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Le magazine en ligne de la Fondation littéraire Fleur de Lys – Montréal, Qc. |
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Dernière modification : 08/07/08 à 14:59 |
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25 février 2008
Le débat au sujet de l'enseignement de la littérature au Québec
L'Évêque, le curé et le vicaire nient tout
Dans son dernier texte paru dans l'édition du quotidien La Presse du samedi 23 février dernier (2008), la journaliste Lysiane Gagnon rejette la position de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) dans le débat au sujet de l'hypothèse proposant l'exclusion de la littérature française des programmes d'enseignement dans les Collèges d'enseignement général et professionnel (CEGEP). L'UNEQ prétend n'être impliquée d'aucune façon dans cette hypothèse. Madame Gagnon écrit:
Tout le débat vient du fait que ce travail «par la bande» a été porté à l'attention de la population par La Presse, sous la plume d'un professeur de littérature au CEGEP, également membre de l'Académie des lettres du Québec en plus d'être membre de l'UNEQ depuis sa fondation, monsieur Jacques Folch-Ribas. Tant et aussi longtemps que l'UNEQ et l'ANEL exerçaient leurs pressions en coulisses, loin de regards indiscrets, personne ne se doutait que nos professeurs de littérature subissaient indûment le comportement affairiste de ces représentants des écrivains et des éditeurs québécois.
La pression était si forte que la responsable du Comité des enseignantes et enseignants de français dans les CEGEP, madame Marie Gagné, s'est sentie dans l'obligation d'intégrer cette question dans un sondage auprès des professeurs: «Une hypothèse émise l'an dernier par l'ANEL et l'UNEQ était d'exclure complètement la littérature française des cours de niveau collégial. Qu'en pensez-vous?» L'UNEQ a nié avoir formulé une telle hypothèse. La responsable du Comité, madame Gagné, s'est confiée à la journaliste Lysiane Gagnon de La Presse:
Marie Gagné a rapporté qu'«en novembre 2007, une lettre a été envoyée par l’UNEQ (Union nationale des écrivains québécois) aux enseignants de français. On nous demandait de revoir nos plans-cadres et nos plans de cours à la lumière des informations communiquées.» Source
Il faut savoir que l'UNEQ n'est pas une simple association d'écrivains. C'est un syndicat professionnel, dans la pure tradition québécoise syndicale, c'est-à-dire souvent prêt à tout pour marquer son point. «L’UNEQ a été reconnue, en 1990, comme l’association la plus représentative des artistes du domaine de la littérature, en vertu de la Loi sur le statut professionnel des artistes en arts visuels, des métiers d’art et de la littérature et sur leurs contrats avec les diffuseurs (L.R.Q., chapitre S-32.01). » «L’UNEQ a aussi été accréditée, en 1996, par le Tribunal canadien des relations professionnelles artistes-producteurs pour négocier, de façon exclusive, avec les producteurs relevant de la compétence fédérale, afin de conclure des accords-cadres qui définissent les conditions d’embauche des travailleurs professionnels autonomes du secteur littéraire.» Source Lorsque ce syndicat décide d'envoyer une lettre aux enseignants de français de nos collèges, ce n'est pas rien. Tout professeur de littérature sait fort bien ce qu'il a entre les mains.
Que «L’UNEQ travaille à la promotion et à la diffusion de la littérature québécoise» (source), c'est bien, c'est l'essence même de sa mission première. Mais qu'elle tente de le faire au détriment de la littérature française, ou de toutes autres littératures nationales d'ailleurs, ça, ce n'est pas acceptable. Les salles de classe ne sont pas des lieux commerciaux comme le sont les librairies où l'on peut se battre, en toute légitimité, pour obtenir une meilleure visibilité en tablettes des livres québécois. Les salles de classe sont lieux d'enseignement où aucun marchand ou promoteur, quelqu'il soit, a le droit d'intervenir pour influencer les choix des professeurs.
Il n'y a certainement pas un seul Québécois contre l'enseignement de la littérature québécoise dans les écoles québécoises, bien au contraire. Mais il y a une logique à suivre, très bien illustrée par l'écrivaine et chroniqueuse Francine Allard: «Imaginez: apprendre la musique sans jouer de Chopin, de Schubert ou de Brahms mais que les œuvres de compositeurs québécois.» (Source) On ne peut pas tasser dans un coin la littérature française au risque de couper la littérature québécoise de ses racines historiques universelles qui met en lumière ses différences et son identité propre. C'est dans les yeux de l'autre que nous apprenons à nous connaître. C'est l'autre qui nous révèle qui nous sommes.
L'UNEQ et l'ANEL aimeraient bien contrôler cet «autre», nous imposer l'étude de notre reflet dans un miroir de nous-mêmes. Ce serait bon pour les ventes de livres d'ici mais néfaste pour la littérature car elle se trouverait ainsi colonisée par elle-même voire repliée sur elle-même, néfaste aussi pour la démocratisation de l'enseignement québécois acquise avec détermination par tout le peuple mobilisé au cours des années 60 et qui accorde aujourd'hui à nos professeurs de littérature une latitude enviable dans le choix des livres dans le cadre des programmes du ministère de l'Éducation. L'UNEQ et l'ANEL sont-elles en train de prendre la place de ces curés qui dictaient ce qui devait et ce qui ne devait pas être au programme des cours avant la Révolution tranquille? Il n'est pas rare de constater que les enfants commettent les mêmes erreurs que leurs parents, qu'ils adoptent les même penchants et comportements.
Il y a plusieurs autres moyens pour promouvoir le livre québécois dans nos collèges que de faire pression sur les professeurs. Le programme «La culture à l'école» est un concept intéressant au départ mais l'UNEQ joue une fois de plus au curé en choisissant elle-même quels seront les écrivains parmi lesquels les professeurs pourront choisir pour organiser des rencontres avec leurs élèves: «L'UNEQ a le mandat de sélectionner les nouveaux écrivains qui soumettent leur candidature pour faire partie du Répertoire de ressources culture-éducation.» Source Cette domination de l'UNEQ empêche un professeur de bénéficier de l'aide financière gouvernementale pour la tenue de ces rencontres si l'écrivain qu'il choisit n'est pas sur la liste de l'UNEQ (Répertoire de ressources culture-éducation). Est-ce à dire que nos professeurs ne sont pas assez compétents pour choisir eux-mêmes les écrivains à inviter dans leurs classes?
Force est de conclure que ce n'est pas tant l'enseignement de la littérature au Québec qui est au coeur du débat mais l'attitude des curés d'antant adoptée par l'UNEQ dans ses démarches, une attitude renforcée par l'arrogance du monopole. Quant à l'ANEL, que conclure de sa négation de toute implication dans l'hypothèse d'exclure la littérature française au collégial sinon que leur attitude est un cran plus grave que celle de l'UNEQ car elle se comporte en évêque du livre. Elle a vite trouvé un vicaire tout ce qu'il y a de plus docile en Jean-François Nadeau, directeur des pages culturelles du quotidien Le Devoir, pour nier publiquement toute implication dans la fameuse hypothèse.
Je crois que tout a été dit.
Serge-André Guay, président éditeur Fondation littéraire Fleur de Lys
Post-scriptum: courriel de Marie Gagnée et les membres de son comité
25 février 2008
Voir aussi
Dossier : Le débat au sujet de l'enseignement de la littérature au Québec |
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