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LIVRE ÉLECTRONIQUE
Le livre
électronique
et les chroniqueurs papier
En moins d'une semaine, deux chroniqueurs de
(journaux) papier sont tombés à bras raccourcis sur
les promesses accompagnant l'arrivée du livre
électronique. Jean Larose a exprimé sa crainte face
à la lecture sous l'influence du livre électronique
dans un texte intitulé «L'Avent
du livre électronique» publié en fin de semaine
dernière dans le quotidien LE DEVOIR. Steve Proulx a
écrit que le livre électronique est un simple gadget
qui ne donnera pas nécessairement naissance à une
nouvelle génération de lecteurs dans un billet
publié hier sous le titre «Ceci
n'est pas une révolution» dans l'hebdomadaire
culturel VOIR. Certes, on ne saurait pas reprocher à
ces chroniqueurs papier de s'inquiéter de l'avenir
de la lecture au sein de la population.
Mais situer cette inquiétude pour la lecture dans le
contexte du livre électronique opposé au livre
papier n'est pas utile. «Qui, aujourd'hui, est à ce
point rebuté par le livre imprimé, au point
d'attendre qu'un appareil plus commode soit mis en
marché pour, enfin, s'adonner au plaisir de la
lecture?» demande Steve Proulx. Là n'est pas la
question. On ne choisit pas le livre numérique parce
que le livre papier nous rebute, chacun ayant ses
propres avantages. Pour les uns, le livre papier
possède des avantages indéniables sur le livre
électronique et, pour les autres, c'est le
contraire. Qui peut se permettre de dire que les uns
ont raison et que les autres ont tort ? Personne,
surtout pas dans un monde où le libre choix se
présente comme un gain historique pour la
démocratie. Évidemment, chacun de nous a droit à son
opinion mais encore faut-il qu'elle soit bien
éclairée, surtout lorsqu'elle a une portée
médiatique au sein de la population.
Steve Proulx écrit : «On dit du livre électronique
qu'il démocratise le livre, car les titres sont
moins coûteux (ce qui compense le coût de
l'appareil). Ceux qui sont préoccupés par ce genre
de considérations budgétaires seront certainement
ravis d'apprendre qu'il est possible d'avoir accès,
gratuitement, à des milliers de livres imprimés
grâce à des lieux que l'on nomme "bibliothèques
publiques".» Or, depuis la commercialisation du
livre et malgré le développement des réseaux de
bibliothèques publiques, il y a des gens qui
préfèrent acheter plutôt qu'emprunter les livres de
leur choix. Pourquoi les ridiculiser ? La vente en
ligne sur Internet de livres numériques est une
nouvelle option qui satisfait certains lecteurs.
Pourquoi la dénigrer ?
Qui plus est, se rendre à la bibliothèque publique
la plus proche demeure difficile pour plusieurs
personnes. Il y a ceux qui habitent trop loin pour
s'y rendre à pied, ceux qui n'ont pas de bicyclette,
ceux dont la mobilité est réduite,... Il faut donc
compter les coûts de l'usage de l'automobile ou du
transport en commun. À Montréal, la personne doit
débourser 5.50$ pour l'aller-retour en autobus. Puis
un autre 5.50$ pour retourner le livre à la
bibliothèque. La dépense totalise 11.00$. Et il
faudra ajouter un autre 5,50$ si le livre désiré
n'est pas à la bibliothèque et qu'il faut le faire
venir d'une autre succursale, ce qui implique un
autre aller-retour à la bibliothèque pour prendre
livraison du livre. Le coût total du transport en
commun s'élève alors à 16.50$. Et dans le cas d'un
déplacement en automobile, il faut ajouter, le cas
échéant, le coût du stationnement. Bref, il y a sur
Internet des exemplaires numériques pour moins chers
accessibles dans le confort de son foyer. Le
chroniqueur Steve Proulx doit se rappeler que si
l'accès aux bibliothèques publiques est gratuit,
encore faut-il assumer les coûts de déplacement.
La population est vieillissante et, à un certain
âge, on compte sur tout ce qui peut nous faciliter
la vie. Je crois que cela n'est pas étranger au fait
que la clientèle de la librairie en ligne JeLis.ca
soit majoritairement composée de Baby Boomers, selon
Bruno Caron, directeur, Développement Web et
Services aux Institutions et Entreprises du Groupe
Archambault. Le fait ne me surprend pas car la
clientèle de la maison d'édition et de la librairie
en ligne de la Fondation littéraire Fleur de Lys est
également composée majoritairement de Baby Boomers.
Enfin, le jour n'est pas si loin où les
bibliothèques publiques ajouteront à leur offre
papier le prêt d'exemplaires numériques voire de
livres électroniques. Il faut se rappeler que
l'espace n'est pas illimité dans nos bibliothèques.
Le livre électronique peut contenir plusieurs
livres. À ce sujet, Steve Proulx écrit : «dans la
mesure où rares sont les gens qui lisent 100 livres
simultanément, l'utilité de traîner avec soi une
bibliothèque complète reste à être démontrée.»
L'utilité du livre électronique dans le cas où l'on
a téléchargé 100 livres numériques saute aux yeux.
Où mettre ces 100 livres numériques ? Dans son livre
électronique. L'idée n'est pas «de traîner avec soi»
mais de conserver et d'avoir à sa disposition les
livres de sa bibliothèque numérique. Et puis, qui
achètent 100 livres d'un coup, même en format
numérique ? Le chroniqueur serait sans doute le
premier à dénoncer le livre électronique s'il ne
pouvait contenir qu'un seul livre à la fois.
Lorsque la compagnie Apple a annoncé qu'elle
travaillait à la conception d'un livre électronique,
plusieurs personnes ont cru que ce dernier
révolutionnerait le monde du livre comme le baladeur
de la compagnie (iPod) et sa boutique de musique en
ligne (iTune) avaient révolutionné le monde du
disque. Or, les enjeux diffèrent d'un monde à
l'autre et Steve Proulx a bien raison de le
souligner. L'arrivée de l'iPod et d'iTune a permis
la vente des chansons à la pièce mettant ainsi fin à
l'obligation d'acheter un album complet pour accéder
à une seule chanson.
Mais la comparaison faite par Steve Proulx avec le
monde du livre manque de rigueur. Il écrit : «les
livres sont vendus "à la pièce" depuis toujours. On
n'est pas forcé d'acheter toute l'œuvre d'Agatha
Christie si seul Dix Petits Nègres nous
intéresse.» Certes, mais qu'en est-il lorsqu'un seul
chapitre d'un essai nous intéresse ? On trouve donc
sur Internet des distributeurs spécialisés qui
peuvent nous vendre un seul chapitre d'un essai. Une
offre très pratique dans le milieu scolaire. Mais il
n'en demeure pas moins que les enjeux ne sont pas
les mêmes, non seulement dans le domaine du disque
et celui de la musique, mais aussi d'un appareil à
un autre. Les enjeux d'un baladeur musical
électronique et d'un livre électronique ne se
comparent pas. En réalité, la révolution associée au
livre électronique d'Apple se référait à une simple
image, celle engendrée par son baladeur musical
électronique, et non pas aux propriétés des
appareils et des offres en ligne comme le fait le
chroniqueur Steve Proulx.
Il faut porter aux détails une attention spéciale
pour se faire une opinion éclairée (ou éclairer les
autres). Selon Steve Proulx, le seul avantage du
livre électronique est la possibilité de lire dans
le noir. C'est faux à l'exception du livre
électronique d'Apple.
En premier lieu, il faut savoir que l'appareil lancé
par Apple permet la lecture de livres numériques
mais cette propriété n'est que l'une des options
offertes. Autrement dit, le iPad d'Apple n'est pas
un livre électronique comme le sont les précédents.
Les autres livres électroniques offrent uniquement
des options liées à la lecture et au téléchargement
de livres numériques. Dans le cas d'Apple, il faut
parler davantage d'une tablette de lecture voire
d'un ordinateur portable, à la différence près qu'on
ne peut pas opérer plusieurs logiciels à la fois.
D'ailleurs, dans sa
publicité de l'iPad, Apple ne parle pas de
lecture de livre et de livre électronique proprement
dit mais de lecture de texte et affiche une page de
journal.
|


Le grand écran Multi-Touch d'iPad vous
permet de visualiser les pages web comme
elles doivent l'être : une page entière
à la fois. Avec des couleurs éclatantes
et un texte d'une extrême précision. Que
vous consultiez alors une page en mode
portrait ou en mode paysage, tout
s'affichera dans un format totalement
lisible. Avec iPad, la navigation sur le
Web n'a jamais été plus facile, ni plus
intuitive. Pourquoi ? Parce que vous
utilisez le dispositif de pointage le
plus naturel qui soit : votre doigt.
Vous pouvez parcourir une page en
effleurant l'écran vers le haut ou vers
le bas ou pincer l'écran avec deux
doigts pour zoomer dans une photo. Une
vue par vignettes affiche également
toutes vos pages ouvertes sous forme de
grille, pour vous permettre de passer
plus rapidement de l'une à l'autre.
Publicité Apple |
Le lancement de l'appareil la semaine dernière
aurait dû inspirer nos chroniqueurs papier à
réajuster le tir puisqu'il ne s'agit pas d'un livre
électronique mais d'une tablette de lecture. On peut
y lire un livre mais ce n'est pas la fonction
principale de l'appareil. L'iPad ne peut donc pas
engendrer une révolution dans le monde du livre
électronique puisqu'il n'en est pas un. Encore un
manque de rigueur déployé au sein de la population
par un chroniqueur papier. Car lorsque Steve Proulx
écrit «Ceci n'est pas une révolution», il parle des
livres électroniques en référence à un appareil qui
n'en est pas un. Le titre aurait dû être : «Ceci
n'est pas un livre électronique».
L'appareil d'Apple permet de lire dans le noir parce
qu'il «dispose d'un écran IPS
rétroéclairé par LED» (Source)
L'appareil génère son propre éclairage. Dans le cas
d'un livre électronique, on utilise plutôt un écran
à base d'encre électronique. Le livre électronique
ne génère pas sa propre lumière. Tout comme le livre
papier, il fait appel à la lumière ambiante. Le
chroniqueur Steve Proulx commet donc une erreur en
écrivant que le seul avantage du livre électronique
est la possibilité de lire dans le noir. On appelle
cela de la généralisation à outrance. Manque de
rigueur, quand tu nous tiens.
* * *
Personnellement, je crois que les opinions de
plusieurs des chroniqueurs de nos médias écrits sont
biaisées par le PAPIER lorsque le temps vient
d'aborder des sujets numériques.
Serge-André Guay, président et éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys
4 février 2010
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