver. L’idée de modifier génétiquement l’être humain était aussi perçue comme un danger. On ne savait pas jusqu’où cela pouvait mener. Les deux courants de pensée ont donné lieu à des débats politiques passionnés pendant plusieurs années. Malheureusement, le débat a finit par céder à la lutte armée. Une guerre civile sans précédent a déchiré le genre humain pendant près de trente ans. C’était la Grande guerre interplanétaire. Elle fut finalement gagnée par les terraformateurs il y a cinquante ans. C’est suite à leur victoire que la Confédération américaine est née. Ce régime politique est basé sur le principe que « l’homme doit rester homme ». C’est écrit dans l’article un de la constitution. Depuis ce temps, l’idée de toute manipulation génétique sur le génome humain est systématiquement condamnée par la plupart des acteurs de la société confédérée.

Donc, les deux possibilités de développement qui s’offrent à une planète sont soit la terraformation, soit l’utilisation d’équipement de survie. Là n’est pas toutefois, dans cette inégalité en ressources, le cœur du conflit qui oppose ces deux types de planètes aujourd’hui. Depuis une dizaine d’année, les planètes terraformées sont aux prises avec d’importants problèmes de pollution atmosphérique, ce qui les oblige à importer de l’oxygène. Par ricochet, le prix de l’oxygène augmente, y compris sur les planètes non terraformées là où le coût de la vie est déjà élevé. Pour remédier à la situation, les gouvernements des planètes non terraformées font pression pour qu’avancent les négociations sur le protocole de Quyoptro, un vaste plan de réduction des émissions de polluants atmosphériques. Or, les négociations se heurtent à des résistances. Plusieurs gouvernements des terraformées sont davantage préoccupés par le développement économique. Les planètes non terraformées ont alors exigé chez les terraformées l’imposition d’une taxe sur l’oxygène importée. Le Congrès confédéral a rejeté la proposition il y a près d’un an. Depuis, la tension monte entre les deux catégories. Le régime confédéral fait face à la plus importante contestation de son histoire. Les rebelles dirigés par le commandant Obsco canalisent maintenant à leur avantage ce mécontentement. Reste à savoir maintenant ce que ces rebelles ont l’intention de faire. Entre la négociation d’un accord avec les autorités confédérales et une bataille pour une indépendance politique des planètes non terraformées chère à acquérir, tout dépendra des dogmes d’une poignée d’individus.

 

* * *
 

Jeff Johnson entre dans son bureau. Il est suivit du général Mitzer de l’armée confédérale et de son conseiller spécial, Hotzendorf, pressé de ranger dans sa poche son livre de physique quantique, son passe temps favori. Enfin arrivent le directeur des services de renseignements, James Duglet, la négociatrice en chef du cabinet, Carla Douglas et directeur des communications, Albert Libman.

Johnson ne s’assied pas à son bureau. Il préfère l’atmosphère conviviale d’une réunion autour d’une petite table de salon. Seul Hotzendorf demeure à l’écart de la clique, assis sur une chaise au bord du mur. Johnson dépose son veston et défait le nœud de sa cravate. Assis sur le bout d’un sofa, il se penche vers l’avant : « C’est vraiment un foutu merdier ! »

Le général Mitzer vient mettre de la substance à la discussion.

« Monsieur le président, nous venons de recevoir les dernières transmissions de Thêta-5. Les données transmises font état notamment des conditions de tous les équipements et des conversations à la salle des commandes. Les systèmes radar ont été sabotés et mis hors d’usage pendant une minute quarante secondes, ce qui a permis à quatorze bombardiers de s’approcher de la base.

  Comment les bombardiers ont pu s’approcher de la base en une minute quarante ? » demande Johnson. « Les scanners scrutent le ciel à des distances astronomiques, on aurait du les détecter à une distance éloignée de la base avant qu’ils arrivent aussi près!

  Un vaisseau ravitailleur venait tout juste de s’arrimer au terminal orbital de la base avant l’attaque. Notre hypothèse est que ce vaisseau ait été modifié pour servir de porte chasseur. Les bombardiers auraient donc été transportés par le ravitailleur. Nos ingénieurs sont catégoriques, il y a suffisamment d’espace pour y introduire quatorze bombardiers. Monsieur le président, cette attaque fut remarquablement bien orchestrée. Thêta-5 n’avait aucune chance de s’en sortir. Les dégâts doivent être énormes. Il serait étonnant d’y trouver des survivants. Malheureusement, il est impossible de riposter rapidement sur Delta-Phi. Thêta-5 était la base la plus proche.

Carla intervient.

« Monsieur, je crois qu’il faille étudier l’option de la négociation avant d’entreprendre toutes actions militaires. Nous ne devons pas perdre de vue que le commandant Obsco bénéficie d’un appui populaire considérable. Agir en belliqueux serait désavantageux pour vos élections qui sont dans seulement huit mois.

  Elle a raison », renchéri Albert d’un ton anxieux. « Vous allez vous aliéner l’électorat des planètes périphériques qui vous ait traditionnellement favorable si vous adoptez la ligne dure.

Mitzer froncis les sursis, désapprouvant ce qu’il vient d’entendre. Sa stature carrée et son air sérieux dégage un climat tendu. Sa voix grave résonne dans tout le bureau :

  Monsieur le président, vous aurez plus de mal à gagner vos élections si vous laisser cette mutinerie dégénérer en orgie de violence à travers tous l’espace confédéré. Nous devons tuer cette rébellion dans l’œuf. Il n’est pas trop tard, » affirme-t-il en montant le ton. «  Ces mutinés doivent tellement souffrir qu’ils crieront « maman ! » et qu’ils pisseront dans leur pantalon lorsqu’ils repenseront à un acte d’insubordination.

Johnson réfléchit. Ça ne lui arrive pas souvent. C’est un homme aussi intellectuel qu’un mannequin. Il a l’air intelligent seulement sur un écran, sur une photo ou sur une scène. Cette fois cependant il réfléchit sérieusement. Obsco, Obsco, Obsco… Il connaît bien ce nom. Il est l’un des rares à connaître sa réelle signification. Pourtant il ne connaît pas la personne. Ses préoccupations sont beaucoup plus portées sur ce personnage que sur la rébellion elle-même. Un silence retentis dans la pièce. Carla s’approche.

« Pensez à tous les morts et toutes les familles que nous pourrions rendre malheureuse si nous ne faisons pas attention.

— Désolée ma belle, mais ce n’est pas le moment de faire du sentimentalisme. On y va pour l’écrabouillage.

Carla, choquée par le machisme, quitte la réunion en claquant la porte.

Johnson demande un dernier avis à ses conseillers. Pourquoi, en même temps qu’il a pris le contrôle de Delta-Phi, Obsco a choisi d’attaquer Thêta-5 ? James Duglet du service des renseignements répond que la seule motivation possible était d’éviter une contre-attaque rapide de notre part. Une autre hypothèse est qu’il ait voulu ouvrir un corridor pour recevoir de l’aide du général Kastro. Duglet précise cependant que peu d’éléments ne laissent croire que Kastro ait les capacités de soutenir une rébellion contre la confédération. Ils ont tout juste de quoi nourrir leur propre peuple, leurs capacités industrielles ne leur permettent pas de fournir des armes et ils ne disposent d’aucune technologie pouvant améliorer les conditions des rebelles.

Après analyses sur Kastro, Duglet plaide en faveur d’une mission d’espionnage sur Delta-Phi.

« Nous connaissons mal Obsco. Bien que nous ayons son dossier militaire en main, nous devrions mettre son profil à jour. Nous devons connaître ses intentions quant au déroulement futur de la rébellion. Il s’apprête peut être à envahir d’autres planètes mécontentes du régime. Il faut savoir lesquelles il vise en premier. Il faut envoyer un agent là bas qui nous transmettrait une copie de ses documents personnels et ses conversations par écoute électronique. »

Johnson oppose un refus catégorique sur cette proposition. « Mais, monsieur », marmonne Duglet, surpris de ce refus. Mitzer intervient

« Monsieur le président. Cette mission est essentielle pour préparer une offensive efficace. Avec tout le respect monsieur… je comprends mal votre réaction. »

Johnson, d’un air embarrassé, fait un demi-tour de tête vers la gauche, là où se tient Hotzendorf grandi par sa posture droite, silencieux et immobile telle une statue de roi sur la cathédrale de Reims. Lentement, il exécute un signe d’approbation en abaissant la tête et en la remontant légèrement. « D’accord » annonce Johnson. Il n’ose pas sacrifier les chances de succès d’une opération contre Obsco. Son hésitation est malgré tout difficile à saisir.

 

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Jean-François Morin est né à Québec (Québec, Canada) en 1978. Il s'intéresse aux problèmes politiques à un très jeune âge, marqué par les problèmes constitutionnels du pays puis par l'expérience référendaire de 1995.

Il devient bachelier dans le programme de majeure-mineure en science politique et en science économique à l'Université Laval.

Il complète un stage en communication-politique au Cabinet du Premier ministre du Québec et devient attaché politique dans différents cabinets ministériel entre 2000 et 2003.
 

 

En même temps, il complète son second cycle universitaire toujours à l'Université Laval en analyse des politiques où il se penche sur les difficultés de protéger les droits d'auteur des ouvrages numériques.

Il s'intéresse aussi plus globalement aux effets socio-économiques de l'évolution technologique.
 

 

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L’évolution de l’environnement technologique provoque des nouvelles façons de faire. La Fondation littéraire Fleur de Lys m’en semble un bon exemple. Autrefois confiné au média de papier avec un petit nombre d’émetteurs et un grand nombre de récepteurs, l’industrie de l’édition, appuyée sur l’Internet et l’informatisation des procédés, permet aujourd’hui la diffusion à faible coût d’un grand nombre d’auteurs. C’est pourquoi j’appui notamment la philosophie non limitative des genres de la maison. Je suis convaincu des succès futurs de ce type d’édition. Oui, il faut en diffuser le plus possible. L'environnement technique le permet et la diversité et la richesse culturelle s'en retrouve rehaussée. J’irai jusqu’à dire que l’édition numérique prendra la majorité des parts de marché au détriment de l’édition traditionnelle lorsque de nouvelles inventions pour lire les documents numériques seront davantage commercialisées (je pense entre autre au papier électronique). Après tout, je le répète, la technologie bouleverse les coutumes. C’est d’ailleurs un de mes centres d’intérêt dans ma littérature et mes études.

 

 

Jean-François Morin, Québec, Québec.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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