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20 septembre 2007

 

Un Peuple et sa Langue et la Commission Bouchard-Taylor

 

par Fernand Couturier, auteur

Fondation littéraire Fleur de Lys

 

 

À peine commencée, la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables paraît être le lieu de convergence de manifestations diverses relatives à l’intégration et à l’identité du peuple québécois. Identité fondée sur la langue, le français, en qui s’est développée son histoire depuis 400 ans. Nombre de ces manifestations ont comme toile de fond à la fois l’affirmation frileuse de notre identité nationale et la confusion résultant de notre situation au sein de la nation canadienne qui se veut d’une autre mouture. Cet événement qui va occuper encore pour plusieurs mois l’avant-plan de l’actualité nationale, accorde une pertinence toute spéciale au livre intitulé Un Peuple et sa Langue, paru aux Éditions de la Fondation littéraire Fleur de Lys.

 

Ce livre, en effet, tout entier tourné vers la réalité du peuple québécois, se veut un essai de philosophie du langage et de l’histoire montrant comment le langage comme milieu de vie est l’élément primordial qui forge au fil du temps

l’être d’un peuple, son identité. Le langage retrouve ainsi ses lettres de noblesse. Car on peut percevoir de nouveau, tout comme ce fut le cas au tout début de la pensée gréco-romaine, la nôtre, que si le langage peut nous apparaître et nous servir comme moyen d’expression et de communication, c’est qu’il est d’abord constitutif de l’être même de l’humain. Ainsi le français, la langue du peuple québécois, a imprégné et doit continuer de déterminer la culture de ce peuple, de modeler l’établissement de son monde sur son territoire, ses manières de vivre, ses valeurs ou ses idéaux tels que la solidarité dans la liberté, l’égalité permettant à tous de se reconnaître semblables indépendamment du sexe ou des origines. Ainsi le français est l’élément fondamental de l’histoire passée, présente et à venir du peuple québécois.

 

C’est sur le fond de cette réalité historique que les questions d’immigration et d’intégration doivent être débattues et réglées. Il y a le peuple québécois, déjà là, à qui se sont ajoutés, au fil des ans, de nouveaux arrivants qui tantôt ont décidé librement d’être pleinement de ce peuple, et tantôt se sont opposés à lui ou tenus plutôt à l’écart. Le phénomène de l’immigration du temps présent poursuit ce processus d’accroissement et tend à l’amplifier.

 

À ce propos, voici un passage de Un Peuple et sa Langue : À la différence de l’assimilation qui peut relever de l’indifférence et de la contrainte, « l’intégration s’adresserait plutôt à la liberté et à la créativité. Comment? Il n’y aurait de véritable intégration à une société d’accueil que par la décision d’assumer librement le projet même de cette société, avec toutes les ressources, les moyens et les capacités dont chacun dispose en arrivant chez elle; ressources et moyens qui soient compatibles, comme de raison, avec la nature du projet fondamental de cette société. Donc un projet, on le voit, assumé de l’intérieur et non imposé par quelque contrainte externe. Un projet, il va sans dire, respectueux des droits fondamentaux de l’humain. S’il y a encore là obligation, ce ne peut être que celle inscrite dans ce projet lui-même en tant que comportant des déterminations et des exigences particulières qui lui sont essentielles et non préjudiciables à l’humain comme tel. Celles-ci sont inscrites en lui et se présentent telles quelles au choix éclairé et libre de l’immigrant. La condition même de l’immigrant implique cette ouverture au projet fondamental du peuple d’accueil et l’intention délibérée de l’adopter pour sien. » (p. 79)

 

Pour que le peuple québécois puisse demeurer ce qu’il est et veut être, tous sans distinction doivent s’alimenter au même flux vital qu’est la langue commune, le français. C’est dans cette perspective d’essentiel partage que tous les Québécois peuvent se dire : Nous sommes une nation, un peuple. Ce peuple, cette nation, ce nous, se trouve maintenant dans la situation où il doit s’expliciter à lui-même comment il incombe à tout un chacun d’adhérer à la vie commune. Ce nous, en son unité de fait déjà irisée, doit se dire en toute clarté, franchise et détermination ce que son existence requiert ou ne peut tolérer. Le peuple québécois, pour être tout simplement, doit reconnaître son identité, la déclarer, l’affirmer, et la cultiver. La diversité des peuples n’est pas une tare de l’humanité. Celle-ci, normalement, rayonne en la multiplicité des nations qui sont autant de manières pour les humains d’habiter la terre.

 

La commission Bouchard-Taylor va remettre à l’ordre du jour l’idée de nation civique pour caractériser l’identité québécoise. « Le nationalisme civique résulte de l’intégration des membres d’une nation par des lois communes sous la gouverne de l’État… Ce nationalisme reflète la conception et la défense de la nation civique issue d’une sorte d’entente contractuelle… À la rigueur le nationalisme civique pourrait n’être fondé que sur une simple convention. » (p.131) Mais Un Peuple et sa Langue écarte cette forme de nationalité comme déterminant identitaire. Celle-ci n’est qu’un aspect de la nation réelle. En elle-même et prise pour elle-même, elle n’est qu’une abstraction en manque de substance. La nationalité civique est aseptisée, desséchée, exsangue. La nationalité contenant l’identité concrète d’une nation s’avère plutôt à la fois langagière, culturelle, historique, territoriale et civique ou politique. « Si les nations ont pu se former et durer, c’est qu’elles ont tablé sur autre chose qu’un pur consensus; elles ont plutôt été portées par un fond commun d’humanité dont la capacité de rassemblement et les forces incitatives les ont amenées à la décision conventionnelle de mettre en place une autorité gouvernementale et d’établir un ensemble de lois. » (pp.131-2)

 

Ici on peut observer que la Charte canadienne des droits et libertés, telle que formulée, paraît tout à fait adaptée à cette idée de nation civique. En tant que s’intéressant d’abord à la personne, à l’individu, elle est un document fondateur d’individualisme et de juridisme. Il est vrai que la liberté est un acquis des Temps modernes. Mais tout aussi essentielles sont l’égalité et la fraternité. Ces trois sont inter-reliées. Seule, la liberté peut se prétendre absolue; mais l’égalité est là pour la tempérer; et de son côté la fraternité caractérise l’égalité. Puis cette fraternité se décline tout naturellement comme affinité, ressemblance, solidarité et responsabilité. La nation fondatrice du nous identitaire intègre tous ces éléments.

 

C’est surtout après le référendum de 1995 qu’intellectuels et politiciens se sont rabattus sur cette nationalité civique pour échapper aux reproches d’ethnicisme. Pensant pouvoir ainsi s’afficher inclusifs pour les autres cultures. Et dans la même veine, on a revalorisé l’idée d’inter-culturalisme pour remplacer la politique canadienne du multiculturalisme qui se révélait de plus en plus porteuse de dissensions et de ghettoïsations. Mais cet inter-culturalisme a les mêmes effets que le multiculturalisme si la nationalité d’un peuple est réduite à la seule dimension civique et fait abstraction de sa densité historique qui est de fond en comble langagière, culturelle, territoriale.

 

La nationalité civique et l’inter-culturalisme qui y trouve son terrain de jeu érodent, rognent avec le temps le substrat langagier, culturel et historique du peuple québécois. L’intégration librement consentie à ce substrat national est seule prometteuse d’avenir. Car chacun, quels que soit ses origines et son bagage culturel, fait lui-même le tri des apports qui respectent, favorisent et contribuent à l’édification de l’identité concrète du peuple québécois engagé depuis longtemps dans la poursuite de ce qu’il souhaite comme destin. Mais il lui manque encore de le vouloir résolument.

 

D’autre part, la laïcité est apparue depuis quelques temps, à l’occasion de faits ou d’incidents largement médiatisés et partant connus de tous, comme l’élément qui provoque une prise de conscience identitaire renouvelée. Même si le livre Un Peuple et sa Langue ne traite pas expressément de ce thème, il s’avère utile à la réflexion du seul fait qu’il met toute l’épaisseur et la densité de la réalité historique comme contenu de l’identité du peuple québécois français.

 

Il importe présentement de voir que la laïcité dont se réclame notre nation n’est pas un état parfaitement accompli, mais reste encore un processus. Elle le demeurera peut-être toujours. Cette laïcité était en germe depuis fort longtemps quand elle réussit à s’affirmer plus expressément dans une éclosion rapide et généralisée dans la seconde moitié du siècle dernier. Lorsque, par exemple, la santé et l’éducation, qui jusque là étaient des domaines relevant en majeure partie des communautés religieuses, sont devenues des secteurs de la vie publique assumés par l’État. Le peuple québécois faisait ainsi un pas important vers la réalisation de la laïcité. Une démarche qui ne fut pas sans causer quelques douleurs chez une partie de la population, mais nécessaire tout de même pour une conscience collective devenue au fait des exclusivismes engendrés par les diverses croyances religieuses. Une démarche qui heureusement put s’accomplir jusqu’à maintenant sans brutalité, sans que, par exemple, on fit table rase de toute la symbolique chrétienne. Cette symbolique reste en partie liée à des acquis culturels appartenant sans conteste au bagage identitaire de notre nation. Le peuple québécois est encore à opérer un tri dans l’ensemble de ces signes religieux. On doit veiller à ce que cette démarche délicate soit épargnée de bousculades suggérées par un trop grand empressement.

 

Dans ce contexte, il est compréhensible que la population éprouve quelques appréhensions et émettent des critiques lorsqu’elle voit des nouveaux arrivants ou d’autres plus anciens arborer des symboles qui sont en eux-mêmes, ou peuvent le devenir, des signes annonciateurs de mentalités et de pratiques qui vont à l’encontre de son projet fondamental et des principes, biens ou idéaux tels que la liberté et l’égalité de tous, ainsi que la solidarité se comprenant responsable de l’ensemble. Autant de biens concrétisés dans une vie commune française.

 

 

Fernand Couturier, auteur

Fondation littéraire Fleur de Lys

 

 

 

 

21 septembre 2007

 

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