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Dernière modification : 08/07/08 à 14:59

19 février 2008

 

Le débat au sujet de l'enseignement de la littérature au Québec

 

Francine Allard, écrivaine et chroniqueuse au Matinternet marque son désaccord en annonçant qu'elle ne renouvelle pas sa carte de membre de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois

 

 

C'est sous le titre «Littérature québécoise au cégep!» que l'écrivaine Francine Allard signe sa chronique du 20 janvier 2008 dans le Matinternet, le premier quotidien sur Internet au Québec, et dans laquelle elle répond à la lettre ouverte de Jacques Folch-Ribas (Incultes et satisfaits (?)) publiée dans le quotidien La Presse.

 

Littérature québécoise au cégep!, Francine Allard, Le Matinternet, 20 janvier 2008

 

Pour l'essentiel, Francine Allard se dit en désaccord avec l'idée que seule la littérature québécoise soit au programme des collèges québécois. Elle conclut sa chronique en ces mots: «Il faut continuer à offrir à nos étudiants des œuvres d'auteurs français, brésiliens, indiens, chinois et… québécois. Ensemble, ils aideront à former de meilleurs écrivains avec une vision élargie de notre monde.» [ Source ]

 

L'écrivaine Francine Allard, membre de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois, est également en parfait désaccord avec l'attitude de la vice-présidente de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ), Danièle Simpson. Jeudi dernier, madame Simpson a nié toute implication de son organisation dans la proposition d'enseigner uniquement la littérature québécoise dans les collèges québécois, et ce, en publiant un commentaire sur le blogue de Pierre Assouline, chroniqueur littéraire au quotidien Le Monde: «L’UNEQ (l’Union des écrivaines et des écrivains québécois) n’a jamais proposé d’éliminer la littérature française des études collégiales.»  [ Source ] Et en fin de semaine dernière, Jean-François Nadeau, directeur des pages culturelles du quotidien montréalais Le Devoir a fait écho à cette position de l’UNEQ.  [ Lire l'article / Voir sous-titre «Du travail bâclé» ]

 

Or, malgré cette négation, une vérité de fait demeure: le sondage réalisé par le Comité des enseignantes et enseignants de français au collégial (CEGEP) implique bel et bien l'UNEQ dans cette affaire (le caractère gras a été ajouté pour attirer votre attention):

 

 

11: «Une hypothèse émise l'an dernier par l'ANEL (Association nationale des éditeurs de livres) et par l'UNEQ (Union nationale des écrivains québécois) était d'exclure complètement la littérature française des cours de niveau collégial en créant trois cours de littérature québécoise. Que pensez-vous de cette hypothèse?»

Source : Comité des enseignantes et enseignants de français, Collèges d'enseignement général et professionnel (CEGEP), Québec.

 

 

Pour la vice-présidente de l'UNEQ, Danièle Simpson, le Comité des enseignantes et enseignants de français au collégial «a, de toute évidence, mal compris la position de l’UNEQ». [ Source ] Que l’UNEQ soutienne avoir été mal interprétée voire mal citée ou nie tout du revers de la main n’est pas sans rappeler les attitudes des politiciens embarrassés par une vérité de fait, à moins que le Comité des enseignantes et enseignants de français au collégial nous confirme soit que la question ne fut jamais posée, soit que l'UNEQ a raison de les accuser de mal saisir leur position.

 

Pour l'écrivain Francine Allard, membre de l'UNEQ, cette attitude de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois dans ce débat est la goutte qui fait déborder le vase; elle ne renouvellera pas sa carte de membre.

 

L'écrivaine Francine Allard profite du fait que le sujet inclut à la fois la littérature québécoise et française pour cerner un problème qu'elle juge d'une importance capitale (le caractère gras a été ajouté pour attirer votre attention):

 

 

Déjà que la culture littéraire des jeunes gens est déficiente, voilà qu'ils devront étudier les auteurs québécois uniquement.

Je suis abonnée à des revues littéraires françaises. Sous la rubrique LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE, il n'y a jamais d'écrivains québécois.

Pour acheter des romans québécois en France, il faut se rendre à la Librairie du Québec à Paris. Pour se procurer des romans français au Québec, on n'a qu'à entrer chez Renaud-Bray, Archambault, les librairies de l'aéroport, et même Wal-Mart.

Nos journaux nous parlent abondamment des romans publiés chez Gallimard, Albin Michel, L'Olivier, Fayard et al. En littérature pour la jeunesse, La Presse ne nous entretient QUE de littérature française.

Il est là le problème.

Il faut échanger avec la France. Exiger que s'ils veulent de la promotion au Québec, encore faut-il qu'ils fassent la promotion de notre littérature. À la radio de Radio-Canada, les animateurs Christiane Charrette et Joël Le Bigot sont immensément complaisants envers la littérature française.

On n'entend que les auteurs français s'épanouir devant les couinements des animateurs d'ici.

Il faut agir. Qu'il y ait un ministre de la promotion culturelle à l'étranger.
 

Source

 

 

Madame Allard a formulé plusieurs proposition en ce sens à l'UNEQ (le caractère gras a été ajouté pour attirer votre attention):

 

 

Lettre du 28 février 2008 à l’UNEQ

par Francine Allard [francineallard@videotron.qc.ca]
le 28 janvier 2008

 

(...)

 

J’ai moult fois proposé à l’UNEQ d’embaucher un directeur artistique qui arpentera le Québec à la recherche de tous ces excellents lecteurs de poésie, voyant toutes les lectures publiques, tous les spectacles-concepts littéraires. J’ai suggéré à l’UNEQ une table de concertation sur les méthodes éditoriales québécoises. Que l’on discute tous ensemble des problèmes rencontrés que ce soit à la publication, à la diffusion ou à la vente de nos livres. J’ai suggéré à l’UNEQ que les écrivains participent à tous les quiz et toutes les émissions qui pourraient offrir une vitrine aux écrivains lors de la semaine de la littérature. Jamais personne ne s’est préoccupé de mes propositions. J’ai suggéré que le gouvernement nomme un ombudsman pour les écrivains.


Que l’on ne vienne pas ensuite brailler que nos livres ne se vendent pas. Il faut se promouvoir, se faire connaître, se distinguer, et cesser de se plaindre en accusant les lecteurs de nous ignorer. 
 

Source

 

 

Moyens pratiques pour la promotion des écrivains à l’usage de l’UNEQ

par Francine Allard [francineallard@videotron.qc.ca]
le 17 février 2008

Il y a mille façons de faire connaître nos oeuvres dans tous les pays francophones. Toutefois, il ne faut pas croire que si nos écrivains d’ici sont presque tous de parfaits inconnus, il leur sera plus facile d’être connus en Europe! Et ce n’est pas en insultant les journalistes français que nos relations économiques seront améliorées.


Il faut promouvoir notre littérature.


Il faut diversifier les participants aux soirées de poésie, offrir des mises en lecture à divers écrivains (pas toujours les mêmes), varier le genre de temps à autre.


Voici quelques propositions faites à l’UNEQ pour lesquelles je n’ai reçu aucune réponse ni même de réaction.


1) Offrir aux recherchistes des émissions interactives et des quiz une liste d’écrivains qui pourraient littéralement envahir les réseaux lors de la semaine de la littérature, de la journée mondiale du livre.


2) Organiser un concours pour connaître les municipalités qui donnent à des rues le nom d’écrivains. Grande ville, moyenne et petite. Gala au cours duquel on remettra des prix.


3) Proposer une table de concertation sur les méthodes éditoriales au Québec; table autour de laquelle tous les intervenants pourront se parler franchement.


4) Demander au Ministère de la Culture de nommer un ombusdman pour les écrivains à qui ils pourront confier leurs histoires d’horreur sans craindre de ne plus être publiés.


5) Identifier les éditeurs qui font partie de l’UNEQ et leur donner un statut particulier. Même chose pour les directeurs littéraires.


6) Faire davantage la promotion de la bourse Yves Thériault.


7) Nommer un agent de promotion qui verra à identifier les écrivains qui ont des talents particuliers pour la lecture, la musique et la chorégraphie (à part D. Kimm)


8) Trouver un moyen de remplacer les visites des écrivains dans les bibliothèques, visites qui n’attirent parfois que deux ou trois abonnés. Plus de sévérité. Sus aux menteries quant à la fréquentation!


9) Suivre les expositions des musées principaux et offrir des titres de livres concernant les dites expositions pour éviter que les boutiques des Musées ne vendent que des oeuvres publiées en Europe ou traduites (cf: Musée de la Civilisation du Québec).


10) Participer à la guignolée de Radio-Canada en offrant des livres et en demandant un temps d’antenne.


Vos idées elles? 
 

Source

 

 

L'absence de réponse répétée de l'UNEQ est inadmissible d'autant plus qu'il s'agit de l'un de ses membres. On comprendra pourquoi il s'agit-là de l'un des fondements de la décision de l'écrivaine Francine Allard de ne pas renouveler sa carte de membre de l'UNEQ.

 

Ce débat au sujet de l'enseignement de la littérature dans les collèges québécois nous révèle de plus en plus la face cachée du milieu littéraire québécois.

 

 

* * *

 

 

Note : L'écrivaine Francine Allard est l'une des premières écrivaines professionnelles à avoir appuyé la Fondation littéraire Fleur de Lys. [ Voir lettre d'appui ]

 

 

 

Serge-André Guay, président éditeur

Fondation littéraire Fleur de Lys

 

 

19 février 2008

 

 

 

Voir aussi

 

Dossier : Le débat au sujet de l'enseignement de la littérature au Québec

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