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Article mis en ligne le 31 août 2009

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Serge-André Guay, président

Fondation littéraire Fleur de Lys

contact@manuscritdepot.com

Les enseignants et l'édition

C'est bien connu, l'industrie traditionnelle du livre au Québec ne perçoit pas nécessairement d'un bon oeil la démocratisation de l'accès à l'édition engendrée par le numérique, le web et l'impression à la demande. Clément Laberge, vice-président, services d’édition numérique chez De Marque, nous en donne une autre preuve en écrivant «c’est une erreur pour un éducateur de vouloir ''se transformer en éditeur''».

 

La citation est tirée d'un billet intitulé «Une histoire à inventer» dans lequel Clément Laberge rend compte de sa participation au Camp de lecture numérique organisé pour la deuxième année par le Ministère de l’Éducation du Québec le 20 août 2009. Son intervention s'intitulait «Le livre à l’ère de la culture numérique: une histoire à inventer» et voici comment il en rapporte la conclusion dans son blogue, Du cyberespace à la cité éducative…:

 

 

«Le message que j’avais choisi de laisser en conclusion est essentiellement le suivant:
  • Les technologies sont en train de changer profondément notre conception du livre;

  • Il existe un grand nombre d’outils qui permettent aujourd’hui de réaliser des livres, plus ou moins innovateurs — les éducateurs doivent les connaître, se les approprier, savoir y faire appel;

  • Mais il ne faut pas perdre de vue que quelle que soit la forme qu’on peut choisir de lui donner, un livre demeure une création très complexe et, de façon générale, c’est une erreur pour un éducateur de vouloir « se transformer en éditeur »;

  • Il est préférable d’utiliser tous les outils disponibles dans une perspective de prototypage, pour décrire, par l’exemple, concrètement, sous quelle forme nous souhaiterions que les éditeurs réalisent aujourd’hui les livres dont nous avons besoin dans un contexte pédagogique.»

Source

 

Le message de monsieur Laberge aux éducateurs est très clair : vous pouvez utiliser les nouveaux outils d'édition mais préférablement dans le but de proposer aux éditeurs professionnels des prototypes. Selon monsieur Laberge,  «c’est une erreur pour un éducateur de vouloir ''se transformer en éditeur''». Curieusement, monsieur Laberge propose aux éducateurs de fournir des prototypes aux éditeurs. Or, c'est plutôt aux éditeurs de fournir des prototypes aux éducateurs, ce sont eux les professionnels de l'édition.

 

Dans le cas contraire, l'éducateur aura avantage à enregistrer ses droits d'auteur sur son «prototype» de livre et à demander à l'éditeur des droits d'auteur, non seulement sur l'oeuvre elle-même mais aussi sur le concept du livre. Habituellement, lorsqu'un auteur soumet un «livre» à un éditeur, il fournit uniquement le texte. Il revient à l'éditeur de faire le travail d'édition, y compris la conceptualisation et le prototype du livre.

 

La recherche d'une opportunité d'affaires saute aux yeux dans cet autre passage du billet de monsieur Laberge où il parle ouvertement «d’un nouveau contrat entre éducateurs et éditeurs» :

 

En d’autres termes, j’avais envie de dire que si les technologies sont une extraordinaire occasion d’empowerment (toujours la même difficulté à traduire ce terme) pour les éducateurs au regard de l’édition et du monde du livre… il faut arriver à distinguer ce qui relève de « l’acquisition de la capacité / de l’influence » et ce qui relèverait plutôt du « vouloir tout faire soi-même ».

Je faisais en quelque sorte la proposition d’un nouveau contrat entre éducateurs et éditeurs, s’appuyant sur les technologies — évoquant l’idée d’un laboratoire technologique commun — le web — permettant aux éditeurs de faire ensuite leur travail en tirant profit de toutes les compétences qu’ils savent mobiliser et aux éducateurs de faire leur travail auprès des jeunes (et des moins jeunes).

Source

 

Le mot «empowerment» peut se traduire par «prise de pouvoir», plus précisément par, «d'acquérir de nouveaux pouvoirs» ou «de renforcir leurs pouvoirs». En fait, le concept le plus adéquat à utiliser dans le contexte de l'appropriation des nouvelles technologies dans le domaine de l'édition et du livre est : «DÉMOCRATISATION». C'est vrai pour les éducateurs, les élèves, les nouveaux auteurs, les auteurs et les écrivains professionnels. Car le taux de refus des manuscrits par les éditeurs dépasse les 90% qu'importe le nouveau contrat proposé. Les nouvelles technologies dans le domaine de l'édition n'ont pas été développées pour permettre à tous ces gens de proposer des prototypes aux éditeurs mais plutôt de tout faire soi-même, ce qui est déjà pratique courante dans le secteur de l'éducation au Québec. Nos professeurs font preuve d'une grande débrouillardise pour enrichir ou développer des livres pédagogiques adaptés à la personnalité de leur enseignement.

Monsieur Laberge laisse sous-entendre, d'une main, que les éducateurs devraient inspirer les éditeurs et, de l'autre main, qu'ils devraient se mêler de leurs affaires. Il écrit : «(...) et aux éducateurs de faire leur travail auprès des jeunes (et des moins jeunes)»

Le message de monsieur Laberge, tout aussi normal qu'il est dans le contexte d'une recherche d'opportunité d'affaire avec les éducateurs, devient arrogant dans le post-scriptum de son billet :
 

 

P.S. Dans un texte intitulé Announcing our new book deal, l’équipe de 37 Signals explique que malgré le très grand succès de leur premier livre, auto-édité il y a quelques années, ils ont choisi de travailler avec un vrai éditeur pour leur prochain ouvrage. Leur démarche est tout à fait dans l’esprit de ce que j’évoquais jeudi: utiliser tous les moyens dont on dispose pour montrer ce qu’on veut faire — faire un/des prototype/s — puis faire appel à de l’expertise spécialisée pour réaliser son projet à pleine échelle.

Source

 

 

Après vérification, on constate que l'exemple s'applique uniquement à celui ou celle qui vise une distribution et une publication à grande échelle avec un best-seller.

 

«Even though we had tremendous success self-publishing Getting Real, we decided that this time we wanted to write a best seller. We want to sell hundreds of thousands or millions of copies. We couldn’t do this on our own, so we decided to work with a traditional publisher.»

Source

 

«Des centaines de milliers ou des millions d'exemplaires» écrit Jason F de la firme 37 Signals spécialisée dans une base de logiciels accessibles en ligne et destinée aux entreprises. Le contexte ne s'apparente d'aucune façon avec celui d'un enseignant québécois. Bien sûr, l'auteur peut rêver à un grand tirage et des ventes phénoménales de son oeuvre mais il ne doit pas perdre de vue la réalité du marché. On ne parle pas ici d'un livre du genre «Devenez millionnaire en un jour» ou d'un roman mais d'un manuel pédagogique qui doit répondre aux exigences du ministère de l'éducation d'ici. Entre autres, il faut se rappeler que l'industrie québécoise du livre scolaire survit grâce aux subventions de l'état. Si le marché scolaire captive les éditeurs avec ses milliers d'élèves, il ne faut pas oublier le coût de production très élevé d'un manuel scolaire. Sans subvention l’édition scolaire ne serait pas nécessairement rentable.

 

Les nouvelles technologies dans le domaine de l'édition et du livre permettent aux éducateurs de suivre une voie beaucoup plus simple et sans compromis professionnels, contrairement à ce que laisse entendre monsieur Laberge. Ce dernier écrit dans le post-scriptum de son billet, au sujet du projet de livre de l’entreprise 37 Signals : « (…) ils ont choisi de travailler avec un vrai éditeur».

 

Cette allusion à «un vrai éditeur», comme quoi seul ce dernier est un professionnel, vient tout naturellement à l’esprit de l’industrie traditionnelle du livre, et ce, depuis l’apparition des nouveaux éditeurs nés du numérique, de l’impression à la demande et de l’Internet. Pour cette industrie, un éditeur en ligne sur Internet (cyberéditeur) n’est pas un vrai éditeur, comme si un livre en ligne sur Internet n’était pas un vrai livre, même s’il est disponible à la fois en version numérique et papier imprimé à la demande (un exemplaire à la fois à la demande expresse de chaque lecteur). Mais ce n’est pas uniquement en raison du support numérique ou papier que l’industrie traditionnelle dénigre ou, dans ce cas précis, ramène le «livre» à un simple prototype. L’industrie a la prétention d’être la seule à pouvoir faire un travail éditorial professionnel. Monsieur Laberge se réfère à la complexité du travail («un livre demeure une création très complexe») et aux ressources des éditeurs («permettant aux éditeurs de faire ensuite leur travail en tirant profit de toutes les compétences qu’ils savent mobiliser (…)».

 

Or, c’est justement pour faire face à la complexité du travail et aux ressources nécessaires que les nouveaux outils de publication ont vu le jour. Un livre autoédité ou édité à compte d’auteur n’est pas moins complexe à publier qu’un livre produit par l’industrie traditionnelle du livre. Les nouveaux outils de publication viennent simplement faciliter la tâche.

 

L’allusion directe à «un vrai éditeur» a agacé un des lecteurs du billet de monsieur Laberge qui, après réflexion, a ajouté : «Et non seulement il n’y a pas que « les vrais » et « les autres » (il aurait été plus juste de parler des professionnels et des amateurs) — mais il y a de la place pour toutes sortes de types de publications.»

 

En réalité, ce dont il faut parler, c’est des éditeurs «industriels» et «artisans». L’industriel s’adresse aux marchés de masse et sa force réside dans le nombre. L’artisan se concentre sur un marché d’une ou quelques personnes et sa force se révèle dans l’unicité de son produit. La qualité du produit de l’industriel et de l’artisan peut être excellente ou médiocre. Le lecteur est seul juge. Dans le milieu du marketing, on a beau avoir le meilleur produit au monde, si le lecteur ne le perçoit pas ainsi, on court à sa perte. Bref, le plus important jugement d’un livre ne provient pas de l’auteur, de l’éditeur, de l’imprimeur, du distributeur, pas même du libraire, mais du lecteur. Faut-il le répéter, le lecteur aura toujours le dernier mot. Chercher à influencer le lecteur en soutenant que seuls les éditeurs industriels lui offriront le fruit d’un travail professionnel va à contresens, surtout auprès des Québécois étant donné leur culture et leur histoire.

 

En effet, le «vouloir tout faire soi-même» décrié par monsieur Laberge demeure profondément ancré dans la culture du Québécois. C’est d’ailleurs cette volonté qui lui vaut son excellente réputation d’entrepreneur. Dans le domaine du livre, cette volonté s’exprime dans l’autoédition et l’édition à compte d’auteur, loin de la production industrielle.

 

Le Québécois sait depuis toujours que l’artisan lui offre une qualité inégalable par l’industriel. Dans le domaine du livre, l’auteur artisan de l’édition de son œuvre suscite chez le Québécois respect et admiration. Il en va de même pour l’enseignant auteur et artisan de l’édition du manuel scolaire qu’il présente à ses élèves parce que cette culture du «vouloir tout faire soi-même» s’inscrit dans nos gènes comme un héritage collectif.

 

Nous admirons aussi l’artisan devenu industriel. Mais réfutons les industriels qui rabaissent nos artisans à simples producteurs de «prototypes».

 

On peut toujours tenter une réconciliation comme nous le propose Clément Laberge en affirmant dans sa réponse finale au commentaire sur son propos : «Chaque modèle a ses forces — et vive la diversité». Il aurait été sage de s’arrêter là mais Clément Laberge tenait à revenir en arrière en ajoutant : «Il faut simplement apprendre à connaître et reconnaître les forces et les faiblesses de chacun et ne pas entretenir l’illusion qu’on peut tout faire seul ‘’comme si on était éditeur’’ (…).» Le mal est fait, une fois de plus. Chassez le naturel, il revient au gallot. Cette note finale se lit comme suit :

 

 

«Et c’est tant mieux que des gens puissent aujourd’hui réaliser des publications — sous une forme ou sous une autre — sans devoir forcément passer par le modèle économique des éditeurs pro.

 

Chaque modèle a ses forces — et vive la diversité.

 

Il faut simplement apprendre à connaître et reconnaître les forces et les faiblesses de chacun et ne pas entretenir l’illusion qu’on peut tout faire seul « comme si on était éditeur » — comme si on était une équipe éditoriale « à nous tout seul » — on fait autre chose; et ça peut être très bien.»

 

Source

 

 

À l’ère de la démocratisation de l’accès à l’édition, le milieu scolaire n’a pas besoin de se faire dire «point de salut en dehors de l’industrie traditionnelle du livre» comme jadis on soutenait «point de salut en dehors de l’église».

L’occasion est trop belle pour que nos enseignements n’en profitent pas. Plus que jamais, l’industrie traditionnelle du livre se trouve démystifiée. Refermée sur elle-même et tendant la main uniquement quand il y a une piastre à faire, notre industrie du livre tente de noyer la révolution en cours. Il ne s’agit pas de tout faire soi-même car, comme toutes les révolutions, celle dans le domaine du livre est une œuvre collective d’auteurs et de lecteurs qui se compte désormais par milliers pour ne pas dire par millions à travers le monde, appuyée par un nombre sans cesse croissant de nouveaux outils de publication. Cette révolution dispose de la plus grande équipe éditoriale jamais vue dans l’histoire du livre avec ses milliers d’internautes dont l’intelligence collective n’est plus à démontrer. Des enseignants de partout dans le monde se sont joints à cette révolution en toute liberté et indépendance sachant que s'il y avait une histoire à inventer, ils en seraient les artisans.

 

Pourquoi en serait-il autrement au Québec ? Pourquoi notre industrie du livre insiste-t-elle à ce point pour que tout finisse par passer entre ses mains ? Pas besoin de laboratoire ou d’un nouveau contrat entre enseignants et éditeurs, les outils sont déjà là, à portée de la main, au bout des doigts, sur nos claviers branchés au web. Il n’y a rien à craindre, nos enseignants sont des professionnels dans l’âme.

 

 

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Serge-André Guay, président éditeur

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