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Mon
aventure
sur
l’Internet littéraire
L’an 2000 fut pour moi
une occasion en or pour faire le point
sur ma vie. Âgé de 43 ans, marié et père
de quatre adolescents, je venais de tout
perdre dans la faillite de ma firme de
recherche en marketing. Jamais je
n’aurais cru entrer dans le nouveau
millénaire le cul sur la paille et
plongé dans une profonde dépression. |
Mes convictions les plus profondes vacillaient sur leur
base et les questions sur la vie et son sens fusaient de toutes parts, sans
réponse. Mon esprit emporté par le courant et mon cœur noyé dans le
chagrin, j’appréhendais une fin toujours plus tragique. Il me fallait
absolument trouver un moyen pour rejoindre la rive, sécher mes larmes et
reprendre possession de mes moyens.
L’écriture, voilà sans doute l’une des meilleures thérapies pour dresser un
bilan et entrevoir à nouveau l’avenir d’un bon œil. Fidèle compagne de mon
adolescence à travers la poésie, j’avais alors choisi l’alphabet comme
d’autres préfèrent les nombres. J’ai donc écrit toute ma vie dans le cadre
de ma carrière en communication et en marketing. Il me fallait revenir à une
écriture purement personnelle pour en tirer les bénéfices d’une thérapie. Je
voulais passer en revue toutes mes connaissances personnelles pour
comprendre mon évolution dans l’espoir de retrouver le nord. J’eu alors
l’idée de témoigner de ma vie dans d’un essai de gouvernance personnelle.
Douze chapitres, chacun dédié à un type de pensée : la pensée certaine, la
pensée malheureuse, la pensée heureuse, etc. L’ouvrage trouvera son titre
deux ans plus tard lors d’une soirée du temps des Fêtes à la suite du
commentaire d’un voisin invité devant les 350 pages imprimées du manuscrit.
« Vous aimez ça penser », me dit l’homme. Le livre fut baptisé « J’aime
penser ».
La thérapie de l’écriture avait fait son effet et je souhaitais désormais la
partager avec d’autres, c’est-à-dire être édité. Mais je n’encaissais qu’un
refus après l’autre des éditeurs sollicités. Ce fut tout un choc d’apprendre
que les éditeurs refusent plus de 90 % des manuscrits soumis à leur
attention. Autrement dit, nos librairies, aussi grandes puissent-elles être,
nous offrent seulement 10 % des écrits de nos auteurs, amateurs et
professionnels. Le choc fut double lorsque j’appris que la durée de vie
d’une nouveauté en librairie dépassait rarement trois mois. Au terme de
cette trop courte période, le livre passe dans la catégorie des invendus et
les exemplaires sont retournés à l’éditeur. Ce dernier passe ensuite à
l’étape du « pilonnage », la destruction pure et simple des exemplaires
invendus ou leur mise en vente dans les circuits du solde. Cette étape sera
précédée par un appel téléphonique de l’éditeur à l’auteur où il lui offre
d’acheter à rabais des exemplaires de son livre. Certains estiment qu’un
cinquième de la production de livres subit le « pilon ». On parle aussi d’un
taux global de retour de 31 % au Québec. Bref, le rêve de l’auteur de voir
son livre en vitrine des librairies peut vite se transformer en cauchemar.
C’est là une réalité plutôt choquante que je découvrais dans ma quête d’un
éditeur.
J’eus l’idée de contourner cette industrie du livre en publiant mon livre
sur Internet. Déformation professionnelle oblige, une étude du marché
s’imposait, d’autant plus que je ne connaissais strictement rien à
l’Internet et encore moins le nouveau monde du livre dont on parlait. Pour
tout vous dire, je n’avais même pas un ordinateur suffisamment à jour pour
me brancher au réseau Internet. Ma découverte de l’Internet littéraire se
passa à un poste informatique de ma bibliothèque municipale.

J’imprimais tout ce que je trouvais sur le sujet pour une lecture attentive
à la maison. Neuf mois et dix milles pages plus tard, je concluais mon étude
de marché sur ce constat : il y a un marché pour le livre édité sur
Internet, sur support numérique (PDF) et sur support papier imprimé à la
demande (un exemplaire à la fois à la demande expresse de chaque lecteur).
J’avais dénombré pas moins d’une trentaine de cyberéditeurs dans la grande
Europe, dont une trentaine de langue française en France. Mais je ne voulais
pas confier mon manuscrit à un éditeur d’outremer. Malheureusement, on ne
trouvait aucune alternative du genre au Québec. À l’époque, j’avais compté
près de trois cents cyberéditeurs aux États-Unis, tous de langue anglaise
alors que je préférais échanger avec mon futur éditeur en français.
Je me retrouvais tout fin seul avec mon projet. Et je n’avais pas les
connaissances techniques pour y parvenir seul. Le montage d’un site Internet
et le commerce en ligne m’apparaissaient d’une complexité extrême et je ne
disposais pas des moyens financiers pour retenir les services d’experts en
la matière.
Seul, certainement pas. Mais en groupe, tout est possible. J’ai décidé
d’ouvrir mon projet personnel d’édition en ligne à tous les intéressés,
auteurs et lecteurs d’ici et d’ailleurs. Je me suis alors donné la mission
de doter le Québec de son premier cyberéditeur, avec impression papier à la
demande. En janvier 2003, j’entrepris de me familiariser avec le montage
d’un site Internet. Un ordinateur usagé à 200.00 $ ferait l’affaire. Et,
après trois longs mois d’essais et d’erreurs, j’avais confectionné un site
Internet d’information avec un sondage d’orientation du projet. La mise en
ligne du site sur le réseau Internet a eu lieu à une date symbolique, le 23
juin, veille de la fête nationale des Québécois. J’étais raccordé au réseau
et la campagne d’information pouvait commencer.
J’ai repéré des centaines d’auteurs sur le web et envoyé des milliers de
courriels avec un lien vers le site Internet du projet tout au long de
l’été. En septembre, nous étions plus de 150 auteurs intéressés au projet et
déjà quelques-uns d’entre eux me pressaient de réaliser l’édition de leurs
livres à temps pour les offrir en cadeaux de Noël.
Le sondage à compléter pour démontrer son intérêt au projet indiquait que la
majorité des auteurs souhaitait que la maison d’édition en ligne soit
doublée d’une librairie en ligne. Les auteurs demandaient également que
l’entreprise soit à but non lucratif. Mais le nom que j’avais donné au
projet ne plaisait pas à tous : « Manuscrit dépôt ». En novembre, le temps
venu d’incorporer l’entreprise, le projet fut rebaptisé « Fondation
littéraire Fleur de Lys » pour le plus grand bonheur de tous.
Si le travail d’édition ne me causait pas trop de problèmes en raison de mes
expériences professionnelles et de ma maîtrise des logiciels utiles à la
mise en page et à la confection des maquettes pour l’imprimeur, le commerce
en ligne revenait me hanter et me presser. Mes appels à tous restaient
vains. Personne ne s’y connaissait. Puis, quelques jours avant Noël, un
nouvel auteur se joignit au groupe et proposa de mettre son expertise du
commerce en ligne à notre service. Le stress tomba à plat et nous fûmes
alors capables de vendre les premiers exemplaires de nos premiers livres
pour Noël, avec livraison pour le Jour de l’An. Ouf!
Évidemment, il y avait eu un autre problème de taille à régler : trouver un
imprimeur qui accepterait de produire un seul exemplaire à la fois. Le
Québec ne possédait aucun appareil d’impression à la demande et le seul
disponible à l’époque coûtait plus d’un million de dollars. Notre projet
était trop embryonnaire pour qu’un imprimeur investisse une telle somme. Il
nous fallait absolument trouver un imprimeur qui accepterait de nous offrir
l’impression à la demande de façon artisanale. Et ce n’est qu’à la dernière
minute que notre recherche fut fructueuse.
Véritable fait d’armes, La Fondation littéraire Fleur de Lys parviendra à
autofinancer ses dépenses avant même son premier anniversaire, et ce, avec
pour seule source de revenus, les ventes dans sa librairie en ligne. Par
contre, les années passèrent et ne se ressemblèrent pas toutes. Ainsi, une
contribution financière fut imposée à l’auteur pour assurer la pérennité de
l’organisme en l’absence d’aide financière gouvernementale.
Pris dans le train-train quotidien de la Fondation, ce n’est qu’après la
première année d’activités que j’ai procédé à l’édition de mon propre livre,
«J’aime penser», avec une nouvelle idée en tête : offrir la version
numérique (PDF) gratuitement. Plusieurs auteurs de la Fondation ont emprunté
le même chemin. Depuis, mon livre a été téléchargé gratuitement plus de 5
000 fois et il se classe en tête du palmarès des livres numériques gratuits
les plus populaires de notre site Internet. Je voulais être lu et c’est le
meilleur moyen que j’ai trouvé pour atteindre mon but.
Aujourd’hui, six ans après son lancement, la Fondation compte 350 titres en
différents genres littéraires à son
catalogue. Le site a reçu plus d’un
million de visites uniques depuis son lancement. Au départ, le site comptait
50 pages. Il en totalise maintenant plus de 2 800, une pour chacun des
livres édités et les autres pour informer et former les visiteurs à
l’édition en ligne, aux droits d’auteurs, au nouveau monde du livre et à
l’Internet littéraire.
Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys
Téléphone : 450-933-2392 (Laval, Québec)
Courriel :
contact@manuscritdepot.com
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