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Comment motiver les consommateurs à l'achat, essai, Serge-André Guay

 

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Comment motiver

les consommateurs à l'achat
Tout ce que vous n'apprendrez jamais à l'université

SERGE-ANDRÉ GUAY
Essai, Montréal, Fondation littéraire Fleur de Lys, 2007, 486 pages.

ISBN 2-89612-194-3

 

Le livre le plus documenté sur l'étude

des motivations d'achat depuis 25 ans

 

Cet ouvrage propose une revue actualisée des théories et des techniques proposées par le chercheur américain Louis Cheskin, pionnier de la recherche de motivation et dont la contribution à la scientificité du marketing fut reconnue mondialement. Le caractère révolutionnaire de la méthode Cheskin explique sans doute pourquoi nos universités ne l'enseignent pas. En effet, elle remet en cause les fondements du marketing. Elle conteste les idées reçues. Sa logique demeure tout aussi implacable aujourd'hui qu'hier. Et sa crédibilité, déjà incontestable à l'époque, se confirme encore de nos jours. Bref, Louis Cheskin, sa méthode et les idées que je propose pour l'actualiser convergent tous vers le même but : une révolution du marketing, le seul moyen à la hauteur du défi posé par la contre-performance actuelle du marketing (90 % des nouveaux produits échouent — Sur 10 nouveaux produits, un seul sera encore sur les tablettes au bout de 12 mois).

 

Table des matières

Extrait

Biographie

Bibliographie

Communiquer avec l'auteur

Exemplaire numérique gratuit

 

Table des matières

1. Avec, comme invités... Des experts de haut calibre soigneusement sélectionnés pour leur contribution à l'avancement du marketing en raison de leur sens critique; présentation des principaux ouvrages consultés.

2. Et, à titre d'invité spécial, grâce aux travaux qu'il nous a laissés, le chercheur américain de renommée mondiale, LOUIS CHESKIN, (1909-1981), Pionnier de l'étude des motivations d'achat des consommateurs. Pionnier de la recherche prédictive en marketing. Premier scientifique du marketing. Bibliographie & Succès.

3. Les mots-clés ouvrant les portes de l'étude des motivations d'achat. Si vous n'êtes pas en mesure de différencier les motivations des besoins, les attitudes des perceptions, les opinions des perceptions, les attitudes des opinions, l'empirique du scientifique, les réactions involontaires des réactions inconscientes, ou d'expliquer ce qu'est le phénomène du transfert de sensations, la réaction défensive, il vous sera difficile de tirer profit de votre lecture. Voici donc un glossaire. Résumé et mots-clés de la théorie pour le lecteur pressé d'ouvrir la porte de l'application pratique de la méthode sur le terrain.

4. Tout ce que vous n'apprendrez jamais à l'université. Nos universités soutiennent que le marketing est une science inexacte. Les résultats sur le terrain leur donnent raison : sur dix nouveaux produits mis en marché, un seul sera encore sur les tablettes au bout de 12 mois. Pourtant, Louis Cheskin a clairement démontré que le marketing peut vraiment être tout aussi scientifique (précis et exact) que l'est la physique. Malheureusement, les travaux et la méthode Cheskin ne sont pas au programme des cours universitaires en marketing. Il faut dire que la méthode Cheskin demande, pour être comprise, une ouverture d'esprit dont seules les nouvelles générations semblent capables.
 

5. Le défi : “mesurer avec précision ” les chances de succès. “La haute direction des entreprises déplore souvent que le personnel des ventes et du marketing semble incapable de mesurer avec précision certains facteurs comme l'efficacité probable d'une publicité proposée ou les chances de succès d'un nouveau produit, même quand on lui demande « d'aller chercher la réponse sur le terrain ». ” La citation est tirée d'un article paru en 1948 dans la Harvard Business Review sous le titre “Approche Indirecte des Réactions du marché ”. L'éditeur et l'auteur du présent ouvrage sont heureux d'être les premiers à traduire et à publier en français cet article qui a marqué les annales du marketing.

6. Le programme de recherche à suivre pour prédire le potentiel commercial d'un produit avec la méthode Cheskin. La prédiction du potentiel commercial d'un produit se fonde sur différentes mesures déterminant l'efficacité de la structure du marketing, dans son ensemble et dans ses parties. C'est donc la structure du marketing qui dicte à la méthode Cheskin le programme de recherche à suivre : 1. tester la qualité du produit; 2. tester l'emballage; 3. tester la publicité, 4. tester le prix; 5. tester l'exposition (distribution et merchandising).

7. Un produit dont la qualité est acceptée tout autant sinon plus que celle des produits compétiteurs. Premier pilier en importance de la structure marketing, la qualité du produit est à la base de la fidélisation des consommateurs. À ce titre, la qualité du produit doit passer avec succès un test à l'aveugle auprès des consommateurs. Les tests de contrôle de la qualité réalisés par l'entreprise au cours de la production sont nécessaires mais ne suffisent pas. Car les standards de qualité de l'entreprise ne sont pas les mêmes que les standards de qualité des consommateurs.

QUATORZE RÈGLES à suivre pour tester la qualité du produit.

EXEMPLE DE TEST de préférences − Déterminer la variété d'une gamme de purées de légumes : Parmi quatre purées de légumes, lesquelles retenir pour composer la variété d'une nouvelle gamme de produits.

8. Un emballage avec toute l'efficacité optique et psychologique nécessaire au succès. Deuxième pilier en importance de la structure marketing, l'emballage est le vendeur silencieux du produit en lieux de ventes. À ce titre, l'emballage doit tout d'abord disposer de l'efficacité optique nécessaire pour : 1. Attirer l'attention (test de visibilité); 2. Retenir l'attention (test de lisibilité); 3. Communiquer (test de mouvement des yeux). Ensuite, l'emballage doit profiter de l'efficacité psychologique utile pour transmettre aux consommateurs un message qui les motivera à l'achat (test d'associations contrôlé).

TROIS RÈGLES à suivre pour réaliser une PRÉ-ANALYSE de l'efficacité optique de l'emballage.

TEST de visibilité, de lisibilité et mouvement des yeux : Pointage & Codes d'analyse de l'efficacité optique.

EXEMPLE DE TEST − Efficacité psychologique : Cinq noms pour une gamme de pains.

EXEMPLE DE TEST − Efficacité psychologique : Déterminer si le nom de la marque d'une gamme de shampooings biologiques est l'une des causes de l'échec commercial.

EXEMPLE DE TEST − Efficacité psychologique : Puis-je conquérir de nouveaux marchés avec les mêmes outils marketing qui ont fait le succès de mon produit dans son marché naturel? Exemple d'outils marketing efficaces dans leur marché naturel mais inefficaces dans d'autres régions à conquérir.

EXEMPLE DE TEST − Efficacité psychologique : Le marketing à saveur nationaliste. 1. Faut-il insister sur la mention « Fabriqué au Québec »? 2. Est-ce profitable d'intégrer le mot « Québec » dans le nom d'un produit?

9. Une publicité qui communique clairement et qui motive les consommateurs à l'achat. Troisième pilier en importance de la structure marketing, la publicité doit vendre le produit. Tout autre objectif est sans intérêt pour l'avenir commercial du produit. La publicité représente le produit en dehors du lieu de ventes. Cependant, elle doit représenter le produit tel qu'il sera vu en lieux de ventes, c'est-à-dire dans son emballage, ce qui explique pourquoi la publicité vient après l'emballage. De plus, elle doit mettre en scène le produit dans un environnement et une atmosphère favorables au produit. Jamais le concept doit voler la vedette au produit, car les consommateurs se souviendront de la publicité, mais ils oublieront le produit annoncé.

HUIT RÈGLES pour réaliser une PRÉ-ANALYSE de la publicité

EXEMPLE DE TEST − Efficacité psychologique : Trois publicités pour une gamme de produits alimentaires.

10. Évaluer la pertinence des couleurs proposées pour un emballage ou une publicité.

DIX RÈGLES à suivre pour réaliser une PRÉ-ANALYSE des couleurs.

Tester la couleur. Rien de plus facile! : La PROCÉDURE à suivre pour réaliser un test de couleurs.

EXEMPLE DE TEST − Efficacité psychologique : La couleur des vacances. Pour savoir comment motiver les consommateurs à l'achat, il faut comprendre le « Transfert de Sensations » et « l'Approche Indirecte des Réactions du Marché ».

11. Le juste prix, ni trop haut ni trop bas, pour le groupe ou la classe de consommateurs potentiels. Quatrième et dernier pilier en importance de la structure marketing, le prix doit témoigner avec une grande précision de la qualité du produit, telle que perçue au sein du groupe ou de la classe de consommateurs ciblé par le produit. Un test avec cinq différents positionnements-qualité est proposé : 1. Haut de gamme; 2. Moyen de gamme tirant (légèrement ou fortement) vers le haut de gamme; 3. Moyen de gamme; 4. Moyen de gamme tirant (fortement ou légèrement) vers le bas de gamme; 5. Bas de gamme.

HUIT RÈGLES à suivre pour réaliser une PRÉ-ANALYSE du prix.

12. Une exposition qui vise et qui motive les consommateurs potentiels dans le respect de leurs habitudes d'achat. L'exposition est la fondation sur laquelle reposent les piliers de la structure marketing. L'exposition sera donc considérée à chaque pilier. L'exposition compte deux composantes : 1. Distribution : assurer la disponibilité du produit, c'est-à-dire rendre le produit disponible dans les lieux de ventes où les consommateurs potentiels s'attendent à le trouver et seront motivés à l'achat. 2. Merchandising : assurer la visibilité du produit en lieux de ventes, c'est-à-dire : 2.1 situer le produit à l'endroit exact où les consommateurs potentiels s'attendent à le trouver et seront motivés à l'achat; 2.2 donner à la mise en étalage du produit (espace attribué, disposition et nombre d'unités en tablettes) le maximum de visibilité. Pour ce faire, il faut préalablement savoir : 1. Quel est le besoin spécifique comblé par le produit? 2. Qui sont les consommateurs potentiels du produit?

TREIZE RÈGLES-QUESTIONS à suivre-répondre pour réaliser une PRÉ-ANALYSE de l'exposition.

EXEMPLE DE PROFIL TYPOLOGIQUE selon les attitudes des consommateurs : les différents types de consommateurs de légumes.

EXEMPLE DE SOCIOSTYLES selon les critères de la firme de recherche Compusearch • Micromarketing, Données et Systèmes.

EXEMPLE DE PROFIL DES DÉPENSES DE CONSOMMATION selon la firme de recherche Compusearch • Micromarketing, Données et Systèmes.

EXEMPLE DE TEST − Efficacité psychologique : Distribution haut de gamme. À quel type de lieux de ventes les consommateurs associent la distribution de produits haut de gamme? Est-ce au supermarché, au club entrepôt ou à la boutique spécialisée?

EXEMPLE DE TEST − Efficacité psychologique : Service-conseils & Budget. Où les consommateurs chercheront-ils des conseils pour le menu d'un repas entre amis-es à la maison? Est-ce au supermarché, au club entrepôt ou à la boutique spécialisée? Le choix du lieu de vente varie-t-il selon que les consommateurs disposent d'un budget restreint ou d'un budget illimité?

13. Autres études des motivations d'achat. Choisir la méthode Cheskin, c'est choisir un autre type de recherches pour réaliser les études marketing.

Étude de concepts : Dans le cadre d'une démarche scientifique, seule la représentation physique ou matérielle d'un concept peut être testée.

Étude de positionnement : Positionner un produit, c'est décider et contrôler sa perception par les consommateurs. Pour demeurer dans le cadre d'une recherche scientifique, il s'agit de se demander à partir de quoi les consommateurs perçoivent le positionnement du produit. Est-ce à partir de sa forme, son format, ses couleurs, son design, son emballage, sa publicité, son prix, son exposition? Toutes ces réponses sont bonnes; chaque pilier et leur fondation doivent témoigner du positionnement. Plus encore, le positionnement et la perception recherchée se résumeront par un seul et même mot, souvent un mot reflétant un attribut du produit.

Autres études : Étude des besoins. Étude de la relance d'un produit ou d'une catégorie. Études des habitudes d'achat et des habitudes de consommation. Étude de marché. Autres Pré-analyses. Les données statistiques.

EXEMPLE DE TEST − Efficacité psychologique − Déterminer le type de pizzas à mettre en marché. Un exercice de lecture des résultats d'un TAC.

14. Opportunité d'affaires : la validité de la méthode Cheskin demeure à démontrer au Québec. À la suite de la lecture de ce livre, vous voudrez peut-être examiner la possibilité de lancer un service de recherche spécialisée dans l'étude du potentiel commercial des produits nouveaux ou améliorés en vous inspirant de la méthode Cheskin. Élaboration d'un plan d'affaires. Description du travail. Conseils pratiques à suivre. À vous de voir si vous avez l'esprit d'un pionnier. MÉTHODOLOGIE : Le texte comprend plusieurs précisions méthodologiques concernant, entre autres, la fonction de probabilité en recherche marketing (le nombre d'entrevues à réaliser pour fonder une prédiction).

15. La formation de l'esprit scientifique en marketing. Initié à la relation d'efficacité entre le marketing et la science par l'étude des travaux de Louis Cheskin, l'auteur est devenu un véritable passionné de l'esprit scientifique, de la certitude scientifique, de la connaissance scientifique, de la méthode scientifique, de la construction de la science, des grands courants de la philosophie des sciences,... Sa première conclusion : le marketing a besoin d'une révolution scientifique, une révolution qui commence avec la formation de l'esprit scientifique en marketing.

En complément de programme

I. Communiqués

Les sondages ne mesurent pas les perceptions

Des changements de comportements, des votes et des gestes d'achat qui se font attendre en raison des sondages.

II. Fiches-rencontres pour le chercheur et son client

Aide-mémoire pour la discussion d'une offre ou d'une demande de recherche marketing selon la méthode Cheskin.

III Résumé : Tableaux-résumés pour le chercheur et son client

Partir du bon pied − Fonder la recherche sur des faits.

La loi du comportement − Bien définir et comprendre la nature du but à atteindre soit un geste d'achat.

La loi de la perception − Livrer les bonnes batailles dès le départ.

Se donner les outils pour gagner la guerre : Adapter les méthodes et les procédures, Chercher à connaître le stimulus plutôt que le consommateur, Des données à la fois qualitatives et quantitatives, Adapter la méthode au problème, La somme des parties n'est pas nécessairement égale au tout, Savoir mesurer les attitudes avec des mots, Établir une structure marketing fonctionnelle, 5 contrôles assurent l'exactitude des résultats.

IV Fiche de positionnement : six étapes à suivre pour positionner un produit. 1. Lister les attributs du produit. 2. Cerner le bénéfice tiré de chaque attribut par les consommateurs. 3. Justifier ou prouver chaque bénéfice. 4. Déterminer la cible du produit. 5. Établir la stratégie.

6. Trouver l'idée de vente.

La technique d'associations de mots et la sémantique différentielle. Informations & Critique de l'enseignement universitaire. Il suffit de changer d'un iota une technique ou de confondre une technique avec une autre quasi similaire rendre l'effort de recherche inutile. Comment prendre une mesure des attitudes avec des mots. Le test de libres associations de mots. Le Test d'associations de mots dirigés et la sémantique différentielle. Travailler à une cueillette de données avec un énoncé verbal. Et si l'on demandait des précisions aux consommateurs?

Bibliographie commentée et éléments de la biographie de Louis Cheskin, sa carrière et la recherche de motivation. Le Pionnier de l'étude des motivations d'achat et de la recherche prédictive en marketing a fait rapport de ses travaux dans quinze ouvrages d'un très grand intérêt. Le caractère scientifique du marketing y est examiné sous tous les angles. De nombreux exemples d'études réelles témoignent de la validité et la fiabilité de la Méthode Cheskin. Présentation et mise en contexte de chacun des quinze ouvrages signés par Louis Cheskin.

Remerciements (à venir)

Notes, Références, Précisions

Outils de recherche

Au sujet de l'auteur

La citation préférée de l'auteur

 

Extrait

 

Avant-propos

En 1991, un manufacturier de produits alimentaires avait retenu mes services en communication et publicité à raison d’un jour par semaine. Mon mandat consistait essentiellement à gérer les activités publicitaires de mon client. Un vendredi en fin d’après-midi, le président de l’entreprise entra subitement dans mon bureau et me demanda, visiblement exaspéré : « Y a-t-il un moyen de prédire à l’avance si un produit va se vendre ou non ? » Monsieur le président n’était pas très content. Il venait d’effectuer une visite de courtoisie au personnel de l’une des grandes surfaces où le produit vedette de son entreprise connaissait un succès de vente extraordinaire, à tel point qu’on le proposait désormais en deux formats différents. Mais il venait d’apprendre que le nouveau format était un échec retentissant. « Mon véhicule, me dit-il, est rempli de retours de ce nouveau format. Et ça, ce ne sont que les retours d’une seule succursale de la chaîne. Quelle perte ! » À cette époque, je venais à peine d’ajouter la publicité aux services que j’offrais en communication depuis vingt ans. Autrement dit, l’étude des produits n’était pas mon domaine mais, pour calmer le jeu, je dis au président que j’allais regarder s’il y avait un moyen efficace de prédire le succès commercial d’un produit.

Les deux types de recherche marketing les plus populaires, les sondages et les groupes de discussions, furent éliminés dès le départ en raison de leur manque de fiabilité. Le taux d’échecs du marketing me fit sursauter: 90% des nouveaux produits mis en marché ne connaissent pas le succès prédit; sur 10 nouveaux produits, un seul sera encore en vente 12 mois après son lancement. Et dans le cas des services, le taux d’échecs atteint les 80%. Aussi, malgré l’augmentation constante du nombre de spécialistes en marketing, le taux d’échecs demeure le même. S’il se trouve toujours un spécialiste pour expliquer les échecs après coup, il s’en trouve aucun dont la recherche est suffisamment fiable pour garantir le succès commercial. Si on connaît des succès, on ne semble pas être capable d’en tirer toutes les leçons utiles pour les répéter à volonté. Bref, les explications des succès comme des échecs ne sont pas plus fiables que le marketing lui-même.

Comment ne pas admettre qu’il y a un problème de connaissances en marketing à l’origine d’une véritable épidémie mortelle pour la majorité des nouveaux produits et services. Chacun pourra se défendre comme il le voudra devant ce constat mais la réalité demeure : le marketing enseigné et pratiqué est une science inexacte, au même titre que n’importe quelle science humaine. C’est la seule excuse possible car on avance à tâtons.

C’est en me rendant dans une bibliothèque gouvernementale à la recherche d’une réponse à la demande de mon client que j’ai découvert l’édition française d’un livre américain datant d’une quinzaine d’années et intitulé Le système Cheskin. Je vous l’avoue, j’avais déjà en main quatre bouquins universitaires et j’ai ajouté ce livre à ma pile uniquement pour atteindre le nombre d’emprunts maximum que je pouvais effectuer. Ce cinquième livre ne me disait pas grand-chose. À vrai dire, son apparence me rebutait. Il me donnait la même impression que les livres du genre « Devenez millionnaire en un jour », avec tout ce que cela suppose d’attrape-nigaud. J’entrepris de le lire en premier, question de l’éliminer avant de passer aux autres livres beaucoup plus sérieux en apparence.

Conntre toute attente Le système Cheskin m’a captivé de la première à la dernière page. J’ai commandé l’édition américaine originale, question de vérifier la traduction. L’édition originale comptait près de 150 pages de plus que l’édition française de laquelle tous les arguments scientifiques avaient été supprimés, d’où l’impression d’une attrape. J’ai entrepris l’étude approfondie des quatorze autres livres de l’auteur et chercheur américain, Louis Cheskin. J’ai vérifié chaque information et chaque argument scientifique à la source. J’ai confronté des scientifiques d’ici à ces arguments et tous donnèrent raison à Louis Cheskin. Une fois fin prêt, j’ai trouvé des entreprises intéressés à expérimenter avec moi ce système de recherche prédictive. Nous avons constaté que cette méthode remplit bel et bien ses promesses : elle prédit avec une précision scientifique le succès ou l’échec d’un produit ou d’un service. On peut donc prendre une décision éclairée avant la mise en marché ou la relance d’un produit ou d’un service.

Il me fait plaisir de vous livrer toutes mes connaissances de la méthode Cheskin et de témoigner de mon expérimentation sur le terrain.

 

Introduction

 

 

Tout ce que vous n'apprendrez jamais à l'université

pour motiver les consommateurs à l'achat

Le marketing est une discipline excitante. Explorer et conquérir de nouveaux marchés. Déceler ou lancer de nouvelles tendances. Découvrir les nouveaux besoins des consommateurs. Comprendre leurs moindres changements de comportement. Imaginer des produits et des services, nouveaux ou améliorés. Participer à l'élaboration de prototypes innovateurs. Diriger des tests auprès des consommateurs. Trouver des noms et des slogans mémorables. Concevoir des designs d'emballages distinctifs. Créer des publicités originales. Envisager de nouveaux réseaux de distribution. Proposer un merchandising attrayant. Planifier des lancements remarquables. Surprendre et devancer la concurrence. Etc. Bref, le marketing a tout pour plaire à celui ou celle dont l'intelligence et la créativité sont captivées par le succès commercial.

Mais il y a un hic. L'enthousiasme de départ risque de déboucher sur une grande déception une fois sur le terrain : le taux d'échecs des nouveaux produits atteint les 90 %. Sur dix nouveaux produits mis en marché, un seul passera le cap des douze mois. Quant aux nouveaux services, 80 % d'entre eux connaissent l'échec. Et la situation perdure depuis le début des années 80 1. Croire que le taux d'échecs des nouveaux produits a baissé au fur et à mesure que les compagnies sont devenues des marketers plus efficaces est un mythe.

“Myth 48: New product failure rates have declined as companies have become more effective marketers.

Truth: Fifty years ago, more than half of all new products introduced succeeded (by succeeded, we mean the product was still on the shelf, still in distribution, two years after introduction). Products that did succeed could expect to be around 50 years or more. As we pointed out in Chapter 2, many products introduced at an earlier time are still market leaders today.

Twenty-five years ago, 65 percent of the products that packaged goods companies launched succeeded, and many of these products are still around today. In 1993, as we write this, only 10 percent of new products are successful, and for those that are successful, the life expectancy is only about five years.

Of course these statistics vary from one category to the next, but not as much as you might think. In the fast-food category, only about 1 percent of new products are successful. In high-tech categories, the life span of a new product is especially short; one estimate puts the average personal computer's life expectancy at 13 months.

Today, almost all consumer markets are mature. Whatever real growth there is comes from population increases, which never exceed 1 to 2 percent a year. To survive, a new product must wrench market share away from established brands.

In the past, a few brands shared most of the volume in most product categories. These markets were what economists call « undifferentiated oligopolies » − a few dominant brands, and virtually no price competition. As the markets grew, consumers eagerly looked for and companies enthusiastically provided the product diversity that new entries represented. Since the dominant brands were often slow to adapt, new brands were able to win market share.

Today, product categories are so saturated that market structures exhibit what economists call « monopolistic competition ». This apparent oxymoron describes a market in which no one brand dominates, where product differenciation is not so much in product performance as in brand perception, and where price competition is intense. These are not ideal conditions for a new product that must build its brand image from scratch.

The trade is another new marketplace power. As recently as the early 1980s, retailers tended to be passive channels for product distribution. Today, retailers are an active, powerful marketing element. They have provoked considerable price competition among manufacturers. They insist on slotting allowances (money to put your product on their shelves) and failure fees (money to make up what they would have earned if your product had sold properly). These protect them against the flood of new products. Add these costs to the high advertising and couponing expenses and it is difficult − sometimes impossible − for new product marketers to generate an adequate margin, one that will pay for the marketing program and return a profit.

Finally, marketers have watched advertising's productivity decline in the past decade, particularly network television's. When there were only three networks that between them reached 96 percent of all American homes, network TV was critically important to building brand awareness and to telling consumers that new products were available and desirable.

Traditional marketing communications has lost much of its effect through media fragmentation, the splintering of communications budgets, and the prevalence of promotional pricing.

All of which suggest to us that new product failure rates have increases as companies have become less effective marketers.”

Clancy, Kevin J. & Shulman, Robert S.,

Marketing myths that are killing business, pp. 82-83

 

J'écris ce livre parce que je crois que vous pouvez faire toute la différence grâce aux idées et à la méthode expliquées en ces pages et non enseignées par nos universités. Si les idées sont nouvelles, la méthode est disponible depuis plus de cinquante ans. Et de nombreux succès témoignent de son efficacité inégalée 2.

Son concepteur-inventeur n'est pas le premier venu : Louis Cheskin (1909-1981), pionnier de la recherche spécialisée dans l'étude des motivations d'achat des consommateurs (“consumers motivation research”) et pionnier de la recherche prédictive en marketing 3. Sa contribution, comme nous le verrons plus en détail, a reçu une reconnaissance mondiale.

 

De la science inexacte à la science...

Le caractère révolutionnaire de cette méthode explique sans doute pourquoi nos universités ne l'enseignent pas 4. En effet, elle remet en cause les fondements du marketing. Elle conteste les idées reçues. Sa logique demeure tout aussi implacable aujourd'hui qu'hier. Et sa crédibilité, déjà incontestable à l'époque, se confirme encore de nos jours. Bref, Louis Cheskin, sa méthode et les idées que je propose pour l'actualiser convergent tous vers le même but : une révolution du marketing, le seul moyen à la hauteur du défi posé par la contre-performance actuelle du marketing.

Ce livre exige donc une très grande ouverture d'esprit. Constatez par vous-même toute la largesse d'esprit demandée et l'ampleur de la révolution proposée dans cette affirmation : la méthode dont ce livre traite permet de prédire à tout coup et sans jamais se tromper le potentiel commercial des produits et des services. Oui, vous avez bien lu : “à tout coup et sans jamais se tromper”. C'est donc dire que cette méthode fait du marketing une science exacte 5, au même titre que la physique.

Je sais, tous ceux que vous connaissez dans la profession marketing soutiennent le contraire : “Le marketing est et demeurera une science inexacte parce que nous devons étudier des facteurs humains, souvent mal connus et difficiles à contrôler. Aussi, il y a beaucoup trop de facteurs qui entrent en jeu dans le comportement des consommateurs pour le prédire avec l'exactitude et la précision d'une science exacte. Après tout, personne ne peut prédire l'avenir, et encore moins, sans jamais se tromper”. Mais ces arguments n'empêchent en rien Louis Cheskin d'affirmer, après une carrière exemplaire de plus de trente ans en recherche marketing :

“And I can be wrong. I know that my research has never been wrong.”

Louis Cheskin,

Secrets of marketing success, p. 146

 

Non, il n'y a pas de truc; seulement un esprit scientifique élémentaire bien formé, adéquatement informé et judicieusement conseillé. Il ne s'agit pas d'un esprit scientifique hors du commun ou exceptionnel, la science est davantage une question de logique que de talents particuliers, d'habileté et d'adresse 6. Autrement, on ne parlerait pas d'une science, mais d'un art. Louis Cheskin se contente d'appliquer les règles élémentaires des véritables sciences 7.

 

L'objet, le moyen et l'objectif

Voici un exemple d'une règle scientifique élémentaire appliquée au marketing. Elle concerne l'identification de l'objet à étudier. Au départ, c'est l'objet étudié par une science qui détermine si cette dernière sera exacte ou inexacte. Il est donc très important de ne pas se tromper d'objet.

À votre avis, quel est l'objet à connaître en marketing? Prenez garde de ne pas confondre l'objet, le moyen et l'objectif. Voici trois choix de réponses : 1. les consommateurs; 2. les produits et les services; 3. les marchés potentiels. “Toutes ces réponses” n'est pas recevable. Un seul de ces trois choix peut devenir l'objet d'une science exacte. Et ce choix est : “les produits et les services”. Ils sont les seuls et uniques éléments physiques du marketing qui peuvent être l'objet d'une science exacte. Seule la réalité physique des produits et des services leur procure le pouvoir d'être perçus et de nous motiver à l'achat.

Quant aux consommateurs, ils sont le moyen de connaître les produits et les services, et ce, de par leurs réactions à ces derniers. Autrement dit, l'étude des réactions des consommateurs est utile uniquement si elle nous permet de mieux connaître les produits et les services. On trouve plusieurs rapports de recherche marketing qui nous informent abondamment au sujet des consommateurs mais très peu au sujet des produits et des services. Ce faisant, ces études confondent l'objet à connaître et les moyens par lesquels on peut connaître cet objet. C'est en commettant l'erreur de prendre pour objet les consommateurs que le marketing devient inévitablement une science inexacte.

Enfin, l'objectif à atteindre est de prédire le marché potentiel ou le potentiel commercial des produits et des services, à savoir s'ils connaîtront l'échec ou le succès.

Une fois l'objet d'une science identifié, il ne faut surtout pas le perdre de vue du début à la fin de la recherche. Les sciences regroupent les objets selon leurs caractéristiques communes. Un objet physique est susceptible, par exemple, d'avoir une forme, un format, une couleur. Chaque caractéristique impose un outil de mesure spécifique. Ainsi, je n'utiliserai pas le même outil pour étudier la couleur, la forme ou le format.

 

Opinions, perceptions, attitudes

Que diriez-vous si votre garagiste s'amenait avec son ruban à mesurer pour prendre la pression de vos pneus? Vous pourriez lui dire, soit qu'il n'a pas compris quel était “l'objet” de votre demande, soit qu'il n'a pas choisi le bon “outil de mesure”. Une erreur de même type se produit en marketing avec les groupes de discussion et les sondages, les deux outils de mesure les plus utilisés.

Votre patron vous demande de regarder s'il n'y aurait pas un marché pour un nouveau produit. Selon votre patron, le produit devrait connaître tout un succès dans sa catégorie. Cependant, il souhaite s'assurer du marché potentiel et que les consommateurs partageront son enthousiasme. Comment procède la majorité des professionnels dans ce cas-là? Tout d'abord, le professionnel analysera les statistiques pour déterminer si les ventes de la catégorie de produits stagnent, baissent ou augmentent. Il se penchera également sur la part de marché de chacun des produits des marques en présence, et ce, à la recherche de la tendance dominante et pour étudier les produits compétiteurs potentiels 8. Aussi, il se documentera autant que possible en consultant différentes publications et en rencontrant sur le terrain quelques gérants de la catégorie de produits de différents distributeurs 9. À ce stade-ci, il pourra produire un premier rapport de son étude de marché. Son rapport indiquera si oui ou non il y a une place dans le marché pour le nouveau produit. Dans sa conclusion, pour plus de certitude, il recommandera de procéder à une étude du produit auprès des consommateurs. Un patron prudent autorisera la dépense. Jusque-là, tout va bien.

C'est dans le choix de l'étude ou des outils de mesure qu'il commettra une erreur. La plupart des professionnels proposent de réaliser un groupe de discussion suivi, idéalement, d'un sondage. Ils promettent alors que cette recherche révélera les perceptions des consommateurs. Avez-vous décelé l'erreur? À vrai dire, il y a non pas une mais deux erreurs.

Nous avons déjà identifié la première : la recherche ayant pour objet les consommateurs, nous informe davantage au sujet de ces derniers qu'au sujet des produits. C'est justement le cas des groupes de discussion et des sondages. Les deux types de recherches cernent les opinions des consommateurs. Or, l'opinion d'un individu nous renseigne davantage sur l'individu lui-même que sur l'objet de son opinion. “Dis-moi ce que tu penses et je te dirai qui tu es”, rappelle l'adage. D'ailleurs, les résultats des groupes de discussion et des sondages sont souvent introduits par des formules telles que “Les consommateurs pensent que...”, “X pour cent des consommateurs ont dit...”.

La seconde erreur concerne l'outil de mesure et l'objet de la mesure. L'outil de mesure est : les questions directes. L'objet de la mesure est : les perceptions, voire les attitudes. Désolé, mais les questions directes ne mesurent ni les perceptions, ni les attitudes, pas plus qu'un ruban à mesurer peut indiquer la pression de l'air. Les questions directes mesurent uniquement les opinions. Quand on vous demande “Que pensez-vous de ceci ou de cela?” ou “Pouvez-vous nous dire... ?”, vous livrez votre opinion.

De plus, les opinions d'un individu ne témoignent pas de ses perceptions et de ses attitudes. On laisse croire le contraire lorsqu'en présentant les résultats d'un sondage, on ne parle pas des opinions, mais des perceptions des répondants. En 1998, j'ai émis, via le réseau Telbec, un communiqué de presse intitulé “Les sondages ne mesure pas les perceptions” (à lire en annexe). La plupart des médias québécois n'ont pas jugé opportun d'approfondir le sujet et de transmettre l'information à la population. Vous ne trouverez toujours pas un physicien ou un psycho-neurologue pour contredire le titre du communiqué, comme je l'écrivais. La confusion suit son cours. Conséquence : le positionnement est toujours une notion mal comprise.

S'il est un sujet populaire en marketing, c'est bien les perceptions. Jack Trout et Al Ries, consultants en marketing aux États-Unis, sont à l'origine de la projection à l'avant-scène des perceptions. En 1972, ils introduisent la notion de positionnement et expliquent que le marketing n'est pas une guerre de produits, mais une guerre de perceptions. Plus la notion devient populaire, plus les perceptions deviennent à la mode. Les firmes de recherches marketing doivent s'adapter à la demande; les entreprises veulent désormais connaître les perceptions des consommateurs. Mais jusque-là, tout le monde parlait et mesurait les opinions des consommateurs. Trout et Ries n'indiquent pas qu'un outil de mesure spécifique est nécessaire pour mesurer les perceptions. Au contraire, dans leur livre le plus percutant sur le sujet, publié en 1993, ils écrivent : 

“Ce qui détermine le succès, c'est ce que pensent les consommateurs (...). Le marketing est une guerre de perceptions.”

Jack Trout et Al Ries,

Les 22 lois du marketing, p. 39

 

La confusion s'installe : “ce que pensent les consommateurs” égale “perceptions”. Mais les outils de mesure demeurent les mêmes (questions directes), seul le nom de l'objet de la mesure change; les opinions sont désormais désignées sous le nom “les perceptions”. Les sujets abordés par les questions directes peuvent varier mais cela n'altère en rien le fait que les réponses obtenues sont des opinions, rien de plus.

En 1996, Jack Trout, dans un nouveau livre, “Les nouvelles lois du positionnement” confesse qu'il y a quelque chose qui ne marche pas avec les études. Il consacre au sujet un chapitre entier titré “Les études, source de confusion”. Et au sous-titre “Ne croyez pas tout ce qu'on vous dit”, il écrit d'entrée de jeu :

“Les sociétés d'études peuvent bien promettre de révéler des attitudes, celles-ci ne permettent pas de prévoir efficacement les comportements des consommateurs. Il arrive souvent que les gens disent une chose et en fassent une autre.”

Jack Trout,

Les nouvelles lois du positionnement, p. 180

 

Après “les perceptions”, voici maintenant “les attitudes”. Il ne faut pas s'en faire parce qu'encore une fois, il s'agit d'une simple question de mots. Tout comme “les opinions” sont devenues “les perceptions”, ces dernières sont devenues “les attitudes”. Prenons-en pour preuve le verbe d'action indiquant comment les attitudes sont étudiées : “... que les gens disent une chose...”. Quand les gens disent une chose, c'est qu'ils livrent leurs opinions. Que cela porte sur ce qu'ils veulent ou sur ce qu'ils ont l'intention de faire, le résultat est le même : ils donnent leurs opinions. Une attitude, c'est autre chose qu'une opinion.

Lorsque Jack Trout affirme que les attitudes ne permettent pas de prédire efficacement les comportements des consommateurs, il commet une erreur. En fait, le comportement d'un individu se fonde effectivement sur ses attitudes. Le reproche à adresser aux sociétés d'études, c'est de promettre de révéler les attitudes alors que ce n'est pas du tout ce qu'elles mesurent en amenant les gens à dire ce qu'ils pensent.

Au sous-titre suivant, “Sachez ce que le consommateur a en tête”, Jack Trout frôle la vérité scientifique :

“L'idéal serait de pouvoir photographier ce qui se passe dans la tête des prospects, de savoir comment ils perçoivent votre produit. Pas ce qu'ils pensent, pas ce qu'ils voudraient vous conseiller, mais leur réaction initiale.

Ce qu'il serait merveilleux de connaître, ce sont les forces et les faiblesses de la perception de vos offres et des offres concurrentes dans l'esprit des personnes de votre cible.”

Jack Trout,

Les nouvelles lois du positionnement, p. 181

 

Jusqu'ici tout va bien. Jack Trout marque même des points en faisant la différence entre la perception et ce que les consommateurs pensent. Il se donne d'autres points en associant la perception à la réaction initiale des gens. Il poursuit :

“Personnellement, notre méthode d'investigation préférée consiste à énumérer les attributs principaux d'une catégorie de produits, et de demander aux personnes interrogées de les noter de 1 à 10, marque par marque. Objectif : voir quelle marque est associée à quelle idée ou concept dans une catégorie.”

Jack Trout,

Les nouvelles lois du positionnement, p. 181

 

Jack Trout vient de perdre tous ses points. Explication. La réaction « initiale » est la toute première réaction : “qui est au commencement, qui caractérise le commencement de quelque chose” − Le Petit Robert. La réaction initiale, au commencement d'une perception, est avant tout « une réaction involontaire », c'est-à-dire, “qui se fait sans que la volonté intervienne” − Le Petit Robert. Demander à des gens d'appliquer une échelle de points de 1 à 10 n'est pas un exercice involontaire, au contraire. Bref, les consommateurs ne magasinent pas en s'arrêtant devant chaque catégorie de produits, un carnet en main, et prenant note de leur appréciation de chaque marque sur une échelle de points avant de faire leur choix. C'est vraiment désolant, car Jack Trout était si près de la vérité, disons qu'on peut parler d'une « demi- vérité », si jamais ça existe.

 

Stimulus, sens, sensations

Quelle est donc la vérité logique dans toute cette confusion? Bien sûr et vous l'aurez deviné, elle se trouve dans le savoir acquis par Louis Cheskin. Pour y accéder, revenons dans le monde matériel, bien concret, des produits.

Nous en avons convenu, le produit est l'objet physique du marketing. Il faut donc en étudier les caractéristiques. De quelle sorte de caractéristiques s'agit-il ou de quelle nature sont ces caractéristiques? La question est tout aussi simpliste que la réponse : des caractéristiques physiques tels que le matériau, la forme, le format, les couleurs, le design,... Toute la capacité d'un produit à motiver les consommateurs à l'achat repose sur ses caractéristiques physiques et leurs perceptions par les consommateurs. Notre étude du produit doit nous apprendre, par exemple, si le matériel utilisé laisse percevoir au toucher un produit suffisamment robuste pour combler les attentes des consommateurs, si la couleur laisse percevoir au regard un produit véritablement de haute technologie pour combler les attentes des consommateurs, si la forme laisse percevoir au regard un produit assez sécuritaire pour rencontrer les normes des consommateurs, etc.

Les caractéristiques physiques agissent sur la perception des qualités du produit par les consommateurs. Autrement dit, chaque perception nous renseigne sur le pouvoir de motivation à l'achat que détiennent les caractéristiques physiques données au produit. C'est en ce sens que la perception du consommateur devient le moyen de connaître le produit et chacune de ses composantes (Nous verrons qu'une étude scientifique exige que l'on teste chaque caractéristique indépendamment l'une de l'autre avant de les tester réunies ensemble pour former un tout).

Mais il ne faut pas faire l'erreur très largement répandue de considérer la perception dans le sens littéraire du terme, à l'instar des fausses sciences. “Perception” n'égale pas “Opinion” ou “Attitude” dans les véritables sciences. Il faut concevoir la perception, non pas comme un acte ou une opération de l'intelligence, mais plutôt comme la “fonction par laquelle l'esprit se représente les objets; l'acte par lequel s'exerce cette fonction; son résultat” 16 Ainsi, la perception désigne à la fois une fonction, un processus et le résultat du processus.

En science, qui dit “perception”, dit tout d'abord “stimulus”, “sens” et “sensation”. Pour nous représenter ou percevoir un objet, ce dernier doit nous stimuler. Qu'est-ce qui sera stimulé en nous? Nos sens (goût, odorat, ouïe, toucher, vue). On parlera donc d'un stimulus sensoriel ou externe − pour se distinguer d'un stimulus psychique ou interne, fruit de notre imagination ou en mémoire. Lorsqu'un objet stimule un de nos sens, ce dernier produit alors une sensation codée sous la forme d'un influx nerveux acheminé au cerveau, décodée, puis finalement analysée pour permettre la représentation de l'objet perçu et son identification.

Or, Louis Cheskin a fait une découverte majeure concernant les sensations et impliquant le marketing : le transfert de sensations; chaque stimulus utilisé en marketing − couleur, forme, format, nom, emballage, publicité, prix,... − procure des sensations aux consommateurs que ces derniers transfèrent inconsciemment, par exemple, de la couleur d'un produit au produit lui-même, de l'emballage au produit contenu dans l'emballage, de la publicité au produit annoncé dans la publicité,....

Le phénomène paraît banal aujourd'hui et presque tous en admettent facilement l'existence. Mais rares sont ceux qui connaissent suffisamment son influence sur les motivations d'achat des consommateurs. Encore plus rares sont ceux qui peuvent le contrôler avec l'exactitude et la précision d'une science exacte. Louis Cheskin y parviendra, par le biais des attitudes.

Pour motiver les consommateurs à l'achat, il faut que ces derniers adoptent une attitude favorable à l'égard du produit. Une « attitude », c'est une “disposition, un état d'esprit; un ensemble de jugements et de tendances qui poussent à un comportement” − Le Petit Robert. En fait, l'attitude est le tout dernier facteur en liste avant que nous passions à l'action − avant que nous posions ou non un geste d'achat. Qu'importe tous les facteurs précédents qui influencent le comportement, ils convergent tous vers un facteur final et décisif : l'attitude. Si vous réussissez à déterminer quelle attitude le consommateur adopte à l'égard du produit, vous pourrez prédire si oui ou non il posera un geste d'achat.

 

Du direct à... l'indirect

Ici, Louis Cheskin rencontre une première difficulté en constatant que les gens ne sont pas conscients de l'influence des stimulus sur leurs attitudes, pas plus que de leurs attitudes. À la suite de nombreux tests, il se rend compte qu'interroger directement les gens sur ces sujets n'est pas concluant.

Dans l'un de ces tests, il a demandé à 200 femmes d'indiquer, parmi deux crèmes de beauté, laquelle était la meilleure. Chaque femme reçut un échantillon des deux crèmes de beauté pour un essai à domicile. Les crèmes de beauté se trouvaient dans deux pots identiques, seule la forme géométrique en surface permettait de distinguer les deux emballages; l'un était couvert de petits cercles et l'autre de petits triangles. Presque 80 % des participantes au test affirmèrent que la crème de beauté contenue dans le pot décoré de cercles était de beaucoup plus grande qualité. Or, les deux pots contenaient la même crème de beauté.

“In my analysis of the results of this study, I pointed out that the people practiced sensation transference, that the women transferred the sensation from the design on the package to the product in the package.

We showed two panels with the geometric designs to over 1,000 women, and asked them which one they liked better, the triangle or the circle. The results were 50 percent for each. We concluded that the law of probability was operative, just as tossing a coin 1,000 times results in 50 percent heads.

In the direct-question part of the package study, the 1,000 women were asked which of the two package designs they preferred. The results were about 50-50; most of them stated that they did not consider the designs different in any essential way and that they were interested in the cold cream, not in the jar. This part of the study showed clearly that people were not conscious of being affected by design.”

Louis Cheskin,

Secrets of marketing success, p. 111

 

Ce type d'études permet de constater le phénomène du transfert de sensations et de se rendre à l'évidence que les questions directes ne fournissent pas des données fiables. En revanche, elles ne fournissent pas des informations sur les attitudes qui amènent les consommateurs à opter pour un produit plutôt qu'un autre. Le stimulus est identifié, pas les attitudes.

Louis Cheskin imagine une approche indirecte − l'Approche Indirecte des Réactions du Marché. Les questions directes ont le défaut d'éveiller la conscience des consommateurs, ce qui bloque l'accès aux attitudes inconscientes. La question directe informe inévitablement le répondant du sujet sur lequel il est interrogé. Puisque le consommateur n'est pas conscient de l'influence des caractéristiques du produit, de l'emballage,..., je ne peux pas l'interroger directement sur ces caractéristiques. On ne demande tout de même pas à une personne de nous informer d'une chose dont elle n'a pas conscience. À ses yeux, il faut trouver un moyen de contourner la conscience des consommateurs. La découverte du transfert de sensation lui inspirera l'approche indirecte. Si les sensations que procurent les stimulus marketing sont inconsciemment transférées au produit lui-même, nous n'avons pas à les questionner sur l'influence de ces stimulus mais plutôt et uniquement sur le produit lui-même. Après tout, les consommateurs ne disent-ils pas être uniquement conscients du produit? Autrement dit, le test indirect portera sur l'objet vers lequel les consommateurs transfèrent inconsciemment les sensations données par le stimulus à l'étude.

Par exemple, dans un test de contrôle de l'influence de différentes couleurs d'un emballage, je dispose sur une table les emballages de différentes couleurs. La perception des consommateurs sera celle de différents produits puisque chaque emballage est de couleurs différentes. Puis, je questionne les consommateurs sur les qualités des différents produits : “Selon vous, quel est le meilleur produit? Le plus pratique, Le plus économique,...; le pire produit, le moins pratique, le moins économique,...” 18. Puisque seules les couleurs différencient les emballages, le consommateur est en train de me livrer ses attitudes à l'égard des couleurs alors qu'il croit se prononcer sur différents produits. Je peux même pousser le test plus loin pour plus de sécurité. Il s'agit alors de placer des échantillons de produits devant chaque emballage. Bien sûr, il s'agit d'échantillons du même produit et je suis le seul à le savoir. Je peux aussi opter pour un autre stratagème en informant le consommateur que le test a pour but de mesurer la rapidité avec laquelle il peut associer les différents produits à différentes qualités. Chose certaine, le test doit se dérouler rapidement, être terminé avant même que le consommateur puisse se rendre compte de ce qui se passe. Tous les détails nécessaires pour réaliser ce type de tests − Test d'Associations Contrôlé − vous sont livrés dans ce livre. Pour le moment, retenons que Louis Cheskin, avec ce type de tests, fait avancer la recherche marketing en lui permettant de garder le cap sur son objet : le produit.

 

Un grand parmi les grands

Plusieurs autres contributions originales sont à l'origine de la renommée mondiale de Louis Cheskin. Van Allen Bradley, alors éditeur littéraire du Chicago Daily News, écrit :

“(...) Cheskin gave to fields of marketing research and market planning a new vocabulary grounded in psychology and psycho-analysis.

In none of the marketing literature before 1947 could be found such terms as « involuntary reactions », « unconscious mind », « unconscious level testing », « indirect approach », « motivation research », « sensation tranference », « symbolism », « prestige identification », « ego involvement » and « ocular measurements ». Neither have I been able to find any marketing literature that appeared before 1947 in which « the corporate image » or « brand identifying imagery » was given emphasis, or was even mentioned.”

Louis Cheskin, The Cheskin System

for the business success, pp. 17-18

 

Van Allen Bradley se réfère ici à la publication du premier rapport de recherche d'importance signé par Louis Cheskin et L.B. Ward et publié dans l'édition de septembre 1948 de la très prestigieuse Harvard Business Review (dont la traduction française est l'objet du prochain chapitre).

Pour sa part, Louis Mariano, éditeur du World Book a écrit :

“Mr. Cheskin was the first to make marketers aware of the importance of packages and symbols, design and color for promoting the sale of consumer products.

Cheskin has also made businessmen realize that advertising must be more than creative. Creativity in advertising, has he pointed out, is a means not the end. Advertising, to be effective, must communicate and must motivate.

He has also made producers of consumer goods conscious of the fact that an advertising or package program must be supported by a product that is as good as or better than a competitive product in order to be successful. He has pointed out that product superiority is a great asset, even in this age of producing goods for psychological satisfactions.

Cheskin has also been active in the socio-economic field. He has testified before two congressional committees − a Senate committee on packaging (Anti-Trust and Monopoly) and a House Committee on selling the American Way (Foreign Affairs).

In his testimony, he has made our leaders aware of the fact that in our affluent society over 90 percent of our income is spent on psychological satisfactions − fashionable clothes, not overalls; decorated homes, not mere shelters; tasteful foods, not only necessities of life.

The validation of Cheskin's research has been achieved not only in business but also in the field of politics. His predictions on national elections have been 100 percent accurate. In 1948, he predicted that Harry S. Truman would be elected, not Thomas Dewey. In 1969, his research shœd that John F. Kennedy would be elected by a majority of less than 1 percent. In 1964, he predicted that Lyndon B. Johnson would receive more than 60 percent of the votes.”

Louis Cheskin, The Cheskin System

for business success, pp. 18-20

 

Louis Cheskin était un grand parmi les grands 10. Il était présenté dans plusieurs répertoires nationaux et internationaux :

“His contribution have been given world-wide recognition. He is listed in Who's Who in the World, Who's Who in America, Royal Blue Book Of Great Britain, Dictionary of International Biography, Two Thousand Men Of Achievement. Intercontinental Biographical Directory, The Directory Of British An American Writers, et The National Register Of Prominent Americans.”

Louis Cheskin, The Cheskin System

for business success, p. 16

 

Ça, c'est du marketing

Nous devons à Louis Cheskin et à ses recherches la relance phénoménale de plusieurs marchés qui périclitaient et dont la reprise des ventes se fait toujours sentir aujourd'hui, 40 ans ou 30 ans plus tard.

Prenons en exemple son intervention dans le secteur des volailles et des œufs. Au début des années soixante, la “Poultry and Egg Association” des États-Unis demande à la firme de recherche de Louis Cheskin de trouver pourquoi les consommateurs n'achètent pas de poulet, de dinde et des œufs. L'association communique à Louis Cheskin un rapport de recherche duquel elle avait conclu que les gens n'aimaient pas le poulet et la dinde tout comme ils n'aimaient pas les œufs.

“The LCA (Louis Cheskin Associates) study, in which direct questions were not, of course, asked, showed that housewife did not buy chicken and turkey because many of the parts had to be thrown into the garbage can; members of the family did not want to eat them. The housewife felt guilty being so wasteful, so she bought meat − hamburger, bacon, ham − all of which was consumed. The study also showed that eggs were not bought because it was easier to pour some cereal and milk into a bowl and rinse out the dish that to prepare eggs and have considerable cleaning up. Also, cereals of various kinds are impressed upon the minds of consumers on an unconscious level. The benefits of cereals are impresses by advertising in the subconscious mind of the consumer, not the benefits of eggs. Consumers are conscious of the ease of « preparing » dry cereal and the « problem of preparing » eggs in almost any form.

On the basis of the research, LCA recommended the following:

« Sell parts of chicken, not the whole chicken − the more desirable parts at high prices and the less desirable parts at low prices. Provide the supermarkets and delicatessen stores with parts of turkey through the entire year, not only for Thanksgiving - turkey steaks and turkey breast at high prices and turkey sausage, turkey baloney at low price. »

Louis Cheskin, The Cheskin System

for business success, pp. 34-35

 

Louis Cheskin écrivit, un peu plus d'une dizaine d'années après ces recommandations :

“Thus, the poultry producers now have two markets, instead of almost no market. High income consumers are willing to pay high prices for the more desirable parts of the bird and consumers with limited incomes can afford to buy chicken and turkey products.”

Louis Cheskin, The Cheskin System

for business success, p. 35

 

Qui d'entre nous peut imaginer aujourd'hui le comptoir des viandes réfrigérées et celui des viandes surgelées d'un supermarché ou d'une boucherie sans pouvoir s'y procurer six cuisses ou six poitrines de poulet, du ‘baloney’ de dindes pour préparer des sandwichs et des sous-marins. Ça c'est du marketing!

Si les recommandations de ces produits de volaille nous paraissent évidentes, elles étaient loin de l'être il y a quarante ans pour les producteurs et leur association. On peut imaginer leur désarroi à la suite de l'étude soutenant que les gens n'aimaient pas le poulet, la dinde et les œufs. Cette étude a certainement été réalisée en posant des questions directes aux consommatrices puisque Louis Cheskin se donne la peine de préciser qu'il n'y en avait pas dans la sienne. Depuis que je connais la méthode Cheskin, je ne prends plus pour acquis que les réponses aux questions directes permettent une lecture adéquate de ce que les gens pensent et vivent réellement.

Les recommandations concernant les œufs étaient les suivantes :

“« Begin promoting foods − cakes, pies, cookies, various kind of food that have appetite appeal, that cannot made without eggs ». Although the egg shape (oval) has a great eye appeal, it dœs not have a great appetite appeal. Eggs are a necessary ingredient for making foods that have a great appetite appeal. The market of eggs has greatly increased; so has egg production increased greatly.”

Louis Cheskin, The Cheskin System

for business success, p. 35

 

Encore une fois, voilà le marketing comme je l'aime : performant! D'ailleurs, que propose la Fédération des producteurs d'œufs du Québec dans ses plus récentes publicités? Des plats appétissants cuisinés avec des œufs. Il faut cependant souligner que la publicité mettant en vedette l'œuf dans la main d'un producteur pourrait être retirée des ondes, compte tenu des observations de Louis Cheskin.

Un autre exemple : l'Institut de la Prune s'adresse à la firme de Louis Cheskin et demande pourquoi les consommateurs n'achètent pas de prunes et comment avoir un meilleur prix pour la prune. Sur la base d'un Test d'Associations Contrôlé, il est recommandé :

“« Begin to sell prunes because they taste good, not because they are good for digestion. Don't make consumers feel that they should buy prunes only when they have elimination problems. Also, if at all possible, devise a way for removing the pits, so that eating prunes would be like eating candy. »”

Louis Cheskin, The Cheskin System

for business success, p. 35

Ces quelques exemples ne sont pas tirés d'une liste totalisant de 10 % à 20 % de succès; le marketing peut conserver une performance exemplaire, à tout coup, en tous lieux et qu'importe la concurrence, si et seulement si, vous donnez à votre recherche la science nécessaire pour y parvenir.

 

La structure du marketing

Nous devons aussi à Louis Cheskin d'avoir “reconnu” la structure du marketing :

“There is actually no single road to success. At least four roads have to be taken. I have found, however, that a marketing program should be viewed as a type of structure built around four pillars and on a solid foundation.”

Louis Cheskin,

Secrets of marketing success, p. 8

 

Nous voilà donc dans ce qu'il est convenu d'appeler les “Quatre P” du marketing. Presque tous les livres de formation universitaire abordent le sujet. J'en ai consulté plusieurs pour constater que leurs auteurs agissent comme si la structure du marketing ne tenait qu'à eux. Certains affirment qu'il y a quatre composantes majeures − les 4 P − et d'autres qui soutiennent qu'il y en a cinq, six voire huit. Parmi les tenants des 4 P, il y en a qui placent la Publicité avant le Prix, d'autres le Prix avant la Publicité,… Il y en a aussi qui font de l'emballage un des 4 P et d'autres qui incluent l'emballage avec le produit. En d'autres mots, après plus de cinquante ans d'étude, il n'est toujours pas de consensus sur le nombre de composantes, sur les éléments de ces composantes et l'ordre ou la place spécifique occupé par chaque composante dans la structure, tout comme la place occupée par chaque élément dans chaque composante. Il faut le faire : réinventer la structure du marketing d'un livre à l'autre. Ainsi, la structure du marketing n'est pas la même selon que vous fréquentez telle ou telle université. C'est vrai que dans les fausses sciences, bien des largesses sont permises.

La plupart des gens considèrent le marketing comme une invention de l'homme; nous pouvons donc en modifier la structure par une simple pensée − une opération purement intellectuelle.

Mais qu'advient-il si le marketing a une réalité qui lui est propre, indépendante de notre esprit, observable comme n'importe quel autre objet et phénomène repérés dans la nature? Pour Louis Cheskin, le marketing possède une réalité propre dans le cadre de la relation que l'homme entretient depuis toujours avec les objets de son environnement. Le phénomène du transfert de sensations fait partie de cette réalité. Aussi, Louis Cheskin a constaté et non pas créé ce phénomène. Son constat précise qu'il s'agissait là d'un phénomène universel, c'est-à-dire d'un phénomène présent dans toute perception humaine depuis toujours. Le marketing a donc une réalité propre, objective et, par conséquent, une structure qui lui est propre.

Voici la structure marketing telle que reconnue par Louis Cheskin à la suite des observations de la relation entre l'homme et les objets de consommation de son environnement : Pilier1. Produit de qualité; Pilier 2. Emballage ou Design du produit; Pilier 3. Publicité; Pilier 4. Prix. La fondation sur laquelle reposent ces quatre piliers est : exposition (par la distribution et la mise à l'étalage).

Chaque pilier a sa place dans un ordre donné et ce n'est pas par hasard; il ne faut donc pas jouer avec cette structure. Prenons l'exemple des piliers trois et quatre, la publicité précède le prix. Dans certaines structures relevées dans les manuels universitaires, c'est l'inverse, le prix du produit vient avant la publicité.

Vous, personnellement, diriez-vous que le prix vient après ou avant la publicité? Pensez à ce que les membres de la haute direction des entreprises répondent souvent aux demandes de budgets publicitaires formulées par les directeurs du marketing. Ou pensez de quoi peuvent se plaindre plusieurs conseillers publicitaires en revenant bredouilles au bureau. Ces gens se disent à peu de chose près ceci : “On n'a pas de budget pour ça”. Eh bien! C'est ce qui arrive lorsque le prix vient avant la publicité. On fixe et, dans certains cas, on teste le prix de vente avant même de connaître le budget publicitaire nécessaire pour assurer à la structure marketing d'être fonctionnelle, c'est-à-dire, de permettre au produit de connaître un succès.

N'est-ce pas dans une fraction du prix de chaque unité du produit que se retrouve le budget publicitaire? Le prix d'un produit ne peut donc pas être fixé avant que la publicité ait été étudiée. Si chacun continue à se battre pour défendre “sa” structure marketing, nous ne sommes pas près d'enregistrer une baisse du taux d'échecs des produits et des services.

 

Un savoir accessible : pas de secret !

Pourtant, le savoir à appliquer pour une baisse radicale de ce taux d'échecs est accessible à tous; Louis Cheskin a fait rapport de ses travaux dans quinze livres, certains ont été traduits en plusieurs langues dont huit en japonais (ni vus ni connus, les japonais se sont vite approprié la méthode Cheskin). Surtout, ne vous contentez pas de lire le seul et unique des livres de Louis Cheskin traduit en français, soit “Secrets of marketing success” publié sous le titre “Marketing − le système Cheskin”; la version française ampute du tiers la version anglaise originale. Personnellement, cette traduction est la première que j'ai lue. Si je n'avais pas eu le réflexe journalistique d'en vérifier l'information en consultant l'édition anglaise originale, je me demande si j'écrirais ce livre en ce moment.

Dans le même ordre d'idées, sachez que pour connaître réellement la méthode Cheskin, il faut lire les quinze livres, chacun apportant des précisions au précédent et/ou couvrant un nouvel aspect de la méthode. Aucune des universités canadiennes ne possède l'ensemble de la collection. Neuf mois m'ont été nécessaires pour réunir la collection grâce à des prêts inter bibliothèques avec la collaboration de la Bibliothèque Administrative du Gouvernement du Québec, la Bibliothèque Nationale du Canada, le Congrès des États-Unis et autres (voir : Remerciements).

Louis Cheskin a écrit des centaines d'articles au profit de tous les secteurs de l'économie. Et plusieurs médias américains, dont le New York Times, le Wall Street Journal et le Boston Globe, ont suivi de près sa carrière en plus de se faire un devoir de publier ses recherches.

 

Des succès sans frontière

Parmi les articles que j'ai trouvés, il s'en trouve deux qui concernent directement les canadiens français. Ces deux articles ont été signés par le journaliste Peter B. Greenough du Boston Globe, et ont été publiés, l'un à la suite de l'autre, dans les éditions du 14 et 15 mars 1963, sous les titres : “He Takes Guesswork Out of Marketing” (Je crois qu'il n'y a pas meilleur titre pour décrire l'action de Louis Cheskin) et “Changing ‘A’ to ‘E’ Zooms Sales, lors du passage de Louis Cheskin à la Harvard Business School pour y prononcer une conférence. Dans le deuxième article, alors que le journaliste rapporte que “l'organisation de Louis Cheskin s'étend outre-mer, notamment dans le Marché Commun où son équipe cherche ‘des dénominateurs communs’ pour certains produits” (Il s'agit, par exemple, de trouver une couleur, un emballage, un symbole universels pour un produit destiné aux marchés internationaux). Puis, nous entrons en scène : “Ce n'est pas facile. Pour le constater, vous n'avez pas besoin d'aller plus loin qu'au Canada où un produit d'une couleur donnée plaira aux Canadiens Anglais alors qu'il sera une vraie bombe pour les Canadiens Français.”

Nous sommes en 1963 et Louis Cheskin a déjà l'expérience des deux grands marchés canadiens. Rien de surprenant puisqu'en 1955, il signait un article publié dans Canadian Packaging: “Why You Must Test Your Package Design”, sous-titré “If you're In Packaging, You're Too Close To Judge It Fairly”. Louis Cheskin profite donc d'une longueur d'avance sur nous; il connaît mieux les dénominateurs communs qui nous font réagir et que nous les connaissons nous-mêmes.

“Depuis, nous l'avons rattrapé puis dépassé”, diront plusieurs. Personnellement, je me demande même si le milieu du marketing et de la publicité ne l'aurait pas dépassé un peu trop. À cette époque, au début des années soixante, la publicité québécoise lutte pour devenir une industrie. En misant sur l'argument “Il n'y a rien de mieux qu'un québécois pour vendre aux Québécois”, elle convaincra plusieurs entreprises de réaliser au Québec des campagnes de publicités spécifiques au lieu d'utiliser ici les mêmes publicités qu'ailleurs au Canada et aux États-Unis. Nous connaissons la suite : un nombre intéressant d'entreprises adhèrent à l'argument pendant que de plus en plus d'entreprises québécoises fondées dans l'élan de la Révolution Tranquille requièrent les services de publicitaires et le milieu de la publicité québécoise devient une industrie. Crées ici, par des gens d'ici, pour des gens d'ici, la publicité québécoise mise sur les “dénominateurs communs” spécifiques aux Québécois et contribue à plusieurs succès.

À l'époque, le manufacturier québécois de biens de consommation ambitionne généralement de conquérir tout d'abord son propre marché régional, puis les autres régions du Québec. Dès la fin des années soixante-dix, début des années quatre-vingt, le marché québécois est déjà saturé dans plusieurs catégories de produits et de services. La saturation ne s'explique pas uniquement en raison de l'augmentation des produits québécois mais aussi en raison du succès d'un bon nombre de produits sans frontière, américains, japonais, européens. La lutte pour détrôner ces produits étrangers devenus familiers aux consommateurs québécois est souvent perdue d'avance. Les dénominateurs communs internationaux motivent les consommateurs québécois tout autant sinon davantage que les dénominateurs communs qui leur sont spécifiques. Les Québécois ne sont pas et n'ont jamais été les seuls à pouvoir vendre aux Québécois. Bref, l'exportation de nos produits s'impose.

Une surprise attend plusieurs entreprises : nos produits et nos outils marketing reflètent de si près la réalité québécoise qu'il est pratiquement impossible de les exporter, ne serait-ce qu'en Ontario, sous les mêmes noms, marques, emballages,... que nous les avons conçus pour conquérir notre marché naturel − le Québec.

J'ai été témoin du cas d'un produit d'arts plastiques pour enfant inventé au Québec. Le produit remporta un succès provincial phénoménal, grugeant une part de marché importante au produit compétiteur leader international dans la catégorie. Ce n'est pas peu dire. Forte de ce succès, l'entreprise québécoise se lança à la conquête des autres provinces canadiennes. Surprise : la première tentative de distribution se solda par un échec cuisant. Résultat : une perte de 70,000 $, une somme très importante dans le budget d'une petite entreprise. Le problème : le design graphique de l'emballage et le nom, “créés ici, par des gens d'ici, pour des gens d'ici”... uniquement.

Parfois même, nos produits sont si “collés” à la réalité d'une région du Québec, qu'il est impossible d'assurer leur succès dans d'autres régions. Ma rencontre avec un membre de la direction d'une boulangerie industrielle régionale me mit sur la piste de tels problèmes. “L'un des produits vedettes de l'entreprise s'impose dans notre région et dans la région de Montréal, mais les portes de la région de Québec lui demeurent fermées.” Le problème : un ingrédient ajouté pour donner un certain goût et fort peu apprécié dans l'est du Québec. Dans ce cas, c'est le goût qui n'est pas le dénominateur commun nécessaire pour conquérir l'ensemble de nos régions.

Le dirigeant d'une compagnie de breuvages me confia que la marque de commerce de ses produits, devenue légendaire dans sa région, ne parvenait pas à motiver à l'achat les consommateurs de l'un des deux plus importants marchés du Québec. Des tests réalisés avec la méthode Cheskin confirmèrent le diagnostic du dirigeant. La création d'une autre marque lui fut recommandée s'il voulait voir ses produits sur les tablettes des grandes chaînes de commerces de détail, à l'instar des grandes marques nationales. Le coût de la création d'une telle marque s'avéra trop élevé et le dirigeant abandonna l'idée.

En résumé, pendant que Louis Cheskin cherchait des “dénominateurs communs” pour assurer des succès sans frontière, nous cherchions des dénominateurs particuliers pour assurer des succès déterminés par nos seules frontières régionales et provinciales. Je n'ai rien contre dans le cas où l'ambition de l'entreprise se limite à sa région ou à la province.

Mais pour l'aspirant exportateur, c'est un drame, le jour où un distributeur étranger lui répond : “Votre produit est innovateur et de bonne qualité. Il m'intéresse. Mais je ne crois pas que votre marque sera un succès auprès de nos consommateurs. Il faudrait aussi changer le design de l'emballage. Je prendrais votre produit mais sous ma propre marque, dans mon propre emballage”. C'est ainsi que des manufacturiers québécois exportent plusieurs produits, mais sous des marques de distributeurs étrangers. Par conséquent, ils se privent ainsi de la valeur commerciale de marques internationales. Si une affaire vaut mieux que pas d'affaire du tout, c'est payer le prix fort.

Quand les intervenants économiques insistent sur le “marketing international”, je pense au besoin de rechercher les dénominateurs communs pour des succès sans frontière. Nos produits livrent bataille avec ce dont ils disposent : des fonctions innovatrices palpables, une qualité supérieure concrète, des noms, des marques, des emballages, des publicités, des prix, des distributions et des mises en étalages; des outils donnant aux produits tout le pouvoir nécessaire pour motiver les consommateurs à l'achat, des outils tout ce qu'il y a de plus matériel. Car, sur le terrain, ici comme ailleurs, tout est une question de perceptions d'objets physiques bien réels. Les dénominateurs communs ne sont pas des idées, des stratégies, des positionnements ou autres conceptions intellectuelles, mais des caractéristiques matérielles. Nous aurions compris tout cela en suivant de près le savoir marketing diffusé par Louis Cheskin.

 

Pourquoi les vérités scientifiques
ne triomphent pas toujours en marketing?

Bien sûr, il n'est jamais trop tard pour faire mieux. Mais, pour y parvenir, nos manuels de formation universitaire en marketing doivent accorder à ce chercheur émérite et à sa méthode plus qu'une brève mention, parfois réduite à une courte note en bas de page. Que dirait-on si nos universités enseignaient la physique en accordant à Albert Einstein et à ses travaux quelques paragraphes conduisant à une petite note en bas de page? Personnellement, j'accorde à Louis Cheskin le titre de premier et dernier scientifique que le marketing ait eu dans ses rangs.

Nous sommes tous libres d'être ou non d'accord avec la vision de Louis Cheskin, mais peut-on priver les étudiants et les étudiantes du moyen de révolutionner le marketing? Certainement pas. À tout le moins, les étudiants-es doivent disposer de toutes les informations nécessaires pour expérimenter la méthode Cheskin et s'en faire eux-mêmes une opinion? Faut-il parler de censure ou simplement d'ignorance de la part des universités?

Au-delà du caractère révolutionnaire se trouve une autre raison pour expliquer ce boycottage de la méthode Cheskin par nos universités : Le marketing est essentiellement une discipline commerciale, non pas scientifique. Or, dans les disciplines commerciales, les vérités scientifiques ne triomphent pas toujours, même les plus évidentes.