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Balata - La forêt guyanaise, récit d'un forestier, Roger Simon

 

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Balata - La forêt guyanaise

Récit d'un forestier

 

ROGER SIMON,

Récit, Montréal,

Fondation littéraire Fleur de Lys,

2007, 414 pages.

 

ISBN 978-2-89612-225-7

 

Résumé

Comment de 1955 à 1960 fut réalisé l’inventaire des 368 essences forestières peuplant l’immense forêt guyanaise ?
Comment, après détermination des arbres, fut écrit leur livre?

Quelle était la vie des habitants dans ce département lointain guyanais ne possédant alors que des infrastructures très rudimentaires, sans lois définitives ?

Le forestier Roger Simon vous emmène dans la plus belle forêt du monde, faisant connaître ses habitants, son monde végétal extraordinaire, ses animaux, oiseaux, poissons, ainsi que les modes de leur capture.

Effaçant le mythe de l’Enfer Vert.

Photographies et croquis d’époques…

Avant que l’aventure spatiale de Kourou voit la Guyane française s’installer dans le monde moderne.
 

 

Tables des matières

Extrait

Au sujet de l'auteur

Communiquer avec l'auteur

Du même auteur

 

 

Table des matières

 

INTRODUCTION


CHAPITRE I

Saint-Laurent du Maroni:

découverte de la Guyane


CHAPITRE II

La forêt guyanaise


CHAPITRE III

La croisée des temps


CHAPITRE IV

Brefs récits d'un forestier guyanais


Les fusils pièges de Guyane
Les chevrettes de Saint-Laurent du Maron
Un puma et un jaguar qui courent encore…
La pêche à la liane enivrante (Tetei nivree)
La chasse aux canards
Mes buffles guyanais
La chasse du shérif
Les chasses de William, l’indien galibi
Le voleur de whisky
Pêche à l’alimara
Un jaguar bien gonflé
Mon étang de Saint-Laurent-du-Maroni
Personnages
Au risque de se perdre


CHAPITRE V

Le balata volé


CHAPITRE VI

Contrôle des balatas
La lettre au grand-père, inachevée


ALBUM PHOTOS


EPILOGUE


LISTE DES ESSENCES FORESTIÈRES

DE LA GUYANE FRANÇAISE


AU SUJET DE L’AUTEUR


COMMUNIQUER AVEC L’AUTEUR

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Extrait - Introduction

 

Représentant les retraités des Forêts et de l'Environnement, j'avais été invité en 1991 à Paris au Congrès Mondial de la forêt, regroupant cent quatre nations présentant un stand, la part du lion revenant à la France avec ses services issus de L'ex administration des Eaux et Forêts, désormais restructurée en fonction des nécessités forestières nationales.

 

C'est au stand de nos territoires d'outre-mer, présentant nos produits tropicaux, que je fis la connaissance de l'ingénieur en chef Thierry Thuret, chef du SERCOB Auvergne, à qui je fis remarquer l'absence des plaquettes des bois de notre département de Guyane, collection débitée par mes soins en 1959-1960 en de nombreux exemplaires, expédiée à des organismes forestiers et scientifiques internationaux; comportant cent onze plaquettes au format dix sur vingt centimètres, elle était restée au Centre Tropical des Bois, son importance demandant un stand pour elle seule.

 

L'ingénieur Thuret avait effectué en Guyane un séjour de cinq années, chef du service des Eaux et Forêts. Nous parlâmes de ce département, mettant en commun nos souvenirs, en particulier le survol avec son avion de l'immense forêt, comme je le faisais moi-même parfois; c'était un véritable broussard, chasseur; il est à l'origine de la cession du terrain devenu le site de lancement de nos fusées à Kourou.

 

Quatre années après moi, il avait contrôlé les permis de récolte de Balata, aux alentours de la Crique Ouaqui, remontant les criques et parcourant les pics (sentiers) que je connaissais bien. Une seule chose m'intriguait : il ne parlait pas de mes relevés topographiques complétant les cartes aériennes de l'I.N.G. avec ses tracés de criquots et de pics invisibles du ciel; pas davantage du très long compte-rendu précisant les temps de marche, l'orientation, l'implantation des villages et des peuplements d'hévéa guyanensis, notre Balata. Ce travail, effectué à une période politique un peu spéciale, intéressait peut-être aussi les militaires, mais ceci est une autre histoire, s'ajoutant au déclin d'une période colonialiste.

 

C'est alors que je me souvins des lettres journalières écrites sur papier pelure à l'intention de mon beau-père, lettres jamais expédiées -vous verrez pourquoi en lisant Balata– que je retrouvais peu avant ma retraite dans une malle encombrée de souvenirs de Guyane.

 

Je prêtais ces lettres au Père Claude, curé de Gémozac, afin qu'il connaisse un peu la forêt guyanaise et ses balatistes (Seringuero au Brésil). Il quitta Gémozac et je retrouvais à sa nouvelle affectation les lettres qu'il me rendit.

Ces lettres étaient pour moi sans grande importance car me rappelant un désagréable rapatriement sanitaire, mais elles furent dévorées par ma voisine qui m'affirma qu'il y avait là matière à écrire un livre, même sans les photos couleur ou noir et blanc, sur cette mission qu'elle trouvait plus naturelle que les films sophistiqués vus à la télévision.

 

J'écrivis Balata en juin 1996 à l'occasion d'une cure à Barèges, remettant au propre le soir après dîner les lignes des papiers pelures.

 

Resté en contact avec l'ingénieur Thuret, je lui demandais de me préfacer ce livre, ce qu'il fit, poussant l'amabilité jusqu'à me céder ses propres photographies afin de remplacer quelques-unes des miennes ayant subi l'outrage des ans, devenues presque invisibles…

 

Qu'il en soit ici remercié, car il est l'un de ceux qui rénova la plus vieille administration de France et fit progresser le département de la Guyane.

 

 

 

Extrait - Chapitre I


Saint-Laurent du Maroni:  découverte de la Guyane

A notre arrivée à Saint-Laurent du Maroni, la maison nous attendait, toute prête, meublée, à l'exception de la cuisine. C'était une maison double dont l'autre partie était occupée par le secrétaire administratif et sa famille, simplement séparée par un muret de briques rouges portant les initiales A.P. : Administration Pénitentiaire.

La maison était très vaste, comportant des communs, un puits, un très grand parc jardin dans lequel il y avait beaucoup à faire sur les arbres. Au temps de la pénitentiaire, elle était la demeure de deux agents et de leur famille affectés au deuxième bureau du bagne. Ensuite elle avait servi de logement de passage pour de nombreux fonctionnaires souvent repliés d'Indochine, maintenant dispersés par leurs fonctions, certains exerçant à l'étranger.

Après visite de la maison et admiration de meubles en bois précieux sculptés par les bagnards, je décidais qu'elle ferait une demeure idéale. Restait à attendre le matériel encore en transit dans les caisses depuis la Rochelle; l'épouse du chef de district aida ma femme à installer la chambre à coucher, prêtant literie et moustiquaire.

Dès le lendemain, je fis connaissance avec la plus belle forêt du monde, la forêt guyanaise, partie de l'immense sylve amazonienne, la plus belle et sauvage du globe; j'y serais encore en 2000 si un accident de parcours ne m'avait obligé à un rapatriement sanitaire quatre années après notre installation.

En attendant un mobilier nous permettant de vivre chez nous, nous prenions pension, ma femme et moi, chez une très gentille dame créole, Jeanne. A nos deux repas journaliers figurait toujours de la viande, très bien préparée, mais nous ignorions de quel animal ou oiseau elle provenait. Jeanne nous donnait bien le nom de la bête, nom en créole ne signifiant rien pour des nouveaux venus en Guyane ayant tout à apprendre.

Ce n'est qu'après notre installation véritable que se posa le problème de l'achat de viandes et de poissons et surtout sur la façon de les cuisiner.

Il n'existait ni boucher ni poissonnier à Saint-Laurent; la viande s'achetait de très bonne heure le matin sur une sorte de petit marché datant de la "pénitentiaire" où l'on trouvait des viandes incroyables mais en petite quantité : viande de tortues marines venues pondre leurs œufs sur les rives du Maroni, de tortues terrestres forestières, de gibiers divers, jaguar, puma, tapir, caïman, iguane, tatous, serpents (le boa étant le préféré), cochon sauvage et pas mal d'oiseaux d'eau ou de forêt. A quoi s'ajoutaient quelques produits locaux comme les œufs, rares et chers, quelquefois une vraie volaille, parfois du boudin créole fabriqué avec le sang de petits cochons d'élevage, fortement épicé mais bon. A ces divers produits s'ajoutaient des poissons à la chair plus ou moins estimable, parfois pêchés depuis longtemps…

De plus, il fallait faire vite pour s'approvisionner, tout étant rapidement épuisé. A un étal on pouvait rencontrer un ancien de la pénitentiaire, René Jean, de la célèbre bande des "bouchers de La Villette", spécialistes en assassinats de rentières. Il avait terminé son temps et était devenu un commerçant fréquentable. Mais sur ce marché, on ne trouvait rien qui puisse se comparer aux viandes et poissons des boutiques de métropole. Donc obligation de manger guyanais…

Le seul vendeur de viande véritable était Monsieur Endelmond qui élevait un troupeau de buffles; il en sacrifiait un de temps en temps, après inscription des clients pour être certain qu'il ne resterait pas d'invendu, car un buffle est une grosse bête ! Son troupeau était gardé aux alentours de l'aérodrome de Saint-Laurent par un vieux blanc, ancien bagnard resté à Saint-Laurent, âgé, constamment ivre, passant son temps à hurler des injures et des insanités aux buffles. Ce vieux blanc était un personnage !

Ledit troupeau de buffles, d'origine asiatique, représentait pour le pilote du Dragon de Havilland de la compagnie aérienne SATGA, une véritable calamité lorsqu'il apportait deux fois par semaine le courrier de Cayenne, donc de France : car ce troupeau broutait presque toujours sur la piste, et il était souvent nécessaire d'effectuer au moins deux passages en rase-mottes pour décider les buffles à quitter la piste d'atterrissage et pouvoir se poser. C'était très folklorique car de nombreuses personnes tentaient, bien avant le passage de l'avion, de les faire fuir, reculant devant les buffles méchants chargeant les importuns.

Il nous fallut, ma femme et moi, consulter voisins et collègues forestiers pour nous rendre rapidement compte que chaque famille de Saint-Laurent se débrouillait comme elle pouvait pour sa viande et son poisson, en fonction de ses possibilités financières et de ses connaissances locales.

Il existait à Saint-Laurent une petite confrérie de chasseurs, pêcheurs et piégeurs professionnels, souvent des vieux blancs. Après consultation de ces derniers, il s'avéra que leurs clients étaient trop nombreux pour qu'ils puissent tous les satisfaire; de plus les produits de leurs pêches et chasses étaient vendus fort cher, d'avance, quelquefois en état avancé à la livraison.

Pour la volaille, c'était assez facile, notre habitation disposant de grands communs où il était possible d'installer un poulailler, ainsi qu'un grand parc jardin attenant planté d'arbres et de cocotiers.

Suivant les conseils de mes collègues, nous nous rendîmes à Albina, de l'autre côté du Maroni en Guyane hollandaise, où nous achetâmes quelques poules hollandaises habituées au climat ainsi qu'un coq; ces poules, par la suite, purent couver les œufs des canes sauvages découverts au hasard des tournées dans des nids sur les rives du Maroni, ce qui permit rapidement la constitution d'une basse-cour de quatre-vingts poules et canards nourris de maïs, de noix de coco et de termites appelées "poux de bois" dont je ramenais les nids découverts en forêt, nids que je débitais à coups de hache. Les canards se révélèrent être "de barbarie", ancêtre lointain du canard européen du même nom appelé "colas" dans les Charentes. C'était un excellent canard, bon voilier. Je fus rapidement amené à leur éjointer une aile afin de leur interdire le retour auprès de leurs congénères du fleuve car la première couvée m'avait donné beaucoup de soucis; je n'avais pu en déguster que quelques-uns tués à la hâte et à la carabine sur le toit de notre maison, m'apercevant qu'ils s'enfuyaient à tire d'aile dès qu'ils avaient mis leurs plumes.

Comme j'étais chasseur et pêcheur mais défiant le proverbe, pas menteur, il allait m'incomber la tâche de mettre sur la table la viande et le poisson des repas, ceci de la manière la plus économique possible. Je possédais fusils et cannes à pêche, compagnons inséparables de ma vie, ainsi qu'un matériel considérable. Alors, davantage qu'en métropole et en Algérie où je chassais pour le sport, je devins chasseur, pêcheur et éleveur par obligation, captures et élevage venant s'ajouter à la viande des buffles d'Endelmond, parfois à celle congelée provenant d'un bateau faisant escale à Saint-Laurent pour charger des bois car en forêt, il m'arrivait de trouver de grosses tortues terrestres forestières que je stockais dans notre parc jardin en attendant le passage de la "Nina", bateau effectuant des transports entre les Caraïbes et la Guyane, ou avec les tapouilles brésiliennes; en échange de mes tortues, le cuisinier du bord me remettait de la très bonne viande de bœuf congelée et repartait très heureux avec des tortues à la chair très prisée en Guadeloupe, Martinique et autres îles.

En fait, mes chasses et pêches étaient "alimentaires"; je ne suis pas devenu viandard, mon plaisir étant la découverte de la faune de la forêt guyanaise et de ses rivières appelées criques. Je me suis contenté d'effectuer les prélèvements nécessaires pour vivre. D'ailleurs en Guyane, la viande de gibier ne se conserve pas longtemps fraîche à l'air libre. Il était inutile de rentrer en fanfaron à Saint-Laurent avec des bêtes "cocotant" très fort qui, offertes aux amis, seraient rapidement enterrées par eux sous le sable de leur jardin parce que plus consommables.

La chasse était un peu différente lors des tournées en forêt ou sur les rivières car là, nous étions accompagnés d'ouvriers et de piroguiers, presque toujours des Bonis friands de tous gibiers et poissons.

Je tirais alors tout ce que je trouvais pour les nourrir, depuis les iguanes découverts de loin par les piroguiers sur la branche surplombant la crique que nous parcourions, et qui tombaient souvent morts directement dans la pirogue, accompagnés par un joyeux "I bon papa !" de l'équipage, voulant dire que c'était bien.

Je tirais aussi les singes quels qu'ils soient, même le célèbre Ai, bonheur des cruciverbistes, appelé en Guyane "mouton paresseux". Piroguiers et ouvriers en raffolaient.

Ces chasses permettaient aux ouvriers d'économiser leurs provisions de morue, en fait un poisson quelconque séché, salé ou boucané qu'ils émiettaient dans le "couac", couscous grossier fabriqué par les femmes du village avec la racine du manioc; morue et couac constituaient leur repas habituel.

Lorsqu'il s'agissait d'une pièce plus importante, tapir ou gros cabiaï, la viande était en partie mise à boucaner à l'étape du soir afin d'en conserver pour les jours suivants, l'avantage du boucan étant d'éloigner moustiques et maringouins !

Mon équipier et moi-même nous réservions la viande noble, de choix, cuisinée sur des braises dans une cocotte en fonte avec huile, épices, oignons déshydratés venus de métropole; j'ajoutais même une feuille de laurier-sauce du jardin de ma belle-mère qu'elle expédiait dans ses lettres ainsi que du thym.

Cette cuisine de gibier permettait d'économiser les précieuses et très chères conserves emmenées pour la tournée, consommées seulement en cas de bredouille. Conserves représentant alors une somme importante pour une tournée d'une quinzaine de jours, quelquefois plus, car nos indemnités de tournées étaient loin de les rembourser.

Aujourd'hui je me revois encore très bien cuisinant une poule faisane pendant que mon collègue Massoni faisait bouillir le riz, le tout à la lueur de la lampe "Petromax" attirant d'énormes papillons de nuit. Avant le repas, nous buvions un punch au citron vert, l'eau étant celle de la crique auprès de laquelle nous carbettions. Car on ne parlait pas d'eau minérale en bouteille plastique sur les rivières en ces temps heureux.

Le repas terminé, nous nous endormions dans nos hamacs au milieu du concert des singes hurleurs et des crapauds-buffles, concert déjà entendu sur mon poste à batteries en 1950 en Algérie diffusant à cette époque une émission intitulée "les nuits du bout du monde", nuits que je ne pensais pas vivre quelques années plus tard.

Nous n'emmenions pas de poste radio à l'occasion de nos tournées, nous bornant à écouter les informations dans les postes de gendarmerie ou dans les camps de recherches du Bureau Minier Guyanais. J'entendis mon premier transistor près de la crique Ouaqui : il était hollandais et accroché au dos d'un balatiste saignant un hévéa, perché à une trentaine de mètres de hauteur : c'était en mars 1961.

La forêt guyanaise passait alors aux yeux des Européens pour "l'enfer vert" et nous, forestiers, pour des aventuriers. L'affaire "Maufrais" n'était pas pour démentir son nom maléfique : l'avenir devait faire disparaître cette appellation.

Comme il est possible de le constater, nous vivions beaucoup sur le pays, mais je ne pense pas que nos prélèvements aient beaucoup nui à la population gibier et poisson.

Il me reste à vous présenter les divers gibiers, au moins les plus connus et comestibles qui constituaient nos quêtes en forêt et sur les rivières. Ce sera facile car je les classerai en deux catégories : les bêtes à pattes et les oiseaux.

Parmi celles à pattes, honneur aux fauves, peu nombreux : jaguars, pumas, ocelots, et un animal très rare dont je n'ai tué qu'un exemplaire, dont la peau examinée en métropole par un spécialiste se révéla être celle d'un "Canis Brésiliensis", autrement dit d'un chien sauvage forestier.

Ensuite, les cochons sauvages, toujours en bandes; puis l'agouti et son petit parent l'agouchi; le "pac", ressemblant à l'agouti mais à la robe plus claire ponctuée d'une ligne de points, creusant des terriers. Comme l'agouti, il pouvait devenir familier mais se révélait fort mordeur à l'occasion.

Le tapir, assez gros, vivant près des fleuves et rivières, trop gros pour être tiré en solitaire car sa viande ne peut être emmenée par un homme seul et sera perdue : le tapir est un animal assez craintif, échappant presque toujours à la vue du chasseur, se réfugiant dans l'eau où son mimétisme avec les roches de la rivière est parfait.

Le cabiaï, sorte de gros castor vivant de racines de plantes aquatiques qu'il ronge à l'aide de dents courbes acérées pouvant atteindre quinze centimètres de longueur, constamment affûtées en biseau. J'ai conservé longtemps les dents d'un cabiaï pesant presque cent kilos, tué sur une petite crique se jetant dans le Marouini, autrement dit le haut du Maroni; elles se sont délitées avec le temps et les vestiges ne ressemblent plus à rien.

La chair du cabiaï est très bonne, seul le problème de sa remontée sur la pirogue, s'il est gros, est assez ardu après le coup de fusil. Il existe aussi un merveilleux chevreuil à la robe alezane appelé en Guyane" cayacou", qui ne porte pas de bois, tout au moins ceux que j'ai tués; son poids atteint vingt kilos, il est rare et sa viande est délicieuse.

Les tatous, la plus grosse espèce s'appelant en créole "Tatou Cadessous", que je ne tuais que lorsque nos ouvriers et piroguiers n'avaient pas de viande à se mettre sous la dent.

Toute une gamme de singes, les plus gros étant une espèce de singe noir rencontrée loin à l'intérieur de la Guyane, dans la zone où se situent les peuplements d'hévéa guyanensis, près de la source de la crique Ouaqui, atteignant le poids de douze kilos. Tous les singes de Guyane vivent en bande, sont bruyants, faciles à tuer au plomb de deux ou s'ils sont gros, à la balle avec une carabine. Il paraît que leur viande est bonne; je ne me souviens pas en avoir mangé, peut-être chez Jeanne avant notre installation, la chère Jeanne devant acheter n'importe quoi pour nous nourrir. Et pas davantage d'iguane ou de queue de caïman, car je tirais de meilleurs gibiers.

Dans le gibier à quatre pattes, on trouvait deux loutres, celle de mer, vivant en troupe, et une de rivière semblable à celle d'Europe, rencontre assez rare. Il n'était pas rare par contre d'apercevoir, dans la zone des palétuviers, des lamantins très gros broutant paisiblement au fond de l'eau, animal tabou donc vivant en paix, appelé par les Indiens de l'embouchure "l'homme de l'eau" et par les créoles "la vache d'eau".

Presque partout au bord des fleuves vivaient des caïmans, parfois de grande taille; ils affectionnaient les zones marécageuses, secteur du plus grand serpent du monde, l'anaconda, assez rare à découvrir, souvent immense, dont je n'ai tué qu'un exemplaire : absolument incomestible.

Il existait de nombreux serpents, principalement arboricoles, l'un des plus redoutables étant un trigonocéphale appelé grage carreaux, et le corail que je n'ai rencontré qu'une fois en quatre ans de vie forestière alors que j'avais fait accoster la pirogue pour un besoin urgent. Long de deux mètres, cerclé de noir, de jaune et de corail d'un bout à l'autre, il ne se dérangea pas; moi, si ! J'allais voir plus loin en examinant bien le sol afin de ne pas rencontrer un de ses amis.

Ma seule et cuisante expérience de serpents se produisit environ trois mois après notre arrivée en Guyane. A Saint-Laurent, j'avais semé des haricots donnés pour nains, lesquels se dressaient très haut, nécessitant l'utilisation de rames. Un jour nous partîmes, l'agent technique Julien et moi-même, pour récolter le long de la piste menant à la léproserie de l'Acarouani des feuilles et des fleurs nécessaires à l'herbier des essences forestières de la Guyane. Nous avions fait abattre un gros arbre, prélevé notre récolte pour l'herbier et, marchant sur le tronc, je remarquais de jeunes gaulis pouvant fournir des rames pour mes haricots. A l'aide d'un sabre d'abattis, je tranchais à bonne hauteur mes rames lorsque je fus mordu à l'oreille droite par une bête inconnue que je pensais être une guêpe. Presque aussitôt, je fus pris de vomissements puis revenu près de mon collègue, je m'évanouis après lui avoir raconté ma mésaventure. En cinq minutes je fus sur la table de consultation du médecin de la léproserie qui constata que ma peau se marbrait de tâches violines. Je m'évanouis à nouveau alors que le médecin préparait une piqûre et ne repris mes sens qu'à l'hôpital de Saint-Laurent où le docteur Ruhlman me prodigua des soins pendant quatre jours au cours desquels je vécus avec la moitié droite du corps fortement violacée. Une fois guéri, je retournais sur les lieux de coupe des rames à haricots, muni de fortes jumelles et j'examinais les feuillages, grouillant de petits serpents lianes longs, verdâtres, très bien dans leurs feuillages mais n'aimant pas être dérangés par un jardinier amateur. Je me vengeais en leur tirant deux coups de sept, ce qui en fit tomber quatre en pièces détachées, puis je m'enfuis de ce secteur redoutable.

Je n'eus plus jamais à ramer mes haricots qui devinrent des lianes sans fin et sans aucune production; nous vivions presque sous l'Equateur et les légumes ne poussaient pas comme en Europe. Seul, à Saint-Laurent, un vieux blanc en récoltait après de longues années d'expérience et de sélection, de même que de minuscules carottes, légumes se vendant à la poignée ou à la botte et très cher.

Je passerai rapidement sur les tortues marines capturées sur le sable du Maroni de nuit en aval de Saint-Laurent par les pêcheurs du village chinois, débitées au marché le matin; leurs œufs, semblables à des balles de ping pong, se vendaient à part. Leur capture devint rapidement réglementée puis interdite.

La tortue terrestre ne se rencontrait qu'en forêt, par hasard. Lorsqu'elle rentrait la tête, je plaçais un morceau de bois devant, l'entravais de lianes fines puis elle trouvait place dans le sac Millet pour un séjour dans le parc jardin.

Enfin, les oiseaux, que je classerai pour la commodité en deux catégories : ceux d'eau ou de "pripris", zones marécageuses, et ceux de la forêt primaire.

Les oiseaux d'eau et de marais représentaient à eux seuls un véritable zoo s'accroissant chaque automne par l'arrivée d'émigrants venus du Nord; il est impossible de les décrire tous : canards et sarcelles de toutes espèces, grues, hérons, flamants, aigrettes, bécasses, bécassines et j'en passe, négligeant les oiseaux du littoral d'une diversité impensable.

En hiver, la concentration des oiseaux d'eau était spectaculaire en certains points où abondait la nourriture sur les zones boueuses, vaseuses, découvertes par les marées. Dans ce rassemblement incroyable, je choisissais les sarcelles et les bécasses lorsqu'elles venaient du Nord en hiver.

Il m'arrivait en cours de tournée de tuer un canard fluviatile; je le plumais, le vidais au son du moteur de la pirogue nous ramenant à la maison; puis je le frottais de citron vert, de sel et de tafia et le conservais dans un linge. Il était prêt pour sa cuisson dès le retour.

C'est en Guyane que j'ai pu voir la plus forte concentration d'oiseaux d'eau; la sous-préfecture de l'ININI fut obligée, dès 1955, de réglementer le tir et la capture des flamants roses arrivant au petit marché de Saint-Laurent par pirogues entières, tués au fusil ou capturés au filet entre l'embouchure du Maroni et la Mana.

Ce fut une excellente mesure de sauvegarde d'un bel oiseau auquel je préférais pour la cuisine son proche parent vivant en forêt humide, le "Grand Gris", de par sa couleur.

La chasse au gibier d'eau dans les immenses vasières et pripris de Guyane m'a laissé le souvenir de magnifiques oiseaux; souvenir de fatigue aussi tant la marche y était épuisante, le gibier lourd à porter dans ces conditions. Certains viandards venus là pour la première fois, ayant grillé toutes leurs munitions, laissaient discrètement tomber dans la vase les pièces qu'ils ne pouvaient plus porter afin de s'alléger et regagner au plus vite la petite pirogue louée aux Indiens qui nous ramènerait à leur village où attendait la nôtre pour le retour.

Puis il y avait les oiseaux de la forêt. D'abord la poule de brousse, sorte de faisan dont elle avait la taille et la chair. Puis une sorte de grosse perdrix à la poitrine charnue, appelée "perdrix poule", toujours seule; l'agami, très bavard, ce qui le perdait, s'apprivoisant bien, faisant la police dans les poulaillers en faisant rentrer les volailles avant la nuit, avant que ne sortent les rats venant saigner les poussins en plein Saint-Laurent, ainsi que les grandes couleuvres arrivant également le soir avec les rats par les profonds fossés d'écoulement des eaux de pluie, fossés toujours encombrés de crabes mous non comestibles. Dévorant les poussins, surtout les œufs, ces couleuvres étaient équipées d'une dent dans leur palais, dent ouvrant l'œuf dont la coquille était recrachée après déglutition de son contenu.

Enfin le champion des oiseaux, le Hocco ou dindon sauvage, pesant jusqu'à huit livres, difficile à trouver mais dont on était sûr de ramener à la maison au moins deux exemplaires car il était lent et lourd à s'envoler. Egalement les toucans, quelquefois coriaces, vivant en bande, de plusieurs variétés, ainsi qu'un curieux oiseau comestible appelé "Paraquoi" par son cri prêtant à rire servant à le désigner.

Des pigeons, très difficiles à repérer malgré leur roucoulement car les arbres sont très hauts; certains, d'après la description lue beaucoup plus tard dans des revues américaines spécialisées, ressemblaient assez à ceux disparus des USA dans les années 1900; leur vol paraît-il obscurcissait le ciel à cette époque où ils étaient innombrables. Ceux de Guyane pouvaient être des descendants s'étant sédentarisés; je ne suis pas resté assez longtemps en Guyane pour pouvoir en expédier un échantillon à un spécialiste, m'étant borné à conserver quelques têtes de jolis oiseaux dont celle d'une tourterelle des bois.

A maintes reprises, j'ai expédié des spécimens au Muséum d'Histoire Naturelle à Paris : têtes, plumes, pattes… N'ayant jamais obtenu de réponse, je fis une visite au Muséum lors d'un congé en 1959, passant à Paris. Il existait au Muséum un parc avec des agoutis vivants. Les personnes contactées me déclarèrent toutes être surchargées de travail, très occupées par la conservation des collections existantes; elles m'expliquèrent que leurs crédits de recherche étaient très limités. Là elles n'avaient pas tort car à l'époque, les crédits étaient très mesurés dans les administrations. Heureusement, beaucoup plus tard, une génération scindera les administrations, leur affectant une tâche précise en y incorporant "la Recherche". Ce ne fut pas un mal ! Le Muséum connaîtra un renouveau sérieux et sortira de sa torpeur.

En Guyane, vivaient nombre de perroquets, perruches et aras; le plus beau était l'ara rouge et bleu dont je n'ai tué qu'un seul exemplaire; c'était un piètre gibier à consommer, très difficile à plumer. Mes quelques perroquets finirent en pot-au-feu, ce qui donna au moins du bouillon.

Il existait des oiseaux de proie, diurnes et nocturnes mais ce ne sont pas là gibiers de chasse; je citerai tout de même le record de l'agent technique Julien qui tua un jour un aigle de Guyane enlevant un singe pesant une dizaine de kilos et dont les serres ramenées couvraient la poitrine d'un homme, ce qui donne une idée de l'envergure de l'oiseau, peut-être plus grande que celle du condor des Andes.

Quelquefois le soir, je me postais dans notre parc jardin pour tirer sur les nombreux vols de perruches aras vertes et jaunes passant au ras des toits de Saint-Laurent; c'était un piètre gibier même s'il tombait à la porte de la cuisine !

Pour les poissons, le choix était immense, comprenant des poissons de mer : requins, maquereaux royaux, tarpons, etc. Il y avait peu de pêcheurs pour les poissons de mer, mis à part quelques sportifs. Jusqu'à son premier saut, Saut Hermina, le Maroni offrait une gamme extrêmement variée de poissons de mer selon la marée, mêlés aux poissons d'eau saumâtre et d'eau douce.

Parmi tous ces poissons émergeait le "machoiron" que je donne pour un silure, pêché par les pêcheurs du village "chinois". Le machoiron alimentait en grande partie le petit marché de Saint-Laurent. Il pouvait se débiter en morceaux, sa chair était excellente. Il était appelé ainsi car sa tête, donc sa mâchoire, était importante. Il existait de très nombreuses espèces de silures dans le Maroni, la plupart se pêchant à la ligne de fond eschée d'un escargot à clapet, très gros escargot noir possédant un opercule comme notre bigorneau. On casse la coquille à l'aide d'un marteau servant également pour écraser son contenu coriace et l'attendrir avant de le fixer à un gros hameçon afin qu'il devienne opérationnel. Puis on lançait la ligne au loin, le lest étant un caillou assez lourd, bien ficelé pour le lancer.

Certains soirs, l'appontement de Saint-Laurent était envahi par des pêcheurs et des pêcheuses munis d'une canne coupée à même un jeune gaulis, supportant un solide nylon sur lequel était fixé un hameçon esché d'une crevette. C'était la pêche de l'acoupa, sorte de maigre ne dépassant pas le poids de deux kilos; les prises étaient nombreuses, la chair du poisson excellente. Tous les Saint-Laurentais se retrouvaient pour cette pêche, fête communautaire.

Le véritable pêcheur trouvait son bonheur avec le coumarou, poisson ayant la particularité de posséder une mâchoire avec incisives, canines et molaires plates; très gros, ne mordant qu'au morceau de pain, toujours en surface. Excellent. Il fallait être un spécialiste pour sa capture. Je lui préférais la perche à cocarde, semblable à notre bar de mer, possédant une curieuse cocarde tricolore près de sa caudale. Elle se prenait à l'aide de vifs, dans les herbiers où elle chassait le menu fretin. Délicieuse au four.

Le poisson le plus étrange rencontré sur le marché de Saint-Laurent était un poisson paraissant sorti de la préhistoire, se pêchant dans les marais presque asséchés; petit, noirâtre, son corps cuirassé était articulé comme celui d'une écrevisse. Il n'avait pas de squelette et sa chair était plutôt celle d'un crustacé. Son nom : l'atipa.

Des raies parfois très grosses, des anguilles, le plus souvent électriques, laissaient un mauvais souvenir au pêcheur non initié, de même que les torpilles mordant parfois sur une cuiller.

Partout dans les fleuves et rivières, se rencontrait le piraille ou piranha. En fait, je pense qu'il y a deux espèces distinctes dont l'une atteint et dépasse les quatre kilos alors que l'autre, celle de nos aquariums d'Europe, atteint trois cents grammes, taille peut-être due à leur vie en population, entraînant une sorte de nanisme. Il est à remarquer que les plus gros piranhas se pêchent surtout dans les petites criques et loin à l'intérieur des terres. Mon plus gros piranha a été pêché dans la crique Ouaqui et pesait six à sept kilos. Sa mâchoire orne encore ma vitrine, en 1999.

En quatre années de Guyane, je n'ai pas eu connaissance d'accidents occasionnés par les piranhas, mis à part les imprudences de pêcheurs à la ligne car le piranha possède des dents redoutables, est vindicatif, capable de faire le mort assez longtemps après sa capture. Je n'ai pas trouvé sa chair extraordinaire, même celle des gros sujets cuits au four. En friture, c'est un peu mieux pour les petits, capturés au lancer à la cuiller tournante.

Dans les criques vivait un poisson merveilleux pouvant atteindre quinze à vingt kilos, un carnassier se prenant dans une nasse ou à la ligne, de nuit : l'alimara. Chair excellente. Sur les criques habitaient des pêcheurs professionnels ne pêchant que l'alimara. Sa denture est formidable. Il mordait parfois sur certaines cuillers, au lancer. D'autres poissons, plus petits, avaient pour nom moloco, patazaï, coulant, prapra, yaya, etc.

Une chose curieuse était la présence, et ceci très haut sur le Maroni, de grosses raies dites tamponnées, de par leurs tâches; elles étaient redoutables pour l'imprudent ne voyant pas l'ardillon armant sa queue, qu'il fallait couper d'un coup de sabre d'abattis dès son arrivée à bord de la pirogue.

Sur la crique "Carbet Brûlé" dénommée ainsi parce qu'une année, la récolte du balata des hévéas des rives de cette crique avait brûlé, crique se jetant elle-même dans la crique Ouaqui, j'ai rencontré et pêché deux orphies d'eau douce de trente centimètres; un mystère pour moi, ces orphies si loin de la mer, au pied des monts Tumuc Humac ! Comme les orphies de mer, leurs arêtes étaient turquoises. Il en existe dans la mangrove où on se demande ce que ces "bécassines de mer" viennent faire !

Beaucoup d'autres poissons dont je ne puis citer les noms, certains à la chair médiocre, d'autres excellents.

Ainsi, la forêt guyanaise apportait son lot de gibiers divers et de poissons; simplement il y avait d'inexplicables périodes où cette forêt bruissante d'ailes et de cris d'animaux était comme morte, absolument vide, désertée. Fait rare et curieux, cette forêt sans vie, avec seulement le bruit des averses tropicales rompant le silence…

Sinon elle était vivante avec son sol toujours propre, la plus petite graine ou feuille tombée étant de suite dévorée. Je la retrouve encore bien réelle, l'œil accroché parfois car j'avais appris à regarder, sur un nid de "mouches chapeau" appelées ainsi parce que le support en a la forme, le nid enflant au fur et à mesure de votre approche, prélude à l'envol des mouches piquantes qu'il est préférable de contourner à distance.

Quelquefois le regard tombait sur une orchidée d'une rare beauté, accrochée au tronc d'un arbre, voire sur des orchidées en grappes que je ramenais à la maison pour tenter de les greffer sous l'écorce d'un arbre de notre parc, n'en obtenant pas grand chose par la suite.

Il m'arrivait de découvrir dans un arbre à demi-mort une ruche d'abeilles forestières guyanaises, totalement dépourvues d'aiguillon, se fourrant désagréablement sous vos vêtements et dans les cheveux; leur miel, liquide, était contenu dans de grosses alvéoles jaune brun, molles, ce qui en interdisait la récolte. Il fallait percer chaque alvéole et aspirer directement le miel à l'aide d'une paille creuse. Rien de comparable avec les miels d'Europe…

Entre les contreforts des arbres, je découvrais parfois un nid de poule faisane, de poule de brousse avec ses œufs d'un vert turquoise éclatant que je ramenais à la maison, n'en laissant qu'un; ces œufs servaient à confectionner une omelette pour le repas du soir.

C'était une vie très différente de celle de la forêt d'Europe ou d'Afrique du Nord. Le travail aussi y était différent, fait de recherches, d'études diverses et de contrôles. Dans cet océan végétal, lorsqu'on était seul, il fallait naviguer à la boussole afin de retrouver ce qui était alors l'unique liaison entre Cayenne et Saint-Laurent : la piste de latérite rouge, ondulée, ouverte au bulldozer, avec ses grossiers ponts fabriqués de troncs d'arbres. Puis il fallait retrouver sur cette piste le véhicule de service pour le retour, véhicule souvent loin du point de sortie de la forêt. Danger réel par ce que l'on appelait alors les "savanes tremblantes"; vous marchiez et vous vous enfonciez subitement, le sol étant constitué de boues sans fond accumulées depuis des siècles; il était utile de faire très attention, surtout près des criques.

Tout ceci n'étant qu'un préambule sur les découvertes et la vie d'un forestier guyanais en ces années 1957 – 1961.

 

Au sujet de l'auteur

 

« Roger SIMON est né le 12 juin 1923 d’un père receveur des P.T.T., Ernest SIMON, parents vignerons à Marsannay-la-Côte près de Dijon, et de la fille de Ferdinand JOLY, Hermine JOLY, née dans le Jura de parents cultivateurs, fruitiers et pisciculteurs en étangs. Famille catholique pratiquante.

Il est le deuxième enfant d’un deuxième mariage, son père ayant, sur le front, le 18 février 1918, contracté mariage avec une veuve de guerre à Fresse-sur-Moselle ayant déjà un enfant, qui deviendra son demi-frère. Versé dans l’aviation après son mariage, le papa de Roger SIMON ne connaîtra pas longtemps son épouse, décédée le 12 juin 1918 de la
terrible grippe espagnole. Ebéniste d’art avant la guerre, le père de Roger

SIMON deviendra receveur des P.T.T., son métier étant passé de mode. Quatre autres enfants naquirent du deuxième mariage.

L’oncle Hector, frère de la maman de Roger SIMON, sans enfant, va le prendre sous son aile et désirer en faire un commerçant, après apprentissage.

Etudes primaires, C.E.P. (Certificat d’Etudes primaires) à onze ans. L’âge d’entrée en apprentissage étant reporté de douze à quatorze ans, Roger SIMON aidera le maître d’école à former les jeunes enfants de la classe. En échange, il connaîtra les auteurs classiques et apprendra mathématiques, algèbre, géométrie… Tout le savoir du maître.

Pour loisirs, le père de Roger SIMON va voler sur les vieux « SPAD » et « BEBE NIEUPORT » du camp de Longvic près de Dijon, apprenant le pilotage à un fils qui, toute sa vie, aimera voler.

Apprentissage le 12 juin 1937 en une époque troublée car se termine la guerre d’Espagne ; dislocation du Front populaire… La montée du nazisme devient inquiétante pour la France…

Son C.A.P. (Certificat d’Aptitude professionnelle) en poche, l’oncle lui place en banque la somme nécessaire à l’achat d’un commerce (pâtisserie chocolaterie confiserie) et lui dit de s’engager car « la guerre qui va survenir sera très courte ».

Elle sera de cinq ans et demi pour Roger SIMON qui, passé en Angleterre, ne pourra devenir aviateur et rentrera en France.

Armée d’Armistice, 151° Régiment d’Infanterie ; il verra se saborder la flotte à Toulon au moment de partir en Algérie, le 27 novembre 1942.

Le Général DELESTRAINT a créé « l’Armée Secrète », dite A.S. ; Roger SIMON va participer activement à la mise en place de groupes armés, avec l’aide d’anciens militaires. L’A.S. sera souvent en litige avec les F.T.P., Francs Tireurs et Partisans, d’obédience communiste.

Deux secteurs seront choisis pour installer un front intérieur en France, sur la demande de Staline. Ce sera GLIERES en Haute-Savoie et le VERCORS en Isère.

Roger SIMON, sergent instructeur, sera affecté à la section Hoche à Notre-Dame-des-Neiges, au plateau des Glières. Secteur attaqué violemment en mars 1944 ; il y sera blessé, fait prisonnier et déporté en Allemagne où il assistera à la destruction de Dresde et à la fin de la guerre.

A Glières, il fera la connaissance de Canadiens, agents de liaison ; le seul vivant rescapé habite à SAULT-STE-MARIE, ONTARIO.

Deux années seront nécessaires après son retour d’Allemagne en 1945 pour se refaire une santé. Le Docteur SIR ARTHUR DRUMMOND va l’aider à retrouver une vie normale. Ce médecin sera lâchement assassiné avec sa famille à LURE, en 1952.

Plus question de devenir commerçant car l’argent placé en banque par l’Oncle est dévalué, le pays en ruines et les restrictions restent sévères, interdisant le commerce projeté en 1937.

Roger SIMON va devenir agent forestier de l’Etat et sera nommé en Algérie, dans le Constantinois, où la guerre le retrouve à la Toussaint en 1954.

Il va servir dans les S.A.S. puis deviendra guide pour les militaires du contingent envoyés en Algérie, car la révolte se transforme en guerre.

Blessé à la gorge le 10 novembre 1956 en conduisant une patrouille de nuit, blessure anodine d’abord mais qui va lui enlever en partie la voix vingt ans après, il est renvoyé en France en mai 1957, après avoir contracté un rapide mariage à Djijelli. Il a 34 ans.

De retour en France, il est nommé chef de district en Guyane en 1957. Il y reste quatre ans, rapatrié en 1961.

Nommé au Centre de Recherches forestières de l’Ecole forestière des BARRES, il participe à des expériences en liaison avec l’INRA de Nancy.

Il sera nommé en 1964 chef du district de THONON-LES-BAINS, ayant en charge le lac Léman et les forêts de CHABLAIS-GENEVOIS. Le lac Léman possède une législation spéciale, étant lac international, avec trois cantons suisses. Roger SIMON va y demeurer dix ans, restaurant les piscicultures, règlements de navigation, signalisation, etc. le tout -car il est devenu technicien supérieur- entrecoupé de missions africaines, guyanaises et dans divers pays étrangers.

En 1974, il devient contrôleur des pépinières forestières mais doit subir une trachéotomie lui ôtant une corde vocale. De ce fait, il est placé en congé de longue durée pour quatre années.

Roger SIMON, dès 1950 en Algérie, était secrétaire du Syndicat forestier et avocat dans les conseils de discipline.

En France, il est adjoint au Syndicat national des Forestiers (apolitique), défenseur dans les conseils de discipline, affecté à la Commission pour l’habillement. Il est devenu chef de techniques forestières.

Sa modestie dut-elle en souffrir, Roger SIMON est :

 Chevalier de la Légion d’Honneur
 Chevalier du Mérite agricole
 Médaillé militaire
 Croix de guerre 1939/1945
 Médaille d’Honneur des Eaux et Forêts
 Mérite fédéral anciens combattants fonctionnaires

Son fils unique est chef de logistique dans une grande firme internationale ; deux enfants.

Roger SIMON est divorcé depuis 1995. Il vit seul, écrivant, jardinant, vieillissant.

Ses grandes passions ont été la FORET, la CHASSE, la PECHE, l’AVIATION, le TIR et l’ECRITURE sur ses vieux jours. Recevoir ses amis.

Sa famille in Law est, du côté de sa femme, originaire de Sheffield, près des mines d’amiante où l’oncle in Law a épousé une sœur. Puis une partie de la famille s’est installée à MANCHESTER (N.H.) U.S.A.

Roger SIMON a participé à l’échange d’œufs et d’alevins (Canada et U.S.A.) et a eu la surprise en 1998 de manger à Sault-Ste-Marie de la FERA canadienne provenant de ses envois du lac Léman. Seul ennui, son manque de corde vocale nuit à sa voix, basse, et à son modeste anglais.
 

 

 

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simonroger334@neuf.fr

 

 

 

 

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