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Table des matières
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PROLOGUE
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE I - La collection du Gamin
CHAPITRE II - La collection disparue
CHAPITRE III - Un rituel d’antan
CHAPITRE IV - Le poudrier des temps jadis
CHAPITRE V - Le premier chevreuil
CHAPITRE VI - Chasses clandestines de guerre
CHAPITRE VII - Colonel sans galons
CHAPITRE VIII - Vive libre ou mourir
CHAPITRE XI - L’après collection
CHAPITRE X
CHAPITRE XI
CHAPITRE XII
DEUXIÈME PARTIE
LE RETOUR
AU SUJET DE L’AUTEUR
COMMUNIQUER AVEC L’AUTEUR
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Extrait - Prologue
Lecteur, vous qui lisez ces lignes, qui n’avez pas
connu l’avant-guerre (la 39-45), vous n’avez pas
connu le temps des armes en liberté, s’achevant
après la guerre d’Espagne par une loi de 1939
légiférant leur commerce et leur détention.
Loi modifiée sans cesse par des décrets, arrêtés,
ordonnances de gouvernements successifs…
Vous rencontrerez un gamin entiché de ferrailles,
pour lui objets curieux, passionnants par leur
diversité, au point d’en devenir collectionneur pour
son plaisir.
Plaisir devenant rapidement nécessité pour un temps,
celui des armes de la liberté.
Le gamin enfermait ses trouvailles de la même
manière qu’un avare cache son or: comme l’avare, il
sera dépossédé…
C’est au grand jour, dans la stricte application de
la légalité, que je fais vivre les armes de ma vie,
dans mon métier, mes loisirs, mes rencontres et mes
deux passions, la chasse et le tir sur quatre
continents.
Elles sont devenues obsolètes, ces ferrailles, même
modernes, seulement utilisées pour des conflits
locaux ou pour effrayer un voisin.
Devenues inutiles, peu à peu remplacées par des
systèmes sophistiqués issus de cerveaux aidés par
les mathématiques modernes, la science, la biologie
et j’en passe…
Plus de front, plus d’arrière! La mort sinueuse peut
désormais frapper sans faire de détail.
…Il est dit que la peur est le commencement de la
sagesse…
Extrait - Chapitre I
La collection du gamin
Le gamin entre en apprentissage à Dijon le douze
juin 1937, jour anniversaire de ses quatorze ans.
Il doit devenir pâtissier – chocolatier – confiseur
selon le désir de son oncle Hector, fortuné, sans
enfant, ayant déjà tracé son avenir: «Tu fais ton
apprentissage –deux ans− tu t’engages pour être
débarrassé du service militaire, ensuite tu te
maries. Alors, je t’offrirai le plus beau fonds de
commerce que je pourrai trouver sur la place de
Dijon».
L’oncle n’avait pas eu d’enfant avec sa merveilleuse
soprano, sa première épouse, laquelle l’avait ruiné
en un rien de temps. Divorce, remariage,
reconstitution de sa fortune en une période alors
favorable car il était pour la France
concessionnaire de la firme allemande «Staedler»,
vendant ses crayons, stylos, encres et produits
divers aux grossistes de France.
Pas d’enfant avec la nouvelle épouse, ancienne
courtière en vins se contentant d’accompagner dans
ses tournées un mari dont le ventre rebondi s’ornait
de la chaîne d’or des nantis, amarrant un gros
oignon d’or à l’abri d’un gousset avec bien en vue,
une belle dent de tigre sertie d’or. La réussite,
quoi! Ce qui s’appelait alors un «ventre de
notaire».
Le gamin apprit d’abord son métier rue Jean-Jacques
Rousseau, chez un patron exigeant n’employant, ou
plutôt n’exploitant, que des apprentis, pour la
royale somme mensuelle de trente francs qu’il
versait directement à son père après en avoir déduit
les six francs de la sécurité sociale d’alors!
Seize, dix-huit heures par jour! S’endormant parfois
de fatigue sur le tour*, ou sur les sacs de coke
servant à alimenter le four, avec au cœur
l’espérance, la promesse de l’oncle ordonnant de
tenir bon et d’apprendre son métier.
Parfois, descendant pour son travail dans les caves
de l’immeuble, le gamin rencontrait de gros rats.
Ces rats provenaient de l’égout de la ville, passant
par le couloir des caves communiquant avec le
trottoir de cet égout: il leur était facile de venir
jusqu’aux portes en bois des caves, d’en dévorer le
bois et de se frayer un passage afin de s’alimenter
dans les réserves et préparations pâtissières.
Alors, aidé d’une puissante lampe torche fixée sous
le canon de sa carabine «Flobert 9 mm», le gamin
devint chasseur de rats, ceci pour se distraire en
grillant quelques cartouches dans la nuit d’un
égout.
En ville, il effectuait tous les matins les
livraisons, ce qui lui permettait de se
réapprovisionner en cartouches. Un jour, l’armurier
dijonnais lui proposa un petit pistolet «Flobert»
tirant des bosquettes, ledit pistolet permettant le
tir sur cible sans trop faire de bruit. Ce fut le
déclic: le gamin se rendit compte que cet armurier
vendait, sans formalités, une gamme d’armes de
poings et d’épaule, de sabres, couteaux, absolument
ahurissante. Hélas, ces armes étaient neuves, donc
chères, mais sortant de chez lui avec le pistolet «Flobert»
nickelé dans sa poche (six francs!), il passa devant
la vitrine d’un brocanteur dans laquelle, au milieu
de ce qu’un brocanteur peut vendre, il aperçut
toutes sortes d’armes exposées, s’étalant entre les
meubles et même sur le trottoir. Evidemment, elles
ne possédaient pas le merveilleux bronzage ni le
nickelage de celles de l’armurier, mais elles
étaient là!
Il revint le lendemain, entra et eut l’autorisation
d’un vieil homme de fouiller dans son exposition.
Voyant que le gamin ne s’intéressait pas aux armes
de guerre, lesquelles étaient parties depuis
longtemps en Espagne pour la guerre, il expliqua que
son fils exerçait la noble profession de nettoyeur
de greniers, condition permettant d’alimenter le
magasin avec des vieilleries découvertes quelquefois
dans un état de délabrement tel qu’il les jetait aux
ordures, ne pouvant les exposer pour la vente.
C’est ainsi que le gamin devint collectionneur sans
en connaître le nom, achetant pour vingt sous –un
franc− ou quarante sous –deux francs− ce qu’il
appelait des vieilleries, souvent vendues par lots,
rapportées au laboratoire de la pâtisserie dans un
sac généreusement offert pour leur transport par le
brocanteur. Il découvrit d’autres brocanteurs, puis
le marché aux puces de Dijon, source de trouvailles
du mercredi, jour de repos chez les pâtissiers.
Comme il était chargé des livraisons de la
viennoiserie dans les mess et cantines des trois
casernes de l’avenue du Drapeau, le gamin demanda
aux militaires comment nettoyer ses trouvailles.
C’est un capitaine du 27ème R.I., dont la caserne se
situait près de la place de la République, qui le
fournit gentiment en dégrippants, graisses, huiles
et matériels de toutes sortes. Cet officier l’invita
à venir tirer au fusil à l’occasion des kermesses
organisées par son unité, kermesses qui étaient
alors ce que nous appelons aujourd’hui des «portes
ouvertes». Les civils pouvaient s’exercer au tir,
conseillés par des militaires, après avoir admiré
les armes des fantassins.
Dans les trouvailles du gamin, il y avait de tout.
Pour les armes de poing, des revolvers et pistolets
de toutes nationalités, tous calibres, quelquefois
modernes, quelquefois à silex, à amorces, en état
variable allant du mauvais jusqu’au très bon…
Egalement des coffrets contenant des armes de duel,
portant le nom du fabricant - Devisme, Reinette,
Boutet, Mortimer, Lepage et bien d’autres− souvent
gravées, porteuses d’incrustations, de nacre, d’os,
de filets d’or ou d’argent noircis par l’âge,
coffrets abandonnés au gamin pour une somme
ridicule. Ce ne sera que devenu âgé qu’il verra les
collectionneurs se disputer ces reliques dont les
signatures, pourtant prestigieuses, ne valaient rien
à l’époque.
Il posséda un curieux engin, acheté cinq francs,
dont il apprit en 1970 seulement qu’il s’agissait de
l’ancêtre du Luger, un Borchard vendu dans son étui
en cuir craquelé par l’âge. Il en retrouvera bien
d’autres, dans les années 1970, dans un mensuel
appelé «La poudre noire», devenu rapidement «La
gazette des armes».
Vous vous demanderez comment le gamin se procurait
l’argent pour ses acquisitions: simplement avec ses
pourboires, car à l’époque, les clients étaient
généreux pour les petits pâtissiers. Le samedi, il
livrait les pièces montées des mariages. La
livraison devait être effectuée à une heure précise,
le garçon d’honneur l’attendant, ayant minuté
l’entrée du pâtissier avec la pièce montée, l’aidant
à la déposer devant les mariés, le laissant placer
tout en haut le petit couple en plâtre colorié, au
milieu des applaudissements. Alors, le garçon
d’honneur enlevait sa toque blanche et la faisait
circuler parmi les convives. Celle-ci revenait avec
de jolies piécettes à l’intérieur, parfois des
billets… Le marié, en dernier, plaçait un billet
alors que la mariée embrassait le petit pâtissier
rougissant de plaisir, qui les abandonnait bien vite
pour une autre livraison. Oh, ce n’était pas
toujours fête! Souvent reçu à l’office, où on le
délestait de sa ou ses pièces montées, la pièce de
cinquante centimes de la cuisinière était peu de
chose pour acquérir le Lefaucheux ou le Pauly en bon
état entrevu chez le brocanteur, qu’il faisait mine
de dédaigner afin d’en faire baisser le prix,
d’autant plus qu’il était le seul client potentiel,
personne ne s’intéressant alors aux armes anciennes.
Il possédait aussi des armes longues, ne choisissant
que celles à silex ayant certainement servi pour la
guerre et la chasse. Pour le même prix, le
brocanteur lui remettait un fagot de vieilleries
dans lequel dominaient les Lefaucheux, les
Chassepots et des fusils Gras presque tous
transformés en armes de chasse et délaissés car
détrônés par des fusils modernes à chiens ou à
percussion. Le gamin tomba un jour sur un
extraordinaire fusil à silex avec cinq canons
tournants, canons courts, un engin très lourd qui
vint enrichir la collection. Un jour, ce fut un
tromblon corse, quasi neuf, portant quatre
échancrures sur sa crosse.
Le patron, s’il acceptait l’arrivée des ferrailles,
avait donné l’ordre de les désarmer, de les nettoyer
et de les huiler sur le trottoir de l’égout, l’odeur
des produits utilisés n’étant pas compatible avec le
métier de pâtissier.
Généreusement, il offrait à son apprenti les
estagnons de fer ayant contenu la végétaline
utilisée en pâtisserie, lesquels servaient à stocker
les armes de poing, bien graissées ou huilées,
pliées dans de vieux journaux. Pour les armes
longues, souvent indémontables, il donnait les
caisses en bois ayant servi au transport du beurre
ou du chocolat.
Il fallait faire très attention avec ces vieilles
armes car les revolvers étaient fréquemment chargés,
ainsi que les fusils, d’où l’utilisation d’un
tire-balle extrayant la bourre en chiffons, la
charge de plomb ou la balle (parfois les deux
ensemble!) puis la bourre de la poudre noire, jetée
dans l’égout avec la charge. Ne restait plus qu’à
nettoyer et graisser la nouvelle acquisition.
Fréquemment, l’oncle rendait visite au gamin à
l’occasion de ses tournées à Dijon, discutant avec
son patron qui se mit un jour en colère. Il pensa
que ses achats d’armes en étaient la cause: non, le
patron se dirigea vers un tiroir et l’ouvrit pour en
sortir les quatre carnets dans lesquels il notait
toutes les recettes, alors qu’il devait les
connaître par cœur et non les écrire. Le gamin
comprit pourquoi: la maison fabriquait alors
certaines spécialités dijonnaises et il était seul
admis à y participer. L’oncle arracha les feuilles
litigieuses des carnets puis les jeta au foyer du
four. Le patron fut content. En le quittant, l’oncle
lui glissa à l’oreille: «J’ai tes recettes dans ma
poche, je n’ai jeté au foyer que les pages
blanches!».
La visite suivante fut très triste; l’oncle Hector
était accompagné de l’oncle Clovis, venu par le
train de Paris. Ils emmenèrent le gamin rendre une
dernière visite à son grand-père, décédé subitement
dans sa soixante-douzième année. Ses parents
n’étaient pas encore arrivés. Le gamin vit l’oncle
Hector prendre le vieux fusil accroché sur la hotte
de la cheminée, celui du grand-père, celui de son
premier chevreuil, pour le déposer à la droite du
corps, dans le cercueil. Au-dessus de la cheminée,
il accrocha son premier fusil à piston, afin que la
place ne reste pas vide.
Le gamin pleura beaucoup le grand-père et le fusil.
Hélas! Il devait rapidement prendre l’autobus le
ramenant à Dijon, car son patron avait beaucoup de
travail et de ce fait, il ne put assister à la
sépulture avec la famille.
Le temps passait et la collection s’enrichissait,
caisses et estagnons étant transportés par l’autobus
chez la grand-mère pour être stockés sous la
mangeoire d’une écurie vide depuis longtemps, et
dans le grenier pour les caisses plus légères.
Un matin d’hiver, le gamin venait de faire une
livraison rue Piron. Il se trouvait chez un
brocanteur ayant boutique presque en face de la
statue de l’homme célèbre, et il discutait à la
baisse l’achat d’un curieux revolver court à cinq
canons, qu’il sut plus tard être une poivrière
américaine datant de la ruée vers l’or. C’est alors
que la porte vitrée de la boutique s’ouvrit et que
le chanoine Kir fit son entrée, surpris de trouver
là un petit pâtissier achetant une arme désuète. Le
chanoine lui posa maintes questions, lui demandant
de lui réciter ce qui était écrit sur la plaque en
bas de la statue de Piron, ce qu’il fit sans
hésitation. Le chanoine fut heureux. «Et comment me
connais-tu?» Le gamin lui déclara que c’était lui
qui livrait à l’Hôtel de Ville les croissants et les
brioches du petit déjeuner, lorsque les séances
duraient toute la nuit, et qu’un camarade, apprenti
cuisinier, apportait de chez Racouchot, juste en
face, la vaisselle et le café du déjeuner. Aussi que
c’était lui qui avait eu l’idée de faire couper le
marc de Bourgogne, servi dans les trois cafés situés
près de la passerelle du dépôt des locomotives de
Perrigny, par de la liqueur de cassis, afin que
mécaniciens et chauffeurs ne s’enivrent plus; que
maintenant, il en faisait autant pour le vin blanc,
et que ce mélange portait son nom. Le chanoine fut
enchanté et, le prenant par le bras, le conduisit
vers la porte, lui faisant voir un très grand dessin
accroché par quatre épingles à linge sur un fil
derrière la vitre. «Tu vois ce dessin, c’est un
original de Dubout. Il est là depuis au moins cinq
ans». Le gamin regarda ce grand dessin intitulé «La
prise de la Tour de Nesle» représentant un château
fort moyenâgeux cerné de forêts, château attaqué de
toutes parts par des combattants innombrables, et
défendu de même. Des centaines de personnages, tous
très cocasses, le plus étonnant à droite, sous un
chêne, s’essuyant le derrière avec une feuille
d’arbre et, tout en haut du donjon, le seigneur fort
occupé avec sa dame cependant qu’au dehors, la
bataille faisait rage.
Le chanoine se tourna vers le brocanteur:
− Combien tu lui vendais ta mitrailleuse? Huit
francs! Et combien as-tu, gamin?
− Quatre francs et vingt centimes, monsieur le
Maire.
− Bon, et bien tu lui donnes la pétoire avec en
prime ce dessin qui me fatigue les yeux depuis cinq
ans que je le vois accroché avec ses pinces à linge.
Une fois dehors, la poivrière en poche, le dessin
roulé dans un étui de carton sous son bras, le
chanoine lui demanda de prendre soin du dessin, de
le conserver longtemps car il allait prendre de la
valeur. Davantage que la vieille arme. En fait,
aujourd’hui, le gamin pencherait plutôt pour la
version que ce dessin, avec ses scènes osées, gênait
le chanoine.
De toutes façons, il fut perdu dans la débâcle de
1940 et l’homme qui succéda au gamin n’en retrouvera
pas même une copie. Si jamais vous possédez le
dessin «La prise de la Tour de Nesle»…
La France vivait alors une période étrange, agitée,
avec des manifestations, grèves, la guerre d’Espagne
se terminant, aussi des bruits de guerre du côté de
l’Allemagne.
Sans surprise, le gamin vit arriver un jour l’oncle
Hector. Il lui déclara qu’il changeait de patron, ce
qui fut fait immédiatement. Le gamin se retrouva rue
Chabot-Charny, face à l’université, dans une superbe
pâtisserie salon de thé, avec le bonheur de posséder
une chambre pour lui tout seul.
Sa vie changea complètement, d’abord parce que le
patron, sa famille, le personnel, prenaient leurs
repas à la même table et que chacun exécutait un
travail bien défini, mais à tour de rôle. Il fut
astreint à des stages chez des confiseurs
chocolatiers, même dans les cuisines du célèbre
Racouchot, «Au faisan doré», où il apprit à
confectionner des pâtés en croûte, des vols au vent,
des quenelles, des sauces et bien d’autres plats.
Plus de livraisons en ville, donc plus de
pourboires, mais une véritable paye mensuelle avec
obligation d’en placer la moitié sur un livret de la
Caisse d’Epargne.
Le fils du patron, étudiant en lettres, donna au
gamin des leçons complétant son Certificat d’Etudes
et les deux années de leçons de son instituteur, en
attendant l’âge d’entrer en apprentissage, fixé
depuis peu à quatorze ans.
Le gamin apprit à conduire la traction avant
familiale, ainsi que la fourgonnette Peugeot 201
servant aux livraisons. Mieux, il accompagna le
patron et son fils à la chasse, et du coup, l’oncle
lui offrit un Robust calibre 16 flambant neuf.
Il devint responsable de la cave, car le salon de
thé consommait beaucoup de boissons, de champagne,
et il fit l’apprentissage de la comptabilité des
fournitures en compagnie de la fille de la maison,
de son âge, fort jolie, avec laquelle il s’entendait
très bien. Le gamin vit là la main de l’oncle, qui
faisait de brèves apparitions au cours desquelles il
le présentait à ses clients. Tous déjeunaient
ensemble dans une petite salle près du grand salon
de thé, avec le patron et sa famille.
Les conversations n’étaient pas très gaies car les
bruits de guerre grossissaient, la maison allemande
ne livrait plus de marchandises à la France. L’oncle
s’inquiétait de plus en plus. Et ce fut l’orage…
Première mobilisation, puis loi féroce sur la vente
des armes aux civils en 1939. Cette loi, le gamin
s’en moquait un peu car il n’achetait que des
vieilleries. La police n’ignorait pas que les
pétoires valables étaient depuis longtemps parties
en Espagne pour une guerre achevée en désastre pour
les républicains.
Pour des raisons d’Etat, les pâtisseries durent
fermer trois jours par semaine. Le gamin en profita
pour rôder une moto Terrot 500 RGST achetée à
l’usine même, située tout près des bâtiments annexes
de la pâtisserie, sur une avenue utilisée pour
tester la production de l’usine Terrot tournant
alors à plein pour l’armée.
Il achetait à très bas prix ce qui pouvait être
encore valable à ses yeux chez les brocanteurs se
débarrassant des armes car subissant déjà des
contrôles sévères.
En janvier 1940, toutes ses armes bien emballées
étaient stockées chez la grand-mère, et il ne
conservait à Dijon que le Robust offert par l’oncle,
ainsi qu’un minuscule 6.35 de Saint-Etienne, neuf,
dans son écrin: une arme de dame avec sa crosse en
nacre.
La guerre surgit sur Dijon sous la forme de
bombardiers allemands qui détruisirent le camp
d’aviation de Longvic. Un chasseur Dewoitine*
réussit à décoller, abattant l’un des bombardiers au
milieu du fracas de la D.C.A. dont les éclats d’obus
ricochaient sur les toits et dans les rues.
L’adolescence du gamin était terminée; il avait eu
17 ans le 12 juin précédent. Il était devenu un
homme, plutôt un jeune homme.
 |
Au sujet de
l'auteur
« Roger SIMON est né le 12
juin 1923 d’un père receveur des P.T.T.,
Ernest SIMON, parents vignerons à
Marsannay-la-Côte près de Dijon, et de la
fille de Ferdinand JOLY, Hermine JOLY, née
dans le Jura de parents cultivateurs,
fruitiers et pisciculteurs en étangs.
Famille catholique pratiquante.
Il est le deuxième enfant d’un deuxième
mariage, son père ayant, sur le front, le 18
février 1918, contracté mariage avec une
veuve de guerre à Fresse-sur-Moselle ayant
déjà un enfant, qui deviendra son
demi-frère. Versé dans l’aviation après son
mariage, le papa de Roger SIMON ne connaîtra
pas longtemps son épouse, décédée le 12 juin
1918 de la
terrible grippe
espagnole. Ebéniste d’art avant la guerre,
le père de Roger |
SIMON
deviendra receveur des P.T.T., son métier étant
passé de mode. Quatre autres enfants naquirent du
deuxième mariage.
L’oncle Hector, frère de la maman de Roger SIMON,
sans enfant, va le prendre sous son aile et désirer
en faire un commerçant, après apprentissage.
Etudes primaires, C.E.P. (Certificat d’Etudes
primaires) à onze ans. L’âge d’entrée en
apprentissage étant reporté de douze à quatorze ans,
Roger SIMON aidera le maître d’école à former les
jeunes enfants de la classe. En échange, il
connaîtra les auteurs classiques et apprendra
mathématiques, algèbre, géométrie… Tout le savoir du
maître.
Pour loisirs, le père de Roger SIMON va voler sur
les vieux « SPAD » et « BEBE NIEUPORT » du camp de
Longvic près de Dijon, apprenant le pilotage à un
fils qui, toute sa vie, aimera voler.
Apprentissage le 12 juin 1937 en une époque troublée
car se termine la guerre d’Espagne ; dislocation du
Front populaire… La montée du nazisme devient
inquiétante pour la France…
Son C.A.P. (Certificat d’Aptitude professionnelle)
en poche, l’oncle lui place en banque la somme
nécessaire à l’achat d’un commerce (pâtisserie
chocolaterie confiserie) et lui dit de s’engager car
« la guerre qui va survenir sera très courte ».
Elle sera de cinq ans et demi pour Roger SIMON qui,
passé en Angleterre, ne pourra devenir aviateur et
rentrera en France.
Armée d’Armistice, 151° Régiment d’Infanterie ; il
verra se saborder la flotte à Toulon au moment de
partir en Algérie, le 27 novembre 1942.
Le Général DELESTRAINT a créé « l’Armée Secrète »,
dite A.S. ; Roger SIMON va participer activement à
la mise en place de groupes armés, avec l’aide
d’anciens militaires. L’A.S. sera souvent en litige
avec les F.T.P., Francs Tireurs et Partisans,
d’obédience communiste.
Deux secteurs seront choisis pour installer un front
intérieur en France, sur la demande de Staline. Ce
sera GLIERES en Haute-Savoie et le VERCORS en Isère.
Roger SIMON, sergent instructeur, sera affecté à la
section Hoche à Notre-Dame-des-Neiges, au plateau
des Glières. Secteur attaqué violemment en mars 1944
; il y sera blessé, fait prisonnier et déporté en
Allemagne où il assistera à la destruction de Dresde
et à la fin de la guerre.
A Glières, il fera la connaissance de Canadiens,
agents de liaison ; le seul vivant rescapé habite à
SAULT-STE-MARIE, ONTARIO.
Deux années seront nécessaires après son retour
d’Allemagne en 1945 pour se refaire une santé. Le
Docteur SIR ARTHUR DRUMMOND va l’aider à retrouver
une vie normale. Ce médecin sera lâchement assassiné
avec sa famille à LURE, en 1952.
Plus question de devenir commerçant car l’argent
placé en banque par l’Oncle est dévalué, le pays en
ruines et les restrictions restent sévères,
interdisant le commerce projeté en 1937.
Roger SIMON va devenir agent forestier de l’Etat et
sera nommé en Algérie, dans le Constantinois, où la
guerre le retrouve à la Toussaint en 1954.
Il va servir dans les S.A.S. puis deviendra guide
pour les militaires du contingent envoyés en
Algérie, car la révolte se transforme en guerre.
Blessé à la gorge le 10 novembre 1956 en conduisant
une patrouille de nuit, blessure anodine d’abord
mais qui va lui enlever en partie la voix vingt ans
après, il est renvoyé en France en mai 1957, après
avoir contracté un rapide mariage à Djijelli. Il a
34 ans.
De retour en France, il est nommé chef de district
en Guyane en 1957. Il y reste quatre ans, rapatrié
en 1961.
Nommé au Centre de Recherches forestières de l’Ecole
forestière des BARRES, il participe à des
expériences en liaison avec l’INRA de Nancy.
Il sera nommé en 1964 chef du district de
THONON-LES-BAINS, ayant en charge le lac Léman et
les forêts de CHABLAIS-GENEVOIS. Le lac Léman
possède une législation spéciale, étant lac
international, avec trois cantons suisses. Roger
SIMON va y demeurer dix ans, restaurant les
piscicultures, règlements de navigation,
signalisation, etc. le tout -car il est devenu
technicien supérieur- entrecoupé de missions
africaines, guyanaises et dans divers pays
étrangers.
En 1974, il devient contrôleur des pépinières
forestières mais doit subir une trachéotomie lui
ôtant une corde vocale. De ce fait, il est placé en
congé de longue durée pour quatre années.
Roger SIMON, dès 1950 en Algérie, était secrétaire
du Syndicat forestier et avocat dans les conseils de
discipline.
En France, il est adjoint au Syndicat national des
Forestiers (apolitique), défenseur dans les conseils
de discipline, affecté à la Commission pour
l’habillement. Il est devenu chef de techniques
forestières.
Sa modestie dut-elle en souffrir, Roger SIMON est :
Chevalier de la Légion d’Honneur
Chevalier du Mérite agricole
Médaillé militaire
Croix de guerre 1939/1945
Médaille d’Honneur des Eaux et Forêts
Mérite fédéral anciens combattants fonctionnaires
Son fils unique est chef de logistique dans une
grande firme internationale ; deux enfants.
Roger SIMON est divorcé depuis 1995. Il vit seul,
écrivant, jardinant, vieillissant.
Ses grandes passions ont été la FORET, la CHASSE, la
PECHE, l’AVIATION, le TIR et l’ECRITURE sur ses
vieux jours. Recevoir ses amis.
Sa famille in Law est, du côté de sa femme,
originaire de Sheffield, près des mines d’amiante où
l’oncle in Law a épousé une sœur. Puis une partie de
la famille s’est installée à MANCHESTER (N.H.)
U.S.A.
Roger SIMON a participé à l’échange d’œufs et
d’alevins (Canada et U.S.A.) et a eu la surprise en
1998 de manger à Sault-Ste-Marie de la FERA
canadienne provenant de ses envois du lac Léman.
Seul ennui, son manque de corde vocale nuit à sa
voix, basse, et à son modeste anglais.
Communiquer avec l'auteur
Monsieur Roger Simon se fera un plaisir de
répondre à vos courriels et de vous accueillir sur
son site Internet personnel.
Adresse électronique
simonroger334@neuf.fr