Dans le compte-rendu de sa participation à La
Fabrique du numérique (Québec), l’écrivain québécois Dominic
Bellavance écrit : « On m’a sermonné quand j’ai parlé de ”livre
numérique”, mais il est vrai que l’on doit maintenant utiliser
le terme ”œuvre numérique” qui englobe beaucoup plus de possibilités.
»
[ Source
] Le chroniqueur Michel Dumais allait dans le même sens en écrivant ce
commentaire sur Twitter pendant le même événement : « On a cessé de
parler de l’industrie du disque au profit de celle de la musique.
On arrête de parler de livre? Industrie de l’œuvre ? »
[ Source ]
On se souviendra également du commentaire de l’auteur
français François Bon peu avant l’événement : « ai été surpris retour en
force du mot “livre” dans la présentation, pourtant évincé de la phrase
principale du chapeau — ça dit bien un des enjeux de la rencontre :
c’est comme faire du vélo sans roulettes, on n’est pas encore habitué à
l’idée d’aller dans ces zones-là débarrassés de l’idée même du livre qui
en a été le support non pas daté, mais datable — en gros : est-ce qu’on
n’a pas déjà dépassé le stade d’une “métamorphose” du livre pour être
dans l’éclosion d’usages neufs, sur des supports nouveaux
aussi, et où transporter notre responsabilité de transmission, de
création, d’imaginaire, n’impose pas forcément d’emporter
l’ancien équilibre, et ne peut en aucun cas soulager ses
marques grandissantes d’incapacité ou d’échec ? »
Il est aisé de comprendre cette demande de référence à
l’œuvre plutôt qu’au livre chez ceux qui
pratiquent de nouvelles formes d’écriture venues du numérique et du web.
En effet, difficile d’affirmer qu’une série de billets publiés dans un
carnet web (blogue) soit un livre. Difficile aussi de considérer qu’une
série de commentaires de 140 caractères maximum chacun publiée sur
Twitter (site web d’échange social) soit un livre. À ces deux exemples
s’ajoutent l’écriture collective, à plusieurs auteurs, sur un site web,
l’écriture en direct sur un site web sous l’influence des commentaires
des lecteurs, l’écriture avec des liens hypertextes conduisant à des
définitions, des descriptions de lieux et de personnages…, l’écriture
avec des vidéos intercalées, l’écriture en mise à jour constante, et que
sais-je encore. On veut nous faire comprendre que toutes ces
nouvelles formes d’écriture ne sont pas nécessairement des livres et
qu’il vaut mieux parler d’œuvres.
Certes, allons-y avec œuvre. Mais il
faut alors percevoir l’œuvre comme un simple manuscrit, le fruit
d’une écriture qui n’est pas encore éditée. Dans le domaine
traditionnel du livre, l’œuvre se présente d’abord sous la forme d’un
manuscrit et ce n’est qu’une fois éditée qu’elle se présente sous la
forme d’un livre. Et puisque l’édition ne se limite pas à une simple
reproduction de l’œuvre sous la forme d’un livre, on parle de l’œuvre
originale, le manuscrit soumis à l’éditeur, et de l’œuvre finale,
c’est-à-dire le livre proposé aux lecteurs.
Si l’on veut parler de l’industrie de l’œuvre plutôt que
du livre, il faut savoir que l’œuvre demeure au départ un
produit brut. Une industrie de l’œuvre serait alors ni plus ni
moins qu’une industrie de la matière première, une simple pile de
manuscrits (papier et numériques) en tous genres sans aucun apport des
éditeurs. Une industrie de l’œuvre nous ramène donc à un concept bien
connu et fort populaire : l’autoédition.
Évidemment, il ne s’agit pas là de la vision des tenants
de l’œuvre face au livre. La question suivante est posée à l’éditeur :
n’y a-t-il pas un nouveau produit de transformation à tirer de ces
œuvres nouvelles aux formes d’écriture tout aussi nouvelles,
autre chose qu’un livre ? On veut attirer notre
attention sur l’œuvre de peur que le livre nous aveugle et ne nous
permette pas d’imager le ou les nouveaux produits de transformation de
l’œuvre en remplacement du livre.
Le modèle économique et le
contenu
Du même
coup, on suggère de ne pas s’attarder au modèle économique, comme le
rapporte l’écrivain Dominic Bellavance dans son compte-rendu de
l’événement La fabrique du numérique : «
J’espérais surtout sortir de cette journée en ayant fait prendre
conscience aux acteurs du milieu qu’on avait besoin de définir des
standards pour le contrat d’édition. Ma première grosse déception de la
journée, une suggestion citée par
Gilles Herman et qui a été applaudie dans toute la salle :
« ne nous concentrons pas sur le modèle économique, il se définira
lui-même, mais concentrons-nous sur les contenus ». [
Source ] (Gilles Herman est directeur général et éditeur aux
Éditions du Septentrion et il siège au comité du numérique de
l’Association nationale des éditeurs de livres (Québec)). On peut
comprendre la déception de l’écrivain face à cette suggestion d’autant
plus qu’elle fut reléguée par un éditeur.
Clément Laberge, vice-président édition
numérique chez la firme De Marque (Québec), apporte un bémol à la
suggestion : «Exprimée à la fin de la première série d’atelier [citée
par Gilles]: ”ne nous concentrons pas sur le modèle économique,
il se définira lui-même, mais concentrons-nous sur les contenus”.
Je suis d’accord si cela est une invitation à définir les modèles par
l’action, en tentant des expériences. Mais très franchement je n’aime
pas tellement l’idée que les ”modèles économiques vont se définir
eux-mêmes”. Ce n’est pas vrai ! Les modèles économiques ne sont pas
neutres, ils rendent compte de rapports de forces et d’interactions
complexes entre des acteurs qui poursuivent des objectifs très
différents et ils s’appuient sur des valeurs (au sens moral) dont on ne
peut pas se désintéresser. Il ne faut pas perdre de vue que les
modèles économiques ne seront pas neutres sur la nature de la création
littéraire ni sur la nature de ce à quoi les gens s’intéressent au
moment de choisir de la lecture. Ne soyons pas candides.» [ Source
]
Le produit de l’édition
Il faut insister : le produit de
l’édition, c’est le livre. Et un livre, c’est un livre.
L’oeuvre est dans le livre et le livre peut aussi être lui-même une
oeuvre d’art. Voilà la réalité du modèle économique actuel et,
plus important encore, la réalité du lecteur. Pour guider ce
dernier dans le passage au support numérique et électronique, il faut
préserver le concept du livre : livre numérique, livre électronique. La
résistance naturelle au changement exige que l’on procède par étape,
d’abord en ajoutant quelque chose de nouveau à quelque chose de vieux,
dans ce cas-ci, le numérique au livre.
Ceci fait, on pourra inventer autant
d’autres produits que l’on voudra. Mais je vous rappelle que le
taux de succès des nouveaux produits de consommation (sans vouloir
insulter le livre) ne dépasse pas les 10%. Autrement dit, 90%
des nouveaux produits connaissent l’échec, d’où l’importance
d’expérimenter, comme le dit si bien Clément Laberge. Mais attention à
l’expérimentation sur la place publique car il n’y a rien de plus risqué
pour s’attirer de mauvaises critiques ou, pis encore,
pour rebuter la population avant même le lancement du
nouveau produit. Et c’est plus particulièrement vrai dans le cas du
livre, une institution culturelle de grande envergure.
Ce n’est que dans la démocratisation
de l’accès à l’édition grâce aux nouvelles technologies qu’il y a
révolution dans le domaine du livre.
Pour le reste, c’est de l’évolution. Le
livre passe au numérique comme le téléphone fixe est passé au téléphone
mobile. Notez que le produit est encore et toujours appelé « téléphone »
et que cela n’a pas empêché le développement de nouvelles applications,
bien au contraire. Dans ce contexte, la référence au livre comme
le produit de l’édition s’avère essentielle au succès des nouvelles
formes d’écriture.
La mode du moment et l’avenir du
livre
Et si on mettait nos pupitres en
cercle ? Et si on avait un écureuil en classe ? Et si on fabriquait un
théâtre de marionnettes ? J’étais en sixième année à l’école élémentaire
lorsque la méthode active a fait son entrée dans l’enseignement au
Québec. J’en garde un excellent souvenir. Contrairement aux années
précédentes, très austères avec ses cours magistraux et ses coups de
règles sur les doigts, ma sixième année fut un terrain de jeux.
Cependant, la méthode active ne fut qu’une mode du moment
adoptée que par quelques enseignants aventuriers. Qui allait nourrir
l’écureuil, les poissons, les tortues, les couleuvres,… pendant les deux
mois de vacances estivales ? La réalité a rattrapé bon nombre
d’enseignants adeptes des méthodes actives au cours des années 80. Mais
l’idée fondamentale a persisté et a influencé tous les programmes
pédagogiques au Québec adoptés en réformes successives depuis l’époque.
Aujourd’hui, les résultats concrets de l’école moderne de la nouvelle
éducation laisse à désirer au chapitre des connaissances. L’intégration
de l’activité et, plus récemment, de l’apprentissage par projet dans la
pédagogie semblent se faire au détriment de la maîtrise des matières de
base dans nos écoles. Curieux n’est-ce pas comme l’euphorie du moment
envers une nouvelle mode peut tout faire dérailler à long terme ? Je
crains que l’avenir du livre, sans le livre et au profit des œuvres,
soit dans une telle euphorie. Comprenez-moi bien, je ne suis pas contre
l’expérimentation et l’exploration mais je crains l’altération
voire la destruction du déjà su avant même l’arrivée d’un nouveau savoir.
Les créations collectives et les nouvelles formes
d’écriture : le même avenir ?
L’euphorie manifeste des opposants à la
référence au livre (au profit de l’œuvre) se compare à celle observée
lors de l’arrivée des
créations collectives dans le milieu théâtral au Québec dans les
années 60 et 70. Je me souviens encore de l’engouement suscité par le
projet de création collective proposé par l’un des professeurs de
théâtre à mon école secondaire.
« Dans son usage le plus courant,
l’expression désigne une technique permettant de concevoir une pièce en
groupe, avec ou sans l’aide d’un dramaturge. Les défenseurs de ce
processus de création soutiennent qu’il transforme l’acteur en artiste
créateur et l’amène à exprimer sa propre expérience à travers son jeu. »
explique Gilbert David dans son article sur le sujet publié par
L’Encyclopédie canadienne, offerte en ligne par la Fondation Historica.
Malheureusement, on termine souvent
sa course dans le décor quand on démarre sur les chapeaux de roues.
Des centaines de petites troupes de théâtre adeptes de la création
collective tracent leur chemin au cours des années 60 et 70, puis
disparaissent.
À mon humble avis, c’est un avenir aussi
sombre qui frappera à moyen terme les nouvelles formes d’écriture
numérique tout comme les œuvres numériques qui en résultent. Pour sa
part, le livre numérique traditionnel (avec ou sans lien
hypertexte, vidéo intégrée…) gagnera en crédibilité et s’imposera à côté
du livre papier.
Gilbert David souligne dans L’Encyclopédie
canadienne qu’«une fois la dramaturgie canadienne parvenue à un stade où
les dramaturges peuvent vivre de leur art, la création collective
apparaît moins nécessaire.» Il en sera ainsi dans le domaine du livre.
Je paraphrase : une fois l’industrie du livre parvenue à un
stade où les auteurs de livres
numériques pourront vivre de leur art, les nouvelles formes d’écritures
numériques apparaîtront moins nécessaires. Je me réfère ici
autant aux auteurs publiés sous la forme de
livres papier
accompagnés de leurs versions numériques qu’aux auteurs publiés
uniquement sous la forme de
livres numériques. Notez la répétition du mot « livre » par
opposition à la référence imposée à l’œuvre depuis peu.
Gilbert David ajoute : « Paradoxalement
peut-être, la création collective a conduit à la redéfinition des tâches
artistiques au sein des compagnies théâtrales, en pavant la voie à un
retour en force de la mise en scène. » Je paraphrase de nouveau :
Paradoxalement peut-être, les nouvelles formes d’écriture
conduiront à une redéfinition de la chaîne du livre, en pavant la voie à
un retour en force de l’édition (et de l’éditeur). Il faut se
rappeler que le numérique permet à plusieurs auteurs de contourner
l’éditeur voire toute la chaîne du livre traditionnel.
En résumé, le jour où un modèle
économique rentable pour le livre numérique aura fait ses preuves, la
recherche de nouvelles voies dans les nouvelles formes d’écriture
numérique cessera ou deviendra une spécialité de quelques
universitaires. Il n’est donc pas utile de mettre de côté le livre au
profit d’un concept plus large (l’œuvre) mais de travailler très fort à
l’émergence d’un modèle économique viable et équitable pour tous les
acteurs du livre, industriels et artisans. Il
n’y aura pas de nouveaux produits littéraires qui émergeront des
nouvelles formes d’écriture numérique.
Des
nouvelles formes d’écriture, vraiment ?
Doit-on parler de nouvelles formes
d’écriture ou de nouveaux supports technologiques ? Est-ce que mettre
des liens hypertextes dans un texte constitue une nouvelle forme
d’écriture ? Non, car je n’écris pas en fonction des liens que je place
dans le texte. Le lien hypertexte est uniquement un nouveau support
technologique offert par le numérique pour livrer des références au
lecteur. Est-ce que le blogue est une nouvelle forme d’écriture ? Non,
le blogue est ni plus ni moins qu’un nouveau support pour les formes
d’écriture que l’on connaît déjà : billet, nouvelles, articles…
L’écriture «blogue» n’existe pas. Est-ce que l’écriture collective est
une nouvelle forme d’écriture ? Non, ce n’est pas d’hier que des gens se
réunissent pour écrire une œuvre collective.
Où sont-elles ces nouvelles formes d’écriture dont on
parle tant ? Sur Twitter, morcelées en
140 caractères ? Aussi bien dire qu’on trouve une nouvelle forme
d’écriture dans les 140 post-it collés sur mon réfrigérateur . On ne
peut pas parler d’une nouvelle forme d’écriture à l’arrivée de chaque
nouveau type de site web. Voyons donc, ce n’est pas sérieux ?
Même dans le cas du «journalisme
citoyen» on ne peut pas vraiment parler d’une nouvelle forme d’écriture.
Si l’expression doit son existence au web, il faut se rappeler que
plusieurs citoyens pratiquaient déjà ce type de journalisme dans les
médias communautaires et libres (journaux, radio, télévision). Le
journalisme citoyen est l’une des déclinations du style journalistique
et non pas une nouvelle forme d’écriture.
Ah ! Oui, on saura me dire que les nouvelles formes
d’écriture sont dans le support lui-même.
On n’écrit pas pareil lorsqu’on utilise un clavier et un
ordinateur que lorsqu’on utilise un crayon et du papier. Peut-être, mais
cela ne donne pas pour autant naissance à une nouvelle forme d’écriture.
Je sais, on parle de l’écriture web.
Certains fournisseurs de contenu web en font une spécialité. Ils
écrivent des textes en fonction des particularités du web. Par exemple,
on répète volontairement certains mots-clés dans le texte. Les moteurs
de recherche s’attardent au nombre de fois qu’un mot-clé est présent
dans un texte pour en déterminer le classement parmi les résultats de
recherche. J’utilise parfois cette approche et je la considère
davantage comme une technique qu’une nouvelle forme d’écriture.
Bref, si le support technologique a le
pouvoir d’influencer l’écriture, aucune nouvelle forme
d’écriture n’a vu le jour jusqu’à présent. Certains ont
peut-être l’impression de réinventer le monde de l’écriture dans
l’univers technologique, mais ce n’est qu’une impression. Écrire et
publier sur un nouveau support est une chose, inventer une nouvelle
forme d’écriture en est une autre. Et si je me trompe, j’aimerais bien
qu’on me liste et me définisse ces nouvelles formes d’écriture en
prenant grand soin de tenir compte des formes existantes.
CONCLUSION
L’avenir n’est pas dans un détour
par l’œuvre
Une grande confusion régnerait au sien de la
population si toutes les discussions autour de ces soi-disant nouvelles
formes d’écriture et au sujet de la remise en question de la référence
au livre au profit de l’œuvre trouvaient un écho public étendu. Déjà
incité à se familiariser avec le livre électronique et les exemplaires
numériques, le bon peuple a déjà plusieurs décisions à prendre dans la
balance. S’il faut que des « hippies des pixels » viennent mêler les
choses, plusieurs personnes vont tout simplement décrocher et
l’avenir du livre souffrira d’une mauvaise réputation, sans
doute passagère, mais tout de même néfaste à la campagne d’information
en cours depuis quelques années auprès de la population. Forcer
un détour par l’œuvre pour ensuite nous rendre compte qu’il faut revenir
en force au concept du livre sèmera la confusion.
L’avenir du livre est dans le livre
Qu’il soit imprimé sur papier ou sous la
forme d’un fichier numérique, l’avenir du livre est pour longtemps
encore dans le concept même du livre. Pour le définir, il faut respecter
la perception du livre au sein de la population : un objet de papier
imprimé d’une œuvre. Actuellement, le livre papier domine mais
le livre électronique et les exemplaires numériques font leur petit
bonhomme de chemin dans la culture populaire. La force de
l’idée du livre réside dans sa clarté.
On peut évaluer l’ampleur de
cette force de l’idée du livre dans les différentes histoires
du livre. Par exemple, on peut lire : « Les
premiers livres ont pour support des tablettes d’argile ou de pierre
». Comment un historien peut-il affirmer que les écritures de ces
époques étaient des livres ? Il faudrait savoir comment les gens de ces
époques nommaient leurs écrits. C’est sans aucun doute en raison de la
domination de l’idée du livre dans son intellect que l’auteur de cette
histoire du livre projette dans le passé un produit qui naîtra beaucoup
plus tard. Telle est la force de l’idée du livre au siècle dernier et de
nos jours. L’industrie du livre ne deviendra pas l’industrie de l’œuvre,
comme l’industrie du disque est devenue l’industrie de la musique, car
même l’œuvre fait référence au livre au sien de la population.
L’œuvre fermée et l’œuvre ouverte
Enfin, certains justifient la référence à
l’œuvre plutôt qu’au livre parce que ce dernier se rapporte à une œuvre
fermée dès qu’elle est imprimée. On parle de l’œuvre ouverte,
c’est-à-dire en constante évolution, telle que le permettent les
nouvelles technologies, notamment le web. L’auteur retouche alors son
œuvre librement sur le web, la bonifie, en réécrit des passages, ajoute
des liens hypertextes et peut-être même des vidéos. Malheureusement,
le public est habitué à la lecture d’œuvre fermée. Le
lecteur ne tient pas à relire sans fin la même œuvre pour en apprécier
l’évolution constante en décelant ici et là les retouches et les ajouts.
Même dans la musique chaque version est fermée. Il en va de même de
l’œuvre d’un peintre. Même s’il peut la réaliser sur plusieurs années,
un jour ou l’autre, il complète définitivement son œuvre. Et c’est le
résultat final, le produit fini, dont l’amateur se porte acquéreur.
Assister au travail en direct de l’écrivain sur le web intéressa sans
doute certains lecteurs mais ils se lasseront si l’accouchement
s’éternise ou en l’absence d’un produit fini.
Il y a déjà tant à lire, si nous devons lire
et relire sans cesse les œuvres numériques ouvertes, nous abandonnerons…
si l’auteur ne baisse pas les bras avant les lecteurs. Chez l’éditeur
Robert ne veut pas lire, ce sont les auteurs eux-mêmes qui ont
abandonné leurs feuilletons en premier. L’éditeur exige désormais de ses
auteurs l’ensemble de l’œuvre, une œuvre complétée, fermée, avant de la
publier en feuilletons. Seule l’œuvre fermée a un avenir
commercial.