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Table des matières
Introduction
A – Les nuances qui manquent
B – Les connaissances qui manquent
C – Le parti-pris non doctrinal
I – Les attraits de l’Islam
A – La simplicité
B – La sécurité
C – Le sens
D – La communauté
E – Le sens de l’appartenance
II – Le champ d’action de l’Islam
A – L’exploitation du terreau fertile
B – Le totalitarisme
C – Le nombre
D – L’activisme
III – Les faiblesses de l’Occident
A – Le relativisme
B – L’abandon religieux
C – La dénatalité
D – L’hédonisme
E – L’individualisme
F – Les erreurs stratégiques
G – La rectitude politique
H – L’ignorance au sujet des autres
I – Les contre-modèles
IV – Les faiblesses de l’islam
A – L’abandon des Lumières
B – Le refus de la discussion
C – L’immobilisme historique
D – L’intolérance
E – L’ignorance au sujet des autres
F – La rigidité et le littéralisme
V – Les valeurs de l’Occident
A – L’ouverture
B – Les valeurs chrétiennes
C – La démocratie
D – La séparation du religieux et du
politique
E – La séparation de la vie
communautaire et de la vie privée
F – L’état de droit
G – La modernité
H – La liberté
VI – Les risques et les chances
Au sujet de l’auteur
Communiquer avec l’auteur
Extrait
Introduction
« Que
peuvent opposer des hommes
qui doutent à ceux dont
la croyance occupe tout l’esprit? »
Max Gallo, Les fanatiques, Fayard 2006, p.142
L’islam progresse dans le monde à une vitesse qui
surprend l’Occident. Si l’on pouvait représenter cette avancée à l’aide d’une
carte géographique virtuelle animée, on verrait s’étendre la couleur attribuée
au monde musulman à partir des zones existantes vers les autres régions, et
faire des sauts pour apparaître à des endroits où elle n’existait pas il y a
vingt-cinq ans, et commencer, là aussi, à se répandre. Si l’on pouvait également
intensifier la couleur pour refléter l’augmentation du nombre de musulmans dans
une zone déjà colorée, la carte prendrait une teinte de plus en plus foncée.
L’islam constitue le plus grand défi du monde moderne.
L’islam n’est pas une autre religion, comme le
christianisme ou le judaïsme. Il est beaucoup plus que cela, et le propos de ce
livre est d’expliquer en quoi. Quelles sont les raisons de son succès, et ce que
cela implique pour nous, voilà ce que les pages qui suivent vont tenter de
décrire.
L’islam a entrepris sa reconquête du monde. Cette
fois-ci, le monde ne se définit plus, comme la première fois, en cercles
concentriques autour de l’Arabie et de la Méditerranée. Cette fois, le monde
c’est Montréal, Dresde, Birmingham, Chicago, Bandah Aceh, le Darfour, le
Nigéria, Manille, Groszny. C’est aussi encore Marseille, Bagdhad, Le Caire,
Amman et Jérusalem.
La pax islamica ne sera pas imposée par la
force du sabre à la suite de victoires militaires. Les armes d’aujourd’hui sont
le cellulaire, l’ordinateur, l’avion, Internet, l’argent, et le nombre. Et dans
certains cas, malheureusement encore assez nombreux, le couteau, la mitraillette
ou l’explosif; et peut-être un jour le nucléaire.
L’islam a pour lui de nombreux atouts, dont l’ardeur de sa foi, la simplicité de
sa religion, le sens communautaire et celui de l’appartenance qu’il procure à
ses croyants; de plus, il sait exploiter le terreau fertile de la frustration de
tant de populations musulmanes dominées, exploitées, et victimes de nombreuses
et persistantes injustices.
L’islam dispose aussi d’un gros atout : les faiblesses
de l’Occident.
La question musulmane se pose sur plusieurs fronts. Il
y a la présence musulmane, de plus en plus nombreuse dans le monde : selon les
pays et selon la proportion qu’elle représente, la dynamique de sa rencontre
avec les autres prend des formes diverses.
Il y a l’islamisme, qui représente une dimension de
plus en plus importante de l’islam; il pose au monde, y compris aux musulmans,
la question de l’imposition de cette religion comme loi et mode de gouvernement.
Il y a la guerre d’Irak et d’Afghanistan, ainsi que la question palestinienne,
qui sont autant de brasiers qui alimentent le désespoir et la fureur de ceux qui
en sont les victimes, et qui contribuent à l’aggravation du clivage entre les
musulmans et les non-musulmans.
Front intérieur, front politique, front idéologique,
front militaire, ces terrains sont tous fertiles pour ceux qui souhaitent que
l’islam s’étende au monde entier. Sur chacun de ces fronts l’Occident est
interpellé, et il lui faut trouver l’action juste.
A – Les
nuances qui manquent
Bien entendu, les mots «Occident» et «islam»
présentent déjà une vision réductrice, trop simple. Il n’y a pas un
Occident, comme une chose entière et uniforme, pas plus qu’il n’y a un
islam homogène. Les contours de l’Occident sont fluides : plusieurs nations,
races et religions le composent ; même sa géographie n’est pas claire, comme
l’illustrent les discussions sur l’«admission» de la Turquie au sein de la
Communauté européenne. À son tour l’islam, du moins selon la découverte
progressive qu’on en fait depuis quelques années, présente un visage multiple
selon les pays, les tendances religieuses ou les contextes socio-politiques. Si
Allah parle l’arabe du VIIe siècle dans le Coran, les musulmans
parlent aussi une multitude d’autres langues.
L’islam n’est pas géographique, pas plus que
l’Occident n’est à l’ouest. On est toujours à droite ou à gauche, en haut ou en
bas de quelqu’un ou de quelque chose, et parfois avec, dans un même lieu et en
même temps.
Des courants intégristes parcourent l’Occident comme
l’islam. La droite religieuse et le courant conservateur se manifestent en
Amérique, comme les forces intégristes de l’islam s’activent en divers endroits,
notamment au Proche-Orient. Ces courants sont eux-mêmes hétérogènes dans leurs
manifestations comme dans leurs motifs. Mais les ambitions cachées sont souvent
finalement assez apparentes, et elles ont pour trait commun de chercher à
manipuler les opinions que ces courants desservent, ou asservissent, en vue de
les amener à des comportements de masse conduisant à l’avènement de leur
triomphe, qui se ressemblent mais s’opposent fortement. On ne s’étendra pas sur
la lecture que fait George W. Bush de la situation mondiale, pas plus que sur
celle qu’en font certains radicaux islamistes. On retrouve chez les deux cette
même ardeur à proclamer qu’ils possèdent la vérité, le même zèle à la défendre,
et la même hostilité envers ceux qui n’y adhèrent pas.
Partout aussi, mais moins visibles ou audibles, il y a
ceux qu’on appelle les «modérés», terme large pour désigner les tenants moins
radicaux, ceux qui acceptent une version moins rigoriste. Des milliards de
personnes. Les Européens et les Nord-Américains se rapprochent de plus en plus,
dans leur majorité, de ce centre modéré, en raison notamment de leur
distanciation de plus en plus grande vis-à-vis de la pratique de la religion (à
ne pas confondre avec l’éloignement de la foi). De son côté, à titre d’exemple,
le site Oumma.com donne un éventail de l’échange d’opinions qui circulent au
sein de l’islam francophone, et beaucoup de points de vue s’expriment sur
l’«équilibre» à trouver entre les vérités fondamentales et le moyen d’y arrimer
le présent.
Il y a, chez les croyants de toutes les religions, une
recherche de solutions qui permettraient de réconcilier la foi avec les nouveaux
tenants et aboutissants. Il y a aussi, chez plusieurs, qu’ils soient croyants ou
non, le désir d’un ordre social et politique permettant que la vie personnelle
puisse s’épanouir en conformité avec le choix fondamental de croire ou de ne pas
croire en Dieu, de pratiquer les rites d’une religion ou de ne pas le faire, et
de manifester ouvertement et librement ce choix sans être victime de sanction.
En sacrifiant les nuances à la simplicité, on
comprendra qu’il est ici question de l’Occident comme de l’ensemble des pays,
des gens, des cultures, des religions et des valeurs généralement situés en
Europe, en Amérique et en Océanie, et partagés par les gens qui y vivent, alors
que l'islam parle moins d’un territoire que d’une mouvance, d’une idéologie,
encore qu’il soit possible de situer géographiquement les régions où il est
prédominant.
Tout le monde n’est pas musulman en Palestine ou en
Indonésie, mais une forte majorité l’est. Tout le monde n’est pas caucasien en
Occident, mais une très grand nombre partage une hérédité indo-européenne et une
culture d’origine judéo-chrétienne qui entraîne une certaine manière d’envisager
le monde.
Déjà, le choix de parler de l’Occident comme pendant à
l’islam reflète une mise en relation inadéquate, qui oppose une réalité
géographique et historique à un courant religieux et idéologique. À l’Occident
on devrait opposer l’Orient, et à l’islam les autres religions. On sent bien que
les vrais enjeux transcendent le clivage géographique, même s’ils coïncident
parfois, et portent bien davantage sur la progression d’une pensée laïque face à
l’avancée d’un courant religieux. Il ne s’agit pas, comme certains le
voudraient, d’une opposition entre croyants et incroyants, mais de constater une
laïcisation de l’Occident dans l’ordre des matières séculières, dans une pensée
qui considère le religieux sous l’angle des valeurs spirituelles, de la conduite
qui s’y rattache, et des rites privés ou communautaires qui les manifestent ;
alors qu’inversement l’islam apparaît comme un ensemble qui intègre dans le
religieux le domaine séculier, au point de les rendre inséparables. Pour
l’islam, toutes les coordonnées morales, juridiques et sociales de la conduite
personnelle, de l’ordre familial, de la vie publique et de l’organisation de
l’État doivent être assujetties à la volonté d’Allah, alors que l’Occident
laïcisant veut laisser à la liberté intérieure la mise en application des
valeurs morales qui découlent, pour chaque citoyen, de sa foi.
La question de la charia en milieu occidental n’est
pas bien posée si l’on ignore ces postulats. Poser la question en aval,
c’est-à-dire se demander par exemple quels effets son application peut avoir sur
les droits des femmes, c’est, malgré l’immense importance de cette question,
laisser échapper celle, en amont, qui consiste à se demander si le religieux et
le laïc doivent occuper des domaines distincts ou être confondus. Même la
question fondamentale de l’unicité du droit et de l’universalité de la loi dans
un État séculier devient, à cet égard, subsidiaire.
Le monde musulman n’est pas homogène, est-il besoin de
le démontrer. Les affrontements parfois meurtriers entre factions musulmanes
rivales ont cependant plus à voir avec des guerres d’hégémonie politique,
économique ou militaire qui visent le contrôle d’un territoire et de son
gouvernement qu’avec des batailles où le dogme est en cause. Les sunnites et les
chiites d’Irak ont plus à en découdre autour de «l’héritage» de Saddam Hussein
qu’au sujet de leur divergences dans l’interprétation du Coran.
Ces divergences existent véritablement au sein de
l’islam et il ne faut pas les occulter. Elles donnent lieu, selon les pays, à
des normes de conduite dont la rigueur varie grandement.
On lira avec plaisir et profit de L’esprit des
religions, de Hesna Cailliau (éditions Milan, 2003) ainsi que L’Islam et
la Raison, de Malek Chebel (Perrin, 2005), pour avoir un portrait plus
nuancé.
B – Les
connaissances qui manquent
L’ignorance est la cause de bien des malheurs, en ce
qu’elle n’empêche pas les hommes d’agir alors qu’ils ne savent pas toujours ce
qu’ils font ou de quoi ils parlent. En cette matière, il faut non seulement
souligner l’ignorance générale, répandue, et même propagée, des uns vis-à-vis
des autres, mais reconnaître qu’on ne parle qu’à partir de ce qu’on sait
personnellement, ce qui est très insuffisant pour prétendre enseigner. Aussi un
Occidental doit-il se limiter à parler à partir des connaissances qu’il a de
l’Occident, parce qu’il y vit, et, pour l’islam, à partir de beaucoup moins : de
cours, de lectures, de recherches, de voyages, de rencontres.
L’ignorance est réciproque. Un jeune musulman
demandait récemment à un Québécois voyageant au Maroc comment Jésus, ce grand
prophète, pouvait permettre à ses disciples de manger de la viande de porc.
Jésus n’a évidemment jamais parlé de la viande de porc, ni pour en permettre la
consommation ni pour l’interdire, sa seule référence aux questions touchant la
nourriture ayant consisté à dire que ce n’est pas ce qui entre dans la bouche de
l’homme qui le souille, mais ce qui en sort, c’est-à-dire ce qui jaillit de son
cœur. On l’avait interrogé sur le fait que ses disciples ne faisaient pas les
ablutions juives préparatoires aux repas.
Il y a un vide grandissant de dialogue dans la mesure
où, d’une part, les croyants de l’islam accentuent l’affirmation de leurs
convictions sur la base de l’enseignement du Prophète, pendant que les
Occidentaux abandonnent résolument, pour leur part, l’argumentation de type
religieux pour établir les leurs. On ne parle plus alors de dialogue
interreligieux, mais de dialogue religieux - non religieux, et la rencontre est
difficile. Les musulmans y voient plus facilement que nous un clivage entre
croyants (eux) et non croyants (nous). La majorité des Occidentaux se disent
encore croyants, mais de moins en moins religieux. Cette distinction n’a pas
vraiment de sens pour un musulman, et on ne lui fera pas reproche de confondre
société laïque et société d’incroyance.
On assiste alors à un renforcement mutuel de la
perception négative de l’autre.
Les échanges sur les valeurs communes, où l’on annonce
vouloir faire large place au respect de la différence et à la compréhension,
sont hypothéqués dès le départ par cette divergence sur l’identité de l’autre et
sur ses valeurs.
En terrain occidental, la partie se joue sur un
malentendu. Les musulmans qui vivent en Occident demandent, et ils ont le droit
de le faire, tous les accommodements raisonnables en faveur de la pratique de
leur religion au nom de leur liberté religieuse, qu’ils conçoivent comme leur
droit à la différence, tandis que les Occidentaux les leur accordent au nom de
cette même liberté, mais comprise comme une facette de leur droit à l’égalité.
Il ne s’agit pas de la même chose, bien que les résultats puissent s’équivaloir.
Le point de vue égalitaire vise à assurer un traitement égal à toutes les
personnes de la collectivité. Il ne comporte pas, en soi, de droit à être traité
différemment, sauf dans la mesure où le traitement identique constituerait pour
une personne une discrimination. Le droit à la différence n’est un corollaire du
droit à l’égalité que si le traitement uniforme place une personne dans une
situation inégale, et si cette inégalité n’est pas justifiable à la lumière de
nos chartes. Le droit à la liberté de religion peut donc être perçu différemment
de part et d’autre.
Ce n’est pas par le biais du droit que vont se
résoudre les incompréhensions entre musulmans et non-musulmans. Le droit offre
une solution juste mais repose sur le rapport gagnant-perdant. Le fait de gagner
ou de perdre ne dispose pas à la rencontre, à l’échange, à la recherche de
solutions harmonieuses. Il faut informer l’autre, et s’informer de l’autre. Cela
demande un effort qui ne garantit même pas que les résultats seront au
rendez-vous, mais ce qu’on apprend sur l’autre vaut toujours mieux que de
l’ignorer. Et puis la recherche peut parfois faire faire à celui qui
l’entreprend des découvertes sur sa propre histoire, sur sa culture, sur sa
religion, et sur son mode de pensée.
Tout propos sur l’islam est suspect s’il n’émane pas
d’un musulman.
Les islamistes tendent à caractériser le reste du
monde comme «les sionistes» et «les chrétiens», de manière à accréditer chez
leurs clientèles la thèse d’un complot religieux, d’une Croisade dirigée contre
elles. Confrontées à des politiques, des situations, des actions militaires bien
réelles, ces populations ne font pas la distinction entre l’israélien qui fait
feu dans leur direction et le «juif ennemi de l’islam» ; on ne saurait le leur
reprocher. Pareillement les Bagdhadi qui voient ces jeunes militaires blancs,
circulant dans des véhicules blindés et parlant anglais, les assimilent à des
«chrétiens», comme la propagande militante les leur présente.
Cela paraît étonnant, mais l’ignorance, comme le
savoir, peut être propagée. L’ignorance s’enseigne par la répétition, par la
transmission d’informations erronées, et par le mensonge. Quand la vérité finit
par être connue, il est souvent trop tard et beaucoup de mal a été fait.
C – Le
parti-pris non doctrinal
Ce livre ne porte pas sur la doctrine. Il ne cherche
pas à expliquer en long et en large les thèses et les croyances des grandes
religions, ni à les discuter, ni à les défendre, et encore moins à les mettre en
question. Il les regarde du dehors, autant que faire se peut, et tente de les
décrire telles qu’il les perçoit. C’est le regard que porte un citoyen québécois
sur l’appel de l’islam. C’est un point de vue subjectif, assumé, et qui
permettra d’exprimer, à l’occasion, les sentiments que cette religion inspire,
qu’il s’agisse de perplexité, d’admiration ou de crainte. Il ne s’agit pas de
chercher à convaincre, pas plus que de se laisser convaincre.
Il semble en effet inutile et risqué d’entreprendre un
débat sur des thèmes qui touchent aux valeurs. Le conflit de valeurs est
pratiquement impossible à résoudre, à moins d’accepter de renoncer à discuter de
tout ce qui y touche, afin de préserver la relation de dialogue, ou encore à
moins que celui qui adhère à l’une choisisse d’y renoncer pour avoir la paix
avec celui qui croit à l’autre. Paix relative, celle qui découle d’une telle
soumission.
Comme il ne s’agit ni d’un traité sur les religions ni
d’un traité sur la géopolitique actuelle, mais d’un simple regard assorti de
commentaires, on voudra bien accepter d’aller chercher ailleurs l’information
détaillée, l’exégèse déterminante, comme l’apologétique. De plus, s’agissant de
réflexions au sujet la propagation de l’Islam dans le monde, il y a lieu de
tenir compte aussi de ce qui se passe au plan individuel entre les êtres humains
que nous sommes tous. Nous partageons notre planète de façon de plus en plus
concrète, et tout nous rapproche. Les voyages, les moyens de communication,
l’immigration. Acceptons aussi que le vocabulaire, notre langage, soient
fortement biaisés par leur propre hérédité et par ce que des siècles d’éducation
y ont ajouté. L’appel de l’islam s’incarne dans la réception que fait chaque
individu du message qui lui est annoncé par une autre personne, tout cela en
chair et en os, dans des conditions physiques, matérielles et contextuelles
précises, que ce soit dans la famille, la madrasa (école religieuse coranique)
ou la conversation persuasive d’un individu à un autre. Le messager a une
motivation, le récipiendaire du message également. Personne n’a tort ni raison
dans cet état de fait ; on constate ce qui est, point.
Il existe trois grandes religions monothéistes, à
savoir le judaïsme, le christianisme et l’islam. Il sera sans doute impossible,
sans l’intervention de leur Dieu commun, de les réunir. Bien qu’issus d’un même
père, les juifs ne reconnaissent pas Jésus comme le Messie, l’envoyé de Dieu
qu’ils attendent. Les chrétiens sont divisés entre eux en plusieurs familles.
Après avoir vilipendé les juifs pendant plus d’un millénaire, ils n’ont pas
oublié les musulmans, qui à leur tour se souviennent des Croisades, et on les
comprend. Les musulmans prétendent pour leur part que les chrétiens ont trois
dieux, à cause de la théorie de la Trinité. Le malentendu est total entre les
trois branches de la famille abrahamique.
Il est très difficile de s’entendre si en plus on
définit l’autre selon des postulats non vérifiés et si on lui attribue des
croyances qu’il n’a pas.
D’autres ont exprimé brillamment les idées reçues que
les chrétiens, les juifs et les musulmans entretiennent les uns sur les autres.
Il est très difficile d’accepter les critiques sur sa religion, la contestation
de ses dogmes, l’à-propos de ses prescriptions, et encore plus difficile de se
battre contre les perceptions erronées que les autres ont de soi. Cela aboutit
généralement au durcissement des positions d’origine et, souvent, à la coupure
du dialogue. En décrivant sa perception de l’islam, on participe, si elle est
inexacte, au risque de le «définir» aux yeux des autres et d’augmenter le
malentendu, tout en heurtant les musulmans. C’est le contraire qui est souhaité.
S’il n’est pas possible de s’entendre sur une même
doctrine, peut-on au moins espérer qu’on arrive à se tolérer, voire à se
rapprocher les uns des autres pour mieux nous connaître? Une coexistence amicale
entre fils d’un même Père semble possible, et on doit la souhaiter. Le chemin
est parsemé d’embûches, et il ne faut pas faire exprès pour attiser les
différences et les désaccords sur des sujets qui atteignent les sensibilités
respectives.
Voilà pourquoi ce livre ne cherche pas à discuter de
doctrine. Tout au plus arrivera-t-il qu’on mentionne un élément de la foi,
seulement pour le constater.
Au sujet de
l'auteur
Natif de Charlevoix, Michel Leclerc est
avocat.
Il a
fait carrière au gouvernement du Québec, où il a occupé notamment les fonctions
de Directeur de Cabinet du ministre de la Justice, de Greffier adjoint du
Conseil exécutif, de Greffier en loi de l’Assemblée nationale, de Directeur de
Cabinet du Président de l’Assemblée nationale, et de Directeur du Bureau des
règlements au ministère de la Justice.
Retraité, catholique, il s’intéresse aux questions religieuses et à la
politique, et porte un souci particulier pour l’avenir des Québécois.
Communiquer avec l'auteur
Michel Leclerc se fera un grand plaisir de lire
et de répondre personnellement à vos courriels.
Voici son adresse électronique :
contact@manuscritdepot.com
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