Table des matières
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INTRODUCTION
CHAPITRE I
Saint-Laurent du Maroni:
découverte de la Guyane
CHAPITRE II
La forêt guyanaise
CHAPITRE III
La croisée des temps
CHAPITRE IV
Brefs récits d'un forestier
guyanais
Les fusils pièges de Guyane
Les chevrettes de Saint-Laurent du Maron
Un puma et un jaguar qui courent encore…
La pêche à la liane enivrante (Tetei nivree)
La chasse aux canards
Mes buffles guyanais
La chasse du shérif
Les chasses de William, l’indien galibi
Le voleur de whisky
Pêche à l’alimara
Un jaguar bien gonflé
Mon étang de Saint-Laurent-du-Maroni
Personnages
Au risque de se perdre
CHAPITRE V
Le balata volé
CHAPITRE VI
Contrôle des balatas
La lettre au grand-père, inachevée
ALBUM PHOTOS
EPILOGUE
LISTE DES ESSENCES FORESTIÈRES
DE LA GUYANE FRANÇAISE
AU SUJET DE L’AUTEUR
COMMUNIQUER AVEC L’AUTEUR |
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Extrait - Introduction
Représentant les retraités des Forêts
et de l'Environnement, j'avais été invité en 1991 à
Paris au Congrès Mondial de la forêt, regroupant
cent quatre nations présentant un stand, la part du
lion revenant à la France avec ses services issus de
L'ex administration des Eaux et Forêts, désormais
restructurée en fonction des nécessités forestières
nationales.
C'est au stand de nos territoires
d'outre-mer, présentant nos produits tropicaux, que
je fis la connaissance de l'ingénieur en chef
Thierry Thuret, chef du SERCOB Auvergne, à qui je
fis remarquer l'absence des plaquettes des bois de
notre département de Guyane, collection débitée par
mes soins en 1959-1960 en de nombreux exemplaires,
expédiée à des organismes forestiers et
scientifiques internationaux; comportant cent onze
plaquettes au format dix sur vingt centimètres, elle
était restée au Centre Tropical des Bois, son
importance demandant un stand pour elle seule.
L'ingénieur Thuret avait effectué en
Guyane un séjour de cinq années, chef du service des
Eaux et Forêts. Nous parlâmes de ce département,
mettant en commun nos souvenirs, en particulier le
survol avec son avion de l'immense forêt, comme je
le faisais moi-même parfois; c'était un véritable
broussard, chasseur; il est à l'origine de la
cession du terrain devenu le site de lancement de
nos fusées à Kourou.
Quatre années après moi, il avait
contrôlé les permis de récolte de Balata, aux
alentours de la Crique Ouaqui, remontant les criques
et parcourant les pics (sentiers)
que je connaissais bien. Une seule chose
m'intriguait : il ne parlait pas de mes relevés
topographiques complétant les cartes aériennes de l'I.N.G.
avec ses tracés de criquots et de pics invisibles du
ciel; pas davantage du très long compte-rendu
précisant les temps de marche, l'orientation,
l'implantation des villages et des peuplements
d'hévéa guyanensis, notre Balata. Ce travail,
effectué à une période politique un peu spéciale,
intéressait peut-être aussi les militaires, mais
ceci est une autre histoire, s'ajoutant au déclin
d'une période colonialiste.
C'est alors que je me souvins des
lettres journalières écrites sur papier pelure à
l'intention de mon beau-père, lettres jamais
expédiées -vous verrez pourquoi en lisant Balata–
que je retrouvais peu avant ma retraite dans une
malle encombrée de souvenirs de Guyane.
Je prêtais ces lettres au Père
Claude, curé de Gémozac, afin qu'il connaisse un peu
la forêt guyanaise et ses balatistes (Seringuero
au Brésil). Il quitta Gémozac et je
retrouvais à sa nouvelle affectation les lettres
qu'il me rendit.
Ces lettres étaient pour moi sans
grande importance car me rappelant un désagréable
rapatriement sanitaire, mais elles furent dévorées
par ma voisine qui m'affirma qu'il y avait là
matière à écrire un livre, même sans les photos
couleur ou noir et blanc, sur cette mission qu'elle
trouvait plus naturelle que les films sophistiqués
vus à la télévision.
J'écrivis Balata en juin 1996 à
l'occasion d'une cure à Barèges, remettant au propre
le soir après dîner les lignes des papiers pelures.
Resté en contact avec l'ingénieur
Thuret, je lui demandais de me préfacer ce livre, ce
qu'il fit, poussant l'amabilité jusqu'à me céder ses
propres photographies afin de remplacer
quelques-unes des miennes ayant subi l'outrage des
ans, devenues presque invisibles…
Qu'il en soit ici remercié, car il
est l'un de ceux qui rénova la plus vieille
administration de France et fit progresser le
département de la Guyane.
Extrait - Chapitre I
Saint-Laurent du Maroni: découverte de la
Guyane
A notre arrivée
à Saint-Laurent du Maroni, la maison nous attendait,
toute prête, meublée, à l'exception de la cuisine.
C'était une maison double dont l'autre partie était
occupée par le secrétaire administratif et sa
famille, simplement séparée par un muret de briques
rouges portant les initiales A.P. : Administration
Pénitentiaire.
La maison était
très vaste, comportant des communs, un puits, un
très grand parc jardin dans lequel il y avait
beaucoup à faire sur les arbres. Au temps de la
pénitentiaire, elle était la demeure de deux agents
et de leur famille affectés au deuxième bureau du
bagne. Ensuite elle avait servi de logement de
passage pour de nombreux fonctionnaires souvent
repliés d'Indochine, maintenant dispersés par leurs
fonctions, certains exerçant à l'étranger.
Après visite de
la maison et admiration de meubles en bois précieux
sculptés par les bagnards, je décidais qu'elle
ferait une demeure idéale. Restait à attendre le
matériel encore en transit dans les caisses depuis
la Rochelle; l'épouse du chef de district aida ma
femme à installer la chambre à coucher, prêtant
literie et moustiquaire.
Dès le
lendemain, je fis connaissance avec la plus belle
forêt du monde, la forêt guyanaise, partie de
l'immense sylve amazonienne, la plus belle et
sauvage du globe; j'y serais encore en 2000 si un
accident de parcours ne m'avait obligé à un
rapatriement sanitaire quatre années après notre
installation.
En attendant un
mobilier nous permettant de vivre chez nous, nous
prenions pension, ma femme et moi, chez une très
gentille dame créole, Jeanne. A nos deux repas
journaliers figurait toujours de la viande, très
bien préparée, mais nous ignorions de quel animal ou
oiseau elle provenait. Jeanne nous donnait bien le
nom de la bête, nom en créole ne signifiant rien
pour des nouveaux venus en Guyane ayant tout à
apprendre.
Ce n'est
qu'après notre installation véritable que se posa le
problème de l'achat de viandes et de poissons et
surtout sur la façon de les cuisiner.
Il n'existait
ni boucher ni poissonnier à Saint-Laurent; la viande
s'achetait de très bonne heure le matin sur une
sorte de petit marché datant de la "pénitentiaire"
où l'on trouvait des viandes incroyables mais en
petite quantité : viande de tortues marines venues
pondre leurs œufs sur les rives du Maroni, de
tortues terrestres forestières, de gibiers divers,
jaguar, puma, tapir, caïman, iguane, tatous,
serpents (le boa étant le préféré), cochon sauvage
et pas mal d'oiseaux d'eau ou de forêt. A quoi
s'ajoutaient quelques produits locaux comme les
œufs, rares et chers, quelquefois une vraie
volaille, parfois du boudin créole fabriqué avec le
sang de petits cochons d'élevage, fortement épicé
mais bon. A ces divers produits s'ajoutaient des
poissons à la chair plus ou moins estimable, parfois
pêchés depuis longtemps…
De plus, il
fallait faire vite pour s'approvisionner, tout étant
rapidement épuisé. A un étal on pouvait rencontrer
un ancien de la pénitentiaire, René Jean, de la
célèbre bande des "bouchers de La Villette",
spécialistes en assassinats de rentières. Il avait
terminé son temps et était devenu un commerçant
fréquentable. Mais sur ce marché, on ne trouvait
rien qui puisse se comparer aux viandes et poissons
des boutiques de métropole. Donc obligation de
manger guyanais…
Le seul vendeur
de viande véritable était Monsieur Endelmond qui
élevait un troupeau de buffles; il en sacrifiait un
de temps en temps, après inscription des clients
pour être certain qu'il ne resterait pas d'invendu,
car un buffle est une grosse bête ! Son troupeau
était gardé aux alentours de l'aérodrome de
Saint-Laurent par un vieux blanc, ancien bagnard
resté à Saint-Laurent, âgé, constamment ivre,
passant son temps à hurler des injures et des
insanités aux buffles. Ce vieux blanc était un
personnage !
Ledit troupeau
de buffles, d'origine asiatique, représentait pour
le pilote du Dragon de Havilland de la compagnie
aérienne SATGA, une véritable calamité lorsqu'il
apportait deux fois par semaine le courrier de
Cayenne, donc de France : car ce troupeau broutait
presque toujours sur la piste, et il était souvent
nécessaire d'effectuer au moins deux passages en
rase-mottes pour décider les buffles à quitter la
piste d'atterrissage et pouvoir se poser. C'était
très folklorique car de nombreuses personnes
tentaient, bien avant le passage de l'avion, de les
faire fuir, reculant devant les buffles méchants
chargeant les importuns.
Il nous fallut,
ma femme et moi, consulter voisins et collègues
forestiers pour nous rendre rapidement compte que
chaque famille de Saint-Laurent se débrouillait
comme elle pouvait pour sa viande et son poisson, en
fonction de ses possibilités financières et de ses
connaissances locales.
Il existait à
Saint-Laurent une petite confrérie de chasseurs,
pêcheurs et piégeurs professionnels, souvent des
vieux blancs. Après consultation de ces derniers, il
s'avéra que leurs clients étaient trop nombreux pour
qu'ils puissent tous les satisfaire; de plus les
produits de leurs pêches et chasses étaient vendus
fort cher, d'avance, quelquefois en état avancé à la
livraison.
Pour la
volaille, c'était assez facile, notre habitation
disposant de grands communs où il était possible
d'installer un poulailler, ainsi qu'un grand parc
jardin attenant planté d'arbres et de cocotiers.
Suivant les
conseils de mes collègues, nous nous rendîmes à
Albina, de l'autre côté du Maroni en Guyane
hollandaise, où nous achetâmes quelques poules
hollandaises habituées au climat ainsi qu'un coq;
ces poules, par la suite, purent couver les œufs des
canes sauvages découverts au hasard des tournées
dans des nids sur les rives du Maroni, ce qui permit
rapidement la constitution d'une basse-cour de
quatre-vingts poules et canards nourris de maïs, de
noix de coco et de termites appelées "poux de bois"
dont je ramenais les nids découverts en forêt, nids
que je débitais à coups de hache. Les canards se
révélèrent être "de barbarie", ancêtre lointain du
canard européen du même nom appelé "colas" dans les
Charentes. C'était un excellent canard, bon voilier.
Je fus rapidement amené à leur éjointer une aile
afin de leur interdire le retour auprès de leurs
congénères du fleuve car la première couvée m'avait
donné beaucoup de soucis; je n'avais pu en déguster
que quelques-uns tués à la hâte et à la carabine sur
le toit de notre maison, m'apercevant qu'ils
s'enfuyaient à tire d'aile dès qu'ils avaient mis
leurs plumes.
Comme j'étais
chasseur et pêcheur mais défiant le proverbe, pas
menteur, il allait m'incomber la tâche de mettre sur
la table la viande et le poisson des repas, ceci de
la manière la plus économique possible. Je possédais
fusils et cannes à pêche, compagnons inséparables de
ma vie, ainsi qu'un matériel considérable. Alors,
davantage qu'en métropole et en Algérie où je
chassais pour le sport, je devins chasseur, pêcheur
et éleveur par obligation, captures et élevage
venant s'ajouter à la viande des buffles d'Endelmond,
parfois à celle congelée provenant d'un bateau
faisant escale à Saint-Laurent pour charger des bois
car en forêt, il m'arrivait de trouver de grosses
tortues terrestres forestières que je stockais dans
notre parc jardin en attendant le passage de la
"Nina", bateau effectuant des transports entre les
Caraïbes et la Guyane, ou avec les tapouilles
brésiliennes; en échange de mes tortues, le
cuisinier du bord me remettait de la très bonne
viande de bœuf congelée et repartait très heureux
avec des tortues à la chair très prisée en
Guadeloupe, Martinique et autres îles.
En fait, mes
chasses et pêches étaient "alimentaires"; je ne suis
pas devenu viandard, mon plaisir étant la découverte
de la faune de la forêt guyanaise et de ses rivières
appelées criques. Je me suis contenté d'effectuer
les prélèvements nécessaires pour vivre. D'ailleurs
en Guyane, la viande de gibier ne se conserve pas
longtemps fraîche à l'air libre. Il était inutile de
rentrer en fanfaron à Saint-Laurent avec des bêtes
"cocotant" très fort qui, offertes aux amis,
seraient rapidement enterrées par eux sous le sable
de leur jardin parce que plus consommables.
La chasse était
un peu différente lors des tournées en forêt ou sur
les rivières car là, nous étions accompagnés
d'ouvriers et de piroguiers, presque toujours des
Bonis friands de tous gibiers et poissons.
Je tirais alors
tout ce que je trouvais pour les nourrir, depuis les
iguanes découverts de loin par les piroguiers sur la
branche surplombant la crique que nous parcourions,
et qui tombaient souvent morts directement dans la
pirogue, accompagnés par un joyeux "I bon papa !" de
l'équipage, voulant dire que c'était bien.
Je tirais aussi
les singes quels qu'ils soient, même le célèbre Ai,
bonheur des cruciverbistes, appelé en Guyane "mouton
paresseux". Piroguiers et ouvriers en raffolaient.
Ces chasses
permettaient aux ouvriers d'économiser leurs
provisions de morue, en fait un poisson quelconque
séché, salé ou boucané qu'ils émiettaient dans le
"couac", couscous grossier fabriqué par les femmes
du village avec la racine du manioc; morue et couac
constituaient leur repas habituel.
Lorsqu'il
s'agissait d'une pièce plus importante, tapir ou
gros cabiaï, la viande était en partie mise à
boucaner à l'étape du soir afin d'en conserver pour
les jours suivants, l'avantage du boucan étant
d'éloigner moustiques et maringouins !
Mon équipier et
moi-même nous réservions la viande noble, de choix,
cuisinée sur des braises dans une cocotte en fonte
avec huile, épices, oignons déshydratés venus de
métropole; j'ajoutais même une feuille de
laurier-sauce du jardin de ma belle-mère qu'elle
expédiait dans ses lettres ainsi que du thym.
Cette cuisine
de gibier permettait d'économiser les précieuses et
très chères conserves emmenées pour la tournée,
consommées seulement en cas de bredouille. Conserves
représentant alors une somme importante pour une
tournée d'une quinzaine de jours, quelquefois plus,
car nos indemnités de tournées étaient loin de les
rembourser.
Aujourd'hui je
me revois encore très bien cuisinant une poule
faisane pendant que mon collègue Massoni faisait
bouillir le riz, le tout à la lueur de la lampe "Petromax"
attirant d'énormes papillons de nuit. Avant le
repas, nous buvions un punch au citron vert, l'eau
étant celle de la crique auprès de laquelle nous
carbettions. Car on ne parlait pas d'eau minérale en
bouteille plastique sur les rivières en ces temps
heureux.
Le repas
terminé, nous nous endormions dans nos hamacs au
milieu du concert des singes hurleurs et des
crapauds-buffles, concert déjà entendu sur mon poste
à batteries en 1950 en Algérie diffusant à cette
époque une émission intitulée "les nuits du bout du
monde", nuits que je ne pensais pas vivre quelques
années plus tard.
Nous
n'emmenions pas de poste radio à l'occasion de nos
tournées, nous bornant à écouter les informations
dans les postes de gendarmerie ou dans les camps de
recherches du Bureau Minier Guyanais. J'entendis mon
premier transistor près de la crique Ouaqui : il
était hollandais et accroché au dos d'un balatiste
saignant un hévéa, perché à une trentaine de mètres
de hauteur : c'était en mars 1961.
La forêt
guyanaise passait alors aux yeux des Européens pour
"l'enfer vert" et nous, forestiers, pour des
aventuriers. L'affaire "Maufrais" n'était pas pour
démentir son nom maléfique : l'avenir devait faire
disparaître cette appellation.
Comme il est
possible de le constater, nous vivions beaucoup sur
le pays, mais je ne pense pas que nos prélèvements
aient beaucoup nui à la population gibier et
poisson.
Il me reste à
vous présenter les divers gibiers, au moins les plus
connus et comestibles qui constituaient nos quêtes
en forêt et sur les rivières. Ce sera facile car je
les classerai en deux catégories : les bêtes à
pattes et les oiseaux.
Parmi celles à
pattes, honneur aux fauves, peu nombreux : jaguars,
pumas, ocelots, et un animal très rare dont je n'ai
tué qu'un exemplaire, dont la peau examinée en
métropole par un spécialiste se révéla être celle
d'un "Canis Brésiliensis", autrement dit d'un chien
sauvage forestier.
Ensuite, les
cochons sauvages, toujours en bandes; puis l'agouti
et son petit parent l'agouchi; le "pac", ressemblant
à l'agouti mais à la robe plus claire ponctuée d'une
ligne de points, creusant des terriers. Comme
l'agouti, il pouvait devenir familier mais se
révélait fort mordeur à l'occasion.
Le tapir, assez
gros, vivant près des fleuves et rivières, trop gros
pour être tiré en solitaire car sa viande ne peut
être emmenée par un homme seul et sera perdue : le
tapir est un animal assez craintif, échappant
presque toujours à la vue du chasseur, se réfugiant
dans l'eau où son mimétisme avec les roches de la
rivière est parfait.
Le cabiaï,
sorte de gros castor vivant de racines de plantes
aquatiques qu'il ronge à l'aide de dents courbes
acérées pouvant atteindre quinze centimètres de
longueur, constamment affûtées en biseau. J'ai
conservé longtemps les dents d'un cabiaï pesant
presque cent kilos, tué sur une petite crique se
jetant dans le Marouini, autrement dit le haut du
Maroni; elles se sont délitées avec le temps et les
vestiges ne ressemblent plus à rien.
La chair du
cabiaï est très bonne, seul le problème de sa
remontée sur la pirogue, s'il est gros, est assez
ardu après le coup de fusil. Il existe aussi un
merveilleux chevreuil à la robe alezane appelé en
Guyane" cayacou", qui ne porte pas de bois, tout au
moins ceux que j'ai tués; son poids atteint vingt
kilos, il est rare et sa viande est délicieuse.
Les tatous, la
plus grosse espèce s'appelant en créole "Tatou
Cadessous", que je ne tuais que lorsque nos ouvriers
et piroguiers n'avaient pas de viande à se mettre
sous la dent.
Toute une gamme
de singes, les plus gros étant une espèce de singe
noir rencontrée loin à l'intérieur de la Guyane,
dans la zone où se situent les peuplements d'hévéa
guyanensis, près de la source de la crique Ouaqui,
atteignant le poids de douze kilos. Tous les singes
de Guyane vivent en bande, sont bruyants, faciles à
tuer au plomb de deux ou s'ils sont gros, à la balle
avec une carabine. Il paraît que leur viande est
bonne; je ne me souviens pas en avoir mangé,
peut-être chez Jeanne avant notre installation, la
chère Jeanne devant acheter n'importe quoi pour nous
nourrir. Et pas davantage d'iguane ou de queue de
caïman, car je tirais de meilleurs gibiers.
Dans le gibier
à quatre pattes, on trouvait deux loutres, celle de
mer, vivant en troupe, et une de rivière semblable à
celle d'Europe, rencontre assez rare. Il n'était pas
rare par contre d'apercevoir, dans la zone des
palétuviers, des lamantins très gros broutant
paisiblement au fond de l'eau, animal tabou donc
vivant en paix, appelé par les Indiens de
l'embouchure "l'homme de l'eau" et par les créoles
"la vache d'eau".
Presque partout
au bord des fleuves vivaient des caïmans, parfois de
grande taille; ils affectionnaient les zones
marécageuses, secteur du plus grand serpent du
monde, l'anaconda, assez rare à découvrir, souvent
immense, dont je n'ai tué qu'un exemplaire :
absolument incomestible.
Il existait de
nombreux serpents, principalement arboricoles, l'un
des plus redoutables étant un trigonocéphale appelé
grage carreaux, et le corail que je n'ai rencontré
qu'une fois en quatre ans de vie forestière alors
que j'avais fait accoster la pirogue pour un besoin
urgent. Long de deux mètres, cerclé de noir, de
jaune et de corail d'un bout à l'autre, il ne se
dérangea pas; moi, si ! J'allais voir plus loin en
examinant bien le sol afin de ne pas rencontrer un
de ses amis.
Ma seule et
cuisante expérience de serpents se produisit environ
trois mois après notre arrivée en Guyane. A
Saint-Laurent, j'avais semé des haricots donnés pour
nains, lesquels se dressaient très haut, nécessitant
l'utilisation de rames. Un jour nous partîmes,
l'agent technique Julien et moi-même, pour récolter
le long de la piste menant à la léproserie de l'Acarouani
des feuilles et des fleurs nécessaires à l'herbier
des essences forestières de la Guyane. Nous avions
fait abattre un gros arbre, prélevé notre récolte
pour l'herbier et, marchant sur le tronc, je
remarquais de jeunes gaulis pouvant fournir des
rames pour mes haricots. A l'aide d'un sabre
d'abattis, je tranchais à bonne hauteur mes rames
lorsque je fus mordu à l'oreille droite par une bête
inconnue que je pensais être une guêpe. Presque
aussitôt, je fus pris de vomissements puis revenu
près de mon collègue, je m'évanouis après lui avoir
raconté ma mésaventure. En cinq minutes je fus sur
la table de consultation du médecin de la léproserie
qui constata que ma peau se marbrait de tâches
violines. Je m'évanouis à nouveau alors que le
médecin préparait une piqûre et ne repris mes sens
qu'à l'hôpital de Saint-Laurent où le docteur
Ruhlman me prodigua des soins pendant quatre jours
au cours desquels je vécus avec la moitié droite du
corps fortement violacée. Une fois guéri, je
retournais sur les lieux de coupe des rames à
haricots, muni de fortes jumelles et j'examinais les
feuillages, grouillant de petits serpents lianes
longs, verdâtres, très bien dans leurs feuillages
mais n'aimant pas être dérangés par un jardinier
amateur. Je me vengeais en leur tirant deux coups de
sept, ce qui en fit tomber quatre en pièces
détachées, puis je m'enfuis de ce secteur
redoutable.
Je n'eus plus
jamais à ramer mes haricots qui devinrent des lianes
sans fin et sans aucune production; nous vivions
presque sous l'Equateur et les légumes ne poussaient
pas comme en Europe. Seul, à Saint-Laurent, un vieux
blanc en récoltait après de longues années
d'expérience et de sélection, de même que de
minuscules carottes, légumes se vendant à la poignée
ou à la botte et très cher.
Je passerai
rapidement sur les tortues marines capturées sur le
sable du Maroni de nuit en aval de Saint-Laurent par
les pêcheurs du village chinois, débitées au marché
le matin; leurs œufs, semblables à des balles de
ping pong, se vendaient à part. Leur capture devint
rapidement réglementée puis interdite.
La tortue
terrestre ne se rencontrait qu'en forêt, par hasard.
Lorsqu'elle rentrait la tête, je plaçais un morceau
de bois devant, l'entravais de lianes fines puis
elle trouvait place dans le sac Millet pour un
séjour dans le parc jardin.
Enfin, les
oiseaux, que je classerai pour la commodité en deux
catégories : ceux d'eau ou de "pripris", zones
marécageuses, et ceux de la forêt primaire.
Les oiseaux
d'eau et de marais représentaient à eux seuls un
véritable zoo s'accroissant chaque automne par
l'arrivée d'émigrants venus du Nord; il est
impossible de les décrire tous : canards et
sarcelles de toutes espèces, grues, hérons,
flamants, aigrettes, bécasses, bécassines et j'en
passe, négligeant les oiseaux du littoral d'une
diversité impensable.
En hiver, la
concentration des oiseaux d'eau était spectaculaire
en certains points où abondait la nourriture sur les
zones boueuses, vaseuses, découvertes par les
marées. Dans ce rassemblement incroyable, je
choisissais les sarcelles et les bécasses
lorsqu'elles venaient du Nord en hiver.
Il m'arrivait
en cours de tournée de tuer un canard fluviatile; je
le plumais, le vidais au son du moteur de la pirogue
nous ramenant à la maison; puis je le frottais de
citron vert, de sel et de tafia et le conservais
dans un linge. Il était prêt pour sa cuisson dès le
retour.
C'est en Guyane
que j'ai pu voir la plus forte concentration
d'oiseaux d'eau; la sous-préfecture de l'ININI fut
obligée, dès 1955, de réglementer le tir et la
capture des flamants roses arrivant au petit marché
de Saint-Laurent par pirogues entières, tués au
fusil ou capturés au filet entre l'embouchure du
Maroni et la Mana.
Ce fut une
excellente mesure de sauvegarde d'un bel oiseau
auquel je préférais pour la cuisine son proche
parent vivant en forêt humide, le "Grand Gris", de
par sa couleur.
La chasse au
gibier d'eau dans les immenses vasières et pripris
de Guyane m'a laissé le souvenir de magnifiques
oiseaux; souvenir de fatigue aussi tant la marche y
était épuisante, le gibier lourd à porter dans ces
conditions. Certains viandards venus là pour la
première fois, ayant grillé toutes leurs munitions,
laissaient discrètement tomber dans la vase les
pièces qu'ils ne pouvaient plus porter afin de
s'alléger et regagner au plus vite la petite pirogue
louée aux Indiens qui nous ramènerait à leur village
où attendait la nôtre pour le retour.
Puis il y avait
les oiseaux de la forêt. D'abord la poule de
brousse, sorte de faisan dont elle avait la taille
et la chair. Puis une sorte de grosse perdrix à la
poitrine charnue, appelée "perdrix poule", toujours
seule; l'agami, très bavard, ce qui le perdait,
s'apprivoisant bien, faisant la police dans les
poulaillers en faisant rentrer les volailles avant
la nuit, avant que ne sortent les rats venant
saigner les poussins en plein Saint-Laurent, ainsi
que les grandes couleuvres arrivant également le
soir avec les rats par les profonds fossés
d'écoulement des eaux de pluie, fossés toujours
encombrés de crabes mous non comestibles. Dévorant
les poussins, surtout les œufs, ces couleuvres
étaient équipées d'une dent dans leur palais, dent
ouvrant l'œuf dont la coquille était recrachée après
déglutition de son contenu.
Enfin le
champion des oiseaux, le Hocco ou dindon sauvage,
pesant jusqu'à huit livres, difficile à trouver mais
dont on était sûr de ramener à la maison au moins
deux exemplaires car il était lent et lourd à
s'envoler. Egalement les toucans, quelquefois
coriaces, vivant en bande, de plusieurs variétés,
ainsi qu'un curieux oiseau comestible appelé "Paraquoi"
par son cri prêtant à rire servant à le désigner.
Des pigeons,
très difficiles à repérer malgré leur roucoulement
car les arbres sont très hauts; certains, d'après la
description lue beaucoup plus tard dans des revues
américaines spécialisées, ressemblaient assez à ceux
disparus des USA dans les années 1900; leur vol
paraît-il obscurcissait le ciel à cette époque où
ils étaient innombrables. Ceux de Guyane pouvaient
être des descendants s'étant sédentarisés; je ne
suis pas resté assez longtemps en Guyane pour
pouvoir en expédier un échantillon à un spécialiste,
m'étant borné à conserver quelques têtes de jolis
oiseaux dont celle d'une tourterelle des bois.
A maintes
reprises, j'ai expédié des spécimens au Muséum
d'Histoire Naturelle à Paris : têtes, plumes,
pattes… N'ayant jamais obtenu de réponse, je fis une
visite au Muséum lors d'un congé en 1959, passant à
Paris. Il existait au Muséum un parc avec des
agoutis vivants. Les personnes contactées me
déclarèrent toutes être surchargées de travail, très
occupées par la conservation des collections
existantes; elles m'expliquèrent que leurs crédits
de recherche étaient très limités. Là elles
n'avaient pas tort car à l'époque, les crédits
étaient très mesurés dans les administrations.
Heureusement, beaucoup plus tard, une génération
scindera les administrations, leur affectant une
tâche précise en y incorporant "la Recherche". Ce ne
fut pas un mal ! Le Muséum connaîtra un renouveau
sérieux et sortira de sa torpeur.
En Guyane,
vivaient nombre de perroquets, perruches et aras; le
plus beau était l'ara rouge et bleu dont je n'ai tué
qu'un seul exemplaire; c'était un piètre gibier à
consommer, très difficile à plumer. Mes quelques
perroquets finirent en pot-au-feu, ce qui donna au
moins du bouillon.
Il existait des
oiseaux de proie, diurnes et nocturnes mais ce ne
sont pas là gibiers de chasse; je citerai tout de
même le record de l'agent technique Julien qui tua
un jour un aigle de Guyane enlevant un singe pesant
une dizaine de kilos et dont les serres ramenées
couvraient la poitrine d'un homme, ce qui donne une
idée de l'envergure de l'oiseau, peut-être plus
grande que celle du condor des Andes.
Quelquefois le
soir, je me postais dans notre parc jardin pour
tirer sur les nombreux vols de perruches aras vertes
et jaunes passant au ras des toits de Saint-Laurent;
c'était un piètre gibier même s'il tombait à la
porte de la cuisine !
Pour les
poissons, le choix était immense, comprenant des
poissons de mer : requins, maquereaux royaux,
tarpons, etc. Il y avait peu de pêcheurs pour les
poissons de mer, mis à part quelques sportifs.
Jusqu'à son premier saut, Saut Hermina, le Maroni
offrait une gamme extrêmement variée de poissons de
mer selon la marée, mêlés aux poissons d'eau
saumâtre et d'eau douce.
Parmi tous ces
poissons émergeait le "machoiron" que je donne pour
un silure, pêché par les pêcheurs du village
"chinois". Le machoiron alimentait en grande partie
le petit marché de Saint-Laurent. Il pouvait se
débiter en morceaux, sa chair était excellente. Il
était appelé ainsi car sa tête, donc sa mâchoire,
était importante. Il existait de très nombreuses
espèces de silures dans le Maroni, la plupart se
pêchant à la ligne de fond eschée d'un escargot à
clapet, très gros escargot noir possédant un
opercule comme notre bigorneau. On casse la coquille
à l'aide d'un marteau servant également pour écraser
son contenu coriace et l'attendrir avant de le fixer
à un gros hameçon afin qu'il devienne opérationnel.
Puis on lançait la ligne au loin, le lest étant un
caillou assez lourd, bien ficelé pour le lancer.
Certains soirs,
l'appontement de Saint-Laurent était envahi par des
pêcheurs et des pêcheuses munis d'une canne coupée à
même un jeune gaulis, supportant un solide nylon sur
lequel était fixé un hameçon esché d'une crevette.
C'était la pêche de l'acoupa, sorte de maigre ne
dépassant pas le poids de deux kilos; les prises
étaient nombreuses, la chair du poisson excellente.
Tous les Saint-Laurentais se retrouvaient pour cette
pêche, fête communautaire.
Le véritable
pêcheur trouvait son bonheur avec le coumarou,
poisson ayant la particularité de posséder une
mâchoire avec incisives, canines et molaires plates;
très gros, ne mordant qu'au morceau de pain,
toujours en surface. Excellent. Il fallait être un
spécialiste pour sa capture. Je lui préférais la
perche à cocarde, semblable à notre bar de mer,
possédant une curieuse cocarde tricolore près de sa
caudale. Elle se prenait à l'aide de vifs, dans les
herbiers où elle chassait le menu fretin. Délicieuse
au four.
Le poisson le
plus étrange rencontré sur le marché de
Saint-Laurent était un poisson paraissant sorti de
la préhistoire, se pêchant dans les marais presque
asséchés; petit, noirâtre, son corps cuirassé était
articulé comme celui d'une écrevisse. Il n'avait pas
de squelette et sa chair était plutôt celle d'un
crustacé. Son nom : l'atipa.
Des raies
parfois très grosses, des anguilles, le plus souvent
électriques, laissaient un mauvais souvenir au
pêcheur non initié, de même que les torpilles
mordant parfois sur une cuiller.
Partout dans
les fleuves et rivières, se rencontrait le piraille
ou piranha. En fait, je pense qu'il y a deux espèces
distinctes dont l'une atteint et dépasse les quatre
kilos alors que l'autre, celle de nos aquariums
d'Europe, atteint trois cents grammes, taille
peut-être due à leur vie en population, entraînant
une sorte de nanisme. Il est à remarquer que les
plus gros piranhas se pêchent surtout dans les
petites criques et loin à l'intérieur des terres.
Mon plus gros piranha a été pêché dans la crique
Ouaqui et pesait six à sept kilos. Sa mâchoire orne
encore ma vitrine, en 1999.
En quatre
années de Guyane, je n'ai pas eu connaissance
d'accidents occasionnés par les piranhas, mis à part
les imprudences de pêcheurs à la ligne car le
piranha possède des dents redoutables, est
vindicatif, capable de faire le mort assez longtemps
après sa capture. Je n'ai pas trouvé sa chair
extraordinaire, même celle des gros sujets cuits au
four. En friture, c'est un peu mieux pour les
petits, capturés au lancer à la cuiller tournante.
Dans les
criques vivait un poisson merveilleux pouvant
atteindre quinze à vingt kilos, un carnassier se
prenant dans une nasse ou à la ligne, de nuit : l'alimara.
Chair excellente. Sur les criques habitaient des
pêcheurs professionnels ne pêchant que l'alimara. Sa
denture est formidable. Il mordait parfois sur
certaines cuillers, au lancer. D'autres poissons,
plus petits, avaient pour nom moloco, patazaï,
coulant, prapra, yaya, etc.
Une chose
curieuse était la présence, et ceci très haut sur le
Maroni, de grosses raies dites tamponnées, de par
leurs tâches; elles étaient redoutables pour
l'imprudent ne voyant pas l'ardillon armant sa
queue, qu'il fallait couper d'un coup de sabre
d'abattis dès son arrivée à bord de la pirogue.
Sur la crique
"Carbet Brûlé" dénommée ainsi parce qu'une année, la
récolte du balata des hévéas des rives de cette
crique avait brûlé, crique se jetant elle-même dans
la crique Ouaqui, j'ai rencontré et pêché deux
orphies d'eau douce de trente centimètres; un
mystère pour moi, ces orphies si loin de la mer, au
pied des monts Tumuc Humac ! Comme les orphies de
mer, leurs arêtes étaient turquoises. Il en existe
dans la mangrove où on se demande ce que ces
"bécassines de mer" viennent faire !
Beaucoup
d'autres poissons dont je ne puis citer les noms,
certains à la chair médiocre, d'autres excellents.
Ainsi, la forêt
guyanaise apportait son lot de gibiers divers et de
poissons; simplement il y avait d'inexplicables
périodes où cette forêt bruissante d'ailes et de
cris d'animaux était comme morte, absolument vide,
désertée. Fait rare et curieux, cette forêt sans
vie, avec seulement le bruit des averses tropicales
rompant le silence…
Sinon elle
était vivante avec son sol toujours propre, la plus
petite graine ou feuille tombée étant de suite
dévorée. Je la retrouve encore bien réelle, l'œil
accroché parfois car j'avais appris à regarder, sur
un nid de "mouches chapeau" appelées ainsi parce que
le support en a la forme, le nid enflant au fur et à
mesure de votre approche, prélude à l'envol des
mouches piquantes qu'il est préférable de contourner
à distance.
Quelquefois le
regard tombait sur une orchidée d'une rare beauté,
accrochée au tronc d'un arbre, voire sur des
orchidées en grappes que je ramenais à la maison
pour tenter de les greffer sous l'écorce d'un arbre
de notre parc, n'en obtenant pas grand chose par la
suite.
Il m'arrivait
de découvrir dans un arbre à demi-mort une ruche
d'abeilles forestières guyanaises, totalement
dépourvues d'aiguillon, se fourrant désagréablement
sous vos vêtements et dans les cheveux; leur miel,
liquide, était contenu dans de grosses alvéoles
jaune brun, molles, ce qui en interdisait la
récolte. Il fallait percer chaque alvéole et aspirer
directement le miel à l'aide d'une paille creuse.
Rien de comparable avec les miels d'Europe…
Entre les
contreforts des arbres, je découvrais parfois un nid
de poule faisane, de poule de brousse avec ses œufs
d'un vert turquoise éclatant que je ramenais à la
maison, n'en laissant qu'un; ces œufs servaient à
confectionner une omelette pour le repas du soir.
C'était une vie
très différente de celle de la forêt d'Europe ou
d'Afrique du Nord. Le travail aussi y était
différent, fait de recherches, d'études diverses et
de contrôles. Dans cet océan végétal, lorsqu'on
était seul, il fallait naviguer à la boussole afin
de retrouver ce qui était alors l'unique liaison
entre Cayenne et Saint-Laurent : la piste de
latérite rouge, ondulée, ouverte au bulldozer, avec
ses grossiers ponts fabriqués de troncs d'arbres.
Puis il fallait retrouver sur cette piste le
véhicule de service pour le retour, véhicule souvent
loin du point de sortie de la forêt. Danger réel par
ce que l'on appelait alors les "savanes
tremblantes"; vous marchiez et vous vous enfonciez
subitement, le sol étant constitué de boues sans
fond accumulées depuis des siècles; il était utile
de faire très attention, surtout près des criques.
Tout ceci
n'étant qu'un préambule sur les découvertes et la
vie d'un forestier guyanais en ces années 1957 –
1961.
 |
Au sujet de
l'auteur
« Roger SIMON est né le 12
juin 1923 d’un père receveur des P.T.T.,
Ernest SIMON, parents vignerons à
Marsannay-la-Côte près de Dijon, et de la
fille de Ferdinand JOLY, Hermine JOLY, née
dans le Jura de parents cultivateurs,
fruitiers et pisciculteurs en étangs.
Famille catholique pratiquante.
Il est le deuxième enfant d’un deuxième
mariage, son père ayant, sur le front, le 18
février 1918, contracté mariage avec une
veuve de guerre à Fresse-sur-Moselle ayant
déjà un enfant, qui deviendra son
demi-frère. Versé dans l’aviation après son
mariage, le papa de Roger SIMON ne connaîtra
pas longtemps son épouse, décédée le 12 juin
1918 de la
terrible grippe
espagnole. Ebéniste d’art avant la guerre,
le père de Roger |