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Article mis en ligne le 18 novembre 2008

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Lettre ouverte à Hervé Fisher

Curriculum vitae de monsieur Hervé Fisher

 

Hervé Fisher est considéré comme le père du multimédia au Québec. Le parcours de cet « artiste-philosophe, né à Paris, France, en 1941, de double nationalité, canadienne et française » témoigne d'une carrière bien remplie (voir son curriculum vitae). Aujourd'hui, il travaille comme professeur associé et directeur fondateur de l’Observatoire international des nouveaux médias à l’UQÀM.

 

Influence négative sur l'avenir du livre au Québec

 

 

Monsieur Fisher,

 

Je crois que vos interventions au sujet de l'avenir du livre nuisent passablement au développement de l'Internet littéraire québécois, notamment de l'édition en ligne et de l'impression à la demande. Depuis plusieurs années et encore aujourd'hui, vous répétez inlassablement sur toutes les tribunes que le livre numérique ne remplacera pas le livre papier. Votre opinion a eu et continue d'avoir un effet pervers sur le développement du monde du livre numérique au Québec : les auteurs, les éditeurs, les libraires, les lecteurs et nos gouvernements ont mis le pied sur le frein. À force de répéter que le livre papier ne disparaîtra jamais au profit du livre numérique, vous avez convaincu bon nombre de Québécois de ne pas s'intéresser au numérique. Ce n'était peut-être pas votre but, mais le résultat saute aux yeux et votre influence ne saurait pas en être soustraite comme l'un des facteurs les plus déterminants.

 

Ici, au Québec, il n'y a pas eu de projets pilotes gouvernementaux comme ce fut le cas à la fin des années 90 sous l'égide du Conseil de l'Europe pour bâtir la « nouvelle économie du livre ». Ici, il n'y a pas eu non plus de « Commission de réflexion sur Le livre numérique » comme ce fut le cas en France en 1990-2000. Ici, on n'a pas discuté de la diversité éditoriale ni de la démocratisation de l'accès à l'édition engendrée par l'édition en ligne et l'impression à la demande comme ce fut le cas dans plusieurs pays européens.

 

« Le problème, c'est que le développement d'une utopie technologiste se fait sans qu'il n'y ait de contrepoids » résumait le journaliste Jean-François Parent en 2001 à la suite d'une entrevue au sujet de votre livre « Le choc du numérique » (Hervé Fischer: fascination critique pour le numérique). Vous déclariez : « C’est une science extrêmement puissante, mais ce n’est pas l’alpha et l’oméga de la vie, relate Fischer. Ce contre quoi j’en ai, c’est la pensée magique qui ressort du numérique. Il y a des choses extraordinaires qui proviennent du numérique, mais ce n’est pas une raison pour lui faire des temples. Pour l’instant on est inhibé devant le numérique; on ne sait pas vraiment ce que c’est mais c’est là. »  Le moins que l'on puisse dire, c'est que le contrepoids au Québec ce fut vous-même. Et s'il y a eu « pensée magique » au Québec au sujet du numérique, vous l'avez éteinte d'un simple revers de la main.

 

Vous auriez dû comprendre dès le départ que l'Internet souffrait d'une mauvaise réputation au Québec, que plusieurs percevaient l'Internet comme une menace, et que de telles déclarations de votre part et avec votre influence dans un pareil contexte n'arrangeraient pas les choses, notamment dans le secteur livre.

 

En 2000, vous vous êtes vanté d'une première mondiale : « En publiant Mythanalyse du Futur en février 2000 directement sur Internet, j’ai rêvé de mettre au monde en un instant un livre qui devenait virtuellement accessible partout, gratuitement, immédiatement, 24 heures sur 24. Et ce fut, je crois, la première publication directement sur Internet d’un tel livre inédit destiné au grand public. » [ Source ] Or, Pierre François Gagnon publie en ligne dès 1995, nous dit Marie Lebert chercheuse reconnue, dans son livre retraçant l'histoire du livre numérique, Le Livre 010101 [ Source ] Et selon la chronologie du livre numérique de madame Lebert, il y a eu plusieurs autres publications inédites de livres destinés au grand public avant l'an 2000. Désolé monsieur Fisher mais le monde du livre en libre diffusion sur Internet est loin d'avoir commencé avec vous.

 

Malheureusement, vous avez marqué les esprits québécois avec votre livre « Mythanalyse du Futur », non pas par son contenu mais plutôt de par sa configuration et son contenant. Le fichier PDF de votre livre créé le 23 janvier 2001 avait tout pour rebuter le lecteur de par sa mise en page et son manque de respect des normes d'édition. Autrement dit, vous avez contribué à la mauvaise réputation du livre numérique et de l'autoédition en ligne au Québec. Il me semble entendre des lecteurs se dire : « Si c'est à cela que ressemble une publication sur Internet, j'aime mieux laisser faire ». Votre amende honorable à ce sujet n'a jamais eu la force de la première impression laissée par votre livre. Vous dites n'avoir reçu aucun commentaire d'aucun journaliste ou critique littéraire [ Source ]. Croyez-moi, c'est mieux ainsi.

 

Je note que vous avez complètement abandonné la publication numérique après ce livre en ligne. Depuis, tous vos livres ne sont disponibles qu'en version papier dans le réseau traditionnel du livre, à l'exception de deux livres numérisés en 2004 (L'histoire de l'art est terminée parue en 1981 et Théorie de l'art sociologique parue en 1977). Voilà un autre message fort aux auteurs et aux éditeurs québécois contre l'édition numérique. Si le fondateur de l’Observatoire international des nouveaux médias à l’UQÀM, co-fondateur et co-président (1985) de La Cité des arts et des nouvelles technologies de Montréal, titulaire de la chaire Daniel Langlois des technologies numériques et des beaux-arts à l'Université Concordia de Montréal, responsable de la conception d'un Médialab québécois, Hexagram, en consortium entre les universités Concordia et UQÀM (2000-2002), ne voit pas lui-même l'intérêt d'offrir une version numérique de ses livres, pourquoi le ferions-nous, pourquoi nous intéresser vraiment au nouveau monde du livre.

 

Le jeudi 25 avril 2002, dans le cadre d'une conférence prononcée en 2002 lors du Salon international du livre de Québec, vous avez déclaré : "Fondamentalement, un livre est un livre et un site Web est un site Web. Il s'agit de deux médias opposés." [ Source ] On peut dire que vous n'êtes pas du genre à la réconciliation. Même en se fondant sur la théorie du plus célèbre des sociologues des communications, Marshall McLuhan, on ne peut pas affirmer qu'un livre et un site Internet soient deux médias opposés. Il faut plutôt parler de médias complémentaires, du moins, lorsqu'on est conscient de son influence sur les perceptions de la population. Le journaliste Yvon Larose du journal Au fil des événements de l'Université Laval qui rapporte votre déclaration écrit : « Il compare le livre à un bon fauteuil et le site Web à une piste de danse tourbillonnante. Le premier, parce qu'il permet l'arrêt sur le mot, favorise le questionnement critique et la réflexion. Le second inhibe la pensée. » C'est peut-être vrai pour vous-même, mais pour moi, un site web n'a pas le pouvoir d'inhiber ma pensée, de bloquer mon sens critique et encore moins de freiner ma réflexion, au contraire. Je déteste avoir à me lever de mon fauteuil toutes les deux minutes pour vérifier les dires d'un auteur dans les livres de ma bibliothèque. Car je ne prends rien pour acquis, surtout pas les essayistes qui confondent leurs opinions avec les faits, leur comportement avec celui des autres, les études et les préjugés.

 

Monsieur Larose poursuit : « Cela dit, Hervé Fischer croit que le livre traditionnel peut se tailler une niche dans le cyberespace. Pour cela, il doit s'appuyer sur toutes les ressources du multimédia. Ce faisant, il deviendra autre chose qu'un livre, c'est-à-dire un nouvel objet culturel numérique qui inclurait le son, des images, notamment des images qui bougent sous la forme de séquences vidéo, et des hyperliens permettant une très grande liberté de lecture. "En déplaçant complètement l'objet, poursuit-il, je serai dans autre chose que le livre. Je serai en outre asservi à la technologie. Donc, j'aurai changé de métier puisque je serai un cinéaste et un bidouilleur d'informatique. Avec l'interactivité, j'écrirai en arabesques. Cela deviendra un sacré métier et un défi redoutable."»

 

Vous croyez que le livre traditionnel « peut » se tailler une place dans le cyberespace. Or au moment même de votre affirmation, en 2002, le livre traditionnel avait déjà sa place bien à lui dans le cyberespace. Et pour cela, il n'avait pas et n'a toujours pas à se transfigurer en autre chose qu'un livre. Le livre n'a pas eu besoin du multimédia pour développer et occuper sa niche sur Internet, contrairement à votre prédiction à l'effet que le livre « deviendra autre chose qu'un livre ». Le livre sur Internet, offert en format numérique ou en impression à la demande, demeure un livre au même titre que le livre papier traditionnel.

 

Aussi, l'auteur ne sera pas « asservi à la technologie » et cette dernière ne fera pas de l'auteur « un cinéaste et un bidouilleur d'informatique », contrairement à vos affirmations. Vous faites preuve ici d'une méconnaissance flagrante de l'auteur. Si l'interactivité entre l'auteur, son oeuvre et le support de cette dernière est évidente, l'écriture demeure l'écriture. En ce sens, l'auteur d'aujourd'hui demeure le même qu'au temps du papyrus : il pense, réfléchit, crée et transcrit le tout. Le livre multimédia existe et sert fort bien, par exemple, les encyclopédies, mais il ne sera pas la norme dans tous les genres littéraires. L'écriture renferme son propre mode d'imagerie et d'animation fondé sur les mots, la langue et le style de l'auteur. Lorsqu'on écrit un livre, on n'écrit pas un scénario de film, une séquence vidéo ou une oeuvre multimédia. Bref, le livre n'a pas et n'aura pas besoin de se transformer en oeuvre multimédia pour se tailler une place dans le cyberespace, contrairement à vos affirmations en 2002.

 

En résumé, vous avez induit en erreur voir désinformé bon nombre de Québécois au sujet de la relation entre le livre et les nouvelles technologies. J'ai toujours cru que le rôle des philosophes consiste à guider, non pas à juger, comme j'ai toujours pensé que le rôle de l'artiste est de créer. La technophobie observable dans le monde du livre au Québec n'est pas étrangère à vos interventions, à moins de ne vous reconnaître aucune influence.

 

 

Serge-André Guay, président fondateur

Fondation littéraire Fleur de Lys

 

 

Voir : Réponse d'Hervé Fisher

 

 

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