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Dernière modification : 08/07/08 à 14:59

25 juillet 2007

 

Le Devoir exclu du spectacle du groupe mythique The Police à Montréal

 

 

Le Groupe Spectacles Gillett met au pas le quotidien Devoir

 

Dans un article publié mercredi 25 juillet 2007 sous le titre «Pourquoi Le Devoir n'ira pas voir The Police», Jean-François Nadeau, directeur des pages culturelles du Devoir annonce que son quotidien s'est vu refusé l'accès au spectacle du groupe rock The Police par le promoteur montréalais de l'événement, Groupe Spectacles Gillett. L'événement est de grande importance puisqu'il s'agit du deuxième spectacle de la formation rock à Montréal en plus de 25 ans, le premier ayant eu lieu en 1981. Bref, tous les médias se devaient d'être présents.

 

Mais Le Devoir n'ayant pas annoncé la mise en vente des billets il y a quelques mois, contrairement aux autres journaux, le promoteur a décidé de ne pas lui donner accès au spectacle, soutient monsieur Nadeau dans son article. La directrice des «relations avec les médias» du Groupe Spectacles Gillett aurait déclaré au directeur culturel du Devoir : «Il est plus facile de faire des affaires avec d'autres journaux. Pourquoi est-ce que vous, vous n'annoncez pas la mise en vente des billets de nos différents spectacles?»

 

La question est tout à fait légitime de la part du promoteur. Car à ce titre, on s'attend à la collaboration des médias, non pas uniquement le soir même de l'événement, mais aussi dès l'annonce de ce dernier, ce qui inclut la vente des billets pour informer les fans. Et dans le cas de ce spectacle du groupe The Police, l'annonce de l'événement était largement motivée puisqu'il s'agit d'une réussite exceptionnelle du promoteur montréalais. Réussir à attirer cette formation rock dans la métropole n'est pas une mince affaire, même pour un promoteur aguerri. On l'a souligné, il s'agit du deuxième spectacle du groupe à Montréal en plus de 25 ans. Mais Le Devoir a préféré se taire jugeant qu'une telle annonce ne serait que pure publicité plutôt qu'une information culturelle.

 

En fait, Le Devoir a préféré laisser les autres médias informer la population, y compris ses propres lecteurs, de la mise en vente des billets. Et le directeur culturel du Devoir s'étonne que son journaliste et son photographe se voient refuser l'accès le jour venu du spectacle.

 

Monsieur Nadeau est offusqué : «Précision importante à noter au passage: il y a eu des billets pour tous les quotidiens de Montréal, sauf pour le seul qui soit indépendant...» Indépendant, Le devoir ? Mon oeil ! Ce n'est pas parce qu'un média ne fait pas partie d'un conglomérat qu'il est indépendant pour autant. L'indépendance d'un média ne relève pas du fait que ses affaires se limitent à lui-même, ou qu'il soit sans lien d'affaire avec les autres. N'oublions pas que Le Devoir est imprimé et distribué par Quebecorworld de l'empire Quebecor qui lui livre concurrence avec ses propres quotidiens, Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec. Un journal vraiment indépendant dispose de ses propres presses et de son propre réseau de distribution mais nous savons tous que Le Devoir ne serait pas rentable en pareil cas. On sait aussi que c'est le fondateur même de l'empire Quebecor, monsieur Pierre Péladeau, qui a sauvé Le Devoir de la banqueroute. Le Devoir pourra défendre sa soi-disant indépendance en affirmant qu'il vaut mieux être en partenariat avec des fournisseurs que de fermer boutique. Certes, mais il n'en demeure pas moins que le partenariat est un partage de son indépendance avec d'autres entreprises. Il faut ici parler d'interdépendance.

 

Évidemment, l'indépendance à laquelle le directeur culturel du Devoir se réfère est «l'indépendance éditoriale» que conserve le quotidien depuis sa fondation en 1903 (malgré les partenariats financiers qui assurent désormais son existence). Monsieur Nadeau écrit : «nous croyons toujours que l'indépendance éditoriale doit être défendue comme un gage de liberté plus que jamais nécessaire à une meilleure compréhension de notre époque.» L'affirmation est conforme au premier paragraphe de la politique d'information du Devoir qui se lit comme suit sur son site Internet : «Libre et indépendant, Le Devoir n'est au service d'aucune idéologie ni d'aucun parti politique. Il défend et promeut les valeurs de liberté, d'égalité, de solidarité et d'intégrité. C'est librement qu'il s'engage à défendre les idées et les causes qui assureront l'avancement politique, économique, culturel et social de la société québécoise.» (Source)

 

C'est la solidarité qui a fait défaut au quotidien le Devoir dans cette affaire du spectacle du groupe The Police à Montréal, solidarité avec le promoteur, avec les fans et ses propres lecteurs.

 

Il n'y a rien de plus déplaisant de lire par un bon matin dans «notre journal» un article relatant un événement dont il ne s'est pas donné la peine de nous informer préalablement et auquel on aurait aimé participer. C'est comme si ce journal nous disait : «Vous avez le droit de lire ce qui s'est passé à cet événement mais pour ce qui d'être informé à l'avance de la tenue de cet événement, ne comptez pas sur nous car on pense que ce serait faire la publicité. Alors débrouillez-vous».

 

Informer ses lecteurs d'un spectacle dont tous les billets sont déjà vendus et après coup n'est pas utile à moins que l'on considère ces mêmes lecteurs uniquement comme des observateurs de la scène culturelle plutôt que des spectateurs potentiels.

 

Comment Le Devoir peut-il remplir sa mission s'il pense qu'annoncer la tenue d'un événement, c'est en faire la publicité ? Les médias sont libres de faire les annonces et de diffuser les informations qu'ils veulent, selon leur politique éditoriale. Après tout, «informer, c'est choisir» dit-on avec raison. Mais ce choix, au même titre de tout autre, aura des conséquences. Le Devoir vient d'apprendre qu'il n'est pas le bienvenu dans les spectacles dont il choisit librement de ne pas annoncer la mise en vente des billets. C'est une très bonne chose. Je félicite le Groupe Spectacles Gillett de s'être tenu debout devant l'arrogance des choix journalistiques du directeur culturel du quotidien Le Devoir.

 

De nos jours, on ne peut pas organiser avec succès un spectacle, même celui d'un groupe aussi connu que The Police, ou tout autre événement culturel sans la solidarité des médias. Et il n'est rien de plus normal que les médias récompensés soient uniquement ceux qui se sont montrés solidaires en informant la population. Le Devoir avait choisi de ne pas s'abaisser à annoncer la mise en vente des billets des spectacles du groupe The Police. Il doit vivre avec les conséquences de son «choix éditorial». Malheureusement, il n'a pas tenu compte des conséquences de son propre choix sur ses lecteurs. Le Devoir ne peut plus compter impunément sur les autres médias qui décident de faire ce qu'il se refuse lui-même de faire et avoir droit au même traitement parce qu'il se dit libre et indépendant. Ces qualités vont dans les deux sens. Le Groupe Spectacles Gillett vient de prouver qu'il est libre et indépendant du quotidien Le Devoir. Bravo !

 

Si, comme le prétend Jean-François Nadeau, le lectorat du quotidien Le Devoir est «largement plus intéressé à l'univers de la culture que la moyenne de la population,», comment se fait-il qu'il ait décidé de ne pas l'informer de la mise en vente des billets du spectacle du groupe The Police à Montréal ?

 

Vous comprendrez sans doute pourquoi j'ai déjà dit qu'il sera écrit sur la porte de notre future librairie café Internet : «Interdit aux médias qui n'ont pas soutenu ce projet en informant régulièrement la population de sa réalisation». Car ne sera pas le temps lorsqu'elle sera ouverte que nous aurons besoin des médias. C'est aujourd'hui que les médias peuvent nous être utiles, solidaires, alors que nous avons besoin d'informer et de mobiliser la population pour le réaliser. Mais si nous sommes capables de réaliser ce projet sans les médias, on sera bien capables aussi d'en assurer la pérennité sans les médias... ou d'imposer nos conditions !

 

 

 

Serge-André Guay, président

Fondation littéraire Fleur de Lys

 

 

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