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Article mis en ligne le 5 mars 2008
Libre opinion
«Que Victor Lévy Beaulieu brûle son œuvre et n'oublie
rien»
Serge-André Guay, président éditeur, Fondation littéraire Fleur de Lys
Le 29 février dernier dans le quotidien montréalais La Presse, la
journaliste Chantal Guy nous apprenait que Victor-Lévy Beaulieu avait brûlé
son dernier livre le jour même de son lancement: «Hier à Trois-Pistoles, au
lancement de son plus récent titre La grande tribu, c'est la faute à
Papineau, l'écrivain Victor-Lévy Beaulieu a exprimé son désarroi quant à
l'avenir du Québec et la survie de la langue française en brûlant un
exemplaire de son livre. Il estime qu'il n'y a plus de parti indépendantiste
et que si le Québec devient un «district bilingue», ce sera la disparition
de la nation québécoise francophone.» Lire la suite :
Victor-Lévy Beaulieu brûle son livre
Le geste incongru a inspiré un billet à Pierre Assouline, journaliste
littéraire du quotidien le Monde et animateur du blogue «La république des
livres»:
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Grotesquerie
québécoise
C’est certainement symbolique mais tout de même, le symbole
est un peu difficile à avaler. Victor-Lévy Beaulieu, un
écrivain et éditeur à qui rien de ce qui est québécois n’est
étranger, nous a certes habitué aux différentes formes que
ses colères et indignations peuvent revêtir. Mais l’on ne
s’attendait pas à ce qu’il fasse un tel sort à La Grande
tribu, c’est la faute à Papineau (875 pages, Éditions
Trois-Pistoles), son 70 ème et plus récent livre, en signe
de protestation. C’est un projet littéraire aussi fou que
son précédent pavé sur James Joyce sauf
qu’il s’agit cette fois strictement
de “ma vision du Kebek” à travers les pérégrinations du
narrateur nommé Habaquq Cauchon; celui-ci s’apercevant que
ses ancêtres étaient mi-hommes mi-cochons fera la révolution
avec l’aide d’un certain nombre de personnages dont
“l’épormyable” poète Claude Gauvreau. Certes, mais pourquoi
en brûler un exemplaire à peine sorti des presses dans son
poêle à bois ? Pour gueuler son désarroi et prévenir qu’il
se retire de la vie publique (deux mois, n’exagérons rien).
Si rien n’est fait et rien ne bouge, il brûlera toute son
oeuvre car cela signifiera que tout ce qu’il a écrit n’a
servi à rien. “Sans véritable patrie, sans liberté, sans
souveraineté et sans indépendance, l’individu n’est qu’une
statistique, et les statistiques ne sont que les débris que
laisse derrière elle l’Histoire des autres.» dit-il.
Particulièrement pessimiste sur l’avenir de la langue
française dans son pays, Victor-Lévy Beaulieu craint qu’à
très court terme le Québec ne devienne un district bilingue,
ce qui selon lui signerait l’arrêt de mort de la nation
québécoise francophone. A propos, La Grande tribu relève du
genre “grotesquerie” comme l’indique l’auteur en sous-titre.
N’empêche que son cri d’alarme repose sur un constat tout ce
qu’il y a de plus sérieux.
Pierre Assouline,
Le Monde,
blogue «La
république des livres».
Source
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Commentaire de Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys
Le Québec de Victor Lévy Beaulieu me tombe sur les nerfs depuis toujours.
Son «Québec» est tout ce qu’il y a de plus terne, bourré de petites vies
sombres, hypocrites, maladives, vengeresses et dépressives où la chicane et
la trahison s’abreuvent à une nature humaine tordue. Victor Lévy Beaulieu
fait partie de ceux et celles qui croient que le reflet dans un miroir
culturel aide les gens à se comprendre, à s’accepter et à changer pour le
mieux. Mais ce n’est pas en passant des heures devant un miroir (livre,
radio, télévision) que l’humain saisit sa destiné. Le miroir, c’est un
gadget pour cacher aux autres ses réelles intentions. Comment ne pas penser
aux découvreurs de l’Amérique remettant aux indiens des fragments de miroirs
à qui ils volèrent ensuite les terres.
«Si rien n’est fait et rien ne bouge, il brûlera toute son oeuvre car cela
signifiera que tout ce qu’il a écrit n’a servi à rien.»
Source Victor Lévy Beaulieu a passé toute sa vie à marchander des
miroirs de la société québécoise sous son angle la plus sombre. On ne peut
pas parvenir à autre chose qu’une vue sombre. Il fait partie de ceux qui ont
tué le rêve québécois en le poussant dans une nuit sans fin. Victor Lévy
Beaulieu vient de sombrer dans la noirceur de son œuvre mouvante comme
Nelligan dans l’abîme du rêve.
Sa génération, celle des révolutionnaires tranquilles, sera maudite malgré
son œuvre. À l’instar de l’église catholique d’avant révolution dominant le
Québécois, Victor Lévy Beaulieu fait du chantage en annonçant qu’il brûlera
son œuvre. Qu’il la brûle sans rien oublier car il est temps qu’une vraie lumière nous donne
un peu d’espoir.
Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys
Suivi de publication
Le Soleil, Québec, 16 mars 2008
Le
webzine Québec-Politique.com
Blogue Voir
Article mis en ligne le 5 mars 2008
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