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MÉDIAS - INTERNET - INFLUENCE
Une relance de
l'éducation aux médias est nécessaire pour
développer une vision critique de l'Internet au sein
de la population
L'arrivée de chaque nouveau médium de communication
de masse suscite toujours des débats au sein de la
société. Mais sommes réellement éclairés par ces
débats d'un médium à l'autre ? Est-ce que nous avons
mieux débattu de l'impact de l'arrivée de la radio
après les débats au sujet des journaux ? Est-ce que
nous avons discuté plus sagement de l'influence de
la télévision après nos débats au sujet de radio ?
Enfin, est-ce que nous discutons avec encore plus de
précaution du pouvoir de l'Internet compte tenu de
nos débats passés au sujet de la télévision, de la
radio et des journaux ? Ma réponse à cette dernière
question est « Non ». J'en ai pour preuve le manque
de recul généralisé dans les débats au sujet de
l'Internet. La plupart des analyses au sujet de
l'influence de l'Internet sont faites têtes
baissées, chacun avançant son opinion sans l'ombre
de la moindre méthodologie.
Ainsi, près de vingt ans après l'arrivée de
l'Internet dans nos foyers, les experts en sont
encore à identifier les questions à répondre.
Autrement dit, plus le débat au sujet de l'Internet
avance, plus il y a de questions sur le tapis, comme
si la démonstration de l'expertise se limitait à la
quête des bonnes questions à poser.
Et n'allez pas me dire que c'est le propre de la
science de déboucher toujours sur davantage de
questions. Car dans le cas de la science, les
questions viennent après des réponses. Dans le cas
des experts de l'Internet, tout ce qu'on a, ce sont
des questions. On regarde ce qui se passe, on tente
une description et on soulève des questions.
Et n'allez pas me dire non plus que le propre de la
science, c'est de tâtonner. La science s'impose à la
fois une méthodologie de pensée et de nombreuses
méthodologies de travail. On ne devient pas
scientifique du jour au lendemain, pas plus qu'une
recherche a le propre d'être scientifique sans les
méthodologies requises. Or, dans le domaine de
l'Internet, on compte de nombreux experts improvisés
qui se soucient davantage de leurs opinions que des
faits qu'ils questionnent.
De plus, il ne suffit pas d'être bien informé pour
comprendre. Aujourd'hui, être bien informé est
devenu pour plusieurs une fin en soi, surtout dans
le domaine de l'Internet. Être bien informé est
devenu la preuve ultime de la démonstration du bien
fondé d'une opinion. Il suffit de lire les textes
publiés par les « experts » sur le web pour se
rendre compte de la méprise. Plus un texte contient
de liens hypertextes vers d'autres sources, plus
l'auteur est perçu comme un expert car il sait où
trouver l'information pour fonder son opinion. Or,
comprendre, ce n'est pas démontrer les assises de
son opinion.
* * *
Je suis âgé de 52 ans; je suis donc un enfant de la
télévision ou, si vous préféré, je suis né alors que
la télévision existait déjà au Québec et j'ai grandi
avec elle. À ma naissance en 1957, Radio-Canada
avait déjà 5 ans d'existence et quand TéléMétropole
arrive en 1961, j'ai 5 ans. La télévision sera mon
seul médium de communication de masse jusqu'à mon
adolescence où s'ajoute la radio suivie des journaux
étudiants et locaux. Mais je ne me contente pas très
longtemps d'être un simple téléspectateur, auditeur
et lecteur. Je veux participer aux médias, en
devenir acteur. J'anime mes premières chroniques à
la radio locale et je publie mes premiers articles
dans le quotidien régional avant la fin de mes
études secondaires. Ma carrière en communication est
lancée.
En 1980, j'ai 23 ans et je commence sérieusement à
m'interroger sur l'influence des médias à la suite
de la lecture d'articles de journaux. Je découvre
alors « l'éducation aux médias » et je ferai un
stage dans le domaine en France l'année suivante. À
cette époque, un nombre impressionnant
d'intervenants en France travaillaient très fort
pour développer des « Jeunes Téléspectateurs Actifs » au sein du réseau scolaire et communautaire. De
plus, l'Unesco venait de publié son cahier consacré
à l'éducation aux médias. Quelques semaines avant
mon arrivée à Paris, 19 pays et participants à un
symposium international et réuni à Grünwald, en
République Fédérale d’Allemagne du 18 au 22 janvier
1982, à l’invitation de l’UNESCO, venaient d'adopter
la « Déclaration Grünwald sur l'éducation aux médias ».
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DÉCLARATION DE GRUNWALD SUR L’ÉDUCATION
AUX MEDIA
Conscients de l’importance que présente
l’amélioration des relations entre
éducation et communication dans notre
société, des éducateurs, des
communicateurs et des chercheurs venant
de 19 pays et participants à un
symposium international réuni à Grünwald,
en République Fédérale d’Allemagne du 18
au 22 janvier 1982, à l’invitation de
l’UNESCO, ont adopté la déclaration
suivante :
Nous vivons dans un monde où les média
sont omniprésents : un nombre croissant
d’individus consacrent une grande part
de leur temps à regarder la télévision,
à lire des journaux et des revues, à
écouter des enregistrements sonores ou
la radio. Dans certains pays par
exemple, les enfants passent déjà plus
de temps devant un écran de télévision
qu’à l’école.
Plutôt que de condamner ou d’approuver
l’incontestable pouvoir des média, force
est
d’accepter comme un fait établi l’impact
significatif qui est le leur et leur
propagation à travers le monde et de
reconnaître en même temps qu’ils
constituent un élément important de la
culture dans le monde contemporain. Il
ne faut pas sous-estimer ni le rôle de
la communication et de ses média dans le
processus de développement ni la
fonction instrumentale qu’exercent les
média pour favoriser la participation
active des citoyens dans la société. Les
systèmes politiques et éducatifs doivent
assumer les obligations qui leur
reviennent pour promouvoir chez les
citoyens une compréhension critique des
phénomènes de communication.
Malheureusement, la plupart des systèmes
formels et non formels d’éducation ne se
mobilisent que faiblement pour
développer l’éducation aux média ou
l’éducation à la communication. Trop
souvent, un large écart sépare
fâcheusement les expériences éducatives
que proposent ces systèmes et le monde
réel où vivent les hommes. Pourtant, si
les raisons qui militent en faveur d’une
éducation aux média conçue comme une
préparation des citoyens à l’exercice de
leurs responsabilités sont dès
maintenant impérieuses, elles
deviendront irrésistibles dans l’avenir
proche avec les développements de la
technologie de la communication comme
les satellites de radiodiffusion, les
systèmes de câble bi-directionnels, la
combinaison de l’ordinateur et de la
télévision, les vidéo-cassettes et les
vidéo-disques qui auront pour
conséquence d’accroître les choix des
utilisateurs de média.
Les éducateurs responsables n’ignorent
ces développements et s’efforcent au
contraire d’aider leurs étudiants à les
comprendre et à percevoir la
signification des conséquences qui en
découlent, notamment la croissance
rapide d’une communication réciproque
favorisant l’accès à une information
plus individualisée.
Cela ne signifie pas qu’il faille
sous-estimer l’influence qu’exerce sur
l’identité culturelle la circulation de
l’information et des idées entre les
cultures par les média de masse.
L’école et la famille partagent la
responsabilité de préparer les jeunes à
vivre dans un monde dominé par les
images, les mots et les sons. Enfants et
adultes doivent être capables de
déchiffrer la totalité de ces trois
systèmes symboliques, ce qui entraîne un
réajustement des priorités éducatives,
lequel peut favoriser à son tour une
approche intégrée de l’enseignement du
langage et de la communication.
L’éducation aux média sera plus efficace
si les parents, les maîtres, le
personnel des média et les responsables
des décisions reconnaissent qu’ils ont
tous un rôle à jouer pour favoriser
l’émergence d’une conscience critique
plus aiguë des auditeurs, des
spectateurs et des lecteurs. Renforcer
l’intégration des systèmes d’éducation
et de communication constitue sans nul
doute une mesure importante pour rendre
l’éducation plus efficace.
C’est pourquoi nous lançons aux
autorités compétentes un appel en vue de
:
(1) organiser et soutenir des programmes
intégrés d’éducation aux média
s’étendant du niveau pré-scolaire à
l’université et à l’éducation des
adultes et visant à développer les
connaissances, les techniques et les
attitudes propres à favoriser le
développement d’une conscience critique
et par conséquent d’une compétence plus
grande parmi les utilisateurs des média
électroniques et imprimés. Idéalement
ces programmes devraient aller de
l’analyse du contenu des média jusqu’à
l’emploi des instruments d’expression
créatrice, en passant par l’utilisation
des canaux de communication disponibles
fondée sur une participation active ;
(2) développer les cours de formation
destiné aux éducateurs et différents
types d’animateurs et de médiateurs
visant à la fois à améliorer leur
connaissance et leur compréhension des
média et à les familiariser avec des
méthodes d’enseignement appropriés en
tenant compte de la connaissance des
média souvent considérables mais encore
fragmentaire que possèdent déjà la
plupart des étudiants ;
(3) stimuler les activités de recherche
et de développement intéressant
l’éducation aux média dans des
disciplines comme la psychologie, la
sociologie et les sciences de la
communication ;
(4) soutenir et renforcer les actions
entreprises ou envisagées par l’UNESCO
qui visent à encourager la coopération
internationale dans le domaine de
l’éducation aux média.
Grünwald, 22 janvier 1982
Télécharger cette déclaration (PDF)
Section du site de l'UNESCO consacré à
l'éducation aux médias
25ème anniversaire de la Déclaration de
Grünwald
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L'étude de l'influence des médias a pris son envol
au cours des années 60, peu de temps après l'arrivée
de la télévision dont la marque sur la société
apparaissait alors beaucoup plus importante que ses
prédécesseurs, les journaux et la radio. La prise de
conscience du pouvoir des médias au sein de la
population a suivi la même courbe du développement
des médias. Le début des années 80 voit donc naître
un intérêt mondial, non pas pour l'influence des
médias, mais pour l'éducation aux médias. Autrement
dit, 20 ans après les premières études sur
l'influence des médias, on passe finalement à
l'action sur la scène mondiale, de façon concertée
et organisée. Pourquoi en est-il pas ainsi dans le
cas de l'Internet, vingt ans après son arrivée dans
nos foyers ?
Il faut dire que l'éducation aux médias a fait un
bout de chemin en ce qui concerne l'Internet,
désormais ajouté à la liste des médias du programme
de l'UNESCO. Par exemple, l'organisme a annoncé en
2007 par voie de
communiqué la publication d'un
Kit d'éducation aux médias comprenant un Manuel
de maîtrise de l'Internet. Le but est de former et de
développer le sens critique des Internautes, comme
on le fait pour les téléspectateurs et les lecteurs.
Aujourd'hui, l'éducation aux médias profite de
plusieurs structures pour atteindre ses objectifs
dont le
Réseau Éducation-Médias (Canada) et le
Centre de ressources en éducation aux médias
(Québec). Il y a même une
Semaine nationale de l'éducation aux médias au
Canada depuis 2006.
L'essentiel à retenir de la brève histoire de
l'éducation aux médias, c'est la convergence et la
coordination des efforts dans un «processus qui
permet à des individus d'acquérir une vision
critique des médias et de comprendre la nature, les
techniques de production et l'influence de leurs
produits et messages.» (Source)
C'est une telle convergence et une telle
coordination qui nous manque dans le cas de
l'Internet. Les critiques jaillissent de toutes
parts, les faits ne sont pas toujours respectés et,
par conséquent, la population ne possède pas une
vision critique éclairée, pas plus que nos
gouvernements et les médias
eux-mêmes.
À mon avis, une relance active de l'éducation aux
médias est nécessaire pour développer une vision
critique de l'Internet au sein de la population. Il
ne s'agit plus uniquement d'initier la population
aux nouvelles technologies mais aussi et surtout de
l'instruire d'un sens critique aigu. Autrement, les
opinions des uns et des autres, souvent empreintes
de préjugés, continueront à régner en roi et maître
et nous passerons tous à côté de l'essentiel.
L'Internet nous possédera et son pouvoir nous
manipulera... encore davantage.
Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys
Téléphone : 450-933-2392 (Laval, Québec)
Courriel :
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