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Bar Littéra-culture - 24 novembre 2008
Consulat général de France à Montréal
Débat « Un livre numérique est-il
toujours un livre? »
Intervention
de Serge-André Guay,
président éditeur,
Fondation littéraire Fleur de Lys
Oui, le livre numérique
est un livre, au même titre que le livre papier
traditionnel, seul le support change. Un livre,
papier ou numérique, c'est d'abord et avant tout une
oeuvre littéraire, le résultat d'un exercice
d'écriture. Un livre, c'est aussi la publication de
cette oeuvre littéraire avec tout le travail que
cela implique de la part de l'auteur et de son
éditeur.
L'apparition du livre
numérique n'est pas le fruit d'une recherche
technologique particulière. Il y a eu le
développement du traitement texte puis celui du PDF.
C'est le croisement de ces deux innovations
technologiques qui a donné naissance au livre
numérique sous la forme de fichier informatique.
L'arrivée de l'Internet et du langage HTML ont
permis le développement d'une autre forme de livre
numérique, celui publié en ligne directement sur un
site Internet ou un blogue. Mais dans les deux cas,
il ne s'agissait pas de technologie dédiée au livre
numérique. Les nouvelles technologies ont permis au
livre numérique d'émerger, mais elles n'en sont pas
l'origine première. Bref, les nouvelles technologies
ne sont que des outils.
En fait, le livre
numérique est né de la volonté des auteurs de
partager leurs oeuvres autrement que par le réseau
traditionnel du livre. Pourquoi? Parce que l'accès à
l'édition traditionnelle est très restreint. Plus de
90 % des manuscrits soumis par les auteurs aux
éditeurs traditionnels sont refusés. Et ces refus
sont motivés davantage par des motifs économiques
que par la qualité de l'oeuvre. Si l'éditeur juge
qu'une oeuvre ne se vendra pas suffisamment pour
être rentable, il ne la publiera pas. La durée de
vie en tablette d'un livre chez le libraire est un
autre facteur qui a donné naissance au livre
numérique sur Internet. Généralement, la durée de
vie d'une nouveauté chez le libraire est de trois
mois. Il y a des exceptions dans le cadre d'entente
particulière entre des éditeurs et des libraires,
mais rien n'est comparable avec la durée de vie d'un
livre numérique sur Internet puisque cette dernière
est quasiment illimitée. En fait, un livre numérique
demeure disponible tant et aussi longtemps que
l'auteur le désire.
Au début de ce nouveau
monde du livre sur Internet, le livre numérique
était confiné à son seul support. Autrement dit, il
n'était pas possible de l'imprimer sur papier de
façon rentable. Puis est arrivée l'impression à la
demande, une technologie qui permet d'imprimer un
seul exemplaire à la fois à la demande expresse de
chaque lecteur, et cela, de façon rentable. Ainsi,
chaque exemplaire imprimé est un exemplaire vendu
d'avance, contrairement à ce qui se passe dans le
monde traditionnel du livre. Grâce à l'impression à
la demande, l'éditeur de livres numériques peut
satisfaire à la demande du lecteur préférant
l'exemplaire papier sans aucune obligation
d'inventaire.
Le livre numérique est le
symbole par excellence de la démocratisation de
l'accès à l'édition. Il assure une plus grande
diversité éditoriale parce qu'il libère l'édition
des critères de sélections commerciaux. Un livre
numérique coûte moins de 10 % à produire qu'un livre
papier. Le risque financier pris par l'auteur ou
l'éditeur est réduit à sa plus simple expression. Et
grâce à l'impression à la demande, il n'y a pas
d'invendu.
En terminant,
permettez-moi de revenir sur cette démocratisation
de l'accès à l'édition. C'est ce que voulaient les
auteurs : un accès libre à l'édition. Mais pour
plusieurs critiques, cet accès élargi n'a pas lieu
d'être parce qu'il permet la publication de tout et
de n'importe quoi, du meilleur comme du pire.
Plusieurs de ces critiques croient que seuls les
éditeurs traditionnels sont capables d'assurer aux
lecteurs des livres d'une qualité littéraire digne
de ce nom. Autrement dit, ils croient que ce n'est
pas l'accès à l'édition qui en cause, mais la
qualité des oeuvres soumises aux éditeurs.
Je ne suis pas de cet
avis. À l'instar de Christian Mistral, je crois
qu'une oeuvre mérite d'être publiée du seul fait que
son auteur l'a achevée. Je crois que toute oeuvre
fait partie du patrimoine littéraire d'un peuple et
qu'elle mérite notre attention, au même titre que
les photographies anciennes, souvent prises par des
amateurs, mal cadrées, tachées par l'acide au
développement. Ces photographies devenues objets de
collection des bibliothèques et des archives
nationales à travers le monde témoignent de la
réalité de leur époque, souvent davantage que ne le
font les photos officielles. Autrement dit, je ne
crois pas qu'on puisse témoigner d'une époque en se
référant aux oeuvres publiées officiellement, car
elles représentent moins de 10 % des oeuvres de nos
auteurs. Dans ce contexte, le livre numérique n'est
pas tant une oeuvre d'art littéraire qu'un
patrimoine à partager et à conserver. C'est en cela
que la démocratisation de l'accès à l'édition à la
base du livre numérique contribue à une meilleure
représentation et compréhension de notre monde.
Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys
Voir :
Présentation du débat et des invités
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