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Article mis en ligne le 2 août 2009

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Serge-André Guay, président

Fondation littéraire Fleur de Lys

contact@manuscritdepot.com

Les Correspondances d'Eastman

À l'ère du web, la littérature ne se perd pas contrairement aux dires de l'anthropologue Serge Bouchard 

C'était inévitable. Quelqu'un quelque part allait soulever «la pertinence de la lettre manuscrite à l'heure du web» en parlant de l'événement «Les Correspondances d'Eastman». L'Honneur revient à la journaliste Chantal Guy du quotidien montréalais La Presse.

 

Les organisateurs présentent «Les Correspondances d'Eastman» en ces mots sur leur site Internet :

 

Présentation

 

L’idée de départ est simple : pendant quelques jours d'été, les passants sont invités à venir écrire des lettres qui sont expédiées gratuitement à travers le monde. S'ajoutent à cette activité beaucoup d'autres reliées à l'écriture et à la lecture, avec des auteurs, animateurs et comédiens venus aussi faire la fête de toutes les lettres.

Les enfants et les adultes peuvent ainsi fréquenter des lieux aménagés en « jardins ou chambres d’écriture », disséminés dans le village et la région, où l’on va écrire un mot à une personne chère. Dans chacune des chambres, dans tous les jardins, on trouve une ambiance particulière et ce qu’il faut pour écrire. Tout le courrier est ensuite affranchi gracieusement à moins qu’il ne soit destiné au concours de la Poste restante, ce qui peut valoir aux épistoliers de passage la lecture de leur missive lors de la clôture de l'événement.

Donner le goût d’écrire et de lire en passant par l’échange épistolaire est l’un des objectifs avoués du comité organisateur, qui souhaite aussi que cet accent mis sur l’écriture vivante puisse valoriser le livre et le travail des écrivains.
 

Source

 

Dans l'édition d'aujourd'hui le 2 août 2009 du quotidien montréalais La Presse, la journaliste Chantal Guy nous invite à réfléchir à «la pertinence de la lettre manuscrite à l'heure du web» dans un texte intitulé «Les Correspondances d'Eastman: l'esprit de la lettre». Je retiens plus particulièrement ce passage de l'article dans lequel la journaliste rapporte les propos de l'anthropologue québécois Serge Bouchard :
 

(...) Pour Serge Bouchard, il n'y a aucun doute: la relation épistolaire est un grand art qui se perd. «Ce n'est pas l'internet qui est en cause, ce sont les usagers, dit-il. Dans la vie, et ce sera toujours la même chose, il faut mettre les formes. Or, il faut remarquer que le style courriel est catastrophique; c'est bourré de fautes, sans style, sans odeur, sans couleur, et d'une platitude absolue. On garroche sans code et sans convention, le contact prime plus que le contenu, et on s'intéresse plus à savoir si on a reçu le courriel qu'à ce qu'il dit. Communiquer l'amour ou l'amitié, tout simplement en écrivant, a été une grande période de notre culture. Tout cela est en train de mourir pour la même raison que la littérature est en train de se perdre.»
 

Source : Les Correspondances d'Eastman: l'esprit de la lettre, Chantal Guy, La Presse, 2 août 2009

 

Wow ! L'anthropologue Serge Bouchard n'y va pas avec le dos de la cuillère : «(...) le style courriel est catastrophique; c'est bourré de fautes, sans style, sans odeur, sans couleur, et d'une platitude absolue.» Évidemment, il a pris grand soin de rendre les usagers du web responsables: «Ce n'est pas l'internet qui est en cause, ce sont les usagers». Comment qualifier ces affirmations autrement que de pathétiques. Car l'écriture bourrée de fautes, sans style, sans odeur, sans couleur, et d'une platitude absolue existait déjà bien avant l'arrivée du courrier électronique.

 

La source du problème se trouve dans l'enseignement depuis l'amorce de la Révolution tranquille dans les années 60. Depuis, d'une année à l'autre, on s'éloigne lentement mais sûrement de l'essentiel durement acquis au fil des siècles. L'enseignement classique au cours des années 50 offrait le summum de l'expérience intellectuelle acquise jusque-là. Il suffit de consulter les manuels scolaires de l'époque pour le constater. À eux seuls, les manuels «Leçons de logique» et «Stylistique française» au programme des collèges classiques au cours des années 50 prouvent jusqu'à quel point nous nous sommes éloignés de l'essentiel.

 

Une salle d'étude comme celle que j'ai connue au Collège de Lévis

 

Or, cerner l'essentiel ne se fait pas du jour au lendemain. En revanche, tout balancer se fait en un rien de temps. Depuis cette maudite Révolution tranquille, le Québec est plongé dans un renouvellement pédagogique continu tirant la qualité de l'enseignement de la pensée et l'écriture vers le bas. Aujourd'hui, on fait avec ce que l'on a reçu. Autrement dit, l'internaute ne peut pas donner à la forme ce qu'il n'a pas reçu.

 

Parlant de ce qu'il appelle le «style courriel», l'anthropologue Serge Bouchard affirme : «On garroche sans code et sans convention, le contact prime plus que le contenu, (...)». J'ai l'impression qu'il parle du sort réservé à l'enseignement depuis la Révolution tranquille. Il ajoute : «(...) et on s'intéresse plus à savoir si on a reçu le courriel qu'à ce qu'il dit.» Cette quête de l'accusé de réception des courriels s'avère tout à fait légitime puisque bon nombre de personnes ne se donnent même pas la peine d'informer l'expéditeur de l'arrivée à bon port de son courriel.

 

Cette absence chronique de l'accusé de réception du courriel repose en partie sur une méconnaissance de la programmation du logiciel de courrier électronique puisque ce dernier peut informer automatiquement l'expéditeur de l'affichage de son courriel à l'écran du destinataire, et en partie sur le jugement négatif de la communication électronique. D'autres encore se justifient en soutenant que le nombre élevé de courriels reçus ne leur donne pas le temps d'en accuser réception. Pourtant, un code d'éthique propre à l'Internet, la nétiquette, et incluant la conduite à adopter face aux courriels, existe depuis plus de quinze ans.

 

Alors, pourquoi doit-on encore courir après l'accusé de réception de nos courriels ? Par manque de formalisation et abus de la liberté personnelle. Et ces manquements datent de bien avant l'arrivée de l'Internet et du courriel. Autrement dit, les lettres sans accusé de réception existaient bien avant la mise en place des nouvelles technologies numériques. Et à mon avis, l'initiative des lettres sans réponse vient de très haut, par exemple, des politiciens. Fait très important à signaler dans le domaine des communications avec nos élus et les gouvernements, aujourd'hui, que la lettre soit manuscrite ou électronique, on n'a pas nécessairement plus de chance de recevoir un accusé de réception.

 

Mais qui donc a transmis aux usagers du web cet esprit libertaire face au courrier électronique ? Qui donc furent les premiers à transmettre le message qu'il n'y a pas d'obligation à se formaliser à l'éthique en vigueur jusque-là ? Qui fut le premier à jeter le bébé avec l'eau du bain ? Quel est le plus proche exemple que nous ayons dans notre histoire d'un tel comportement ? Réponse : les acteurs de la Révolution tranquille ! Le bon peuple a suivi l'exemple. Aujourd'hui, certains ne répondent pas aux courriels comme d'autres ne répondaient pas aux lettres d'autrefois.

 

Et voici le clou de la déclaration de l'anthropologue Serge Bouchard : «Communiquer l'amour ou l'amitié, tout simplement en écrivant, a été une grande période de notre culture. Tout cela est en train de mourir pour la même raison que la littérature est en train de se perdre.» La communication de l'amour ou l'amitié n'est pas à l'agonie en raison de l'arrivée du courriel.

 

D'entrée de jeu, mentionnons la détérioration de l'enseignement de l'écriture manuscrite dans nos écoles depuis les vingt dernières années. On y préfère l'écriture en lettres détachées à celle en lettres attachées. En fait, il y a de plus en plus de jeunes éprouvant de la difficulté à lire les documents manuscrits en lettre attachées. À titre d'éditeur, je ne recommande plus les polices de caractères en lettres attachées, question de ne pas poser de problème de communication avec les jeunes lecteurs. Cette situation remonte bien avant l'arrivée des ordinateurs personnels et du courrier électronique. La source du problème, comme je l'ai mentionné ci-dessus, c'est le renouveau pédagogique perpétuel imposé à nos enseignants depuis la Révolution tranquille.

 

Aussi, pour affirmer que «Communiquer l'amour ou l'amitié, tout simplement en écrivant, a été une grande période de notre culture», il faut attribuer cette culture à une élite car rares étaient les gens du peuple capables de lire et écrire autrefois. On peut parler d'une «période» mais de là à la qualifier de «grande», en l'absence du plus grand nombre, il y a toute une différence. La véritable culture ne se fondent pas sur la rareté. Autrement, c'est la culture de l'anecdote et d'une l'élite.

 

Enfin, la littérature n'est pas en train de se perdre parce qu'on n'écrit plus à la main ou parce que «le style courriel est catastrophique». En fait, si la littérature québécoise se perd, c'est au fond des tiroirs depuis que les éditeurs refusent plus de 90% des manuscrits soumis à leur attention, une pratique purement industrielle et capitaliste sous une autorité autocratique face à laquelle ni les auteurs ni les lecteurs n'ont aucun pouvoir. L'histoire apprendra à nos petits-enfants que le web a sauvé la littérature en démocratisant l'accès à l'édition pour ainsi la libérer du joug des critères de sélections commerciaux imposés par l'augmentation des coûts des gros tirages papier et la saturation du marché. Voilà ce que les anthropologues de demain observerons avec le recul que seul le temps et l'espace permettent contrairement à ceux d'aujourd'hui pris au piège de leurs préjugés face aux nouvelles technologies, préjugés qui les empêchent de comprendre la logique du présent.

 

Définitivement, ce n'est pas la littérature qui fout le camp mais la logique !

 

 

Serge-André Guay, président éditeur

Fondation littéraire Fleur de Lys

 

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