« Et les libraires dans tout cela? »
Pierre Monet, fondateur libraire, Librairie Monet,
Montréal.
Comme toujours, je suis arrivé beaucoup plus tôt à cette
cérémonie d'ouverture du Salon du livre.
Non seulement je suis ponctuel, mais je
suis toujours en avance. J'avais donc du
temps pour me rendre au kiosque de la
Librairie Monet offrant en démonstration
quatre exemples de livres électroniques.
Toute une première pour ce libraire, une
initiative unique. Je suis arrivé
face-à-face avec monsieur Monet
lui-même, le fondateur de
cette librairie seule en son genre à
Montréal. « Comment le Salon du livre
a-t-il réagi lorsque vous leur avez dit
que vous vouliez présenter le livre
électronique à votre kiosque? lui ai-je
demandé. «Il n'était pas trop chaud à
l'idée”. Notre échange sur le sujet m'a
clairement laissé entendre que mes très
sincères félicitations pour cette
excellente initiative jumelée à un débat
lui revenaient bel et bien; le Salon du
livre n'y était pour rien. «Ce kiosque
me coûte 10,000 $ pour six jours. Au
lieu de mettre cet argent dans mes
poches, j'ai préféré organiser cet
événement pour lancer la réflexion au
sujet du livre électronique auprès des
lecteurs.» m'a précisé monsieur Monet.
WOW! BRAVO MILLE FOIS! Félicitez-le avec
moi en lui écrivant à l'adresse
électronique suivante :
info@librairiemonet.com
Force est de constater qu'il s'agit d'une grande première à
Montréal que le Salon du livre aurait pu
promouvoir davantage. Malheureusement,
l'événement ne jouit d'aucune mention
spéciale dans les communications de
presse du salon, pas plus que dans son
programme. C'est bête!
Face au livre électronique, monsieur Monet s'inquiète de la
place du libraire dans la vente du livre
numérique. Le livre électronique, c'est
l'appareil de lecture. Le livre
numérique, c'est le fichier qu'on lit
sur l'écran du livre électronique. Cela
dit, outre le fait que le libraire peut
vendre des livres électroniques,
l'appareil de lecture. Il faut penser
que le livre en version numérique est
disponible avant tout sur Internet, dans
les librairies en ligne voire
directement sur les sites des éditeurs
passés à l'ère numérique ou encore sur
le site même de l'auteur. Plus besoin
d'aller chez le libraire, une simple
connexion à l'Internet suffit, d'où
l'inquiétude légitime dans la réflexion
de monsieur Monet.
Que répondre à cet homme de bonne foi? Qu'il est condamné à
passer au virtuel? Non. «L'édition en
ligne est avant tout une question de
démocratisation de l'accès à l'édition,
de diversité éditoriale et culturelle et
de libre choix du lecteur, comme l'a
reconnu le Conseil de l'Europe à la fin
des années 90» lui ai-je expliqué, un
contexte qu'il ne semblait pas
connaître. Évidemment, mon explication
ne lève pas son inquiétude face à la
compétition du livre numérique en ligne.
«En Italie, m'a-t-il dit, on trouve des bornes de
téléchargement de livres numériques dans
les librairies». «C'est une excellente
façon de faire étant donné que bon
nombre de personnes n'aiment pas acheter
en ligne sur Internet» ai-je ajouté.
C'est plus particulièrement le cas au Québec. Rien
n'empêche que le livre est le produit
culturel le plus vendu en ligne sur
Internet, plus que la musique. C'est
Amazon, une librairie virtuelle sur
Internet, qui a vendu le plus grand
nombre de livres en Canada
cette année. La menace pour les
libraires traditionnelles n'est pas une
vue de l'esprit.
J'ai mentionné ceci à monsieur Monet : «Voilà pourquoi les
librairies indépendantes américaines se
sont unies pour se doter d'une librairie
en ligne commune. Un projet similaire a
vu le jour au Québec à l'initiative des
fonctionnaires concernés du ministère de
la culture et des communications. Le
site Internet était fin prêt mais l'Association
des libraires du Québec (ALQ) a
refusé sa mise en ligne quelques jours
voire quelques heures avant son
téléchargement sur un serveur. Résultat:
100,000 $ à la poubelle.» Réponse courte
sur un ton très éloquent de monsieur
Monet : «Je ne fais pas partie de
l'Association des libraires du Québec».
Autre solution dont je n'ai pas eu le temps de discuter
avec monsieur Monet : l'ajout d'un
appareil d'impression à la demande en
librairie. Puisque plusieurs se refusent
à lire un livre à l'écran d'un
ordinateur ou d'un livre électronique,
pourquoi le libraire ne se doterait-il
pas d'un appareil d'impression à la
demande pour produire le livre numérique
sous la forme d'un livre papier
traditionnel? C'est le cas de
Barnes & Noble aux USA.
En résumé, je retiens surtout l'inquiétude de monsieur
Monet face à ce nouveau monde du livre
numérique. Cependant, monsieur Monet
n'est pas paralysé par son inquiétude,
elle est créative, à preuve cette
démonstration du livre électronique à
son kiosque pour alimenter sa réflexion
à même celle des lecteurs et ce débat
qu'il organise sur le sujet.
Serge-André Guay,
président fondateur
Fondation littéraire Fleur de Lys
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