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La collection du gamin, récit autobiographique, Roger Simon

 

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La collection du gamin

Récit autobiographique

 

ROGER SIMON,

Récit autobiographique, Montréal,

Fondation littéraire Fleur de Lys,

2007, 444 pages.

 

ISBN 978-2-89612-226-4

 

Résumé

 

La collection du gamin est un récit autobiographique présentant les armes que l’auteur a découvertes dès son enfance, les faisant vivre et parfois renaître, les collectionnant à une époque où elles étaient en libre circulation

Armes utilisées ou rencontrées sur les champs de batailles ainsi que dans ses chasses, le tir, la défense, sur quatre continents

Improvisées, confectionnées, parfois à l’aide de matériaux insolites par des combattants démunis, l’une d’entre elles, un jour, lui ôtera en partie la voix…

Armes parfois récupérées ruinées sur les champs de bataille pour être transformées en objets utilitaires, voir d’ornement,

Les médias présentent aujourd’hui une nette répulsion pour toutes les formes d’armes de nos lointains ancêtres. Celles-ci rappellent pourtant qu’elles sont toujours présentes, parfois sous des formes sophistiquées pouvant occasionner d’irréparables dégâts.

Vivant réellement en des périodes fertiles en événements militaires, civils ou familiaux, elles ont permis à l’auteur d’écrire un récit parfois triste, parfois distrayant, représentatif des époques de sa vie.
.

Tables des matières

Extrait

Au sujet de l'auteur

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Du même auteur

 

 

Table des matières

 

PROLOGUE
PREMIÈRE PARTIE
CHAPITRE I - La collection du Gamin
CHAPITRE II - La collection disparue
CHAPITRE III - Un rituel d’antan
CHAPITRE IV - Le poudrier des temps jadis
CHAPITRE V - Le premier chevreuil
CHAPITRE VI - Chasses clandestines de guerre
CHAPITRE VII - Colonel sans galons
CHAPITRE VIII - Vive libre ou mourir
CHAPITRE XI - L’après collection
CHAPITRE X
CHAPITRE XI
CHAPITRE XII
DEUXIÈME PARTIE
LE RETOUR
AU SUJET DE L’AUTEUR
COMMUNIQUER AVEC L’AUTEUR
 

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Extrait - Prologue

 

Lecteur, vous qui lisez ces lignes, qui n’avez pas connu l’avant-guerre (la 39-45), vous n’avez pas connu le temps des armes en liberté, s’achevant après la guerre d’Espagne par une loi de 1939 légiférant leur commerce et leur détention.


Loi modifiée sans cesse par des décrets, arrêtés, ordonnances de gouvernements successifs…
Vous rencontrerez un gamin entiché de ferrailles, pour lui objets curieux, passionnants par leur diversité, au point d’en devenir collectionneur pour son plaisir.


Plaisir devenant rapidement nécessité pour un temps, celui des armes de la liberté.
Le gamin enfermait ses trouvailles de la même manière qu’un avare cache son or: comme l’avare, il sera dépossédé…


C’est au grand jour, dans la stricte application de la légalité, que je fais vivre les armes de ma vie, dans mon métier, mes loisirs, mes rencontres et mes deux passions, la chasse et le tir sur quatre continents.


Elles sont devenues obsolètes, ces ferrailles, même modernes, seulement utilisées pour des conflits locaux ou pour effrayer un voisin.


Devenues inutiles, peu à peu remplacées par des systèmes sophistiqués issus de cerveaux aidés par les mathématiques modernes, la science, la biologie et j’en passe…


Plus de front, plus d’arrière! La mort sinueuse peut désormais frapper sans faire de détail.
…Il est dit que la peur est le commencement de la sagesse…
 

 

 

 

Extrait - Chapitre I

 

La collection du gamin

Le gamin entre en apprentissage à Dijon le douze juin 1937, jour anniversaire de ses quatorze ans.

Il doit devenir pâtissier – chocolatier – confiseur selon le désir de son oncle Hector, fortuné, sans enfant, ayant déjà tracé son avenir: «Tu fais ton apprentissage –deux ans− tu t’engages pour être débarrassé du service militaire, ensuite tu te maries. Alors, je t’offrirai le plus beau fonds de commerce que je pourrai trouver sur la place de Dijon».

L’oncle n’avait pas eu d’enfant avec sa merveilleuse soprano, sa première épouse, laquelle l’avait ruiné en un rien de temps. Divorce, remariage, reconstitution de sa fortune en une période alors favorable car il était pour la France concessionnaire de la firme allemande «Staedler», vendant ses crayons, stylos, encres et produits divers aux grossistes de France.

Pas d’enfant avec la nouvelle épouse, ancienne courtière en vins se contentant d’accompagner dans ses tournées un mari dont le ventre rebondi s’ornait de la chaîne d’or des nantis, amarrant un gros oignon d’or à l’abri d’un gousset avec bien en vue, une belle dent de tigre sertie d’or. La réussite, quoi! Ce qui s’appelait alors un «ventre de notaire».

Le gamin apprit d’abord son métier rue Jean-Jacques Rousseau, chez un patron exigeant n’employant, ou plutôt n’exploitant, que des apprentis, pour la royale somme mensuelle de trente francs qu’il versait directement à son père après en avoir déduit les six francs de la sécurité sociale d’alors!

Seize, dix-huit heures par jour! S’endormant parfois de fatigue sur le tour*, ou sur les sacs de coke servant à alimenter le four, avec au cœur l’espérance, la promesse de l’oncle ordonnant de tenir bon et d’apprendre son métier.

Parfois, descendant pour son travail dans les caves de l’immeuble, le gamin rencontrait de gros rats. Ces rats provenaient de l’égout de la ville, passant par le couloir des caves communiquant avec le trottoir de cet égout: il leur était facile de venir jusqu’aux portes en bois des caves, d’en dévorer le bois et de se frayer un passage afin de s’alimenter dans les réserves et préparations pâtissières.

Alors, aidé d’une puissante lampe torche fixée sous le canon de sa carabine «Flobert 9 mm», le gamin devint chasseur de rats, ceci pour se distraire en grillant quelques cartouches dans la nuit d’un égout.

En ville, il effectuait tous les matins les livraisons, ce qui lui permettait de se réapprovisionner en cartouches. Un jour, l’armurier dijonnais lui proposa un petit pistolet «Flobert» tirant des bosquettes, ledit pistolet permettant le tir sur cible sans trop faire de bruit. Ce fut le déclic: le gamin se rendit compte que cet armurier vendait, sans formalités, une gamme d’armes de poings et d’épaule, de sabres, couteaux, absolument ahurissante. Hélas, ces armes étaient neuves, donc chères, mais sortant de chez lui avec le pistolet «Flobert» nickelé dans sa poche (six francs!), il passa devant la vitrine d’un brocanteur dans laquelle, au milieu de ce qu’un brocanteur peut vendre, il aperçut toutes sortes d’armes exposées, s’étalant entre les meubles et même sur le trottoir. Evidemment, elles ne possédaient pas le merveilleux bronzage ni le nickelage de celles de l’armurier, mais elles étaient là!

Il revint le lendemain, entra et eut l’autorisation d’un vieil homme de fouiller dans son exposition. Voyant que le gamin ne s’intéressait pas aux armes de guerre, lesquelles étaient parties depuis longtemps en Espagne pour la guerre, il expliqua que son fils exerçait la noble profession de nettoyeur de greniers, condition permettant d’alimenter le magasin avec des vieilleries découvertes quelquefois dans un état de délabrement tel qu’il les jetait aux ordures, ne pouvant les exposer pour la vente.

C’est ainsi que le gamin devint collectionneur sans en connaître le nom, achetant pour vingt sous –un franc− ou quarante sous –deux francs− ce qu’il appelait des vieilleries, souvent vendues par lots, rapportées au laboratoire de la pâtisserie dans un sac généreusement offert pour leur transport par le brocanteur. Il découvrit d’autres brocanteurs, puis le marché aux puces de Dijon, source de trouvailles du mercredi, jour de repos chez les pâtissiers. Comme il était chargé des livraisons de la viennoiserie dans les mess et cantines des trois casernes de l’avenue du Drapeau, le gamin demanda aux militaires comment nettoyer ses trouvailles. C’est un capitaine du 27ème R.I., dont la caserne se situait près de la place de la République, qui le fournit gentiment en dégrippants, graisses, huiles et matériels de toutes sortes. Cet officier l’invita à venir tirer au fusil à l’occasion des kermesses organisées par son unité, kermesses qui étaient alors ce que nous appelons aujourd’hui des «portes ouvertes». Les civils pouvaient s’exercer au tir, conseillés par des militaires, après avoir admiré les armes des fantassins.

Dans les trouvailles du gamin, il y avait de tout. Pour les armes de poing, des revolvers et pistolets de toutes nationalités, tous calibres, quelquefois modernes, quelquefois à silex, à amorces, en état variable allant du mauvais jusqu’au très bon… Egalement des coffrets contenant des armes de duel, portant le nom du fabricant - Devisme, Reinette, Boutet, Mortimer, Lepage et bien d’autres− souvent gravées, porteuses d’incrustations, de nacre, d’os, de filets d’or ou d’argent noircis par l’âge, coffrets abandonnés au gamin pour une somme ridicule. Ce ne sera que devenu âgé qu’il verra les collectionneurs se disputer ces reliques dont les signatures, pourtant prestigieuses, ne valaient rien à l’époque.

Il posséda un curieux engin, acheté cinq francs, dont il apprit en 1970 seulement qu’il s’agissait de l’ancêtre du Luger, un Borchard vendu dans son étui en cuir craquelé par l’âge. Il en retrouvera bien d’autres, dans les années 1970, dans un mensuel appelé «La poudre noire», devenu rapidement «La gazette des armes».

Vous vous demanderez comment le gamin se procurait l’argent pour ses acquisitions: simplement avec ses pourboires, car à l’époque, les clients étaient généreux pour les petits pâtissiers. Le samedi, il livrait les pièces montées des mariages. La livraison devait être effectuée à une heure précise, le garçon d’honneur l’attendant, ayant minuté l’entrée du pâtissier avec la pièce montée, l’aidant à la déposer devant les mariés, le laissant placer tout en haut le petit couple en plâtre colorié, au milieu des applaudissements. Alors, le garçon d’honneur enlevait sa toque blanche et la faisait circuler parmi les convives. Celle-ci revenait avec de jolies piécettes à l’intérieur, parfois des billets… Le marié, en dernier, plaçait un billet alors que la mariée embrassait le petit pâtissier rougissant de plaisir, qui les abandonnait bien vite pour une autre livraison. Oh, ce n’était pas toujours fête! Souvent reçu à l’office, où on le délestait de sa ou ses pièces montées, la pièce de cinquante centimes de la cuisinière était peu de chose pour acquérir le Lefaucheux ou le Pauly en bon état entrevu chez le brocanteur, qu’il faisait mine de dédaigner afin d’en faire baisser le prix, d’autant plus qu’il était le seul client potentiel, personne ne s’intéressant alors aux armes anciennes.

Il possédait aussi des armes longues, ne choisissant que celles à silex ayant certainement servi pour la guerre et la chasse. Pour le même prix, le brocanteur lui remettait un fagot de vieilleries dans lequel dominaient les Lefaucheux, les Chassepots et des fusils Gras presque tous transformés en armes de chasse et délaissés car détrônés par des fusils modernes à chiens ou à percussion. Le gamin tomba un jour sur un extraordinaire fusil à silex avec cinq canons tournants, canons courts, un engin très lourd qui vint enrichir la collection. Un jour, ce fut un tromblon corse, quasi neuf, portant quatre échancrures sur sa crosse.

Le patron, s’il acceptait l’arrivée des ferrailles, avait donné l’ordre de les désarmer, de les nettoyer et de les huiler sur le trottoir de l’égout, l’odeur des produits utilisés n’étant pas compatible avec le métier de pâtissier.

Généreusement, il offrait à son apprenti les estagnons de fer ayant contenu la végétaline utilisée en pâtisserie, lesquels servaient à stocker les armes de poing, bien graissées ou huilées, pliées dans de vieux journaux. Pour les armes longues, souvent indémontables, il donnait les caisses en bois ayant servi au transport du beurre ou du chocolat.

Il fallait faire très attention avec ces vieilles armes car les revolvers étaient fréquemment chargés, ainsi que les fusils, d’où l’utilisation d’un tire-balle extrayant la bourre en chiffons, la charge de plomb ou la balle (parfois les deux ensemble!) puis la bourre de la poudre noire, jetée dans l’égout avec la charge. Ne restait plus qu’à nettoyer et graisser la nouvelle acquisition.

Fréquemment, l’oncle rendait visite au gamin à l’occasion de ses tournées à Dijon, discutant avec son patron qui se mit un jour en colère. Il pensa que ses achats d’armes en étaient la cause: non, le patron se dirigea vers un tiroir et l’ouvrit pour en sortir les quatre carnets dans lesquels il notait toutes les recettes, alors qu’il devait les connaître par cœur et non les écrire. Le gamin comprit pourquoi: la maison fabriquait alors certaines spécialités dijonnaises et il était seul admis à y participer. L’oncle arracha les feuilles litigieuses des carnets puis les jeta au foyer du four. Le patron fut content. En le quittant, l’oncle lui glissa à l’oreille: «J’ai tes recettes dans ma poche, je n’ai jeté au foyer que les pages blanches!».

La visite suivante fut très triste; l’oncle Hector était accompagné de l’oncle Clovis, venu par le train de Paris. Ils emmenèrent le gamin rendre une dernière visite à son grand-père, décédé subitement dans sa soixante-douzième année. Ses parents n’étaient pas encore arrivés. Le gamin vit l’oncle Hector prendre le vieux fusil accroché sur la hotte de la cheminée, celui du grand-père, celui de son premier chevreuil, pour le déposer à la droite du corps, dans le cercueil. Au-dessus de la cheminée, il accrocha son premier fusil à piston, afin que la place ne reste pas vide.

Le gamin pleura beaucoup le grand-père et le fusil. Hélas! Il devait rapidement prendre l’autobus le ramenant à Dijon, car son patron avait beaucoup de travail et de ce fait, il ne put assister à la sépulture avec la famille.

Le temps passait et la collection s’enrichissait, caisses et estagnons étant transportés par l’autobus chez la grand-mère pour être stockés sous la mangeoire d’une écurie vide depuis longtemps, et dans le grenier pour les caisses plus légères.

Un matin d’hiver, le gamin venait de faire une livraison rue Piron. Il se trouvait chez un brocanteur ayant boutique presque en face de la statue de l’homme célèbre, et il discutait à la baisse l’achat d’un curieux revolver court à cinq canons, qu’il sut plus tard être une poivrière américaine datant de la ruée vers l’or. C’est alors que la porte vitrée de la boutique s’ouvrit et que le chanoine Kir fit son entrée, surpris de trouver là un petit pâtissier achetant une arme désuète. Le chanoine lui posa maintes questions, lui demandant de lui réciter ce qui était écrit sur la plaque en bas de la statue de Piron, ce qu’il fit sans hésitation. Le chanoine fut heureux. «Et comment me connais-tu?» Le gamin lui déclara que c’était lui qui livrait à l’Hôtel de Ville les croissants et les brioches du petit déjeuner, lorsque les séances duraient toute la nuit, et qu’un camarade, apprenti cuisinier, apportait de chez Racouchot, juste en face, la vaisselle et le café du déjeuner. Aussi que c’était lui qui avait eu l’idée de faire couper le marc de Bourgogne, servi dans les trois cafés situés près de la passerelle du dépôt des locomotives de Perrigny, par de la liqueur de cassis, afin que mécaniciens et chauffeurs ne s’enivrent plus; que maintenant, il en faisait autant pour le vin blanc, et que ce mélange portait son nom. Le chanoine fut enchanté et, le prenant par le bras, le conduisit vers la porte, lui faisant voir un très grand dessin accroché par quatre épingles à linge sur un fil derrière la vitre. «Tu vois ce dessin, c’est un original de Dubout. Il est là depuis au moins cinq ans». Le gamin regarda ce grand dessin intitulé «La prise de la Tour de Nesle» représentant un château fort moyenâgeux cerné de forêts, château attaqué de toutes parts par des combattants innombrables, et défendu de même. Des centaines de personnages, tous très cocasses, le plus étonnant à droite, sous un chêne, s’essuyant le derrière avec une feuille d’arbre et, tout en haut du donjon, le seigneur fort occupé avec sa dame cependant qu’au dehors, la bataille faisait rage.

Le chanoine se tourna vers le brocanteur:

− Combien tu lui vendais ta mitrailleuse? Huit francs! Et combien as-tu, gamin?

− Quatre francs et vingt centimes, monsieur le Maire.

− Bon, et bien tu lui donnes la pétoire avec en prime ce dessin qui me fatigue les yeux depuis cinq ans que je le vois accroché avec ses pinces à linge.

Une fois dehors, la poivrière en poche, le dessin roulé dans un étui de carton sous son bras, le chanoine lui demanda de prendre soin du dessin, de le conserver longtemps car il allait prendre de la valeur. Davantage que la vieille arme. En fait, aujourd’hui, le gamin pencherait plutôt pour la version que ce dessin, avec ses scènes osées, gênait le chanoine.

De toutes façons, il fut perdu dans la débâcle de 1940 et l’homme qui succéda au gamin n’en retrouvera pas même une copie. Si jamais vous possédez le dessin «La prise de la Tour de Nesle»…

La France vivait alors une période étrange, agitée, avec des manifestations, grèves, la guerre d’Espagne se terminant, aussi des bruits de guerre du côté de l’Allemagne.

Sans surprise, le gamin vit arriver un jour l’oncle Hector. Il lui déclara qu’il changeait de patron, ce qui fut fait immédiatement. Le gamin se retrouva rue Chabot-Charny, face à l’université, dans une superbe pâtisserie salon de thé, avec le bonheur de posséder une chambre pour lui tout seul.

Sa vie changea complètement, d’abord parce que le patron, sa famille, le personnel, prenaient leurs repas à la même table et que chacun exécutait un travail bien défini, mais à tour de rôle. Il fut astreint à des stages chez des confiseurs chocolatiers, même dans les cuisines du célèbre Racouchot, «Au faisan doré», où il apprit à confectionner des pâtés en croûte, des vols au vent, des quenelles, des sauces et bien d’autres plats.

Plus de livraisons en ville, donc plus de pourboires, mais une véritable paye mensuelle avec obligation d’en placer la moitié sur un livret de la Caisse d’Epargne.

Le fils du patron, étudiant en lettres, donna au gamin des leçons complétant son Certificat d’Etudes et les deux années de leçons de son instituteur, en attendant l’âge d’entrer en apprentissage, fixé depuis peu à quatorze ans.

Le gamin apprit à conduire la traction avant familiale, ainsi que la fourgonnette Peugeot 201 servant aux livraisons. Mieux, il accompagna le patron et son fils à la chasse, et du coup, l’oncle lui offrit un Robust calibre 16 flambant neuf.

Il devint responsable de la cave, car le salon de thé consommait beaucoup de boissons, de champagne, et il fit l’apprentissage de la comptabilité des fournitures en compagnie de la fille de la maison, de son âge, fort jolie, avec laquelle il s’entendait très bien. Le gamin vit là la main de l’oncle, qui faisait de brèves apparitions au cours desquelles il le présentait à ses clients. Tous déjeunaient ensemble dans une petite salle près du grand salon de thé, avec le patron et sa famille.

Les conversations n’étaient pas très gaies car les bruits de guerre grossissaient, la maison allemande ne livrait plus de marchandises à la France. L’oncle s’inquiétait de plus en plus. Et ce fut l’orage…

Première mobilisation, puis loi féroce sur la vente des armes aux civils en 1939. Cette loi, le gamin s’en moquait un peu car il n’achetait que des vieilleries. La police n’ignorait pas que les pétoires valables étaient depuis longtemps parties en Espagne pour une guerre achevée en désastre pour les républicains.

Pour des raisons d’Etat, les pâtisseries durent fermer trois jours par semaine. Le gamin en profita pour rôder une moto Terrot 500 RGST achetée à l’usine même, située tout près des bâtiments annexes de la pâtisserie, sur une avenue utilisée pour tester la production de l’usine Terrot tournant alors à plein pour l’armée.

Il achetait à très bas prix ce qui pouvait être encore valable à ses yeux chez les brocanteurs se débarrassant des armes car subissant déjà des contrôles sévères.

En janvier 1940, toutes ses armes bien emballées étaient stockées chez la grand-mère, et il ne conservait à Dijon que le Robust offert par l’oncle, ainsi qu’un minuscule 6.35 de Saint-Etienne, neuf, dans son écrin: une arme de dame avec sa crosse en nacre.

La guerre surgit sur Dijon sous la forme de bombardiers allemands qui détruisirent le camp d’aviation de Longvic. Un chasseur Dewoitine* réussit à décoller, abattant l’un des bombardiers au milieu du fracas de la D.C.A. dont les éclats d’obus ricochaient sur les toits et dans les rues.

L’adolescence du gamin était terminée; il avait eu 17 ans le 12 juin précédent. Il était devenu un homme, plutôt un jeune homme.

Au sujet de l'auteur

 

« Roger SIMON est né le 12 juin 1923 d’un père receveur des P.T.T., Ernest SIMON, parents vignerons à Marsannay-la-Côte près de Dijon, et de la fille de Ferdinand JOLY, Hermine JOLY, née dans le Jura de parents cultivateurs, fruitiers et pisciculteurs en étangs. Famille catholique pratiquante.

Il est le deuxième enfant d’un deuxième mariage, son père ayant, sur le front, le 18 février 1918, contracté mariage avec une veuve de guerre à Fresse-sur-Moselle ayant déjà un enfant, qui deviendra son demi-frère. Versé dans l’aviation après son mariage, le papa de Roger SIMON ne connaîtra pas longtemps son épouse, décédée le 12 juin 1918 de la
terrible grippe espagnole. Ebéniste d’art avant la guerre, le père de Roger

SIMON deviendra receveur des P.T.T., son métier étant passé de mode. Quatre autres enfants naquirent du deuxième mariage.

L’oncle Hector, frère de la maman de Roger SIMON, sans enfant, va le prendre sous son aile et désirer en faire un commerçant, après apprentissage.

Etudes primaires, C.E.P. (Certificat d’Etudes primaires) à onze ans. L’âge d’entrée en apprentissage étant reporté de douze à quatorze ans, Roger SIMON aidera le maître d’école à former les jeunes enfants de la classe. En échange, il connaîtra les auteurs classiques et apprendra mathématiques, algèbre, géométrie… Tout le savoir du maître.

Pour loisirs, le père de Roger SIMON va voler sur les vieux « SPAD » et « BEBE NIEUPORT » du camp de Longvic près de Dijon, apprenant le pilotage à un fils qui, toute sa vie, aimera voler.

Apprentissage le 12 juin 1937 en une époque troublée car se termine la guerre d’Espagne ; dislocation du Front populaire… La montée du nazisme devient inquiétante pour la France…

Son C.A.P. (Certificat d’Aptitude professionnelle) en poche, l’oncle lui place en banque la somme nécessaire à l’achat d’un commerce (pâtisserie chocolaterie confiserie) et lui dit de s’engager car « la guerre qui va survenir sera très courte ».

Elle sera de cinq ans et demi pour Roger SIMON qui, passé en Angleterre, ne pourra devenir aviateur et rentrera en France.

Armée d’Armistice, 151° Régiment d’Infanterie ; il verra se saborder la flotte à Toulon au moment de partir en Algérie, le 27 novembre 1942.

Le Général DELESTRAINT a créé « l’Armée Secrète », dite A.S. ; Roger SIMON va participer activement à la mise en place de groupes armés, avec l’aide d’anciens militaires. L’A.S. sera souvent en litige avec les F.T.P., Francs Tireurs et Partisans, d’obédience communiste.

Deux secteurs seront choisis pour installer un front intérieur en France, sur la demande de Staline. Ce sera GLIERES en Haute-Savoie et le VERCORS en Isère.

Roger SIMON, sergent instructeur, sera affecté à la section Hoche à Notre-Dame-des-Neiges, au plateau des Glières. Secteur attaqué violemment en mars 1944 ; il y sera blessé, fait prisonnier et déporté en Allemagne où il assistera à la destruction de Dresde et à la fin de la guerre.

A Glières, il fera la connaissance de Canadiens, agents de liaison ; le seul vivant rescapé habite à SAULT-STE-MARIE, ONTARIO.

Deux années seront nécessaires après son retour d’Allemagne en 1945 pour se refaire une santé. Le Docteur SIR ARTHUR DRUMMOND va l’aider à retrouver une vie normale. Ce médecin sera lâchement assassiné avec sa famille à LURE, en 1952.

Plus question de devenir commerçant car l’argent placé en banque par l’Oncle est dévalué, le pays en ruines et les restrictions restent sévères, interdisant le commerce projeté en 1937.

Roger SIMON va devenir agent forestier de l’Etat et sera nommé en Algérie, dans le Constantinois, où la guerre le retrouve à la Toussaint en 1954.

Il va servir dans les S.A.S. puis deviendra guide pour les militaires du contingent envoyés en Algérie, car la révolte se transforme en guerre.

Blessé à la gorge le 10 novembre 1956 en conduisant une patrouille de nuit, blessure anodine d’abord mais qui va lui enlever en partie la voix vingt ans après, il est renvoyé en France en mai 1957, après avoir contracté un rapide mariage à Djijelli. Il a 34 ans.

De retour en France, il est nommé chef de district en Guyane en 1957. Il y reste quatre ans, rapatrié en 1961.

Nommé au Centre de Recherches forestières de l’Ecole forestière des BARRES, il participe à des expériences en liaison avec l’INRA de Nancy.

Il sera nommé en 1964 chef du district de THONON-LES-BAINS, ayant en charge le lac Léman et les forêts de CHABLAIS-GENEVOIS. Le lac Léman possède une législation spéciale, étant lac international, avec trois cantons suisses. Roger SIMON va y demeurer dix ans, restaurant les piscicultures, règlements de navigation, signalisation, etc. le tout -car il est devenu technicien supérieur- entrecoupé de missions africaines, guyanaises et dans divers pays étrangers.

En 1974, il devient contrôleur des pépinières forestières mais doit subir une trachéotomie lui ôtant une corde vocale. De ce fait, il est placé en congé de longue durée pour quatre années.

Roger SIMON, dès 1950 en Algérie, était secrétaire du Syndicat forestier et avocat dans les conseils de discipline.

En France, il est adjoint au Syndicat national des Forestiers (apolitique), défenseur dans les conseils de discipline, affecté à la Commission pour l’habillement. Il est devenu chef de techniques forestières.

Sa modestie dut-elle en souffrir, Roger SIMON est :

 Chevalier de la Légion d’Honneur
 Chevalier du Mérite agricole
 Médaillé militaire
 Croix de guerre 1939/1945
 Médaille d’Honneur des Eaux et Forêts
 Mérite fédéral anciens combattants fonctionnaires

Son fils unique est chef de logistique dans une grande firme internationale ; deux enfants.

Roger SIMON est divorcé depuis 1995. Il vit seul, écrivant, jardinant, vieillissant.

Ses grandes passions ont été la FORET, la CHASSE, la PECHE, l’AVIATION, le TIR et l’ECRITURE sur ses vieux jours. Recevoir ses amis.

Sa famille in Law est, du côté de sa femme, originaire de Sheffield, près des mines d’amiante où l’oncle in Law a épousé une sœur. Puis une partie de la famille s’est installée à MANCHESTER (N.H.) U.S.A.

Roger SIMON a participé à l’échange d’œufs et d’alevins (Canada et U.S.A.) et a eu la surprise en 1998 de manger à Sault-Ste-Marie de la FERA canadienne provenant de ses envois du lac Léman. Seul ennui, son manque de corde vocale nuit à sa voix, basse, et à son modeste anglais.
 

 

 

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Adresse électronique

 

simonroger334@neuf.fr

 

 

 

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