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Dernière modification : 13/01/15 à 13:55

19 février 2008

 

Le débat au sujet de l'enseignement de la littérature au Québec

 

Marie Gagné et les membres  du Comité des enseignantes et enseignants de français dans les CEGEQ défendent la question de leur sondage sur l'enseignement exclusif de la littérature québécoise dans les CEGEP

 

 

11: «Une hypothèse émise l'an dernier par l'ANEL (Association nationale des éditeurs de livres) et par l'UNEQ (Union nationale des écrivains québécois) était d'exclure complètement la littérature française des cours de niveau collégial en créant trois cours de littérature québécoise. Que pensez-vous de cette hypothèse?»

 

Source : Comité des enseignantes et enseignants de français, Collèges d'enseignement général et professionnel (CEGEP), Québec.

 

 

19 février 2008

 

«Les pressions exercées pour conduire les enseignants de français à réfléchir à la place de la littérature québécoise dans le parcours des étudiants ont provoqué les questions du sondage.»

 

Comité des enseignantes et enseignants de français,

Collèges d'enseignement général et professionnel (CEGEP), Québec.

 

Source : La république des livres, Pierre Assouline, Le Monde.

 

 

C'est en s'adressant à moi que Marie Gagné, responsable du Comité des enseignantes et enseignants de français au collégial, publie un commentaire sur le blogue de Pierre Assouline. Madame Gagné répond sans doute à mon propre commentaire au sujet des accusations de «travail bâclé» formulées à l'endroit de Pierre Assouline par Jean-François Nadeau, directeur des pages culturelles du quotidien Le Devoir.

 

 

Marie Gagné, responsable du Comité des enseignantes et enseignants

de français au collégial nous fait un beau Copier/Coller

 

Dans son commentaire, reproduit ci-dessous, Marie Gagné est difficile à suivre car on ne sait plus qui parle réellement à partir du paragraphe commençant par : «L’année 2007 aura été celle des débats sur l’enseignement de la littérature au cégep.» (ce dernier est indiqué par une série de tiret ------). En fait, j'ai découvert qu'une partie importante de ce commentaire est en fait une reproduction intégrale d'un article paru dans le Numéro 128, hiver 2007, du magazine littéraire Lettres Québécoises sous le titre «L’enseignement de la littérature au cégep : La démission des professeurs» et signé par André Vanasse. Le problème, c'est que Marie Gagné ne précise pas que cette partie de «son» commentaire provient en fait d'un texte signé par une autre personne. Il s'agit rien de moins d'un copier-coller. Nous avons pour preuve la reproduction de la même faute trouvée sur la page Internet de cet article sur le site du magazine Lettres Québécoises: «de la littérature». Vous pouvez identifier le commencement et la fin de ce copier/coller par une série de tirets (-----).

 

 

Marie Gagné se contredit elle-même

 

Plus loin dans le texte, Marie Gagné affirme qu'elle n'est pas d'accord avec l'article qu'elle a copié/collé dans son commentaire: «Contrairement à ce que suggérait un éditorial publié dans la revue Lettres québécoises, les enseignants sont loin d’avoir démissionné, ils sont plutôt très engagés, notamment dans les responsabilités qu’ils ont face à leurs étudiants et à la collectivité.» Pourquoi s'est-elle donné la peine de le copier/coller dans son commentaire si elle n'est pas d'accord avec ce texte? Il suffisait de le résumer pour ensuite le dénoncer. Quand je vous dis qu'elle est difficile à suivre, ce n'est pas un caprice d'un simple d'esprit.

 

 

Marie Gagné est l'auteur du sondage sur l'enseignement

de la littérature dans les collèges

 

À la suite du copier/coller, se trouve «la réponse du sous-comité du CEEF aux articles de M. Jacques Folch-Ribas et de Mme Lysiane Gagnon» (sous-titre que nous mettons en caractères gras pour fin de repérage). Dans cette réponse, Marie Gagné précise que le sondage comprenant la fameuse question sur l'enseignement exclusif de la littérature québécoise dans les collèges provenait d'elle: «Précisons d’abord que le sondage interne auquel les enseignants des départements de français du réseau collégial ont répondu provenait de moi, à titre de responsable du CEEF. Ce sondage a donc été rédigé par une enseignante pour les enseignants de français.»

 

 

Le ministère de l'Éducation n'est pas impliqué dans le sondage

mais ce sont ses devis de cours qui sont en cause

 

Marie Gagné affirme clairement que le ministère de l'Éducation n'est pas impliqué dans les questions du sondage qu'elle a rédigé: «Le MELS n’est aucunement impliqué dans les questions de ce sondage.» En revanche, elle soutient que la démarche de son comité s'inscrit dans le cadre du dossier sur l’actualisation des devis de la formation générale : «Le sous-comité du CEEF devait réfléchir sur le contenu des cours actuels dans le cadre du dossier sur l’actualisation des devis de la formation générale et il apparaissait important de vérifier si les pratiques de l’enseignement de la littérature avaient changé, depuis le rapport de la CEEC (Commission d’évaluation de l’enseignement collégial, 2001).» Or, le «dossier sur l’actualisation des devis de la formation générale» est du ressort du ministère de l'Éducation.

 

 

Tout laisse croire que madame Gagné a elle-même cédé aux pressions extérieures, autrement elle n'aurait pas parlé ni de l'ANEL ni de l'UNEQ dans son sondage.

 

Madame Gagné écrit que les professeurs ont un devoir de réserve devant les pressions extérieures: «L’exercice de ces responsabilités leur commande également un devoir de réserve, notamment devant les pressions extérieures, comme celles de certaines associations d’éditeurs.» Pourtant, elle fait elle-même écho aux pression exercées par l'ANEL et l'UNEQ dans la formulation de la onzième question de son sondage: «Une hypothèse émise l'an dernier par l'ANEL (Association nationale des éditeurs de livres) et par l'UNEQ (Union nationale des écrivains québécois) était d'exclure complètement la littérature française des cours de niveau collégial en créant trois cours de littérature québécoise. Que pensez-vous de cette hypothèse?» Elle écrit même que ce n'est pas le rôle de son comité : «Le rôle du sous-comité du CEEF n’est certes pas de participer au plan d’action présenté au nom de l’ANEL.» Alors pourquoi madame Gagné pose-t-elle dans son propre sondage une question au sujet de ce qui semble être ce plan d'action de l'ANEL? Tout laisse croire que madame Gagné a elle-même cédé aux pressions extérieures, autrement elle n'aurait pas parlé ni de l'ANEL ni de l'UNEQ dans son sondage.

 

 

Madame Gagné termine son commentaire par une série de questions:

  • Les enseignants ont-ils le droit de parler entre eux des questions qui concernent leur enseignement?

  • Peut-on penser sérieusement qu’il est possible de faire changer l’avis d'une assemblée départementale (souvent composée d’une cinquantaine d’enseignants) en lui demandant désirez-vous?

  • Si j’avais demandé, désirez-vous, selon le plan d’action présenté au nom de l’ANEL, que les devis des quatre cours de français rendent obligatoire l’étude de la littérature québécoise, cela aurait-il changé la réponse des enseignants?

  • Les devis permettent une liberté souvent soulignée par les enseignants dans les réponses du sondage. Chers collègues, désirez-vous un autre sondage?

  • Il porterait cette fois sur la question de la sélection des élèves dans les cours de mise à niveau. Cela intéresse-t-il le grand public?

 

Chacune de ces questions mériterait un commentaire car elles en disent long sur la perception des assemblées départementales, de l'utilité même du comité de Marie Gagné,..., du grand public.

 

Il vous revient de bâtir votre propre opinion au sujet de commentaire de Marie Gagné. Voici ce commentaire:

 

 

19 Février 2008

 

Monsieur,

 

Vous, qui êtes membre de l’ANEL, vous savez sans doute qu’un atelier a eu lieu, le 14 mars 2007. À la suite de cet atelier, un procès-verbal a été envoyé. Dans ce procès-verbal, on peut lire ceci, d’où l’origine de la question posée:

 

Action retenue :

 

L’ANEL propose et défend un nouveau modèle du programme actuel en français, langue d’enseignement et littérature de la formation générale au niveau collégial. Ce nouveau modèle est orienté autour de deux changements majeurs :

 

- Faire de la littérature québécoise le point de départ à l’enseignement des lettres au Cégep, pour tous les cours de français de la formation générale, et le point de rencontre avec les autres littératures, francophones et étrangères.


- Intégrer la littérature contemporaine au corpus littéraire québécois enseigné.

 

L’ANEL veut créer un comité de travail composé de quelques enseignants du niveau collégial et présidé par André Vanasse. Ce comité aura pour mandat de mettre en forme un projet de programme d’enseignement des lettres (quatre cours, correspondant aux cours obligatoires de la formation générale), qui mettra au premier plan la littérature québécoise en harmonie avec les autres littératures.

 

L’ANEL propose, pour la constitution de ce comité, les personnes suivantes:  André Vanasse, Gilles Pellerin, Jacques Allard et Josée Bonneville.

 

Le comité se donne pour objectif de proposer un projet de programme pour la mi-mai. Ce projet de programme sera envoyé, pour vérification, à la fois à des enseignants qui appuient l’initiative de l’ANEL comme à des enseignants dissidents. Nous prévoyons également publier un compte-rendu du travail du comité (par exemple dans Le Libraire ou dans Lettres Québécoises).

 

À la suite de ce refus, les enseignants de français ont été dénoncés dans cet article: L’enseignement de la littérature au cégep : La démission des professeurs, Éditorial (numéro 128, hiver 2007).

 

Le 14 mars dernier, l’Association nationale des éditeurs (ANEL), en collaboration avec tout le milieu du livre, organisait un atelier sur l’enseignement de la littérature au Québec. Cet atelier a été une révélation pour un certain nombre d’entre nous, mais la suite des événements a été moins réjouissante…

 

DEBUT DU COPIER/COLLER ------- L’année 2007 aura été celle des débats sur l’enseignement de la littérature au cégep. Le coup d’envoi a été donné par Louis Cornellier avec la parution de Lettres à mes collègues sur l’enseignement de la littérature et de la philosophie au collégial (Nota bene, automne 2006). Ce document a provoqué, comme je le disais dans le numéro 126, « une véritable commotion au point que l’Académie des lettres du Québec (ALQ), puis l’Anel et l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) conjointement de même que Lettres québécoises ont cru bon d’en parler » (p. 9).

 

Personnellement, j’ai participé aux deux ateliers en plus de m’occuper du dossier de Lettres québécoises. Autant dire que j’ai été au cœur de l’action dans ce débat.

 

Or, j’ai été complètement renversé quand j’ai appris de la bouche même de M. André Laferrière, de la direction de l’enseignement au collégial (ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport), que, oui, les professeurs auraient pu choisir de placer la littérature québécoise au cœur même de leur programme alors que celle-ci est actuellement refoulée dans un seul cours à la fin du cursus des étudiants. Une sorte de ghetto en somme. Et pourtant, a dit M. Laferrière, l’opposition littérature française c. littérature québécoise n’existe pas dans le « devis » du Ministère. De fait, le document en question utilise l’expression « littérature d’expression française » et non pas « littérature française » pour décrire les cours 101 et 102. Or, les deux premiers cours portent, dans la plupart des cégeps, exclusivement sur la littérature française, le cours 101 couvrant en général le Moyen Âge jusqu’à 1850 et le cours 102, de 1850 à nos jours. Le cours 103, lui, est consacré à la littérature québécoise.

 

Pourquoi en est-on arrivé à cette dichotomie ? Pourquoi la littérature québécoise a-t-elle été circonscrite à un seul cours alors que plusieurs pensent qu’elle aurait dû occuper une place centrale dans la définition du nouveau programme proposé en 1994 (puis révisé en 1998) ? J’ai ma petite idée là-dessus. Je me souviens qu’à l’époque où a eu lieu la première réforme (1994), Jean Larose avait très bonne presse auprès des professeurs de cégep. Auteur d’un essai qui était extrêmement critique, entre autres, sur l’enseignement de la littérature au collégial (La petite noirceur, Boréal, 1987), il fustigeait le laisser-aller des professeurs en leur reprochant de ne s’intéresser qu’à leur propre production et surtout de consacrer plus de temps à la création littéraire qu’à l’apprentissage de la littérature. Pire, clamait-il, si au moins on enseignait une littérature digne de ce nom, la littérature française, on pourrait en faire profiter les étudiants, mais non, on se complaît dans une littérature nationale qui vaut ce qu’elle vaut, c’est-à-dire très peu si on la compare à la littérature française ! Pour preuve de l’attitude méprisante de Larose, je retiens ce commentaire de Jean Fisette sur La petite noirceur, tiré de la revue Voix et images (no 39, p. 487, 1988) : « Le texte [« Frais de représentation »] est cohérent, amusant même et, étonnamment juste dans le ton : si ce n’est qu’il est étouffant, renvoyant le Québécois, face au Français, dans un statut de primitif ou bûcheron n’ayant pas encore accédé à la culture.»

 

Ainsi, les opinions étaient cristallisées à l’époque. Non pas que Jean Larose en fût le seul responsable, parce qu’il y avait déjà un clivage (soit dit entre nous, il existe depuis 150 ans !) entre les tenants de la GRANDE littérature et ceux de notre littérature nationale (on me permettra de ne pas la qualifier de « petite ») lors de cette première réforme. Mais les affrontements ont été si douloureux, semble-t-il, qu’ils ont laissé de très mauvais souvenirs chez les professeurs de cégep. Il y a eu sans doute des amitiés brisées, des mots qu’on a regrettés, de sorte que, lorsque l’ANEL a demandé à certains professeurs qui avaient participé à notre atelier de mettre sur pied un ensemble de cours pour l’enseignement de la littérature au cégep sous le chapeau de l’ANEL (Jacques Allard et moi-même en étions les deux représentants), ensemble de cours dans lequel la littérature québécoise serait le pilier d’un enseignement ouvert sur la France et la francophonie, ceux-ci se sont défilés. Pire : l’ANEL a reçu des lettres signées par Marie Gagné, présidente du Comité des enseignantes et enseignants de français (dans les cégeps), de même que de Gérald Gaudet, président de l’Association des professionnels de l’enseignement du français au collégial (APEFC), qui disaient clairement qu’il n’était pas de notre compétence de nous lancer dans cet exercice.

 

Notre réponse a été claire : nous n’avons pas l’intention de nous substituer aux professeurs. Nous voulons seulement amorcer un projet qui nous tient à cœur à titre d’éditeurs, considérant qu’il y va de la survie de notre industrie d’occuper la place que nous croyons mériter dans l’enseignement collégial. Nous le faisons, il va de soi, pour la reconnaissance institutionnelle des auteurs que nous publions et pour le rayonnement de la littéraure. Nous avons la conviction profonde que les auteurs que nous publions partagent notre point de vue. Et puis, ce projet n’a rien de coercitif, disions-nous. Pour éviter tout malentendu sur notre bonne foi, nous avons donc invité Marie Gagné et Gérald Gaudet à participer de plain-pied à ce projet.

 

À notre grand étonnement, l’une et l’autre se sont défilés. Et c’est à ce moment précis que j’ai compris que le malaise devait être extrêmement sérieux si, de façon systématique, tous ceux et celles que nous approchions se défilaient de la sorte. Les débats sur les programmes de 1994 et 1998 avaient-ils été à ce point déchirants qu’ils entraînaient, dix ans après, un refus systématique de revoir un programme qui aurait pu être proposé à l’ensemble du corps professoral (sans obligation de qui que ce soit, soit dit en passant) sans même que les « devis » du Ministère soient modifiés ? Y a-t-il chez les professeurs une fatigue culturelle telle qu’on considère un changement de programme comme une tâche insurmontable compte tenu que les cours de tout un chacun sont préparés depuis belle lurette et que les refaire entraînerait un travail que personne n’est prêt à assumer ? En somme, s’agit-il de la crainte d’un nouvel affrontement ou est-ce une question de manque d’énergie qui ferait qu’on répugnerait à rebâtir en entier un programme qu’on enseigne depuis plus d’une décennie ?

 

Mon sentiment est que les deux hypothèses sont bonnes. Reprendre le débat, c’est courir le risque d’ouvrir d’anciennes plaies et de cela, semble-t-il, on ne veut pas. Et puis, il y a bel et bien une fatigue chez les professeurs, qui constatent que, d’année en année, le climat se détériore: les jeunes qui entrent au cégep sont de moins en moins outillés pour entreprendre des études littéraires. Leur maîtrise de la langue est lamentable et leur connaissance de la littérature est tout simplement nulle.

 

Mais est-ce une raison pour démissionner ? Pierre Barrette, dans le numéro de Lettres québécoises auquel j’ai fait référence supra, parle de schizophrénie identitaire. « Alors que tout dans la culture de ces jeunes leur rappelle l’ancrage profond de la société québécoise dans l’espace nord-américain […], on s’évertue à leur rappeler que la vraie culture est ailleurs. » Et il poursuit : « S’étonnera-t-on alors de constater que les élèves […] confondent Révolution française et Révolution tranquille ? »

 

Je crois que Pierre Barrette a raison de parler de schizophrénie : tout programme d’enseignement, et je le cite à nouveau, qui est centré sur « une France périmée dont ils (les étudiants) ne connaissent rien, et dont ils se demandent bien tout à coup pourquoi elle prend une telle importance » alors qu’ils vivent sur un autre continent me paraît voué à l’échec.

 

Pourquoi n’aurions-nous pas les yeux braqués sur l’Amérique qui, cela me paraît incontestable, est l’événement qui a marqué le deuxième millénaire ? Ce continent, il est le nôtre. Il est au cœur du requestionnement de l’Occident. Avec lui naissait le rêve d’une nouvelle démocratie. Avec lui, l’Europe se repositionnait. Ici, on pouvait construire un nouveau monde. Et même si l’Amérique était née d’une illusion (on croyait découvrir une voie menant à l’Inde), elle portait en elle un rêve si grandiose qu’elle a changé la face du monde. En fait, l’Amérique avec sa puissance économique et l’importance de sa population est devenue le centre du monde.

 

Pourquoi faudrait-il fermer les yeux sur cette vérité alors que la France elle-même a été la première à glorifier ce nouveau continent ? Mieux encore : nous pouvons étudier notre littérature tout en y intégrant la littérature française. Cela pourrait se faire aisément : par les récits de voyage (qui ont connu un succès considérable en Europe à l’époque), par le conte (c’est un genre universel). Mais aussi de mille autres façons, par exemple en abordant la question du réalisme (Patrice Lacombe prétend faire avec La terre paternelle, publié en 1846, un récit réaliste), en traitant du romantisme (qu’on fustige ici au xixe siècle), du symbolisme (Nelligan, entre autres), etc. Cela pourrait aller jusqu’à l’écriture migrante. Ainsi, depuis quelques décennies, les grandes capitales du monde occidental ont été assaillies par d’importants flux migratoires venus de l’Orient, de l’Amérique du Sud ou de l’Europe de l’Est, alors qu’autrefois ils étaient plutôt le fait de l’Europe de l’Ouest. Ces nouveaux arrivants ont donné naissance à des écrivains qui, au Québec, ont trouvé leur place. En somme, il serait possible de proposer une approche nouvelle de notre littérature pour peu qu’on dépense l’énergie requise pour y arriver. Et ce pourrait être infiniment intéressant pour les étudiants : ils comprendraient enfin que leur littérature s’inscrit dans un mouvement occidental et qu’elle en est l’une des heureuses expressions. Ce serait moins confondant. Plus éclairant, si l’on compare ce projet avec les cours « déconnectés » que les étudiants reçoivent actuellement.

 

Est-on à ce point fatigué que le courage nous manque d’offrir à nos étudiants une vision de la littérature qui nous appartienne en propre et demeure ouverte sur la France tout autant que sur le reste du monde ? Si tel était le cas, j’avoue que j’en serais profondément déçu. C’est notre devoir de situer les générations à venir dans le contexte qui est le leur et de leur procurer un sentiment non seulement d’appartenance mais aussi de fierté. L’ère des bûcherons est terminée depuis longtemps. À preuve, le marasme qui sévit dans l’industrie forestière (sic) alors que l’aéronautique, Bombardier en tête, a le vent dans les ailes (resic).

 

Les temps changent. Il faudrait bien qu’on s’en rende compte et qu’on agisse en conséquence.-------- FIN DU COPIER/COLLER

 

 

Voici la réponse du sous-comité du CEEF aux articles de M. Jacques Folch-Ribas et de Mme Lysiane Gagnon:

 

La place de la littérature québécoise au cégep

 

Le sous-comité des enseignantes et des enseignants de français (CEEF) savait que les devis permettaient un juste équilibre au sujet de la place occupée par la littérature française et québécoise. Il pensait que cet équilibre avait sans doute été créé. Il est décevant que des journalistes n’aient pas pris la peine de s’informer avant de publier des articles sur des sujets aussi spécialisés que les devis des cours au niveau collégial. On ne s’est pas demandé d’où venait le sondage auquel on a fait référence, à qui il était adressé, dans quel contexte et dans quel but il avait été réalisé.

 

Précisons d’abord que le sondage interne auquel les enseignants des départements de français du réseau collégial ont répondu provenait de moi, à titre de responsable du CEEF. Ce sondage a donc été rédigé par une enseignante pour les enseignants de français. Le sous-comité du CEEF est composé de gens élus par leurs pairs afin d’assurer la coordination provinciale des départements de français. Les questions qui y sont abordées sont surtout d’ordre pédagogique. À l’automne, il fallait obtenir des réponses rapides à des questions urgentes. Le MELS n’est aucunement impliqué dans les questions de ce sondage. Le sous-comité du CEEF devait réfléchir sur le contenu des cours actuels dans le cadre du dossier sur l’actualisation des devis de la formation générale et il apparaissait important de vérifier si les pratiques de l’enseignement de la littérature avaient changé, depuis le rapport de la CEEC (Commission d’évaluation de l’enseignement collégial, 2001). Des questions ont donc été posées aux départements de français sur le contenu actuel des cours, autant en littérature française, en littérature québécoise que pour les autres cours. La question de la place occupée par la littérature québécoise, en fait, était loin de faire partie de notre réflexion au départ puisque nous connaissions les devis. Ces devis ont été révisés en 1998. Toutefois, plusieurs personnes associées au milieu du livre ont découvert les devis l’an dernier. Voici la provenance des questions posées: un atelier tenu le 14 mars 2007, présidé par un représentant de l’ANEL (Association nationale des éditeurs de livres), où un plan d’action pour les cours de formation générale en français a été proposé. En tant que responsable du CEEF, j’ai évidemment refusé l’invitation à participer au groupe de travail qu’on voulait créer pour réaliser ce plan d’action. En novembre 2007, une lettre a été envoyée par l’UNEQ (Union nationale des écrivains québécois) aux enseignants de français. On nous demandait de revoir nos plans-cadres et nos plans de cours à la lumière des informations communiquées. Voici un extrait de la lettre communiquée par l’UNEQ aux enseignants de français: Il est donc clair que les devis ministériels permettent une flexibilité que l’on pourrait, sans déroger aux exigences, mettre à profit pour faire mieux connaître la littérature québécoise.

 

Les pressions exercées pour conduire les enseignants de français à réfléchir à la place de la littérature québécoise dans le parcours des étudiants ont provoqué les questions du sondage. Néanmoins, puisqu’il était question de réfléchir sur le contenu des cours, il apparaissait pertinent de reposer la question de l’équilibre entre la littérature française et québécoise, de vérifier si la perception du sous-comité du CEEF au sujet de cet équilibre était véritablement fondée. De plus, comme des enseignants pensent que le travail d’analyse à partir d’une œuvre québécoise pourrait faciliter, dans certains cas, les apprentissages des élèves, le sous-comité a voulu connaître les différentes pratiques des départements. Le questionnement sur les difficultés que poserait le contenu du premier cours était le principal but du sondage.

 

La place occupée par la littérature québécoise dépend des choix départementaux et des consensus auxquels sont arrivés les enseignants dans chacun des collèges. Le texte qui précède les devis suggère que les choix doivent assurer une place équilibrée à la littérature québécoise. Selon la majorité des cégeps qui ont répondu au sondage, la littérature québécoise occupe déjà la place qu’elle doit occuper en fonction des choix départementaux qui ont été faits. Si une très forte majorité de collèges offre deux cours de littérature française, soit deux cours de 60 heures, rien dans les devis ne le prescrit.

 

Le rôle du sous-comité du CEEF n’est certes pas de participer au plan d’action présenté au nom de l’ANEL. Contrairement à ce que suggérait un éditorial publié dans la revue Lettres québécoises, les enseignants sont loin d’avoir démissionné, ils sont plutôt très engagés, notamment dans les responsabilités qu’ils ont face à leurs étudiants et à la collectivité. L’exercice de ces responsabilités leur commande également un devoir de réserve, notamment devant les pressions extérieures, comme celles de certaines associations d’éditeurs. La seule fonction de ce sondage était d’éclairer les membres du sous-comité dans les décisions qu’il doit prendre. Les enseignants ont-ils le droit de parler entre eux des questions qui concernent leur enseignement? Peut-on penser sérieusement qu’il est possible de faire changer l’avis d’une assemblée départementale (souvent composée d’une cinquantaine d’enseignants) en lui demandant désirez-vous? Si j’avais demandé, désirez-vous, selon le plan d’action présenté au nom de l’ANEL, que les devis des quatre cours de français rendent obligatoire l’étude de la littérature québécoise, cela aurait-il changé la réponse des enseignants? Les devis permettent une liberté souvent soulignée par les enseignants dans les réponses du sondage. Chers collègues, désirez-vous un autre sondage? Il porterait cette fois sur la question de la sélection des élèves dans les cours de mise à niveau. Cela intéresse-t-il le grand public?

 

Marie Gagné
Responsable du CEEF
Les membres du sous-comité du CEEF

 

Source : La république des livres, Pierre Assouline, Le Monde.

 

 

 

Ma réaction succincte au commentaire de Marie Gagné sur le blogue de Pierre Assouline:

 

 

19 Février 2008

 

Madame,

 

D’abord, notre maison d’édition (Fondation littéraire Fleur de Lys) n’est pas membre de l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL). Tous les éditeurs québécois ne sont pas membres de cette association. Ensuite, l’UNEQ, c’est l’«Union des écrivaines et des écrivains québécois», non pas «Union nationale des écrivains québécois».

 

Enfin, la onzième question de votre sondage fut bel et bien posée en ces mots:

 

11: «Une hypothèse émise l’an dernier par l’ANEL (Association nationale des éditeurs de livres) et par l’UNEQ (Union nationale des écrivains québécois) était d’exclure complètement la littérature française des cours de niveau collégial en créant trois cours de littérature québécoise. Que pensez-vous de cette hypothèse?»

 

Cette formulation est loin de questionner l’équilibre entre la littérature française et québécoise comme vous le prétendez: «Les pressions exercées pour conduire les enseignants de français à réfléchir à la place de la littérature québécoise dans le parcours des étudiants ont provoqué les questions du sondage. Néanmoins, puisqu’il était question de réfléchir sur le contenu des cours, il apparaissait pertinent de reposer la question de l’équilibre entre la littérature française et québécoise, de vérifier si la perception du sous-comité du CEEF au sujet de cet équilibre était véritablement fondée.» La question posée manque elle-même d’équilibre puisque la littérature française n’y est même pas incluse.

 

Que l’UNEQ soutienne avoir été mal interprétée voire mal citée ou nie tout du revers de la main n’est pas sans rappeler les attitudes des politiciens embarrassés par une vérité de fait, à moins que vous nous disiez que la question ne fut jamais posée.

 

Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys
http://manuscritdepot.com/

 

Source : La république des livres, Pierre Assouline, Le Monde.

 

 

 

 

 

Serge-André Guay, président éditeur

Fondation littéraire Fleur de Lys

 

 

19 février 2008

 

 

Voir aussi

 

Dossier : Le débat au sujet de l'enseignement de la littérature au Québec

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