EXTRAIT
La grande retrouvaille, Oscar Bisson
Fusion – Renaissance – Écriture
automatique,
Fondation
littéraire Fleur de Lys
CHAPITRE 1 (INTÉGRAL)
L’évolution personnelle de l’auteur
« Le savoir d’aujourd’hui n’est pas nécessairement
celui du lendemain, il s’approfondit à l’infini. »
Pendant que ma mère me portait dans son sein, elle était très dépressive et…
c’est dans cet état qu’elle m’a donné la vie.
Durant mon jeune âge, je peux me souvenir que j’étais un enfant ni enjoué ni
encore moins casse-cou à comparer à mes frères. J’avais une sensibilité à
fleur de peau, j’avais tellement un plein d’amour continuel, je pleurais
souvent pour un rien. Entre cinq et neuf ans, je me demandais souvent ce que
je faisais en ce monde; je me sentais sincèrement un étranger incompris et
très vulnérable. J’en étais très malheureux, car je ressentais ma famille
très différente de moi en tout fonctionnement.
Je me demandais très souvent où était mon monde. J’avais la sensation de
tout savoir et d’être parfait en fonctionnement, je ne pouvais accepter
aucune autorité sévère de quiconque.
Nous étions quatre frères et quatre sœurs. Eux étaient fréquemment disputés,
parfois même giflés; ils étaient tous très actifs. Si par malheur j’étais
réprimandé par ma mère, intérieurement je pouvais lui souhaiter la mort et
la traiter de tous les noms imaginables. Cette sensation pouvait demeurer en
moi plusieurs heures et parfois même plusieurs jours. Puis toute cette haine
disparaissait, la douceur et la tendresse revenaient en moi. Toujours en mon
for intérieur, je pleurais et m’excusais cent fois, et je disais à ma mère :
« Je t’aime, j’ai besoin de toi. ».
J’étais celui qui ne pouvait être disputé ou formé par personne, je me
sentais unique, très spécial. J’avais réellement la sensation de déjà tout
savoir, je n’avais aucunement besoin de suivre quelqu’un. Mais je mendiais
l’amour, la tendresse et la compréhension de tous, c’était mon plus grand
besoin de nourriture. À ce moment-là, selon mes frères et sœurs, j’étais
faible, préféré et surprotégé.
J’étais un enfant très sensible, je me plaisais beaucoup dans la solitude et
dans la tristesse. Pour moi, cela devenait une jouissance, cela faisait
partie de mon quotidien. J’avais une très grande sensation d’être seul,
incompris et étranger à tout mon entourage. J’avais le sentiment que ce
monde n’était pas le mien. La nécessité de me battre pour survivre m’est
venue très tôt, un combat sans limites pour moi-même et envers tout
sentiment, sinon je n’aurais point eu la force de continuer à vivre dans ce
monde qui n’était pas le mien.
Durant mon adolescence, j’ai vu fréquemment ma mère en état de crise de «
dépression nerveuse ». Cela pouvait durer des semaines entières. Elle a même
reçu l’extrême-onction durant l’une de ces crises. Durant ces épisodes, elle
délirait beaucoup, elle était terrorisée, criait et pleurait. J’étais le
seul des enfants à pouvoir l’approcher, elle ressentait mon calme, mon amour
et ma sensibilité. Nous étions très proches l’un de l’autre. Durant ces
épreuves, je me montrais très fort, intouchable. Mais à l’arrière-plan,
j’étais très affecté et très craintif. J’avais les idées fertiles. Dans tout
cela, j’ai développé une très grande peur face à la mort. J’avais besoin de
cette mère, de son amour et de sa tendresse. Parfois, je regardais mes
frères et sœurs… Pour un court moment, je voyais une certaine inquiétude en
eux, puis c’était l’insouciance, l’inconscience même. Le quotidien était
très présent… les jeux, les rires, les rivalités… Pour moi, il n’y avait
aucune évasion, c’était l’inquiétude, les tourments, le travail. Il n’y
avait aucun répit. Pourtant, nous avions tous les mêmes privilèges. C’est
très curieux!
Quand j’eus atteint l’âge de treize ans, ma mère contracta la tuberculose et
fut traitée au sanatorium de Sudbury, en Ontario. Durant ces années-là, nous
vivions dans le village de Cache Bay, tout près de Sturgeon Falls. Je me
suis occupé de mes frères et sœurs durant six mois, j’en assumais l’entière
responsabilité. J’ai même raté mon année scolaire. Puis, nous, les enfants,
avons été placés par les services sociaux sur des fermes environnantes.
À cette époque-là, nous n’avions aucun droit ni aucune possibilité de rendre
visite à notre mère. C’était très éprouvant. Cette femme fut
merveilleusement amour et courageuse; elle vivait, se battait contre la
maladie pour retrouver ses enfants.
Durant cette épreuve, je mettais toute mon énergie au travail de la ferme.
Le fermier me valorisait et m’encourageait continuellement. Au travail,
j’avais du cœur pour deux. J’étais très bien traité, et j’avais l’amour et
la compréhension de son épouse.
Vers l’âge de quinze ans, nous étions tous retournés à la maison. Tous
étaient très heureux, la vie de famille recommençait.
L’année suivante, quand arriva le temps des foins, j’ai travaillé pour un
confrère du fermier. Cet homme me payait le même taux horaire qu’aux
employés adultes expérimentés en machinerie agricole. Pour moi, c’était très
valorisant, j’étais aimé et très apprécié pour mon travail.
Lorsque j’eus dix-sept ans, j’ai rencontré une jeune fille douce, tendre et
aimante, tout ce que pouvait rechercher un être comme moi; ce fut vraiment
le coup de foudre, l’amour fou.
Un soir d’été, pendant que nous étions ensemble à nous parler d’amour, le
sentiment était tellement fort et présent, c’était comme si quelqu’un
d’autre que moi parlait. Je ressentis une très grande sensibilité. Tout à
coup, je lui dis : « Marie-Reine, j’ai un secret à te confier. Je ne suis
pas d’ici-bas, je viens d’ailleurs. ». Elle me fit un sourire, comme si rien
n’avait été dit. J’étais resté un peu surpris de mes propres paroles, mais
en y pensant aujourd’hui, c’était un peu comme un jeu, mais aussi une grande
vérité et une très grande sensation d’être.
Vers l’âge de dix-huit ans, je me suis marié à cette belle jeune fille qui
est amour. Quelques temps plus tard, nous avons eu deux belles filles :
Karen et Natasha.
À l’âge de dix-neuf ans, j’ai perdu le plus jeune de mes frères, Renaud,
dans un accident d’auto. Il avait seize ans. L’avant-veille de sa mort,
j’avais communiqué avec lui pour lui dire que je lui avais décroché un
emploi dans l’industrie où je travaillais, à Alexandria, en Ontario. La
journée même où il devait me rejoindre par train, il l’a manqué de justesse
et est retourné travailler une journée de plus à la pharmacie comme livreur.
Mais ce même jour, en traversant la rue, il s’est fait renverser par une
auto. Le lendemain, je l’attendais toujours. Il n’arriva jamais. Lorsque la
nouvelle me parvint, je ne pus y croire. C’était catastrophique, c’était
impossible. Pour moi, le cauchemar persista une longue année. C’était
incroyable, presque de la folie. J’ai mis beaucoup de temps à reprendre le
dessus. Mon épouse m’aida beaucoup.
J’avais très mal pris le départ de mon frère Renaud. C’était mon petit
préféré. Nous étions très proches, nous nous ressemblions beaucoup. J’étais
son idole. Avant cet accident, nous ne pouvions pas nous voir beaucoup.
J’étais jeune marié, sans automobile. En plus, je gardais deux de mes jeunes
sœurs pour quelques temps. Mes parents s’étaient séparés pendant mon voyage
de noces. Cela a été très pénible, un grand choc. Le plus terrifiant dans
tout cela, c’était la séparation de la famille. Nous étions huit enfants, la
cadette, Darlene, avait seulement cinq ans. Les enfants ont tous été
éparpillés, en Ontario, en Gaspésie, à Montréal. D’une extrémité à l’autre,
nous ne pouvions plus nous côtoyer. Nous sommes devenus des étrangers. La
famille me manquait. Je ne pouvais partager mes réussites, mes projets, mes
joies. Mon père m’a beaucoup manqué.
Une partie de ma vie a été très mouvementée. J’étais beaucoup trop
vulnérable, trop sensible, trop amour, comparé à mon entourage qui était
très rustaud. En plus de cela, j’avais un pénible défaut de langue, qui m’a
suivi trop longtemps. Je me suis fait des armes à ma façon, j’ai combattu ce
défaut, qui m’irritait beaucoup, sans relâche, puis le problème lâcha prise
très lentement, pour disparaître tout à fait vers l’âge de trente ans. Quel
soulagement! Quelle victoire! J’avais remporté une très grande bataille. À
cette époque, j’aurais aimé écrire sur ce sujet pour aider mes semblables.
En bas âge, je me suis toujours senti très vulnérable, alors j’ai ressenti
le besoin de me faire plusieurs masques. Premièrement, j’ai forcé mon corps
à devenir plus robuste, plus corpulent, par la boxe et la culture physique.
À l’âge de dix-neuf ans, j’avais atteint un poids de deux cent cinq livres
pour une grandeur de cinq pieds dix pouces. J’étais très satisfait, tous
voyaient ma force brute, et le respect qu’ils devaient me porter.
Au même moment, je changeais aussi mon intérieur. Je n’acceptais rien,
j’étais devenu ce que j’avais voulu devenir pour me protéger. J’étais devenu
un autre que moi, violent, fort, orgueilleux et beaucoup encore. Sans le
savoir… En étant inconscient du fonctionnement, j’avais presque totalement
renié ma première identité. Je n’étais plus le même. C’était presque
parfait, j’avais une confiance aveugle en tout ce que j’entreprenais :
travail, projets, décisions et tout. Je ne croyais plus en rien : religions,
Dieu, objets volants non identifiés, les gens qui m’entouraient. Tout était
foutaise, j’étais la force et c’était très bien ainsi.
Dans cette aventure, j’avais réussi à développer deux personnalités
complètement différentes : le bon et le très mauvais. J’explique. Pendant
des semaines entières, au travail, à la maison, c’était l’harmonie dans
tout. Soudain, ce que les gens appelaient l’enfer sortait de moi; je
devenais très violent, agressif, je menaçais et j’en passe. C’était vraiment
un dédoublement de personnalité. Je ressentais mon énergie intérieure vibrer
tellement fort, c’était comme un volcan incontrôlable. J’aurais pu frapper
et même tuer, presque. Il n’y avait aucune raison à tout cela.
Cet état pouvait durer jusqu’à deux semaines. C’était tellement stupide qu’à
la fin de cet épisode, je me posais la question : pourquoi? Je ne le savais
pas, j’aurais bien aimé le savoir. Aussitôt cette violente tempête terminée,
je suppliais mon épouse de me pardonner, je lui disais que j’étais fou
d’amour pour elle et que je ne voulais plus recommencer. Alors, elle me
prenait la tête dans ses mains en me caressant : là, je me sentais redevenir
un enfant et je me laissais pleurer. C’était une douceur infinie.
Je sortais de telles tempêtes très épuisé, tendre et amour. Cela pouvait
prendre une semaine avant que je récupère de cette grande fatigue. Quel
désappointement! Quelques temps plus tard, tout recommençait, c’était
l’enfer. À chaque triomphe, je remerciais le ciel d’avoir une épouse qui
était amour, tendresse, douceur et compréhension. Elle était dans mon cœur…
ma Reine. Autrement, je n’aurais pu continuer à vivre.
Quelle horreur pour moi et les miens! Ces expériences étaient très néfastes.
Alors j’ai cherché par tous les moyens à m’en défaire. En ce temps-là, je
n’avais pas un très grand savoir du fonctionnement, mais j’avais un très
grand espoir. Je me comparais à celui qui avait un problème de boisson, ou à
l’univers avec ses grandes tempêtes, ses bourrasques de vent, ses ouragans.
Puis revenaient le beau temps, le soleil, les chants d’oiseaux, le
ruissellement de la rivière. L’harmonie était de nouveau au rendez-vous. Mon
fonctionnement et celui de l’univers se rejoignaient : après la pluie, le
beau temps.
J’ai cherché, cherché sans arrêt. J’avais plusieurs questions, mais sans
réponses. J’étais très sincère dans ma recherche, et j’avais un très grand
espoir : je savais qu’un jour la lumière serait au rendez-vous. Mais quand?
Quelques années plus tard, j’ai vécu des expériences incroyables. De
trente-six à trente-huit ans, j’ai vécu beaucoup d’expériences non voulues.
Je travaillais très fort : j’étais apprenti maçon pour le gouvernement
fédéral et je travaillais quarante heures par semaine. De plus, je faisais
du travail à mon compte le soir et les fins de semaine. J’avais une fermette
et je pratiquais l’élevage de chiens et d’autres animaux. J’ai rénové la
maison. Et j’écrivais une chronique dans un journal local sur le sport des
traîneaux à chiens. La maladie de ma plus jeune fille, âgée de douze ans,
m’a fait vivre beaucoup d’inquiétude. J’ai même remis en question ma vie de
couple. Enfin, le feu a détruit ma propriété, qui a été une perte totale.
Pour finir, ça m’a conduit à l’épuisement, au burn-out.
Ma période d’épuisement dura trois ans, au cours de laquelle je vis quelques
spécialistes, régulièrement, à la demande de mon assureur et de mes
employeurs. Je ne me sentais pas du tout malade, mais parfois, j’étais comme
un volcan prêt à exploser. La sensation était beaucoup trop forte, cela
m’inquiétait.
Un an plus tard, mon employeur, Les Forces armées canadiennes, m’envoya une
lettre d’avertissement : si je ne me présentais pas à mon travail dans les
semaines à venir, on me retirerait mon poste. Je n’étais pas prêt à revenir.
J’ai donc refusé et perdu mon emploi. Je me sentais très bien dans cette
décision, malgré l’incompréhension des gens.
Durant la première année, je rencontrai un spécialiste en psychologie, qui
voulait savoir où j’en étais; il me parla d’un retour au travail. Je pris la
parole et lui dis : « Même en pointant une mitraillette dans ma direction,
personne ne pourra me convaincre d’un retour au travail ». Puis j’enchaînai
: « Essaie de t’imaginer une roue géante, qui tourne avec des milliers de
gens. Tous crient, pleurent et rient, etc. Soudain, il y a un
malfonctionnement de mon siège, et je tombe. En me relevant, c’est le réveil
total, je vois tout ce monde bruyant, qui crie à l’aide, et là je me vois
libre comme l’air, heureux et très confiant ». Je regardai mon interrogateur
droit dans les yeux et lui demandai : « Qui est le plus sensé, eux ou moi?
». Mal à l’aise, il n’avait su que baisser les yeux. Il n’avait su que
répondre, car j’avais touché une grande vérité.
Pendant ma maladie, j’avais complètement renié mon côté fort, et je me
plaisais à exister dans l’air du temps. Libre, bien, doux, sensible, amour,
sans travail, sans projets, sans responsabilités, sans sensualité.
J’existais, simplement. Pour subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille,
j’avais l’argent de mes assurances, et mon épouse, Marie-Reine, travaillait
et s’occupait de tout. Elle essaya de m’aider par plusieurs moyens, mais ça
ne donnait rien. Elle ne pouvait me brusquer, pour revenir au système qu’on
connaît tous très bien. Elle était beaucoup trop douce et amour.
Pour moi, c’était comme m’être retrouvé au tout début, avant la formation
des masques. Durant mes journées, je prenais de très longues marches, et je
faisais des randonnées en auto. C’était merveilleux d’avoir retrouvé une si
grande liberté de soi-même. J’écoutais beaucoup de musique. Les journées
fuyaient. Je ne voulais plus connaître autre chose, c’était le paradis.
Lorsque je prenais une marche dans un sentier boisé, très fréquemment je
m’appuyais sur un arbre et je lui demandais de partager son énergie avec
moi. À ce moment-là, je ressentais un partage avec la forêt entière. C’était
une très grande aide, l’amour et l’harmonie étaient très présents.
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