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Les rêves d'Angella

 

Pierrette Paré


Roman

 

291 pages.

 

ISBN : 2-9208-469-0-2
 

 

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Les rêves d'Angella, roman, Pierrette Paré, Les Éditions Le Répit

 

 

 

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PRÉSENTATION

 

Les rêves d'Angella, roman, Pierrette Paré, Les Éditions Le Répit

 

L’action se situe au cœur des années 1970. Angella, jeune femme au cœur rêveur et déterminé, n’en peut plus de la vie d’étudiante. Malgré leurs inquiétudes, les parents d’Angella la laissent partir afin qu’elle poursuive son rêve. En dévalant les routes de l’Ontario au volant de sa MG, cette personne téméraire mais sensible inscrira dans sa chair l’expérience du monde qu’elle découvre. Elle verra l’assimilation et la réalité des francophones qui vivent à l’extérieur du Québec. Angella, citadine habituée à son confort, devra affronter des conditions de vie moins faciles. À travers ces péripéties, la Québécoise éprise d’aventure apprendra de précieuses leçons qui lui permettront de trouver ce qu’elle recherche.

Angella fera la rencontre de Martin, un étudiant en médecine qui la mettra à l’épreuve. Ce jeune homme deviendra, au fil du temps, une figure essentielle de ce beau roman. Puis, l’héroïne devra faire des choix concernant son avenir professionnel. Cette histoire positive nous montre comment, en recherchant son équilibre individuel intérieur, on parvient à réaliser ses rêves ! Après tout, il n’y a pas que des inconvénients à concrétiser ses idéaux, pourquoi alors avoir tant peur? Vous vibrerez au diapason d’Angella qui, comme tant de gens de sa génération, travaille fort et trouve enfin son bonheur.

 

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EXTRAIT

Les rêves d'Angella, roman, Pierrette Paré, Les Éditions Le Répit

 

CHAPITRE 1

« N'est-ce pas formidable pour entreprendre des changements dans ma vie ? Le soleil brille de tous ses feux ! La clémence de la température s'y prête bien. Plusieurs défis de taille m’attendent dont celui de parler à mes parents. Je ne sais s’ils m’aiment assez pour me laisser partir loin d'eux. »

Elle s'étire dans son lit douillet tout en aspirant l'air du dehors qui lui parvient de la fenêtre de sa chambre. La fenêtre et la porte-fenêtre demeurent ouvertes en plein été.

« Hum ! Comme l'air est bon, c'est merveilleux ! » La lumière du soleil glisse sur les flocons de cristal posés sur son bureau en merisier. Cette chambre aux murs blancs est sienne depuis l’âge de trois ans. « Je l’adore. Elle va sûrement me manquer en m'éloignant d'ici. Mais après tout, je reviendrai certainement un jour. »

Un nouveau jour commence. Ses joues se plissent dans un sourire en pensant à un éventuel départ ; même s’il y a des liens très forts qui l'unissent à sa famille.

« Je ne vais tout de même pas rester au lit à rêver les yeux ouverts toute la journée. Allez hop, lève-toi ! »

C'est ce matin que je cesse d'être une jeune étudiante avec un besoin presque frénétique de m'évader avec ce petit bijou d'auto, qui m'a été offert à mes seize ans et que j'ai reçu pour cette occasion avec une telle joie. »
Elle se lève et se dirige vers la fenêtre, roule le store derrière la tenture à plis pincés. « Je ne sais pas ce que je ferais si je ne la trouvais pas un matin là où je l'ai garée la veille. C’est une décapotable et je préfère la conduire par beau temps. J'aime bien laisser le toit baissé. C'est le plein air et un bain de soleil incomparable. Elle a du style et elle fonctionne bien. C’est mon petit bébé. »

Fière, pleine d'assurance et d'enthousiasme, elle descend l’escalier du deuxième étage de la maison où se trouve sa chambre. Elle peut voir sa mère qui se verse un café à la table de la salle à manger.

« Bonjour maman ! Tu as passé une bonne nuit ?

- J’ai dormi comme un ange. Tu es rentrée bien tard hier soir !

- Il devait être une heure moins cinq.

- J'ai fait le café, tu veux des rôties de pain blanc ou de blé ? »
Comme elle ne répond pas à sa mère, celle-ci lui dit : « Sers-toi, tout est là.

- Tu sais, ce matin j'ai un goût d'évasion. C'est la première fois que je me couche déçue d'une soirée aussi vide de sens à tous points de vue. J’ai fait le tour du quartier en m'arrêtant ici et là dans les restos. Et j'ai trouvé matière à réflexion. Des amis diplômés de l’université s'y trouvaient assis à une table. J'ai parlé avec certains d'entre eux, ils refaisaient le monde et croyaient que la science arrangerait tous les maux de la terre. Utopie. »

Sa mère porte sa tasse de café à ses lèvres : « Ma foi, tu as tout de même l'air en forme ce matin. Viens t'asseoir. Tu dois manger quelque chose avant d'entreprendre quoi que ce soit. »

Connaissant sa fille, cette nouvelle énergie lui fait soupçonner qu’Angella a fait le point sur sa vie ou bien qu'elle a trouvé du travail d'été. Elle est beaucoup plus agréable et rassurante que ces derniers jours, pense-t-elle. Elle tournait en rond en perte de joie de vivre. Elle l'avait vue, à quelques reprises, écrasée sur le fauteuil du salon à rêvasser. Pourtant, elle était contente de prendre congé des devoirs et des leçons quand la fin de l’année scolaire fut terminée. Que pouvait-il s’être passé qui la rendait nonchalante ces derniers temps, se demande sa mère demeurée silencieuse. Puis toute cette énergie tout à coup !

« J'ai une faim de loup ce matin ! » Angella se verse un café, et de l'autre main soulève distraitement le couvercle du plat sur la cuisinière qui garde le gruau chaud.

« Qu'est- ce que tu as ce matin ? Il me semble que tu es débordante d'énergie. »

Avant d’avoir le temps de répondre, son père sort de sa chambre. Il ajuste nerveusement sa cravate, accusant sa femme de ne pas l'avoir réveillé à temps. Il prend un café à la hâte et embrasse « ses femmes », comme il dit si gentiment avant de se rendre au travail.

Angella en profite pour avaler un petit déjeuner pendant que sa mère court derrière son père afin qu'il n'oublie rien. Elle s'apprête à se lever de table, et sa mère lui dit : « Il y a une chose dont nous devons parler avant que tu ailles t'habiller, car je sens bien qu'il se passe quelque chose. Nous devons tirer cela au clair. »

- Maman, j'ai bien réfléchi et j'ai l'intention de quitter l'école au moins pour un an, et sortir de la ville pour trouver un travail. Je pense partir dès ce matin.

- Pas si vite ! J'aimerais que tu m'en parles un peu plus. Nous pourrions réfléchir ensemble. »

Elle raconte à sa mère, en toute simplicité, ses intentions. Rien ne peut l'arrêter : son assurance tout comme sa vitalité sont au zénith, son esprit est clair, elle ne perd pas ses objectifs de vue.

Après une longue conversation, sa mère finit par céder, malgré le désir qu'elle a de voir sa fille faire de longues études. Elle sort tous les arguments possibles pour calmer ses inquiétudes, tant du point de vue des études que de son avenir. Cependant, elle ne veut surtout pas manquer de respect envers sa fille en lui imposant les rêves qu'elle entretient pour elle.

« Je t'aime beaucoup, Angella. Tu es une fille sérieuse. Même toute petite, toute frêle, tu étais dotée, comme aujourd'hui, d'une grande ténacité. Il m'est difficile, mais je dois te faire confiance dans ton choix de quitter l'école.

Je suis tout à fait d'accord. La seule différence qu'il y a entre ces jeunes étudiants et toi, c'est que tu es une jeune fille de dix-huit ans, aux cheveux coiffés sans cérémonie, une fille ordinaire, issue d'une famille modeste, n'ayant aucun certificat universitaire et qui sait ce qu’elle veut. Avec tes projets ambitieux, je dois avouer que tu me sembles faire preuve de réalisme. Ce n'est pas un choix facile, tu sais, car ici tu es entourée de ta famille et de tes amis. Mais loin de moi l'idée de t'empêcher de vivre tes rêves.

- Tu es une maman adorable ! Je savais que tu comprendrais. » Elle se lève de sa chaise et va embrasser sa mère. « Je t'aime beaucoup !

- Ce que je veux pour toi, c'est que tu sois heureuse et que tu ne te laisses pas déprimer par la vie. Bien que pour moi, ça ne semble pas la meilleure chose à faire.

En tous les cas, on dit parfois que la meilleure école c'est la vie et la réalisation de ses rêves.

- Ah ! Rien de grandiose à la Angella Davis ou à la Ginette Reno. Je ne sais pas encore comment je m'y prendrai pour les réaliser, mais j'y arriverai et puis il me restera toujours le collège. Je t'en prie ne t'en fais pas maman. »
Sa mère reconnaît bien là sa fille. Quand elle entreprend quelque chose, rien ne peut l'arrêter.

« Maintenant, au Québec en mille neuf cent soixante-quinze, ils ne sont que très peu de jeunes qui trouvent un travail dans le domaine dans lequel ils ont étudié. Les jeunes sont endettés et ne savent pas ce qu'ils vont faire de leur vie. Ils sont découragés, car le gouvernement n'a pas suffisamment analysé les investissements en mesure de retombées sur l'emploi et des besoins actuels de l'industrie. Polarisés dans leur spécialité, ils manquent de polyvalence. Les gouvernements et le ministère de l’Éducation sont dépassés par le grand nombre de diplômés sortis des universités.

La majorité des parents se demandent bien ce que vont faire leurs jeunes. Qui veut employer un jeune avec un bac ou une maîtrise ? Autant les jeunes sont désœuvrés, autant les employeurs montrent leur disconvenance en refusant de les employer aux salaires que demandent ces formations.
Puis toutes ces grèves du transport en commun à Montréal à cause des employés d’entretien et des garages. Même si le gouvernement canadien annonce des règlements plus sévères touchant l'immigration pour tenter d'enrayer le taux croissant du chômage, moi je choisis de traverser la vie avec mon cœur.

Je trouve que pour me réaliser c'est déjà un bon commencement. Il y a des risques, bien certainement. Mais quand je regarde tous mes amis, qui comme moi devront se trouver un travail autre que dans la discipline dans laquelle ils ont été formés, s'ils veulent survivre et faire des projets, je n'ai pas le goût de passer plusieurs autres années sur les bancs d'école. Il y a certainement des risques de me heurter à des barrières. Au moins, je n'aurai pas eu à m'endetter. Pendant tout ce temps, la société nous a fait croire que nous gagnerons de gros salaires avec des diplômes. Je ne m'attends pas à travailler avec des salaires élevés. Je veux tenter ma chance dans le monde du travail pour y faire ma place et m'intégrer dans la société comme individu, avant de m'inscrire à nouveau à des cours. Je ne crois pas revenir à l'école à plein temps. J'ai horreur des concepts figés, même si je vais à l'encontre de la conception que le milieu enseignant se fait de l'instruction et de l'éducation. Tu sais, maman, avec la base d’instruction et d’éducation que j'ai reçue, j'ai tout de même fait l'apprentissage de certaines règles, de certaines limites et de certaines contraintes. Tous ces ensembles de connaissances mal assimilés et incohérents, dont on gave le cerveau des étudiants, ne me semblent pas une certitude de réussite. Je suis pour le savoir après l'expérience, là où se passe la vie. Je suis fatiguée d'entendre les enseignants parler. Je veux laisser la parole à tout ce qui m'entoure. Je ne veux surtout pas perdre ma capacité d'étonnement et d'émerveillement. Puis, tu sais, je n'ai jamais vu de professeurs qui allaient plus loin que le livre.

- Je peux comprendre que tu veuilles quitter l'école, mais il n'est pas nécessaire de critiquer ceux qui enseignent. Ton père ne sait rien de notre conversation, je lui en parlerai, il sera certainement surpris. Toutefois, tu seras peut-être étonnée de trouver en lui un homme compréhensif. Il t'aime beaucoup. Attends demain matin avant de partir. Tu seras sûrement plus heureuse si tu as l'approbation de ton père. Il serait très vexé et il pourrait voir cela comme un manque de confiance en lui.

- Et s'il ne comprend pas ?

- Ce sera à toi de le convaincre en lui expliquant tes intentions. Appelle-le pour dîner avec lui ce midi. Ce serait une bonne occasion pour préparer le terrain avant que je lui parle, si tu n'as pas réussi à lui dire ce dont nous avons parlé ensemble.

- Ça me va comme ça ! »
Elle prend le téléphone et appelle son père :

« Papa, qu'en penses-tu si nous allions dîner ensemble ce midi ? Ne t'inquiète pas, je serai là à temps.

« Et puis ? De dire sa mère.

- Je me rends pour midi moins cinq à la banque. Il avait l'air d'être bien content. »

Quand Angella passe prendre son père à son bureau, il est occupé avec un client. Il ouvre la porte pour dire à Angella : « Je suis à toi dans quelques minutes. »

- Ce midi, j'ai un dîner très important avec ma fille », dit il fièrement à son client qui se retourne (de sa chaise à travers la vitre, il pouvait me voir).

« Quelle candeur ! Moi j'ai des fils. »

Je peux les entendre, car il n'a pas fermé la porte derrière lui.

« J'adore ma fille ; c'est une passionnée dans tout ce qu'elle fait. »
En sortant du bureau de mon père, il me dit doucement en passant près de moi : « Je vous laisse à votre papa. »

« Je suis à toi ! Je me demande bien quel est l'événement important qui justifie cette invitation. Ça fait bien longtemps qu'une jeune demoiselle m'a invité pour dîner.

- Papa ! Tout de même, laisse-moi te dire que tu es l'homme que j'aime le plus au monde, lui dit-elle en le prenant sous le bras.

- Je suis un homme comblé ! » dit il en s'adressant aux autres collègues qui nous regardent.

« As-tu choisi ton restaurant ?

- Comme c'est toi qui payes, c'est toi qui choisis.

- Tiens regarde donc ça ! J'ai une bonne petite idée. Suis-moi. »
Pour lui, Angella incarnait le soleil, la joie de vivre. Pour Angella, son père se laissait emporter trop facilement ; car, s'il réprouvait un geste de la part d'un ami ou d’un membre de la famille, il ne se gênait pas pour le lui dire carrément. Elle pensait que son père était très strict envers elle et qu'il ne comprendrait pas ce qu'elle ressentait, bien qu'elle s'aperçoive qu'il fait tout son possible pour l'aider et la protéger. « Cependant, quand il est heureux, il a un bon sens de l'humour. » Elle espère bien qu'il gardera cette belle humeur qu’il a présentement.

Arrivé au restaurant, en s'assoyant à la table, son père aperçoit une sorte de gêne chez sa fille.

« Tu sais ma grande (la seule fois que j'ai dîné seule avec mon père, c'est lorsque je suis partie au collège à l'extérieur et qu'il est venu me conduire. Nous étions beaucoup trop en avance, car pour lui, arriver en retard était impensable, alors nous partions toujours trop tôt. Pendant tout le temps que nous mangions, il m'a dit combien il lui en coûterait pour mon année de collège et que ce dîner était un surplus. Je le trouvais très ennuyeux, mais je n'allais pas me laisser prendre par le remords, car je tenais à finir mes études), n’aie pas peur ! Je te promets de ne pas t'infliger un tel discours. Comment trouves-tu mon choix de resto ?

- Il ne fallait pas en faire autant, surtout que nous n’avons qu'une petite heure. Puis regarde le menu, c'est très dispendieux.
- Rien de trop beau pour mon adorable fille. Tu n'es jamais entrée ici ? On sert un Fettucine Alfredo avec une sauce crémeuse comme tu l'aimes. Tu verras. »

Angella ne peut pas manquer une bonne occasion de taquiner son papa. « Et je te gage, une bonne bière froide avant le repas !

- Ma petite, tu as tout deviné. »

Ça me plait de le voir si détendu. Et quand la serveuse arrive, mon père lui dit : « Cette jeune demoiselle va commander.

- Je vais essayer votre Fettucine Alfredo avec une salade César comme entrée.

- Vous avez fait un choix judicieux. Vous verrez vous ne le regretterez pas ! Et pour vous ?

- Ce choix me convient parfaitement, à moi aussi. Avant tout, je veux une bonne Labat Bleue.

- Pour moi, ce sera une limonade. »

Nous avons eu un petit rire complice quand la serveuse s’est dirigée vers le bar pour apporter la bière de mon père. Plusieurs clients de la banque s’y trouvent pour le dîner ; nous sommes dérangés par des poignées de main et des salutations.

Je vois le temps passer si vite ! Je me lance donc dans une conversation, au discours pondéré.

« C'est toi qui m'as conseillée pour certaines décisions que j'ai eu à prendre, même si parfois je n'ai pas su suivre tes conseils. Je sais que tu as une grande sagesse que je n'ai pas encore. Tu as toujours été là pour moi. Je dois te remercier pour cela. Je peux avoir confiance en toi, car tu me connais si bien.

- Je ne savais pas que j'aurais droit à autant de compliments. Tu aurais dû m'inviter bien avant cela. J’ai de grandes ambitions pour mes enfants, je suis fier de toi.

- Je suis bien flattée que tu sois fier de moi, mais j'ai peur d'être un jour comme tous ces finissants qui s'engouffrent vainement dans l'inactivité, parce qu'il n'y a personne pour les employer. On les abandonne, plus d'un se découragent. Je réfléchis beaucoup à mon avenir, je manque de motivation en classe. Je dois faire des changements ; j'ai l'impression de ne pas être à la bonne place.

- Quand viendra septembre, ce sera nouveau, et tu seras reposée.

- J'ai bien peur que le malaise persiste.

- Quand tu auras fini tes études, tout cela aura changé. As-tu décidé de ce que tu veux faire ?

- Oui, mais je ne suis pas certaine que tu veux l'entendre. Un changement me ferait du bien. Il est devenu nécessaire. »
La serveuse a apporté nos assiettes aussitôt que mon père eut fini sa bière.
« Cette salade, c’est ce qui se fait de mieux. » Et quand elle a goûté ses pâtes… « Papa ! tu es un connaisseur ! Tu viens souvent ici ?

- Quand on s'évade pour le souper, ta mère, ma sœur Marie Jane et son mari, c'est ici qu'on vient. Claude est fou des fruits de mer, moi je n'ai aucune objection, pourvu qu'il paye son repas.

- Papa !

- J'aurais pensé que ta mère t'en aurait déjà parlé.

- Maman a ses petits secrets. Je suppose qu’elle m'en a parlé et que je n'ai pas fait attention.

- Tu as sûrement autre chose à penser à ton âge. Les garçons, par exemple. Je me demande bien qui sera le premier qui fera de moi un jaloux, car tu sais, je t'aime et je ne laisserai personne te faire de mal. Comment ça va de ce côté-là ?

- Ah ! J’ai bien eu quelques amoureux. Je suis allée au cinéma avec eux ou dîner avec certains. Ce n’est pas que les garçons ne s’intéressent pas à moi. C’est plutôt le contraire, c’est moi qui ne m’intéresse pas à eux. À les entendre, tous les garçons font l’amour comme des bêtes.

- Et toi, tu as vécu cette expérience ?

- Pas encore, tu sais, il y a beaucoup de garçons intéressants, mais pour le moment… C'est un choix personnel, il y en a qui m'aiment bien. Rien qui peut te rendre jalousement méchant.

- J'espère qu'il y en a plusieurs qui t'aiment, dit-il pour la taquiner. Comme ça, je ne suis pas à la veille de perdre ma fille pour un coquin. Tes études ? Ah oui ! As-tu un bon orienteur pour t'aider ? »

Comment lui dire qu'elle a l'intention de quitter l'école et d'aller voir ailleurs ? Elle évite la question, car son père regarde sa montre.

« Bon sens, le temps passe si vite ! Tu as entièrement raison. De plus, ce plat était excellent !

Nous continuerons cette conversation ce soir au souper, il faut que je retourne au bureau. J’ai quelqu’un qui vient à une heure et quart, et je ne peux pas le faire attendre. Nous devrions faire cela plus souvent.

- Tu crois ? Merci pour le dîner. »

Je suis repartie en n'ayant pu lui dire mes véritables intentions ; mais je me fis sur maman pour le reste. Moi je suis bien décidée à quitter l'école. Pour vivre mes rêves et devenir la femme que je veux, il me faut vivre dans un autre contexte.

Comme je veux voir ma meilleure copine avant de partir, je téléphone à ma mère pour lui dire que je ne rentre pas pour le souper, et lui faire part de ce qui a résulté de notre dîner. Ma mère saura sûrement trouver la manière de lui parler de ma décision.

Elle a une belle relation avec sa mère, elle peut tout lui dire. Pour les gens qu'elle rencontre, sa mère est plutôt timide et, à cause de son silence, elle passe pour une femme snob.

« Quand penses-tu entrer à la maison ?

- Tôt dans la soirée, car j'ai l'intention de partir demain matin.

- Je vais voir ce que je pourrai faire pour toi ce soir. »

Angella se rend chez Dina. Sa mère est dehors à mettre de l'ordre dans la cour.

« Bonjour, madame ! Pardonnez-moi de n'être pas venue plus tôt. Les études ont pris tout mon temps ; j'ai eu de vos nouvelles par Dina. J'ai souvent pensé à vous. J'ai tellement de chance de vous connaître. Vous n'en faites pas trop là ?

- Il fait vraiment trop beau pour passer cet après-midi dans la maison à ne rien faire.

- Comment va votre santé ?

- Je ne me suis jamais sentie aussi bien. Je dois être prudente, mais tout de même, un peu d'occupation ne peut que me faire du bien.

- Maman vous fait ses salutations.

- Je vais lui téléphoner pour la remercier de ses fleurs ; elles sont si belles ! »
Comme Dina l'a entendue arriver, elle lui crie du haut de la fenêtre du deuxième étage ; « Angella, je suis dans ma chambre. Entre, tu peux monter. Je suis contente que tu sois là.

- Dis donc, ta mère, elle a l'air bien ?

- Elle a beaucoup repris de forces depuis sa sortie de l'hôpital. Le médecin a dit de la laisser faire de petites activités ; ça va lui remonter le moral même si elle n'a plus de traitements. Il semble que son cancer est bien terminé. Elle me disait hier que le doute refaisait surface facilement quand elle ne s'occupait pas. C'est pour cela que je la laisse faire.

C'est moi qui ai cuisiné pour le souper. Tu restes manger avec nous ? Ça changera de la routine et nous avons tant de choses à nous dire. »

J’étais là, assise sur le plancher près du lit, tandis que Dina était assise sur son lit et m’écoutait raconter ce qui se passait dans ma décision de quitter l'école.

« Je pars demain matin si mon père ne s'y oppose pas. Je fais confiance à ma mère pour le convaincre de me laisser partir. Je tenais à venir te saluer avant de m'éloigner. Tu vas me manquer ; j'aurais tant aimé que tu viennes avec moi.

- Tu comprends, ma situation ici est bien différente. Ma mère a besoin de moi et mon rêve c'est de devenir vétérinaire. J'en rêve depuis ma plus tendre enfance. Et c’est ici que je vais m’accomplir.

- Tu m'as déjà dit que ton père était vétérinaire.

- Oui, il n’a eu sa pratique que six ans et demi avant qu'il ne meure d'une crise de cœur. Maman a entreposé son matériel. Il m'a laissé suffisamment d'argent pour mes études.

- Tu sais, rien ne m'empêche de respecter ta décision. Je suis contente pour toi, parce que tu n'es pas tout à fait heureuse dans les salles de classe. Tu sauras sûrement te réaliser dans la vie que tu choisis.

- Dis donc ! nous devenons sérieuses ! C'est les vacances ! Puis tu vas sûrement me manquer. » Elles se mettent toutes les deux à pleurer. Dina met fin à ces émotions.

« Viens voir ma dernière trouvaille. »

Dina et sa mère habitent une maison située sur le flanc d'une montagne à la campagne. Sa mère vit en célibataire et loue les quelques arpents de terre qu'elle a ; elle ne veut pas s'occuper de la cultiver, et ça lui donne des revenus supplémentaires. Elle ne s'est gardé qu'un petit terrain autour de la maison, qui est si bien aménagé qu'on se croirait en ville. Une haie de cèdres à l'arrière nous fait oublier qu'il y a de grands champs derrière.

Dina me conduit au garage à proximité de la maison et elle ouvre la grande porte ; une belle chatte blanche et ses chatons sont bien couchés sur un lit de paille.

« C'est moi qui l’ai aidée à mettre ses petits au monde. Regarde comme ils sont beaux ! Quand ils auront quelques mois, il y en aura un pour toi si tu veux. Dans le moment, leur maman les allaite encore. C’est impossible de les séparer d’elle. » Elle en prend un délicatement dans ses mains, de peur de le briser.

« Oh, comme il est beau ! Si j'avais à choisir, c'est celui là que je prendrais. Il est si petit. Mais je ne sais pas, je verrai. »

Elle le dépose dans son lit et elles finissent leur conversation dehors. La mère de Dina vient les rejoindre.

« Tu restes souper avec nous ?

- Maman, Angella est venue nous faire ses adieux, elle part demain vivre ses rêves.

- Bien ma petite Angella, la vie est courte, si tu as des rêves, vis-les à fond maintenant. Tu quittes l'école ?

- Hé oui !
- Moi, vois-tu, mes parents ne m'ont jamais permis d'aller étudier au conservatoire. Ils ne pouvaient pas me voir partir si loin, et je n'ai pas eu le courage de répliquer. Sans doute que le respect que j’avais pour eux a pris le dessus sur mon rêve. J'avais un rêve, devenir actrice. Je me suis dirigée en comptabilité en pensant qu’un jour… Mais quand j'ai quitté le collège, un travail m'attendait. J'avais les sens en éveil comme lorsqu'on sort après la pluie. Tout était alors plus vivant. J'ai rencontré Raymond, on s'est tout de suite aimés. »

Elle disait ça si précieusement en gardant un sourire sur son visage. (Ce ne sont que des bons souvenirs maintenant que Raymond n’est plus.)

« Puis, nous nous sommes mariés. Il avait une telle passion pour son ; je ne pouvais que l'admirer. Il était extrêmement drôle. Nous avons eu sept belles années. Je bénis le ciel, car il m'a donné une belle fille. Elle prit Dina tendrement dans ses bras. Je n'ai jamais été capable d'avoir d'autres enfants.

- Maman, ce sont des choses que nous ne pouvons pas changer. »

Dina fit appel à notre faim pour changer la conversation ; ça la mettait un peu mal à l’aise, surtout qu’elle a eu peur de perdre sa mère avec ce cancer.

« Bon, je vois que personne n’a faim, j’avais tant espéré satisfaire des palais avec ma fine cuisine », leur dit-elle avec son petit air coquin sans prétention.

« Pas question ! Je tiens à goûter à tout ce que tu as préparé ; tu ne te débarrasseras pas de moi comme ça. Et je suis très en forme pour participer aux travaux de la cour ; nous pourrions jaser en même temps. Qu’est-ce que je peux faire pour vous, madame ?

- Je ne voulais pas demander à Dina, car c'est trop lourd pour une seule personne. J'ai des sacs de terre dans le garage ; j'aimerais que vous me les apportiez dans une brouette ; je pourrais faire mon rempotage.

- Tu viens, Dina ? »

J'aime bien la regarder travailler, elle prend si délicatement ses plants avant de les poser dans les boîtes à fleurs. Je peux voir qu’elle apprécie chaque moment. On voit son grand amour des fleurs dans toutes ces plates bandes soigneusement aménagées autour de la maison. Elle partage avec moi ses préférences et ses façons de les entretenir.

« Comment une fleur ne peut-elle pas être en beauté avec tous les soins que vous lui apportez ? »

L’après-midi passait si vite !

Nous avons eu juste le temps de tout terminer quand Dina, qui nous avait quittées depuis une demi-heure à peine, nous réclame pour le souper.

En entrant dans la maison, ça sent si bon… hum, ça promet !

« À ce que je vois, madame, il n’est pas convenable que nous mangions les mains sableuses. » Dina a fait tant de cérémonies. Je me sens gênée.

Quand sa mère sort de la salle de bain, elle dit : « Parfait ! Absolument parfait ! Dina, tu es une vraie femme de maison ! Qui sait quand nous pourrons avoir à nouveau Angella à notre table ?

- Que penses-tu faire pour ton père ? Le forcer à accepter ton départ ? Je suis sûre qu’il a aura de la difficulté à te laisser partir.

- Je ne crois pas que j’aurai à le forcer, Je suis confiante. Ma mère aura certainement les mots pour le convaincre. »

Elle se dirige vers la salle de bain à son tour pour se laver les mains avant de se mettre à table.

La coutume, dans la maison de ces femmes particulièrement éprouvées depuis le départ de Raymond, le père de Dina, veut que nous fassions la prière du repas. Sa mère nous fait grâce d’avoir à prendre l’initiative, en faisant la prière à laquelle nous répondons « Amen ».

Après quelques cuillerées de ce fameux potage, le silence est interrompu.

« Tu me passes le pain, maman ?

- Je n'ai jamais goûté un aussi bon potage que celui-là ! Marcel deviendra bien enrobé avec des plats aussi délicieux.

- Qui est Marcel, de dire sa mère ?

- Maman, ne t'en fais pas, j'aime les garçons un peu plus enrobés que Marcel.

- Pauvre Marcel, lui qui a les yeux dans "la graisse de beans" chaque fois qu'il te rencontre dans les couloirs de l'école !

- Tu sais ce qu'il m'a dit ? "Dina, tu ne le sais pas encore, mais tu es la femme de ma vie !"

- Que lui as-tu répondu ?

- "Ah oui ! Mais où as-tu pris cela ? - Je le sais, je le sens et tu verras, de dire Marcel. - J'aime les petits animaux, mais je n'en ai jamais rencontré un qui te ressemblait."

- Non, tu ne lui as pas dit cela ?

- J’allais me gêner ! Tu lui as vu l’allure ?

- Je me souviens, quand j’étais dans ma deuxième année de collège, je suis tombée amoureuse d’un garçon du nom de Grégoire Chassé, leur confia la mère de Dina.

- Qu’est-il arrivé ?

- Il était blond et sans barbe, "la face lisse comme une fesse". Il avait de petites manières, qui d’ailleurs le rendaient attachant, sensible et très avenant. Un jour, je me suis permis de lui avouer que je l’aimais bien.

- Qu’a-t-il fait ?

- Il m'a fait savoir que c’était impossible et qu’il avait de graves problèmes avec son père. Je dois vous avouer que je ne comprenais pas ce qui se passait ; car il n’avait pas l’air d’un gars à problèmes. Pourquoi, du fait qu’il avait des problèmes avec son père, ça devait l’empêcher d’avoir une relation avec une fille ? Il m’explique que chaque personne était différente et que ces différences nous exposent aux préjugés et à la marginalisation, que malgré ces différences, nous sommes tous dignes d’aimer et d’être aimés.

Puis il a ajouté : "Vois-tu, malgré mon père, avec l’aide de ma grand-mère qui m’aime bien, je suis devenu pragmatique. Heureusement qu’il y a des gens comme toi qui m’aiment. Je tiens à ton amitié ; ça m’aide à apprivoiser mes peurs."

- Ses peurs ! II avait peur des filles quoi ?

- Non, il était homosexuel.

- Vous avez dû tomber de haut ?

- Pas vraiment, comme à ce moment- là je ne savais pas encore ce que c’était le vrai amour, j’ai continué à lui parler. Il parvenait, tout en faisant attention, à se confier et à partager ses difficultés. Vois-tu, il adorait un gars qui se montrait indifférent envers lui ; car ce gars aimait les filles. Son père, lui, ne voulait plus rien savoir de son garçon. Il l’avait traité de tous les noms et lui avait ordonné de quitter la maison. Sa grand-mère, qui l’aimait beaucoup l’accueillit chez elle à la demande de sa mère quand son père l’a foutu à la porte.

- Mais il sortait avec vous ?

- Sortir, non ; car il n’était jamais libre lorsque je l'étais. On se voyait à l’école, on était dans les mêmes cours.

- Dina, tu vois ? Même ta mère s’est fait prendre…

- Ah ! Je crois bien qu’à ce moment-là, j’étais plutôt amoureuse de l’amour. Ça faisait bien, de tenir les bras d’un garçon. »

Elles se sont bien taquinées tout au long du repas.

« J’oubliais ma tarte au sucre !

- Mon péché mignon. Ça et le sucre à la crème.

- Justement, j’ai un petit quelque chose pour toi. »

Elle va chercher une petite boîte de fer-blanc dans le réfrigérateur et l’offre à Angella.

« Ce n'est pas vrai ! Du sucre à la crème ? Vous me gâtez trop ? Il ne fallait pas, car ça demande beaucoup de préparation avant qu'il n’arrive jusqu'à notre bouche. Si vous le permettez, je vais le garder pour plus tard, car je veux goûter la tarte au sucre.

- Sûrement ! Tu penseras à nous en le mangeant.

- L’heure passe si vite ! Je ramasse la table avec toi ; il va falloir que je file. Je ne peux partir sans dire bonjour aux grands-parents paternels. J'ai passé des moments merveilleux en votre compagnie.

- N’oublie pas de nous donner de tes nouvelles.

- Ah ! Soyez-en certaine. Quand je serai fixée quelque part.

- Laisse tout cela là, nous allons nous en occuper. Salue tes grands-parents pour nous. »

C'est toujours très enrichissant d'arrêter chez mes grands parents. Ma grand-mère est du genre silencieux ; elle tricote des bas et des pantoufles pour des jeunes mamans qui n'en ont pas le temps avec tous leurs enfants. Et mon grand-père vieillit bien, malgré ses soixante-dix ans. Derrière sa barbe blanche, se cache un homme merveilleux et tendre. Toutes ses preuves sont faites, il ne lui reste qu'à laisser couler la vie en lui comme une rivière.
« Bien, là-dessus je dois vous quitter ! »

Ce n’est pas sans émotions que j’ai quitté Dina et sa mère.

En tournant le coin de la rue de chez grand-père, je pouvais déjà les apercevoir. Ils sont tous les deux assis sur la galerie. Mon grand-père lit son journal, et ma grand-mère se berce tranquillement.

« Regarde ce qui nous arrive. Si ce n’est pas notre grande fille ! As-tu soupé ?

- J’arrive de chez Dina. J’ai soupé avec elle et sa mère. Je leur ai dit que je ne manquerais pas de vous saluer.

- Comment va-t-elle, cette pauvre dame ?

- Il semble qu’elle est en rémission ; elle m’a semblé bien correcte.

- Ces fameux cancers ! Elle est bien courageuse. Et puis toi, comment vas-tu ?

- Moi, grand-mère, je suis sur mon départ.

- Raconte-moi ça !

Ils n'ont pas été moralisateurs en apprenant mes intentions. Maman leur avait-elle parlé ? En tout cas, ils sont restés discrets là-dessus.
C’est beau de les voir ; il émane d'eux une paix. Comme ils ne l'avaient jamais fait auparavant, ils lui ont partagé leur vie.

« Vois-tu ma petite, de dire mon grand-père, ce que nous avons fait de plus grand au cours de notre vie, ça été d'avoir été fidèle l'un à l'autre. Quand tu as été fidèle pendant cinquante ans à quelqu'un, tu es fidèle à bien des choses. » Pendant qu'il me raconte tout le bonheur qu'il a eu dans son mariage avec sa Thérèse, ses enfants et son travail, ils sont si beaux ! Ils sont là, l’un près de l’autre. Ils s’aiment au jour le jour. Ils ne comptent pas les moments difficiles qu'ils ont vécus : la crise économique, un enfant mort dans la vingtaine et des tensions de toutes sortes.

- Tu vois, notre vie a parfois été routinière, mais nous l'avons vécue dans l'amour. J'ai dû offrir souvent mon travail monotone. Aujourd'hui, nous sommes dans le monde des personnes âgées. Nous nous reposons. Ce n'est pas fatigant, nous nous arrangeons pour ne plus avoir à traverser des montagnes. Chaque jour, nous donnons un coup de plumeau dans nos vies, pour que demain soit un nouveau jour de bonheur.

- Grand-père, grand-mère, vous êtes merveilleux !

- Tu sais, ma petite, crois-en mon expérience. Il faut aimer chaque moment de la vie et ce que tu fais. »

En la tenant bien serrée contre elle, sa grand-mère la regarde droit dans les yeux : « N'oublie pas de nous écrire. Nous t'aimons très fort. »

Son grand-père la reconduit à son auto.

« J'espère que tu trouveras ce que tu cherches. Sois heureuse ! »

Il lui donne un billet de cent dollars et l'embrasse sur le front.

« Grand-père !…

- Ne dis rien, tu en auras besoin pour faire avancer cette auto-là. »

Mes grands-parents sont de ces gens qui te font grandir à leur contact. J'avais un peu le vertige, car tout semblait aller si vite et se mettre en place pour un éventuel départ le lendemain.

« Sois tolérante, ma petite, avec tes parents, car tu sais le mot décrochage ne fait pas partie de leur vocabulaire. Oh non ! Les jeunes filles de bonne famille ne doivent pas quitter l’école sans un diplôme universitaire, à ce que je sache. N’oublie pas ! »

Pour couper court à la conversation ; je fais semblant de chercher quelque chose dans mon sac à main. Mon grand-père ouvre ma portière en me souriant, ses yeux sont encore plus bleus qu’à l'ordinaire, car le soleil est derrière lui. Je les salue en partant. Je peux voir dans mon rétroviseur qu’ils me saluent de grands gestes du bras.

Pendant tout le temps qu'il fallut pour revenir chez-moi, ma mère avait fait un très bon travail auprès de mon père. J’entre, un peu anxieuse et nerveuse à la fois. Je vois mon père, assis dans son fauteuil devant la télé ; ma mère fait de la broderie dans l'autre fauteuil. Tout a l'air normal comme les autres soirées. Il y a un long moment de silence. Ce silence va-t-il durer ?

Angella mit fin à ce genre de tension qui lui était insupportable.

« Maman, la mère de Dina te remercie pour tes fleurs. Elle les a trouvées bien belles.

- Comment va-t-elle ?

- Elle s'occupe, je l'ai trouvée bien ! »

Puis mon père prit la parole : « Ma fille, il nous faudrait continuer notre conversation de ce midi ; viens t'asseoir avec nous. »

Ma mère me fait savoir, par sa façon de me regarder, qu'il est bien au courant.

Elle commence par lui raconter sa visite chez Dina, pour enfin lui dire qu’elle trouve cela difficile de penser à une autre année scolaire. Qu’elle en a assez de ne rien faire depuis des semaines et d’attendre que le téléphone sonne. Avec le nombre de C.V. qu’elle a envoyés, elle aurait dû avoir au moins un appel. Retourner sur les bancs d'école, pas question ! Elle a envie de vivre des expériences de travail et de s’instruire en cours de route.

« Vois-tu, ma petite, j'en conviens avec toi. Pour le moment, les jeunes passent par bien des problèmes, mais ça va avoir une fin. Ça ne peut pas durer, regarde : on parle dans tous les journaux du nouvel aéroport international à Mirabel, ça va être le plus vaste au monde.

- Je sais, en octobre, mais moi je ne vois pas ce que je ferais là.

- Ils vont sûrement avoir besoin de personnel qualifié. Puis quand tu auras fini tes études…

- Papa, j'ai expliqué à maman ce qui me conviendrait dans le moment.

- Oui, elle m’en a parlé. Si tu es certaine de ce que tu veux. Je t'encourage à passer à l'action.

- Tu veux dire… »

Elle n'a pas le temps de finir sa phrase que sa sœur entre de dehors comme un coup de vent.

« Angella, tu pars ? Ne pars pas, moi je ne veux pas.

- Bien, demain je vais voir. »

Son père reprit : « Ta mère m'a parlé de tes projets. Ce n'est pas évident de se lancer dans la vie sans diplôme universitaire. Tu as deux mois de vacances. Va tenter ta chance, et il sera toujours temps de revenir pour l'école en septembre si tu changes d'idée. Nous serons toujours là pour t’appuyer dans tes projets. Tu es une fille déterminée. Je te souhaite bonne chance. Promets-moi de toujours nous tenir au courant, quoi qu'il arrive.

 

 

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