Définitivement, dans
le cas de l'avenir du livre, il n'y a pas de quoi se consoler au Québec quand on
se compare.
Le réponse facile
sera de nous dire que la France est beaucoup plus avancée dans le développement
du nouveau monde du livre et que cela justifie amplement la démarche du Salon du
livre de Paris. On ajoutera aussi que le Salon du livre de Montréal s'impliquera
le temps venu. Car on croit être là pour témoigner de ce qui se passe
actuellement. Bref, quand le futur du livre se conjuguera au présent, on fera
quelque chose.
Or, la mission d'un
salon du livre ne limite pas à témoigner du présent du livre mais à PARTICIPER à
son futur, voire à en soutenir l'émergence. À ce titre, le Salon du livre de
Montréal fait piètre figure. Non seulement il est passéiste mais il est prit
dans le créneau de l'industrie traditionnelle du livre, elle-même prit dans le
créneau du livre traditionnel.
L'organisation depuis
deux ans de l'espace
«Lectures de
dem@in» au Salon du livre de Paris n'est tombé des nues.
Lors de son édition
de 1998, Microsoft était admis au Salon du livre de Paris sous le thème «De
l'écrit à l'écran, il n'y a qu'un pas...» : Microsoft France participe au Salon
du Livre avec les ouvrages Microsoft Press et les Editions 98 de l'Encyclopédie
et l'Atlas Mondial Microsoft Encarta. Sur son stand, Microsoft France présentera
l'ensemble des ouvrages édités par Microsoft Press, la maison d'édition de
Microsoft, qui a pour vocation de publier des ouvrages pour aider les
utilisateurs à tirer le meilleur parti de leurs outils logiciels et
informatiques. Microsoft Press mettra tout particulièrement l'accent sur ses
ouvrages grand public, et notamment sur la nouvelle collection " En un Clin
d'Oeil " qui connaît un franc succès depuis son lancement en octobre 1997 grâce
à son approche " Trucs et Astuces " pour mieux travailler avec la suite
bureautique Microsoft Office (Microsoft Access, Excel, PowerPoint et Word) et
l'Internet.» (source)
Dans son édition de
2001, le Salon du livre de Paris proposait déjà un regard sur l'avenir du livre
avec l'exposition " Le Livre du futur " sur le stand Havas : «En partenariat
avec le Salon du Livre, Havas, présentera sur son stand un prototype de papier
utilisant "l'encre numérique", développée par son partenaire américain E-Ink.
Cette technologie révolutionnaire permettra d'acheminer des contenus sur des
supports aussi fins et pratiques que le papier en les transformant comme de
véritables écrans d'ordinateur. On pourra ainsi télécharger sur Internet
l'équivalent de plusieurs centaines d'ouvrages que l'on feuillettera sur
quelques feuilles de papier électronique.»
L'espace «Lectures
de dem@in» est le fruit de l'ouverture de la direction du Salon du livre de
Paris au nouveau monde du livre depuis les premiers signes de la révolution
numérique.
La maison d'édition en ligne française Le
Manuscrit.com participe au Salon du livre de Paris depuis au moins 2002 (source).
Lorsque la Fondation littéraire Fleur de Lys, pionnier québécois dans le domaine
de l'édition en ligne avec impression à la demande, s'adressera à la direction
du Salon du livre de Montréal en 2004 pour louer un kiosque, on nous répondra
que le salon est réservé aux éditeurs traditionnels avec distribution en
librairie. Voici l'extrait de notre historique inhérent à ce refus :
«Toujours en 2004, à la demande des auteurs, la
fondation projette de participer à des salons du livre. L'organisation n'en a
pas les moyens mais les auteurs acceptent de contribuer financièrement à cette
opération de promotion sur le terrain. Ce serait la toute première fois qu'un
éditeur en ligne sur Internet participe à un salon du livre au Québec. En
France, le salon du livre de Paris a déjà certains éditeurs en lignes sur
Internet à sa liste d'exposants. Nous envoyons un courriel à tous les salons du
livre au Québec.
Nous étions sans savoir que notre demande de
participation provoquerait un débat au sein de l'Association des salons du livre
du Québec. Nous ignorions que le règlement de l'association stipulait qu'un
éditeur devait nécessairement distribuer ses livres en librairies
(traditionnelles) pour être reconnu comme exposant. Notre maison d'édition en
ligne se trouvait donc à être exclue puisqu'elle distribuait uniquement ses
livres sur Internet dans une librairie dite virtuelle par opposition à une
librairie traditionnelle avec pignon sur rue. Le salon du livre de Québec et
celui de Montréal nous refusent. Puis, le salon du livre de Sherbrooke et celui
de Rimouski nous acceptent. Intrigués par les motifs de ces refus et de ces
acceptations, nous apprendrons que les demandes de participations de la
fondation ont été mis à l'ordre du jour d'une réunion de l'Association des
salons du livre du Québec compte tenu de la règlementation. Au terme de cette
réunion, il fut décidé de laisser chaque salon prendre la décision qui lui
convenait en ce qui concernait notre maison d'édition en ligne, de là l'accueil
différent d'un salon à l'autre. Nous avons donc participé aux salons du livre de
Sherbrooke et de Rimouski. La station de télévision du réseau TVA à Rimouski
profitera de notre passage pour réaliser un reportage qui sera ensuite repris
sur la chaîne d'information continue LCN (voir
ce reportage). Ce sera là notre premier passage à la télévision. L'année
suivante, le salon du livre de Québec nous acceptera mais dans les métiers
connexes du livre, une véritable insulte pour nous et pour nos auteurs. Nous n'y
participerons pas.» (source)
La direction du Salon
du livre de Montréal conserve sa réticence face à l'avenir du livre, même si un
exposant lui vient en aide. Voici ce que j'écrivais dans mon rapport à la suite
de ma participation à l'ouverture officielle de l'édition 2008 du Salon du livre
de Montréal :
«Comme
toujours, je suis arrivé beaucoup plus tôt à cette cérémonie d'ouverture du
Salon du livre. Non seulement je suis ponctuel, mais je suis toujours en avance.
J'avais donc du temps pour me rendre au kiosque de la Librairie Monet offrant en
démonstration quatre exemples de livres électroniques. Toute une première pour
ce libraire, une initiative unique. Je suis arrivé face-à-face avec monsieur
Monet lui-même, le fondateur de
cette librairie seule en son genre à Montréal. « Comment le Salon du livre
a-t-il réagi lorsque vous leur avez dit que vous vouliez présenter le livre
électronique à votre kiosque? lui ai-je demandé. «Il n'était pas trop chaud à
l'idée”. Notre échange sur le sujet m'a clairement laissé entendre que mes très
sincères félicitations pour cette excellente initiative jumelée à un débat lui
revenaient bel et bien; le Salon du livre n'y était pour rien. «Ce kiosque me
coûte 10,000 $ pour six jours. Au lieu de mettre cet argent dans mes poches,
j'ai préféré organiser cet événement pour lancer la réflexion au sujet du livre
électronique auprès des lecteurs.» m'a précisé monsieur Monet. WOW! BRAVO MILLE
FOIS!»
Félicitez-le avec moi en lui écrivant à l'adresse électronique suivante :
info@librairiemonet.com
info@librairiemonet.com
Force est
de constater qu'il s'agit d'une grande première à Montréal que le Salon du livre
aurait pu promouvoir davantage. Malheureusement, l'événement ne jouit d'aucune
mention spéciale dans les communications de presse du salon, pas plus que dans
son programme. C'est bête!»
Oui, il s'agissait
d'une grande première pour le livre électronique au Salon du livre de Montréal.
Aucun des grands quotidiens de Montréal traitera du sujet. Voici ce que
j'écrivais à la suite de ma rencontre avec le journaliste Daniel Lemay du
quotidien montréalais La Presse lors du Salon du livre de Montréal :
«Lors de
la cérémonie d'ouverture du 31e Salon du livre de Montréal — 2008, j'ai reconnu
Daniel Lemay, journaliste au quotidien montréalais La Presse. Ce dernier m'avait
donné rendez-vous à ce même salon du livre l'année dernière pour une entrevue.
Il voulait traiter du nouveau monde du livre suite à mon courriel le
sensibilisant sur le sujet. Je m'étais donc rendu au salon et je lui avais
accordé une entrevue d'une soixantaine de minutes. Monsieur Lemay n'avait pas
donné suite à cette entrevue. Aucun article n'était paru. Je m'étais promis de
lui tomber dessus à bras raccourci si je le rencontrais. Et c'est ce que je
viens de faire à l'édition 2008 du Salon du livre de Montréal : « Tiens, tiens!
Daniel Lemay. Je suis Serge-André Guay de la Fondation littéraire Fleur de Lys.
L'année dernière je vous ai accordé une entrevue d'une heure au sujet du nouveau
monde du livre et vous n'avez rien fait. » Et le journaliste de me répondre :
« Oui, je sais ». J'ai enchaîné immédiatement : « C'est quoi, vous n'en avez que
pour l'édition traditionnelle? Il n'y a rien eu dans La Presse depuis un an sur
le nouveau monde du livre. Si vous ne faites rien, il ne se passera rien » (en
réalité, je ne me souviens d'aucune couverture du sujet par La Presse au cours
des dernières années). Et lui de me répondre : « Je sais, s'il y avait eu
quelque chose dans La Presse, c'est moi qui l'aurait fait. » Je suis resté
bouche bée et il a ajouté : « La priorité est à l'édition traditionnelle ».
Après m'être ressaisi, j'ai lancé : « Oui, mais cette année il y a le livre
électronique au kiosque de la Librairie Monet. Et il y aura
un débat sur le sujet samedi à 17h.00. Et il y a le
Consulat général de France à Montréal qui organise lui aussi un débat sur le
sujet le 24 novembre en soirée». « Oui, on a reçu l'invitation » me dit-il.
« Y serez-vous? » ai-je demandé. J'ai oublié sa réponse. Je verrai bien, car
j'assisterai au débat samedi à 17h.00 et je suis l'un des invités à celui de
lundi prochain.
Rien dans La Presse,
rien dans Le Devoir et rien dans Le Journal de Montréal au sujet de cette
initiative mettant en vedette le livre électronique pour la toute première fois
au Salon du livre de Montréal.
C'est le chroniqueur
littéraire Didier Fessou, du quotidien de la capitale nationale, LE SOLEIL, qui
fera le voyage de plus de 230 kilomètres de Québec à Montréal et traitera de
l'événement dans sa chronique :
«Dans le cadre du
Salon du livre de Montréal, la semaine dernière, il y avait une mini-conférence
sur le même sujet. Y participaient quelques pointures, notamment l'écrivain
François Bon et les professeurs Jean-Claude Guédon, Bruno Rives et Benoît
Mélançon.
Ces gens sont des spécialistes du rapport entre le texte et la technologie. Ils
ont entonné le même refrain : le livre électronique révolutionnera le contenu
des livres et notre relation avec les livres.
Bruno Rives donnait cet exemple : «Pourquoi s'embêter à lire un livre du
philosophe Michel Serres quand le livre électronique nous permettra de l'écouter
parler?»
Les mots lire et apprendre seront peu à peu remplacés par les mots voir et
entendre.
C'est la littérature savante qui saura le mieux tirer avantage des changements.
En effet, la technologie facilite la fluidité, c'est-à-dire la mise à jour
permanente des informations.
Le roman et la poésie, eux, pourraient avoir du mal à s'adapter. La technologie
permettra et encouragera d'autres formes d'expression. Et, surtout, beaucoup
d'expérimentations.»
Source
Contrairement au
Salon du livre de Paris, les premiers signes de la révolution numérique dans le
domaine du livre sont passés inaperçus au Salon du livre de Montréal. Dommage.
Il faut souligner que le Salon du livre de Montréal en a déjà plein les bras
avec les éditeurs traditionnels dont il refuse des demandes à chaque année faute
d'espace. Alors, il ne nous reste plus qu'à laisser le Salon du livre de
Montréal à lui-même pour créer un nouvel événement, un salon du nouveau livre
dédié à la révolution numérique.