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Dernière modification : 13/01/15 à 13:55

12 octobre 2007

 

 

Le devoir d'information et les recherchistes

 

 

Dans le monde des médias, le recherchiste joue un rôle essentiel. Son travail consiste à choisir les sujets, trouver les angles de traitement, dénicher des invités et assister l'animateur pendant l'émission. C'est du moins ce qu'on apprend sur cette page du site Internet de Radio-Canada.

 

Selon la firme d'évaluation et de gestion de carrière Brisson, Legris et associés, conseillers d'orientation, «le travail d'un recherchiste consiste à effectuer de la recherche d'information, de sujets, de faits, de gens,

d'objets, bref, de tout ce qui peut s'avérer utile à la production d'une émission de télévision ou de radio, d'une publication écrite ou d'un site Internet par exemple. Un tel professionnel rassemble donc l'information nécessaire, que ce soit par le biais des technologies (Internet, banques de données, documents archivés) ou de moyens plus traditionnels (appels téléphoniques, entrevues, livres, etc.). Il doit s'assurer de l'exactitude des renseignements obtenus, les compiler, les analyser, les sélectionner en fonction de leur intérêt et les adapter au format de l'émission, de la publication ou d'un autre média.» (Source)

 

Le recherchiste a beaucoup de pouvoir car quiconque souhaite être invité en entrevue à la radio ou à la télévision devra tout d'abord satisfaire les exigences du recherchiste. En fait, le recherchiste joue un rôle équivalent à celui du directeur de cabinet d'un ministre du gouvernement. C'est lui qui décide qui obtiendra ou non un rendez-vous avec la ministre.

 

Le recherchiste fait généralement l'évaluation d'un invité potentiel lors de ce qu'il est convenu d'appeler une «pré-entrevue». C'est à la suite de cette pré-entrevue avec le recherchiste que ce dernier recommandera ou non l'invité à ses supérieurs, ceux qui prendront la décision finale. Autrement dit, le recherchiste est en quelque sorte le «pré-animateur» de l'émission.

 

Le rôle du recherchiste n'a pas toujours été aussi déterminant sur la liste des invités à une émission de radio ou de télévision. En fait, les recherchistes ont vu leur rôle prendre de plus en plus d'importance du moment où les médias ont commencé à se soucier du «potentiel médiatique» de leurs invités en entrevue. Aujourd'hui, le «potentiel médiatique» d'un invité potentiel est devenu tout aussi sinon plus important que le sujet de l'entrevue. L'expression «médias spectacle» ou «information spectacle» n'est pas étrangère à cette primauté du potentiel médiatiques des invités.

 

Autrefois, on exigeait que seulement l'animateur possède un fort potentiel médiatique, ce qui signifiait, entre autres, qu'il soit capable de faire face à tous les types d'invités possibles. On reconnaissait les qualités d'un animateur, entre autres, en raison de sa capacité à mettre à l'aise ses invités peu importe leur familiarité avec la radio et la télévision. Aujourd'hui, on exige d'emblée que tout invité ait un potentiel médiatique. Force est de conclure que cette exigence de la première ligne facilite le travail de l'animateur. On peut se demander si cette situation n'est pas le fait de la rareté voire de la disparition d'animateurs-interviewers hors pairs qui jadis étaient capables de rendre intéressants tous leurs invités sans égard à leur potentiel médiatique.

 

La question du «potentiel médiatique» a été l'objet d'une certaine critique lors de l'abandon des émissions littéraires par la télévision québécoise il y a deux ans. Certaines personnes expliquaient la décision des médias par le manque de potentiel médiatique des écrivains, d'où le faible auditoire de la plupart des émissions littéraires, peu importe la formule de l'émission.

 

Aucun médias n'a jamais voulu infirmer ou confirmer officiellement le rôle du potentiel médiatique des écrivains dans leur processus de prise de décision... jusqu'à mardi dernier, 11 octobre 2007, lors de la chronique «Métamorphose intellectuelle extrême» présentée dans le cadre de l'émission Bazzo.tv à Télé-Québec.

 

Cette chronique est présentée en ces mots sur le site officielle de l'émission : «Changer de job ou changer de branche, c’est changer de vie. Et cela demande parfois un bon coup de pouce... En plus de tout ce qu’il faut savoir et des pièges à éviter, des gens du métier — actifs ou vieux routiers — ou des spécialistes de l’image aideront des gens qui commencent dans un nouveau domaine en leur donnant quelques outils essentiels à leur réussite. Une belle manière d’explorer les coulisses, de tourner notre regard vers l’envers du décor.» (Source)

 

Il semble que toute personne puisse se proposer à l'équipe de l'émission pour «une métamorphose intellectuelle extrême». Dans le cas de l'édition du 11 octobre dernier, c'est l'écrivain Éric Dupont qui fut retenu pour une telle métamorphose. Sa lettre est résumée ainsi : « Ce qu’il souhaite en participant à l’émission, c’est appendre à apprivoiser les médias — ou se faire apprivoiser par eux ! — pour mieux faire connaître son travail d’écrivain.» (Source) L'équipe de l'émission a proposé à l'écrivain Éric Dupont d'atteindre son objectif à l'aide de conseils prodigués lors de rencontres avec trois personnes d'expériences dans le domaine des médias, dont Caroline Morin, recherchiste à l'émission ''Tout le monde en parle'' diffusée à Radio-Canada.

 

Après avoir parlé des auteurs déjà connus des médias et qui seront invités sans problème par les recherchistes, Caroline Morin se penche sur le cas d'Éric Dupont, un auteur peu connu, et elle s'adresse à lui en ces mots : « (...) Moi, je te connais pas. Mon premier contact avec toi, c'est ton livre. Alors, c'est sûr que je vais regarder la photo. Je trouve que la photo, en fait, du premier roman, ''Voleur de sucre'', t'as l'air très sombre alors que, lorsque je te rencontre, tu as l'air de quelqu'un de très souriant. Je me demande pourquoi on n'a pas mis une photo de toi où tu es souriant. Ensuite, quand je regarde ''La logeuse'', y a pas de photo. Je pense que pour ton troisième roman, ce serait peut être pertinent de changer la photo et d'avoir..., mais d'en mettre une quand même. Mais y a pas seulement le livre, moi quand je ne connais pas un auteur, je vais faire une petite recherche sur toi. Alors je vais faire sur Google «Éric Dupont», ce que j'ai fait hier soir pour vérifier ce qui sortait sur toi. Alors, quand on fait ton nom, les deux premières choses sur toi, les deux premières entrées, sont très positives. Alors, la première, c'est une très bonne critique de ''Voir'' sur ''La logeuse''. Donc Voir, c'est une source à laquelle je peux me fier. Pis c'est positif sur toi. C'est bon. Et la deuxième, en fait, c'est une entrevue que t'as donnée à Raymond Cloutier à Radio Canada. Et le titre est accrocheur aussi parce que c'est: «Sympathique rencontre avec Éric Dupont». Et là je suis allée t'entendre. (Extrait sonore). Et quand je t'ai entendu, je trouvais que tu étais quelqu'un de très vif, de très intéressant, tu étais drôle, tu faisais rire l'auditoire. Par contre, tu étais haut perché. Ta voix était très aiguë. Et tu parlais vite. Je sentais ta nervosité. Je pense que tu es quelqu'un qui a déjà un naturel agréable. Alors, tu n'as pas besoin d'en rajouter, d'en remettre et d'en remettre. (...)»

 

Le premier élément qui a retenu l'attention de la recherchiste, ce n'est ni le titre ni le genre littéraire, c'est la photo de l'auteur en quatrième de couverture. On ne se trompe pas en disant que le potentiel médiatique d'un auteur peu connu est d'abord et avant tout une question d'image (de photo).

 

Le deuxième élément auquel s'arrête la recherchiste, c'est la recherche d'information au sujet de l'auteur sur Google. Comme le disait Chris Anderson lors de son passage à Montréal le 11 octobre dernier dans le cadre des Journée-conférences d'Info-Presse, «votre marque (de commerce) n'est pas ce que vous en dites, mais ce que Google dit qu'elle est» («Your brand isn't what you say it is. It's what Google says it is.»). Bref, le potentiel médiatique est aussi une affaire de réputation de l'auteur... sur Google.

 

Le troisième élément souligné par la recherchiste, c'est l'auteur comme personnage («Et quand je t'ai entendu, je trouvais que tu étais quelqu'un de très vif, de très intéressant, tu étais drôle, tu faisais rire l'auditoire»), d'où aussi l'attention portée à la voix haut perchée de l'auteur.

 

Et voici les trois conseils de la recherchiste offerts à l'auteur en résumé de son intervention: «(...) J'ai trois conseils pour toi Éric. Améliorer le ton de ta voix, d'être moins haut perché et d'être moins aussi nerveux en entrevue. Tu peux relaxer. Le deuxième conseil, c'est d'avoir plus d'assurance en toi et en ton potentiel médiatique parce que tu en as un. Mon troisième conseil, c'est de toujours être agréable avec les recherchistes parce que les recherchiste vont se souvenir de toi très longtemps. (...)»

 

Cette allusion à la «mémoire longue» voire la rancune des recherchistes était la deuxième de la chronique. En effet, la recherchiste l'avait mentionné au début de sa rencontre avec l'auteur Éric Dupont : «Et n'oublie jamais que les recherchistes ont la mémoire longue. Il faut que tu restes très courtois, très poli et très gentil parce qu'on sait jamais à quel moment moi je vais pouvoir te rappeler ou à quel moment tu vas revenir si tu publies un nouveau roman, si tu n'as été fin avec moi la première fois, je vais peut être dire ''Non, je ne pense pas que se soit un bon invité''. (...)»

 

Au diable le devoir d'information des médias envers la population! Il y a information que si l'invité a été gentil avec les recherchistes et que si ces derniers voient dans le messager un potentiel médiatique.

 

Je n'en reviens pas, surtout de part d'une télévision publique (Télé-Québec) et d'une télévision d'état (Radio-Canada), parce qu'elles sont subventionnées toutes les deux par des deniers publics. Je croyais le plus sincèrement du monde que le fait de recevoir des deniers publics obligeait les médias récipiendaires à s'en tenir avant tout au devoir d'information mais cette recherchiste me confirme ce que je n'aurais jamais voulu entendre, même en privé. Un auteur aurait beau écrire l'oeuvre du siècle mais la population n'en serait pas informée tout simplement parce que les recherchistes jugent qu'il n'est pas suffisamment médiatique.

 

Il y a une trentaine d'années, on m'a enseigné qu'«informer, c'est choisir», choisir sur des bases objectives, avec tout que cela implique d'efforts à l'esprit. Aujourd'hui, le choix des sujets se fait sur la base du potentiel médiatique des invités qui en traiteront. Si le recherchiste ne trouve personne de médiatique pour parler d'un sujet donné, on n'en parle pas. «Tout est devenu un spectacle au sein des médias» disent certains en affirmant que c'est ce que les gens demandent en soutenant que les médias sont le reflet même de la population. Or, rares sont les payeurs de taxes et d'impôts qui se donnent ainsi en spectacle 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, comme le font les médias en abandonnant leur devoir d'information.

 

Et avec les chaînes d'information continue, je croyais que la population serait informée de tout, du moins, qu'elle aurait droit à la plupart des informations rejetées par les autres chaînes, faute de temps compte tenu de l'abondance, mais ce n'est pas le cas. On tourne toujours autour des mêmes sujets, avec les mêmes protagonistes. On rediffuse et rediffuse encore et encore, du matin au soir, du soir au matin. Et qu'on ne vienne pas me dire que c'est une question de budget car c'est en grande partie en raison du spectacle que l'on fait de chaque émission d'information que les coûts de la diffusion d'information ont augmenté. Enlevez l'élément spectacle et vous aurez tous les budgets nécessaires pour remplir dignement votre devoir d'information, pour informer adéquatement la population sur TOUS LES SUJETS en commençant par la lettre «A» plutôt que par le «potentiel médiatique». Mais, c'est certain, je rêve à l'impossible. Le devoir d'information est déjà bel et bien mort et enterré, un rêve du passé réduit en poussière,... aux mains des recherchistes à la mémoire longue.

 

 

Serge-André Guay, président

Fondation littéraire Fleur de Lys

 

 

 

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11 octobre 2007

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