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Perception
négative de l'Internet
au
sein du milieu littéraire québécois
Livre au sujet du milieu littéraire
québécois
«Catastrophe» de Pierre Samson
Je vous le dis : n'achetez pas ce livre !
Un roman signé par Pierre Samson et mettant en scène le milieu
littéraire québécois vient de paraître aux éditions Les herbes rouges
sous le titre Catastrophes. L'oeuvre est encensée par la critique :
Pierre Samson: Le bal des ego – La Presse
Menus désastres – Voir
Pour la littérature – Le devoir
À titre d'éditeur, je me suis fait un devoir de me procurer et de lire
ce roman. Je l'ai détesté. La lecture de Catastrophes m'a donné une
véritable crise d'urticaire linguistique dès le premier chapitre. Ce
qu'Étienne Lalonde, chroniqueur au journal culturel Voir, a nommé
comment étant des «emportements d'une langue à la vivacité noble» et
traité comme étant «une
langue foisonnante digne des grands stylistes du genre», fut pour moi
source d'une aversion instantanée. Et n'allez pas croire que c'est une
question de goût personnel, pas plus que lorsqu'on met le pied dans un
nid de guêpes. Car c'est l'impression que j'ai eue à la lecture de ce
«roman-dictionnaire». C'est comme si l'auteur avait mis le pied dans un
nid de vocabulaire pour donner lieu à un déploiement intense de mille «mots-piqueurs».
Voici un exemple :
«Pendant que son coeur bat la chamade et que des
rubans de sueur grasse illuminent son cuir chevelu, sa cervelle s'élance
dans d'inextricables circonvolutions, allant même jusqu'à repêcher dans
ce bassin de déclaration interminables du grand chef, des cadavres
étymologiques : kata, en dessous, strophê, air chanté,
venu de strephein, tourner, donc tourner par-dessous, mal
tourner, ce qui, délire-t-il, veut dire qu'un mauvais poème est
nécessairement une catastrophe, et vice versa.»
Et un autre :
« Si l'homme, clone déplumé du capitaine Haddock, est
un formidable moteur à explosion délivré de ses soupapes, il a l'âme
d'un poète quand vient l'heure des injures, faisant tournoyer le
signifié autour du signifiant pour les envoyer valser vers l'offenseur.
Mais le projectile tombait immanquablement hors limites, généralement
dans un no man's land, car personne n'écoutait l'artilleur une
fois essuyé la première exclamation détonatrice.»
Est-ce vraiment une question de goût et de style
personnels ? Permettez-moi d'en douter. Il y a dans cette écriture la
démarche d'un homme handicapé d'une jambe ou, plutôt, par une troisième
jambe. C'est le genre d'écriture où l'on voit l'auteur se pencher
continuellement sur son dictionnaire, pardon, ses dictionnaires. Et si
style il faut reconnaître, on doit dire que ce dernier écrase tout son
son passage, y compris l'histoire racontée. Car quand les tournures de
phrases et le vocabulaire attirent ainsi l'attention, on perd de vue
l'histoire.
J'ai prêté le livre à un ami de la fondation, membre
du conseil d'administration, lui-même auteur de deux romans et lecteur
aguerri, pour obtenir le même diagnostique du malade après les trois
premiers chapitres. «Impossible d'aller plus loin» m'a-t-il affirmé. Il
l'a ensuite prêté à son épouse mais sans succès. Elle a refusé de le
lire après seulement quelques paragraphes.
Je vous le dis : n'achetez pas ce livre ! Au pis allé,
empruntez-le à votre bibliothèque et, même encore là, donnez-vous la
peine de lire quelques passages avant de procéder à l'emprunt.
On trouve une seule allusion à l'édition en ligne dans
ce roman :
«Au bar, Danielle a repris son travail d'absorption
des doléances du barbu; la celliste semble remise de sa crise
d'épilepsie, un autobiographe forcené, enfant prodigue des années
post-Reagan et que seul Internet acceptait désormais de publier, arrose
copieusement son foie, le cul répandu sur un bac; la vedette des
Éditions de l'Oseille, caution artistique de l'entreprise, peaufine son
rôle de timide pathologique, elle qui se faisait le devoir d'arriver en
retard aux lectures collectives, bouleversant ainsi la mise en scène
pour passer en dernier; et une autre étoile, mais pâlissante avant même
d'avoir atteint son apogée, dictait des sophismes à une recherchiste de
télé.»
(Ouf ! Et c'est ainsi tout le long du récit.) Pour ce qui nous
préoccupe, on retiendra : « et que seul Internet
acceptait désormais de publier ». Ce court commentaire en dit long sur
l'attitude du milieu littéraire québécois dont témoigne l'auteur dans
son roman. En fait, il confirme ce que les membres de la direction de la
fondation observent depuis la création de l'organisme en 2003. Non
seulement le Québec est-il en retard dans le domaine de l'édition
en ligne mais les acteurs du milieu semblent eux-mêmes attardés. Comment
dire autrement la réalité lorsque le ministère de la culture et des
communications du Québec, par la voie de son directeur de la région de
Montréal, compare notre fondation à YouTube, comme si l'édition en ligne
consistait à permettre aux auteurs de diffuser eux-mêmes leurs
manuscrits, et ce, à l'état brut, sur un site internet commun, et de
rajouter Pierre Samson dans son roman, « et que
seul Internet acceptait désormais de publier ». Qu'importe par quel bout
de la lorgnette vous examiner la situation, le message est clair : les
auteurs édités sur Internet sont nuls, ou si vous préférez, seuls les
auteurs édités par les maison d'édition traditionnels sont vraiment des
auteurs.
Notez que les Éditions Les herbes rouges, éditeur du
roman Catastrophe de Pierre Samson, n'ont pas de site internet ou,
plutôt, qu'ils se sont faits voler l'url de leur nom «
http://lesherbesrouges.com/ », ce dernier conduisant à un annuaire
de sites pornographiques. Et la seule adresse de courrier électronique
annoncer par les Éditions Les herbes rouges est une adresse
Bell/sympatico, ce qui confirme qu'ils n'ont pas de nom de domaine
propre. Il aurait pu enregistrer à tout le moins «editionslesherbesrouges.com»
mais ils ne l'ont pas fait. Et ça se permet de publier un roman qui
encourage une perception négative de l'édition sur Internet. Ils ne sont
même pas sur Internet !
Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys
P.S. : Ça fait du bien !
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