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Un

univers

signé

Paul-Pascal Di Vito

Régressions - Arcadia V

roman de science fiction

 

 

220 pages, format numérique et papier        [ Retour à la Zone fiction ]

 

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Résumé

Extrait

Auteur

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CHAPITRE 1

Jean rentrait chez lui, les mains profondément enfoncées dans ses poches, un peu bougon.

Pourquoi refusait-elle son aide ?

Il donna un coup de pied rageur à un morceau de bois pourri qui traînait sur le chemin, il roula en soulevant un peu de poussière brune, il en admira les volutes puis se concentra sur la question qui le préoccupait.

Pourquoi refusait-elle la main qu’il lui tendait ?

Pourtant, depuis que les cargos ne venaient plus la solidarité était de mise. Tout le monde aidait tout le monde pour assurer la survie de cette communauté abandonnée.

Il regarda les trois lunes qui barraient le ciel rougissant, toutes les trois de même taille et presque alignées, d’une même couleur bleutée.

Elles disparaîtraient de l’horizon ensemble ne laissant voir que trois croissants très lumineux qui éclaireraient son chemin, comme tous les soirs.

Betty, le regard vide était enfermée dans ses pensées, son visage creusé par la fatigue et les privations avait encore du charme, la lampe à huile dégageait une odeur acre, elle utilisait de la graisse de chèvre.

L’huile de lampe avait disparu depuis longtemps.

La faible lumière qu’elle dispensait laissait voir sur les murs décrépis, les souvenirs d’une belle tapisserie qui avait dû être la fierté des anciens occupants.

Plus rien que ses mains pour vivre, pour arracher à la terre les quelques légumes pour elle et le foin qui assurait la survie de ses chèvres.

Dehors la nuit était tombée, la brise s’était levée comme tous les soirs, dès que les lunes étaient partiellement couchées effaçant toute trace sur le sol sablonneux. La lumière qu’elles dégageaient donnait au paysage une ambiance étrange rendue pesante par le silence absolu.

Même la brise ne faisait aucun bruit elle était douce, tiède et n’apportait aucun parfum.

Le vieux tracteur, depuis longtemps arrêté, faute de carburant semblait monter la garde, couvert de poussière et de rouille, seuls ses phares ronds, vitreux comme des yeux de poisson morts, fixaient l’horizon où rien ne se passerait cette nuit, comme toutes les nuits.

Le chemin devint plus pentu, Jean accéléra le pas sans y penser, il apercevait au travers des fenêtres du hameau la faible lumière des lampes à huile, et de temps en temps une ombre rappelait qu’il y avait de la vie.

Que quelques humains étaient là depuis trois générations, sur cette planète perdue au-delà du trou noir.

Il arriva devant sa maison, toute petite, blottie contre la falaise elle avait mieux résisté au temps, pour sûr, elle faisait envie aux autres mais pour rien au monde ils auraient tenté de s’en approprier.

Il poussa la porte, prit sa lampe à huile, et enfila la rue principale où la flamme commune allait lui permettre d’allumer sa propre lampe.

Cette flamme était un peu le symbole de la solidarité qui unissait les survivants.

Depuis que les allumettes avaient disparues il aurait fallu que chaque foyer entretienne un feu en permanence pour allumer les lampes et les fours, par soucis d’économie, ils avaient pensé à créer cette statuette où chacun amenait un peu de graisse, le seul « impôt » que payait cette communauté.

Tenant sa lampe allumée il redescendit la rue protégeant la flamme de sa main, il repoussa la porte du pied et posa la modeste lumière sur la table.

Il avait soif, ouvrant son placard il chercha à tâtons la cruche, vide, il irait donc au puits.

Dans la nuit bleutée il apercevait l’ancienne pompe à eau qui se détachait, noire, énorme telle une mante religieuse immobile et silencieuse.

Il s’approcha, saisit le levier de la petite pompe à main et commença à en actionner le levier, lentement, avec précaution.

Les minutes s’écoulaient, la sueur perlait à son front. Le chuintement de l’air qui s’échappait fit enfin place à un filet d’eau qu’il dirigea vers la cruche.

Il savoura cet instant, la remplissant à moitié il but goulûment, laissant couler sur son torse, des commissures de ses lèvres, deux filets rafraîchissants. Sortant de sa poche un morceau de tissus douteux il l’humecta et fit avec délice un brin de toilette.

Il faudrait construire un réservoir, mais avec quoi ?

Un bruit métallique le fit sursauter, il se retourna vivement, Betty venait de poser deux grands seaux.

 

 Il est bien tard pour venir chercher de l’eau, dit-il.

 Je sais mais je n’ai pas le choix, il y a tant à faire toute la journée.

 Profites-en, je viens juste de l’amorcer, j’ai eu du mal, il faudra en parler à Marcus.

 Ouais ! Mais tu le connais, il va encore dire qu’il n’y a plus rien pour réparer.

 Il faudra bien trouver une solution, sans eau c’est la fin pour nous tous.

 C’est plein, je vais rentrer, donner à boire aux chèvres et essayer de dormir.

 Veux-tu que je t’aide ?

 

La réponse attendue tomba des lèvres de Betty.

 

 Non merci.

 

Elle saisit les anses souleva les seaux dans un soupir, il la regarda s’éloigner, les épaules courbées par l’effort, elle disparut bientôt dans la nuit.

Drôle de bonne femme, pensa-t-il, il haussa les épaules et prit le chemin du retour.

Un frisson glacé lui parcourut l’échine, un cri avait retenti. Betty !

Il posa sa cruche et partit en courant.

Elle était là assise sur le sol, les yeux hagards, ses seaux renversés auprès d’elle.

 

 Que s’est-il passé ?

 Rien j’ai glissé.

 Pour qui me prends-tu ? Pourquoi ce cri ? Ce regard ?

 J’ai glissé c’est tout.

  T’es-tu fait mal ?

  Non

 Bon. Comme tu veux, retournons au puits, nous remplirons tes seaux à nouveau je t’aiderai à les porter.

 Non, je me débrouillerai toute seule.

 Bon, comme tu veux. Zut, à la fin, si tu ne veux pas que je t’aide, après tout…

 

Un brin agacé il tourna les talons et repartit. Par dessus son épaule il vit la silhouette de la jeune femme s’éloigner vers le puits.

Pourquoi refuse-t-elle toute forme d’aide ?

Après tout on ne savait rien d’elle, elle était arrivée d’on ne sait où, avec ses chèvres, il y avait quelques mois, avait pris possession de la vieille ferme inhabitée la plus éloignée du village et quand les gens de la communauté étaient allés la voir pour lui souhaiter la bienvenue, proposer leur aide et demandé d’où elle venait, elle avait gentiment décliné leurs civilités, tourné les talons et refermé sa porte, les abandonnant interloqués. C’était probablement une administrative que personne ne connaissait au village.

Depuis ce jour, les suppositions allaient bon train et alimentaient souvent les conversations, en fait, tout ce qu’on savait, c’est qu’on ne savait rien.

Betty était rentrée, complètement épuisée, elle avait rempli sa cruche puis l’abreuvoir.

Les chèvres avaient récompensé les efforts de leur bienfaitrice en buvant goulûment tout en la regardant de leurs yeux dorés, barrés de noir.

Enfin elle pouvait aller se reposer, elle se déshabilla, secoua la poussière de ses vêtements, souffla la flamme de la lampe à huile qui fuma un long moment dégageant une odeur encore plus acre, mais c’était bon, toutes ces petites choses de chaque jour la rassuraient.

Pourtant elle ne trouva pas le sommeil.

Chaque fois qu’elle fermait les yeux, elle revoyait cet immense chose hurlante et crachant le feu qui descendait du ciel.

Elle la voyait se poser sur le sol soulevant un épais nuage de poussière et de feuilles faisant fuir les animaux.

Elle se souvenait de cette peur, des douleurs dans son ventre, de ces oreilles meurtries, dans son cerveau des cris de ses congénères paniqués.

 

  Fuis Betty, fuis !!!!

 

Mais elle était restée là paralysée par la peur.

Sans le rocher derrière lequel elle s’était tapie, elle serait sans doute morte carbonisée.

Les heures avaient passé, la poussière s’était dissipée laissant, sur le sol, autour du vaisseau une auréole noirâtre.

Une mouche se posa sur sa joue, elle l’écarta d’un revers de main, le cri d’un oiseau la fit sursauter.

Broyée d’angoisse et de fatigue, n’entendant plus les voix des autres, elle s’assoupit comme si son cerveau faisait une halte pour analyser ces évènements incroyables.

Lorsqu’elle revint à elle, elle put tout à loisir regarder la chose.

Un cylindre gris, d’une vingtaine de mètres, monté sur de grosses pattes, bardé de morceaux de fer, des panneaux de chaque côté lui faisaient penser à des fenêtres rondes, plus un bruit, peut-être la chose était-elle morte ?

Pourtant elle resta là immobile commençant à percevoir des sensations…

 

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