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LIVRE NUMÉRIQUE GRATUIT
SERGE-ANDRÉ GUAYJ'aime penser
Comment prendre plaisir à penser
dans un monde Essai et témoignage de gouvernance personnelle Fondation littéraire Fleur de Lys Lévis, Québec, Canada, 2009, 370 pages. ISBN 2-89612-016-5 / 978-2-89612-016-1 Exemplaire numérique gratuit (PDF) PrésentationLa lumière entre par les failles «J’avais seize ans lorsqu’on m’a dit : “Les gens qui se donnent toujours raison vivent dans un système sans faille. Or, c’est par les failles que la lumière entre.” L’affirmation ne tomba pas dans l’oreille d’un sourd; elle m’allait comme un gant et je la répète depuis à qui veut bien l’entendre. Voilà donc comment il faut voir les idées et les opinions des autres qui nous contredisent : comme des failles qui éclairent nos pensées et, possiblement, qui en révèlent les faiblesses. À partir de ce jour, je n’ai cessé de rechercher des idées meilleures que les miennes et, si possible, de les rendre encore meilleures. Quel plaisir j’ai à penser en exposant ainsi mon esprit aux idées de l'autre pour voir comment il va réagir, comment il va digérer et conclure.» Serge-André Guay LA NOUVELLE ÉDITION 2020 En ce mois de juillet 2020 ou vingt ans après la rédaction de cet essai-témoignage et maintenant âgé de 63 ans, je vous offre une édition augmentée dont la seule différence avec l'édition précédente est la mise à jour du chapitre La pensée imaginative. Table des matièresNote aux lecteurs Avant-propos Introduction Itinéraire La pensée certaine La pensée profonde La pensée universelle La pensée joyeuse La pensée heureuse La pensée malheureuse La pensée empathique La pensée différente La pensée solitaire La pensée initiatique La pensée divine La pensée imaginative L'arrière-pensée Notes Au sujet de l'auteur Du même auteur Communiquer avec l'auteur Index des poèmes L'Homme de course Tant d'années sur ses épaules Lit Je suis une bête sauvage Les rats de société TABLEAUX & ANNEXES Les sept obstacles à surmonter pour acquérir un esprit scientifique selon Gaston Bachelard Les styles interpersonnels selon Larry Wilson Les stratégies de communication avec les différents styles interpersonnels Dominantes et sous-dominantes des styles interpersonnels Mon expérience des styles interpersonnels ExtraitÀ tous les amoureux de la pensée pour qui le plaisir croît avec l'ouverture d'esprit
« J’avais seize ans
lorsqu’on m’a dit : “Les gens qui se donnent toujours raison vivent
dans un système sans faille. Or, c’est par les failles que la
lumière entre.” L’affirmation ne tomba pas dans l’oreille d’un
sourd; elle m’allait comme un gant et je la répète depuis à qui veut
bien l’entendre.
Voilà donc comment il faut voir les idées et les opinions des autres
qui nous contredisent : comme des failles qui éclairent nos piblesses. À partir de ce
jour, je n’ai cessé de rechercher des idées meilleures que les
miennes et, si possible, de les rendre encore meilleures. Quel
plaisir j’ai à penser en exposant ainsi mon esprit aux idées des
autres pour voir comment il va réagir, comment il va digérer et
conclure. »
Nous commencerons par traiter de la certitude de la pensée ou de la
pensée certaine. Nous verrons que la certitude, ce n'est pas avoir
raison. Au contraire, la certitude vient du doute. En fait, le
bénéfice du doute, c'est la certitude. J'expliquerai comment douter
sans être inconfortable et instable, sans perdre votre force de
conviction. Nous apprendrons comment ne pas nous enfermer dans un
système sans faille et ainsi être privés de la lumière de la pensée
des autres.
Nous traiterons aussi de la pensée profonde, philosophique. Dans ce
livre, la philosophie est réduite à la science des profondeurs, elle
sert à descendre aussi loin que l'exige la recherche de la cause
première. Puisque la pensée est un univers vaste, infini, où nous
pouvons approfondir tant que nous voulons sans jamais toucher le
fond, nous verrons comment éviter de ne plus être capable de revenir
à la surface, comment éviter de se perdre dans les profondeurs de sa
pensée. Nous porterons aussi attention à la tentation de décrocher
de la réalité et à la tentation de prendre ses pensées pour la seule
réalité, tentations qui peuvent surprendre celui ou celle qui aime
penser.
Nous aborderons la question de la pensée universelle, la pensée
vraie pour tous les hommes, par opposition à la pensée personnelle,
vraie que pour soi-même. Nous examinerons comment les penseurs de
pensées universelles considèrent leur esprit comme celui de tous les
hommes pour s'oublier eux-mêmes et ainsi pouvoir se mettre dans
l'esprit d'une pensée compréhensible et partageable par tous les
hommes. Ici, penser, c'est oublier le “ je ”. Tout un défi.
Nous jouerons à la pensée joyeuse ou drôle, la pensée qui nous
surprend souvent en pleine concentration de ce que nous faisons le
mieux, quand “ ça coule tout seul ” et qu'une impression intense de
bien-être général nous envahit. Aussi, il n'est pas interdit
d'apprendre à rire de soi-même et de ses problèmes. Qui sait quelle
solution se cache derrière un rire à gorge déployée sortit tout
droit d'une imagination débridée par l'ivresse des sommets de
l'esprit? Et qui sait quel antidote à l'ennui ou à l'anxiété se
dissimule dans le fou rire propagé à l'écho d'une grotte perdue dans
la cité très ancienne des vapeurs de conscience?
De là, nous glisserons dans l'univers de la pensée heureuse. Nous
tenterons de rattraper le bonheur par la pensée du bonheur de
penser. La quête du bonheur intrigue la pensée, car chaque fois
qu'elle s'en approche, à pas feutrés, pour l'observer, le bonheur,
surpris, farouche, prend la fuite. Mais on ne court jamais plus vite
que la pensée, même quand on est le bonheur. Ainsi, il n'y a pas
mieux informé des déplacements du bonheur que la pensée. Elle a
depuis longtemps constaté que le bonheur court tantôt à gauche,
tantôt à droite, sans trop de logique, si ce n'est qu'il donne
l'idée de fuir la réalité. Le bonheur est aveugle! Nous lui rendrons
la vue pour qu'il apprivoise la réalité, donc, non pas par magie ou
en nous illusionnant et, encore moins en masquant le malheur.
Inévitablement, la pensée malheureuse vient à l'esprit. S'il vous
arrive, comme moi, de tomber dans le puits de la pensée malheureuse,
nous nous aviserons de panser nos blessures avec des bandages
d'idées soignantes et comment imposer le respect de nos réactions
défensives, même les plus sauvages. Nous partirons à la rencontre
des pensées les plus sombres, des pensées qui pleurent et des
pensées qui meurent, découragées, désespérées. Nous trouverons tout
de même dans ces pensées troublées la source de la pensée sereine,
d'une paix à la fois pure et calme. C'est dans le noir que la
lumière de l'esprit est la plus utile, fut-elle aussi faible que
celle d'une étoile lointaine, et non pas sur une plage sous un
soleil brillant. Il n'est pas question ici de la pensée positive,
une lumière artificielle qui fait ombrage à la réalité du malheur en
détournant notre attention de l'essentiel.
La pensée empathique est aussi obligatoirement au programme. Cette
pensée-clé de l'univers d'autrui donne la possibilité de comprendre
nos proches et le monde, de déceler le bonheur ou le malheur. C'est
la pensée qui permet de faire don de soi à l'autre, d'aimer. Nous ne
penserons pas à la place de l'autre, nous penserons avec lui. Nous
le laisserons nous donner ses pensées puis nous nous efforcerons de
les éclairer. Nous ne penserons pas à ce qu'il doit faire, nous
l'aiderons à décider lui-même. Jamais l’autre n’aura ressenti la
présence d'une pensée aussi intime de son esprit dans une expérience
de communication interpersonnelle. Nous connaîtrons l'autre mieux
que nous nous connaissons nous-mêmes et mieux qu'il se connaît
lui-même.
Nous ne serons pas en reste puisque viendra ensuite la pensée qui
permet de se connaître soi-même : la pensée différente. Nous serons
définitivement forcés d'admettre que nous sommes très souvent mal
placés pour nous connaître, quoiqu'on pense habituellement le
contraire. La psychologie du Moi en prendra pour son rhume. Nous
libérerons la pensée de l'esclavage de l'éternel chantier du travail
forcé sur soi. Si notre pensée est différente, c'est toujours par
rapport à celle d'un autre, jamais par rapport à soi-même. À la
question “ Qui suis-je? ”, c'est l'autre qui a la réponse.
Privée de la pensée de l'autre, notre pensée devient solitaire. Nous
enchaînerons donc avec la pensée solitaire, la pensée seule, seule
avec elle-même. Comme je le dis souvent, toute pensée est comme le
vin, elle doit mûrir un temps pour prendre de la valeur. Aussi,
c'est d'abord dans la solitude que l'esprit prend le goût de penser
et mûrit ce goût. Pleine de goût, une pensée donnera inévitablement
le goût de penser. Autrement dit, la pensée acquiert dans la
solitude la valeur d'être pensée par d'autres. Comme je dis souvent
à celui qui verbalise ses pensées sans les réfléchir, l'autre n'est
pas une poubelle de pensées avortées. Dans un monde où la pensée
solitaire est insupportable à plusieurs, j'indiquerai comment
meubler la solitude pour rendre la pensée seule plus confortable.
Aussi née dans le confort de la solitude, impossible d'oublier la
pensée initiatique, celle qui découvre le sens caché des choses et
qui se transmet dans la plus pure tradition orale. C'est la pensée
racontée dans le secret des révélations de l'esprit. Nous traiterons
du sens caché du monde, de la vie et des choses à la lumière du feu
sacré de la pensée.
Rien de mieux pour terminer que la pensée divine, le commencement et
la fin de toute pensée à la recherche d'une bonté divine infinie. La
pensée cherche depuis le moment où elle a eu la ferme impression de
ne pas être tout à fait chez soi ici-bas, en regardant les étoiles
de la voûte céleste, un soir d'été, allongée dans un champ de blé
sur la terre encore chaude. Debout, le blé montait à la hauteur de
ses épaules; la pensée habitait un enfant, devenu introuvable par
ses camarades d'une partie de cache-cache. Cette pensée ne quittera
plus jamais cet enfant. Était-ce la mémoire d'un ailleurs, un
souvenir du Paradis à l'éveil de la pensée? Vous avez deviné, cet
enfant, c'était moi. L'expérience de la révélation ne me laissera
pas sur cette première et vague impression d'un monde meilleur.
Aussi, nous distinguerons très nettement la pensée religieuse de la
pensée divine. La première demeure humaine, de la tête aux pieds et
jusqu'au bout des doigts, même quand des efforts surhumains sont
déployés. La seconde est simplement surnaturelle, sublime et
mémorable. Curieusement, l'intensité lumineuse sans précédant de la
pensée divine ne nous fait même pas cligner des yeux, pas même une
seule fois, au contraire, nous aimerions y baigner notre esprit à
jamais, les yeux grands ouverts.
Chaque fois qu'il m'a paru utile de penser un mot, j'ai donné sa
définition, dans le texte ou dans une note en bas de page. Qui aime
penser, s'instruit du sens de chaque mot traduisant sa pensée.
Aussi, je cite plusieurs philosophes et scientifiques, des
spécialistes et des généralistes, d'hier et d'aujourd'hui, auteurs
d'ouvrages dont la lecture a grandement ajouté à mon plaisir de
penser.
Introduction Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison
«Je me suis surpris à
aimer penser au cours de mon adolescence, quelque part au cours de
la deuxième année de mes études secondaires. En fait, les
connaissances étalées sur le tableau par mes professeurs me
donnaient davantage à penser qu'à apprendre. “ Une imagination trop
fertile”, me disait-on, pour expliquer mes faibles résultats
scolaires.
Le jour fatidique approchait. Vous savez, ce jour où l'on a
conscience d'avoir conscience. Ce jour-là, on peut dire oui ou non à
l'idée de penser sa pensée. Je ne parle pas de réfléchir,
simplement, comme on le fait sur un sujet ou une question pour se
faire une opinion. Non. Ce jour-là, on se voit réfléchir, on
s'entend penser. Je suis convaincu qu'un jour ou l'autre nous avons
tous une telle étincelle d'esprit, une chance instantanée, peut-être
programmée à l'avance, de prendre du recul sans aucun effort. Reste
à décider si cette étincelle allumera une flamme puis un feu de
conscience ardente ou si elle disparaîtra aussi vite qu'elle est
venue, ne laissant qu'un vague souvenir inconscient.» * * *
Ce recul nous permet
soudainement de nous regarder aller consciemment pour la première
fois. Le moment est sans doute comparable à celui où l'esprit quitte
le corps, sauf que, cette fois, tout se passe à l'interne, dans
notre tête. Un esprit se détache de l'esprit qui pense et le
regarde. On reste bouche bée, ahuri.
Plusieurs se refusent à vivre ce moment. Le dédoublement les met
profondément mal à l'aise. Ils se sentent brisés dans leur unité.
Ils s'imaginent mal en train de penser et en sont troublés. Ils
préfèrent, et de loin, penser simplement, c'est-à-dire, sans penser
qu'ils pensent.
Certains ne veulent pas se regarder penser parce qu'ils anticipent
l'idée de se surveiller ou d'être surveillés, même si le moment de
conscience ne porte pas cette intention. Paradoxalement, ces gens
passeront une partie de leur adolescence, voire de leur vie, à se
surveiller, dans leurs allures, visiblement en manque de confiance
envers eux-mêmes, et à surveiller les autres du coin de l'œil,
visiblement, en manque de confiance envers les autres. Si vous
regardez un tant soit peu leurs chaussures, ils s'arrêtent quelques
pas plus loin pour regarder leurs chaussures à la recherche de ce
qui a attiré votre attention. Ils surveillent tout de leur allure,
mais ils oublient d'imaginer jusqu'à quel point leurs pensées
modèlent leur apparence, sans doute parce qu'ils croient révéler
leurs pensées uniquement lorsqu'ils prennent la parole, dans le
langage.
D'autres, déjà habitués à prendre leurs pensées comme elles
viennent, ne veulent pas en connaître la provenance et encore moins
savoir comment elles émergent. Ils sont bien prêts à penser, même à
faire un effort pour bien penser, mais rien de plus. Sans doute se
disent-ils qu'il y a autre chose à faire dans la vie que de penser.
Alors, penser aux pourquoi et comment, ils laissent ça à d'autres.
Paradoxalement, ces gens n'hésiteront pas à donner leurs opinions
sur tout. Même s'ils s'expliquaient pendant des heures, le penseur
ne réussirait toujours pas à cerner les tenants et les aboutissants
de leurs opinions. Bref, leurs opinions suscitent davantage de
questions que de compréhension.
Plusieurs d'entre eux ne s'expriment pas pour faire comprendre quoi
que ce soit, mais pour se donner raison dans l'espoir de voir
triompher leurs opinions. Ils ont raté l'occasion de faire la
différence entre “ Il est vrai que je pense” et “ Ce que je pense
est vrai” et ils prennent pour vrai tout ce qu'ils pensent, même
lorsqu'ils soutiennent le contraire.
Heureusement, il y a aussi ceux et celles pour qui l'étincelle de
conscience de la conscience sera à jamais bénéfique. Ils ne sont pas
aveuglés par la lumière qui éclaire leurs pensées. Ils saisissent
l'éclair d'une main et amassent de l'autre tout pour allumer un feu.
À chaque brindille ajoutée, ils lèvent les yeux pour découvrir ce
que la lumière révèle de nouveau sur leurs pensées. Ces gens là ne
reviendront jamais en arrière. Ils alimenteront le feu leur vie
durant, sachant que même s'ils s'endorment il restera toujours un
tison pour à nouveau prendre du recul. Pour eux, connaître et
comprendre sera passionnant. Au départ, ils maîtrisent à peine leur
vision mais on les reconnaît en les écoutant raconter comment ils en
sont venus à penser telle ou telle chose. Souvent, ils ajoutent
moult détails et toutes sortes d'intrigues qui ne manquent pas de
suspense et parfois même d'humour, démontrant ainsi jusqu'à quel
point ils prennent plaisir à penser. En fait, ils racontent
davantage comment ils pensent que ce qu'ils pensent. Et ce n'est
qu'un début.
Personnellement, j'étais disposé depuis déjà quelques mois à prendre
un tel recul mais un événement quotidien m'indisposait : les soupers
de famille. Chaque fois, la discussion tournait au monologue, à vrai
dire, en une suite de monologues où chacun semblait ouvrir la bouche
dans le seul but de se donner raison. Chaque orateur rapportait ce
qu'il considérait un fait, donnait son opinion et s'évertuait à
donner raison à son interprétation de ce fait déjà loin derrière.
J'ai cru un moment que c'était ce qu'il fallait faire avec sa
faculté de penser, que devenir adulte, c'était d'avoir raison,
d'être capable de se donner raison. Aussi ai-je tenté l'expérience,
mais en vain. Je n'avais jamais raison et toujours tort, sans même
l'ombre d'un doute. Ensuite, j'ai essayé, non pas de me donner
raison, mais de simplement exposer mon opinion en vue d'en débattre
mais sans succès. Chacun s'appliquait inconsciemment à faire avorter
tout débat en donnant raison à son opinion.
Même lorsque je tentais d'attirer l'attention sur l'un de mes
problèmes, je n'avais pas raison, soit que je voyais un problème là
où il n'y en avait pas, soit que je ne voyais pas le bon problème.
Dans tous les cas, je finissais par être pointé du doigt comme étant
moi-même le problème et, par surcroît, j'en étais évidemment la
cause. Pourtant, à les écouter parler, je constatais qu'eux-mêmes
n'étaient jamais responsables lorsqu'ils soulevaient un problème
mais sans jamais m'accorder un tel privilège. Dans mon cas, toute la
responsabilité m'incombait avant même que je puisse prononcer un
seul mot.
Mais, comme tout adolescent, je vivais bel et bien des problèmes
hors de mon contrôle qui demandaient l'intervention d'un parent
adulte. Dès ma première année d'études secondaires, j'ai rencontré
des problèmes en mathématique. Le seul commentaire auquel j'ai eu
droit est: “Étudie”. Aux yeux de mes proches, la seule raison pour
laquelle j'avais des problèmes en mathématique, c'était parce que je
n'étudiais pas assez et il m'était impossible de leur proposer une
interprétation différente. Je graduai donc avec de piètres
résultats, juste au-dessus de la note de passage. Puis, un jour,
lors de la quatrième année de mes études secondaires, mes problèmes
sont devenus des montagnes insurmontables avec l'algèbre et ce qui
devait arriver arriva : “ Monsieur Guay, me dit mon professeur, vous
retardez toute la classe avec vos questions”.
Mais comment exposer mes difficultés à mes parents sans avoir tort,
sans me faire renvoyer tout simplement à ma table de travail. J'en
conclus que seul un coup d'éclat, une bombe, pouvait me donner une
chance de me faire entendre. Aussi, je me levai d'un bond annonçant
à mon professeur que si c'était comme ça, que si je retardais tout
le monde, je n'avais plus d'affaire dans cette classe, je pris mes
livres et sortis à la stupéfaction de tous.
Mon plan : me présenter au directeur des études, l'informer que je
venais de quitter ma classe de mathématique en raison d'un grave
problème que je lui révélerais uniquement en présence de mon père et
que je ne quitterais pas son bureau d'ici à ce que mon père s'y
présente, ce qui impliquait que le directeur téléphone à mon père à
son travail pour qu'il vienne directement au collège à la sortie de
son travail. Ce coup de téléphone et la convocation devaient servir
de bombe, dont j'espérais qu'elle fasse voler en mille morceaux le
monopole d'interprétation que mon père se donnait de mon problème.
Le directeur des études acquiesça à ma demande sans aucune question
et dans le calme le plus parfait. J'attendis trois heures, mon père
arriva et mon problème fut abordé et discuté convenablement pour la
première fois en quatre ans. Malheureusement, les efforts concertés
prouvèrent qu'il était trop tard et ma liste de choix de carrière
s'est vue réduite de 50 %. Tout ça, principalement parce que les
gens de ma famille avaient pris la mauvaise habitude de se donner
aveuglément raison, même au sujet des problèmes des autres.
Mais ce n'est que le jour où j'ai eu l'occasion de prendre du recul
que je me suis aperçu que penser pour se donner raison n'était pas
utile. Lorsque je me suis vu en train de me donner raison, copiant
les autres membres de ma famille, j'ai été complètement bouleversé.
Lorsque je me suis rendu compte que j'étais malheureux parce que je
n'avais jamais raison, croyant sans doute que je serais heureux si
j'avais raison, j'ai été profondément déçu de moi-même. De
l'étincelle de conscience de conscience venue deux ou trois ans plus
tôt, couvait un feu livrant finalement assez de lumière pour voir
clair dans mon jeu et celui des autres.
Jusque-là, je m'étais amusé de mes pensées par des dizaines de
poèmes pour compenser mon malheur. Le temps était venu d'apprendre à
aimer à penser pour être heureux, à commencer, avec moi-même.
J'avais seize ans lorsqu'on m'a dit : “ Les gens qui se donnent
toujours raison vivent dans un système sans faille. Or, c'est par
les failles que la lumière entre.” L'affirmation ne tomba pas dans
l'oreille d'un sourd; elle m'allait comme un gant et je la répète
depuis à qui veut bien l'entendre.
Voilà donc comment il faut voir les idées et les opinions des autres
qui nous contredisent : comme des failles qui éclairent nos pensées
et, possiblement, qui en révèlent les faiblesses. À partir de ce
jour, je n'ai cessé de rechercher des idées meilleures que les
miennes et, si possible, de les rendre encore meilleures. Quel
plaisir j'ai à penser en exposant ainsi mon esprit aux idées des
autres pour voir comment il va réagir, comment il va digérer et
conclure.
Je me souviens de mes premières années de plaisir à penser alors que
je me rendais dans le Vieux-Québec pour rencontrer des gens venus de
partout en vue de leur demander ce qu'ils pensaient de ceci ou de
cela, juste pour me frotter à des idées différentes des miennes et
me forcer à réfléchir. Quelle jouissance!
Je me rappelle aussi mes premières lectures à la recherche d'une
meilleure compréhension de la pensée, de la vie, de la solitude,...
Quel bonheur ces gens nous donnent en écrivant ce qu'ils
connaissent, comprennent et pensent.
Sur certains sujets, je ne voulais pas trop lire, question d'aller
le plus loin possible par moi-même. À titre d'exemple, je me suis
limité à la lecture de seulement une dizaine de recueils de poésies
alors que je m'adonnais moi-même à ce style littéraire.
Influençable, je voulais d'abord expérimenter ma vision et mon style
avant de prendre connaissance d'autres univers poétiques.
Ma différence, ma vraie différence, était dans mon esprit et dans ma
pensée. Aujourd'hui, je crois que l'authenticité (Authenticité:
''Qualité de ce qui mérite d'être cru, qui est conforme à la
vérité'', Le Petit Robert.)se trouve d'abord dans la pensée, pourvu
qu'elle “exprime une vérité profonde de l'individu et non des
habitudes superficielles, des conventions”. J'ajouterai une seule
qualité à cette vérité : “unique”.
Quand je pense, je suis totalement moi-même, authentique aussi bien
qu'unique.
J'ai l'impression de me tenir à un carrefour où les idées vont et
viennent comme les automobilistes et les piétons au croisement
d'artères principales. Je suis très heureux de ne pas m'être limité
à mes seules idées. Une seule pensée étrangère aux miennes peut
faire avancer ma compréhension de plusieurs mois si ce n'est de
plusieurs années.
Jusqu'à tout récemment, j'avais oublié jusqu'à quel point je laisse
entendre que j'aime penser, tout absorbé que je suis ces années-ci
par la connaissance de la connaissance. En effet, peu avant Noël, un
voisin est venu nous rendre une première visite depuis notre
déménagement. La discussion roulait bon train sur toutes sortes de
sujets lorsqu'il a lancé : “ Moi aussi, j'aime ça penser”. Il n'y
aura pas meilleur moment pour vous demander, chers lecteurs et
lectrices, si vous aussi vous aimez penser.
Si vous avez acheté ce livre parce que vous aimez penser, je vais
essayer de vous faire aimer ça encore plus pour un plus grand
bonheur. Si vous avez acheté ce livre parce que vous n'aimez pas
penser, mais êtes tout de même curieux de savoir comment des gens en
arrivent à aimer ça, je vais tenter de vous satisfaire au-delà de
vos attentes : de vous faire aimer ça.
Si ce livre vous a été remis en cadeau par une personne de votre
connaissance qui sait que vous aimez penser, je vous souhaite la
plus cordiale des bienvenues dans le groupe. Aussi, je vous prie de
bien vouloir transmettre mes plus sincères remerciements à cette
personne. Itinéraire Dune pensée à l’autre
Nous commencerons par
traiter de la certitude de la pensée ou de la pensée certaine. Nous
verrons que la certitude, ce n'est pas avoir raison. Au contraire,
la certitude vient du doute. En fait, le bénéfice du doute, c'est la
certitude. J'expliquerai comment douter sans être inconfortable et
instable, sans perdre votre force de conviction. Nous apprendrons
comment ne pas nous enfermer dans un système sans faille et ainsi
être privés de la lumière de la pensée des autres.
Nous traiterons aussi de la pensée profonde, philosophique. Dans ce
livre, la philosophie est réduite à la science des profondeurs, elle
sert à descendre aussi loin que l'exige la recherche de la cause
première. Puisque la pensée est un univers vaste, infini, où nous
pouvons approfondir tant que nous voulons sans jamais toucher le
fond, nous verrons comment éviter de ne plus être capable de revenir
à la surface, comment éviter de se perdre dans les profondeurs de sa
pensée. Nous porterons aussi attention à la tentation de décrocher
de la réalité et à la tentation de prendre ses pensées pour la seule
réalité, tentations qui peuvent surprendre celui ou celle qui aime
penser.
Nous aborderons la question de la pensée universelle, la pensée
vraie pour tous les hommes, par opposition à la pensée personnelle,
vraie que pour soi-même. Nous examinerons comment les penseurs de
pensées universelles considèrent leur esprit comme celui de tous les
hommes pour s'oublier eux-mêmes et ainsi pouvoir se mettre dans
l'esprit d'une pensée compréhensible et partageable par tous les
hommes. Ici, penser, c'est oublier le « je ». Tout un défi.
Nous jouerons à la pensée joyeuse ou drôle, la pensée qui nous
surprend souvent en pleine concentration de ce que nous faisons le
mieux, quand « ça coule tout seul » et qu'une impression intense de
bien-être général nous envahit. Aussi, il n'est pas interdit
d'apprendre à rire de soi-même et de ses problèmes. Qui sait quelle
solution se cache derrière un rire à gorge déployée sortit tout
droit d'une imagination débridée par l'ivresse des sommets de
l'esprit? Et qui sait quel antidote à l'ennui ou à l'anxiété se
dissimule dans le fou rire propagé à l'écho d'une grotte perdue dans
la cité très ancienne des vapeurs de conscience?
De là, nous glisserons dans l'univers de la pensée heureuse. Nous
tenterons de rattraper le bonheur par la pensée du bonheur de
penser. La quête du bonheur intrigue la pensée, car chaque fois
qu'elle s'en approche, à pas feutrés, pour l'observer, le bonheur,
surpris, farouche, prend la fuite. Mais on ne court jamais plus vite
que la pensée, même quand on est le bonheur. Ainsi, il n'y a pas
mieux informé des déplacements du bonheur que la pensée. Elle a
depuis longtemps constaté que le bonheur court tantôt à gauche,
tantôt à droite, sans trop de logique, si ce n'est qu'il donne
l'idée de fuir la réalité. Le bonheur est aveugle! Nous lui rendrons
la vue pour qu'il apprivoise la réalité, donc, non pas par magie ou
en nous illusionnant et, encore moins en masquant le malheur.
Inévitablement, la pensée malheureuse vient à l'esprit. S'il vous
arrive, comme moi, de tomber dans le puits de la pensée malheureuse,
nous nous aviserons de panser nos blessures avec des bandages
d'idées soignantes et comment imposer le respect de nos réactions
défensives, même les plus sauvages. Nous partirons à la rencontre
des pensées les plus sombres, des pensées qui pleurent et des
pensées qui meurent, découragées, désespérées. Nous trouverons tout
de même dans ces pensées troublées la source de la pensée sereine,
d'une paix à la fois pure et calme. C'est dans le noir que la
lumière de l'esprit est la plus utile, fut-elle aussi faible que
celle d'une étoile lointaine, et non pas sur une plage sous un
soleil brillant. Il n'est pas question ici de la pensée positive,
une lumière artificielle qui fait ombrage à la réalité du malheur en
détournant notre attention de l'essentiel.
La pensée empathique est aussi obligatoirement au programme. Cette
pensée-clé de l'univers d'autrui donne la possibilité de comprendre
nos proches et le monde, de déceler le bonheur ou le malheur. C'est
la pensée qui permet de faire don de soi à l'autre, d'aimer. Nous ne
penserons pas à la place de l'autre, nous penserons avec lui. Nous
le laisserons nous donner ses pensées puis nous nous efforcerons de
les éclairer. Nous ne penserons pas à ce qu'il doit faire, nous
l'aiderons à décider lui-même. Jamais l’autre n’aura ressenti la
présence d'une pensée aussi intime de son esprit dans une expérience
de communication interpersonnelle. Nous connaîtrons l'autre mieux
que nous nous connaissons nous-mêmes et mieux qu'il se connaît
lui-même.
Nous ne serons pas en reste puisque viendra ensuite la pensée qui
permet de se connaître soi-même : la pensée différente. Nous serons
définitivement forcés d'admettre que nous sommes très souvent mal
placés pour nous connaître, quoiqu'on pense habituellement le
contraire. La psychologie du Moi en prendra pour son rhume. Nous
libérerons la pensée de l'esclavage de l'éternel chantier du travail
forcé sur soi. Si notre pensée est différente, c'est toujours par
rapport à celle d'un autre, jamais par rapport à soi-même. À la
question « Qui suis-je? », c'est l'autre qui a la réponse.
Privée de la pensée de l'autre, notre pensée devient solitaire. Nous
enchaînerons donc avec la pensée solitaire, la pensée seule, seule
avec elle-même. Comme je le dis souvent, toute pensée est comme le
vin, elle doit mûrir un temps pour prendre de la valeur. Aussi,
c'est d'abord dans la solitude que l'esprit prend le goût de penser
et mûrit ce goût. Pleine de goût, une pensée donnera inévitablement
le goût de penser. Autrement dit, la pensée acquiert dans la
solitude la valeur d'être pensée par d'autres. Comme je dis souvent
à celui qui verbalise ses pensées sans les réfléchir, l'autre n'est
pas une poubelle de pensées avortées. Dans un monde où la pensée
solitaire est insupportable à plusieurs, j'indiquerai comment
meubler la solitude pour rendre la pensée seule plus confortable.
Aussi née dans le confort de la solitude, impossible d'oublier la
pensée initiatique, celle qui découvre le sens caché des choses et
qui se transmet dans la plus pure tradition orale. C'est la pensée
racontée dans le secret des révélations de l'esprit. Nous traiterons
du sens caché du monde, de la vie et des choses à la lumière du feu
sacré de la pensée.
Rien de mieux pour terminer que la pensée divine, le commencement et
la fin de toute pensée à la recherche d'une bonté divine infinie. La
pensée cherche depuis le moment où elle a eu la ferme impression de
ne pas être tout à fait chez soi ici-bas, en regardant les étoiles
de la voûte céleste, un soir d'été, allongée dans un champ de blé
sur la terre encore chaude. Debout, le blé montait à la hauteur de
ses épaules; la pensée habitait un enfant, devenu introuvable par
ses camarades d'une partie de cache-cache. Cette pensée ne quittera
plus jamais cet enfant. Était-ce la mémoire d'un ailleurs, un
souvenir du Paradis à l'éveil de la pensée? Vous avez deviné, cet
enfant, c'était moi. L'expérience de la révélation ne me laissera
pas sur cette première et vague impression d'un monde meilleur.
Aussi, nous distinguerons très nettement la pensée religieuse de la
pensée divine. La première demeure humaine, de la tête aux pieds et
jusqu'au bout des doigts, même quand des efforts surhumains sont
déployés. La seconde est simplement surnaturelle, sublime et
mémorable. Curieusement, l'intensité lumineuse sans précédant de la
pensée divine ne nous fait même pas cligner des yeux, pas même une
seule fois, au contraire, nous aimerions y baigner notre esprit à
jamais, les yeux grands ouverts.
Chaque fois qu'il m'a paru utile de penser un mot, j'ai donné sa
définition, dans le texte ou dans une note en bas de page. Qui aime
penser, s'instruit du sens de chaque mot traduisant sa pensée.
Aussi, je cite plusieurs philosophes et scientifiques, des
spécialistes et des généralistes, d'hier et d'aujourd'hui, auteurs
d'ouvrages dont la lecture a grandement ajouté à mon plaisir de
penser. Au sujet de l’auteurSerge-André Guay
Puis, son expérience des médias et un stage de formation en Europe font de lui un éducateur aux médias dont les interventions sont recherchées par le milieu scolaire. Ensuite, à titre de consultant, l'utilité de ses plans d'action en communication et en marketing est vite appréciée. Depuis 1990, il développe une expertise hautement spécialisée en recherche marketing, soit l'étude des motivations d'achat des consommateurs, axée sur l'évaluation prédictive du potentiel commercial des produits et des services, nouveaux et améliorés. Pour ce faire, il retient la méthode et l'approche indirecte proposées par le chercheur américain Louis Cheskin, à qui il accorde le titre de premier scientifique du marketing. Depuis, il a étudié les réactions sensorielles involontaires et les réactions inconscientes de plus de 25,000 consommateurs dans le cadre de plus d'une centaine d'études des motivations d'achat pour différents manufacturiers et distributeurs canadiens. Il a signé de nombreux articles et donné plusieurs conférences percutantes. Il a aussi publié une série de vingt-quatre études traitant du caractère scientifique du marketing sous le titre “Science & Marketing”, Prédire le potentiel commercial des biens et des services”. À ses yeux, le marketing doit renouveler son efficacité sur des bases scientifiques rigoureuses. Il n'hésite pas à questionner les idées reçues. Animé par une profonde réflexion sur la conscience et la condition humaine, il est un « libre-penseur-entrepreneur », plutôt analytique. En 2000, il écrit un essai de gouvernance personnel sous le titre J’aime penser – Comment prendre plaisir à penser dans un monde où tout un chacun se donne raison. En juin 2003, il met sur pied la Fondation littéraire Fleur de Lys, premier éditeur libraire francophone sans but lucratif en ligne sur Internet (https://manuscritdepot.com/). En février 2022, il lance l'Observatoire québécois de la philothérapie (https://philotherapie.ca/). Communiquer avec l’auteurSerge-André Guay Courriel serge-andre-guay@manuscritdepot.com Autres livres du même auteurCliquez ici pour accéder à tous les livres numériques gratuits de Serge-André Guay Obtenir un exemplaire numérique
BESOIN D'AIDE ? Courriel : contact@manuscritdepot.comTéléphone (Lévis, Québec) : 581-988-7146 (13H30 À 17H00) Fondation littéraire Fleur de Lys 31, rue St-Joseph, Lévis, Québec, Canada. G6V 1A8 Téléphone : 581-988-7146 Courriel : contact@manuscritdepot.com MENU DE CE SITE WEB |
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