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Article mis en ligne le 15 mars 2008
(Photo ci-dessus à gauche) Le groupe de presse montréalais Les Éditions Infopresse a fait salle comble avec sa journée conférences sous le thème «L'avenir des médias imprimés - Perspectives et enjeux d'un monde en mutation» le 12 mars dernier. (Photo ci-dessus à droite) L'heure du dîner a été animée par des discussions très intéressantes au sujet des premières conférences et de la table ronde dont le compte rendu est publié ci-dessous.
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Notre résumé
Sara Quinn, Directrice de l'étude «Eye tracking the news» du Poynter Institute a animé la première conférence de la journée, de loin la plus captivante au programme. Cette étude du mouvement des yeux face à la presse écrite et à l'Internet a été au coeur de la conférence.
On parvient à traquer le mouvement des yeux parcourant une page d'un quotidien ou d'un site Internet à l'aide d'une lunette spéciale portée par les lecteurs. Cet appareil enregistre tout ce que l'oeil regarde, son parcours, ses points d'arrêt, le tout chronométré.
[ Source ]
Ce type de tests de mouvement des yeux n'est pas nouveau. Louis Cheskin, pionnier des études de motivation d'achat des consommateurs, exécutait de pareils tests sur des emballages et des publicités de produits dans les années cinquante. Je parle abondamment du sujet dans mon livre «Comment motiver les consommateurs à l'achat» dont la version numérique est offerte gratuitement sur ce site (cliquez ici).
Lors d'un test de mouvement des yeux, on apprend essentiellement trois choses:
Une grosse surprise : un texte qui a retenu l'attention sur Internet est davantage lu que le texte qui a retenu l'attention dans un quotidien, grand format et tabloïd
Les chercheurs du Poynter Institute ont fait une découverte importante lors de l'édition 2007 de leur étude du mouvement des yeux des quotidiens, format et tabloïd, et des sites Internet: les gens lisent beaucoup plus que le laisse entendre le mythe à l'effet que les gens feuillettent ou naviguent et lisent peu leurs médias papier ou en ligne. Et plus surprenant encore, on lit davantage les textes sur Internet qui ont retenu l'attention que les textes des quotidiens papier.
(Source)
En moyenne, les gens ont lu 77% des textes publiés en ligne qui ont retenu leur attention, comparativement à 62% pour les quotidiens grand format et à 57% pour les quotidiens de format tabloïd. Autrement, on lit davantage un texte qui attire notre attention sur Internet que le texte qui attire notre attention dans un quotidien. Il faut dire qu'il y a moins d'éléments qui distraient l'oeil sur une page Internet où le texte occupe toute la page que dans un quotidien où l'on retrouve plusieurs articles sur une même page.
Une autre surprise d'envergure: le texte en ligne sur Internet est davantage lu peu importe le style du lecteur contrairement au texte publié dans un quotidien
Les chercheurs se sont intéressés ensuite au style de lecture en formant deux catégories de lecteurs: les lecteurs méthodiques et les lecteurs «scanner» (scanning reader).
Le méthodique lit le texte de haut en bas sans trop balayer la page. Et il lira l'article en entier même si ce dernier se trouve sur deux pages. Il va aussi relire certains passages ou éléments accompagnateurs de l'article (citations encadrées, graphiques, légendes des photographies,...). Sur Internet, le méthodique utile les menus et les barres de navigation pour localiser un texte et ensuite il ira lire ce dernier.
Le lecteur «scanner» se promène sur la page balayant les grand titres et les autres éléments en présentation. Il lit une partie du texte puis saute sur les photographies ou autres éléments sans revenir à la même place dans le texte. Sur Internet, le lecteur «scanner» regarde un peu partout dans la page web pour choisir un texte et ensuite le lire.
L'étude révèle que 75% des lecteurs de quotidiens imprimés sont méthodiques dans leur lecture. Sur Internet, 50% sont méthodiques et 50% sont du type «scanner».
La conférencière a attiré notre attention sur les types de lecture en proportion de la quantité de texte lu dans un article.
(Source)
Notez bien, on ne parle pas ici du pourcentage des textes lus parmi l'ensemble des textes publiés dans l'édition d'un quotidien ou d'un site Internet mais du pourcentage d'un texte lu, par exemple: «l'article est lu à 77%.
Le pourcentage d'un texte lu sur Internet s'élève à 77% et varie peu en fonction du type de lecture: méthodique (78%); «scanner» (77%). Cependant, le lecteur méthodique lit une plus grande proportion du texte que le lecteur de type «scanner», 65% dans le cas d'un grand format et 66% dans le cas d'un tabloïd. C'est le pourcentage de lecture d'un texte du lecteur de type «scanner» de tabloïd qui est le moins élevé, seulement 45%.
Le lecteur se souvient davantage d'un texte dont la structure et la mise en page ne sont pas traditionnelles, par exemple, livré avec une série de Questions & Réponses, une chronologie des événements, des encadrés présentant des faits ou des listes
On pourrait croire facilement le contraire parce que plus il y a d'éléments dans la structure et la mise en page d'un texte, plus il y a de chances d'être distrait et de retenir peu l'histoire. Mais l'étude des chercheurs du Poynter Institute démontre le contraire, autant pour les sites Internet que pour les quotidiens. C'est la conclusion qu'ils tirent d'un exercice où le lecteur est soumis à trois formes différentes d'un même texte, sur papier et sur Internet, et à un questionnaire au sujet du texte après sa lecture. Le lecteur a plus de mémoire du texte lorsque sa structure et sa mise en page ne sont pas traditionnelles, par exemple, livré avec des graphiques, une série de Questions & Réponses, une chronologie des événements, des encadrés présentant des faits ou des listes,..., ce que les chercheurs nomment «No traditional narrative» (structure et mise en page éclatées).
(Source)
La directrice de l'étude, Sara Quinn, a rapporté que la forme éclatée (non traditionnelle) attirait davantage l'attention dans une proportion de 15%. Et ce pourcentage augmente à 30% dans le cas d'un quotidien grand format, sans doute que le grand espace disponible sur une page ou deux permet alors une structure plus complète et une mise en page plus éclatée.
Les grandes photos retiennent davantage l'attention
(Source)
Sur une possibilité de 20 grandes photographies, l'oeil s'est arrêté sur 10 d'entre elles, c'est-à-dire que 50% des grandes photographies ont été examinées. Et sur une possibilité de 100 photographies de petites dimensions, l'oeil s'est arrêté sur 20 d'entre elles, c'est-à-dire que seulement 20% des photographies de petites dimensions ont été vues avec attention. On le présumait depuis des années mais cette étude vient mettre en place des données qui pourront être comparées au fil des ans.
Dans les journaux, ce sont les grandes photographies et le gros titres qui attirent d'abord l'attention
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Il en va de même dans le cas des quotidiens : les grandes photographies et les gros titres attirent dramatiquement beaucoup plus l'attention que leurs vis-à-vis de plus petites dimensions.
Sur Internet, ce sont les éléments de directions qui attirent d'abord l'attention
Sur Internet, la situation est fort différente de celle des quotidiens car ce qui attire d'abord l'attention ce sont les barres de navigation, les liens descriptifs («teasers») et les autres éléments de direction ou d'orientation. Autrement dit, sur Internet, le lecteur est un chercheur.
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Trois autres résultats intéressants
Les photographies en couleur attirent plus l'attention que les photographies en noir et blanc.
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Les photographies d'action montrant des vrais gens dans de vraies situations attirent davantage l'attention que les photographies de studio
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Les photographies de marge («Mug shots») - ici encerclées - attirent très peu l'attention
(Source)
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Notre résumé
Yann Pineau parcourt le monde à la recherche d'informations au sujet des nouvelles initiatives développées sur Internet avec une attention particulière aux projets mis de l'avant par les groupes de presse, étant lui-même responsable des nouvelles initiatives à la rédaction de La Presse.
Première observation, les salles de rédaction ont beaucoup changé ces dernières années, non seulement de «look» mais aussi de façon de travailler pour s'adapter à la nouvelles réalité du «user generated content», en français, les «utilisateurs générateurs de contenus». Il s'agit de gens qui, comme vous et moi, lecteurs et lectrices de journaux, sont souvent sur les lieux d'une actualité avant même l'arrivée des journalistes, et qui disposent de téléphones cellulaires, d'ordinateurs de poche,... et qui témoignent des événements en prenant des photographies et en envoyant des courriels à leurs familles, leurs amis et... aux médias.
Le défi des médias consiste à apprendre comment gérer ce flux d'informations en provenance de leurs auditoires. Monsieur Pineau a donné en exemple le groupe de presse norvégien VG qui a mis en place un système original pour canaliser l'information en provenance de ses lecteurs. Ce groupe de presse offre à ses lecteurs un numéro de téléphone sans frais grâce auquel les lecteurs peuvent transférer leurs photographies et témoignages. Ce numéro de téléphone devenu aussi connu en Norvège que le 911 pour les urgences.
À l'origine de ce projet: les réactions des lecteurs norvégiens en visite à Phuket en Thaïlande lors du tsunami le 26 décembre 2004. La rédaction du journal VG s'est mise à recevoir des témoignages et des photographies de lecteurs avant même que la nouvelle du tsunami soit transmise par les agences de presse. Toutes ces communications par téléphones cellulaires ou autres appareils portables, baptisées SMS (Short Message Service - Court message textuel pouvant être émis et reçu depuis un téléphone portable), ont permis à la salle de rédaction de saisir rapidement les besoins d'information des lecteurs sur place en Thaïlande. C'est ainsi qu'on a vue apparaître des pages signées par les lecteurs eux-mêmes sur le site du quotidien. Voir cet exemple.
Plusieurs médias ont un tel système de traitement de l'information émise par leur auditoire. Monsieur Pineau a souligné que si le quotidien montréalais La Presse avait eu un tel système d'échange avec ses lecteurs lors de l'effondrement de la structure du nouveau centre d'entraînement du Canadien le 25 février dernier (voir), on aurait sans doute eu des photographies des travailleurs et des passants pour alimenter la nouvelle avant même que le photographe du journal arrive sur les lieux.
Selon monsieur Pineau, les pionniers de ce système d'utilisateurs générateurs de contenus sont sans doute les coréens qui ont lancé en l'an 2000 un site Internet alimenté à 80% par des coréens qui ne sont pas des journalistes mais qui sont souvent témoins directs d'un événement. Le site se nomme Oh! my news. Ce qui est intéressant, c'est qu'une rémunération est rattaché aux meilleures contribution. On permet aussi aux lecteurs de verser un pourboire à l'auteur d'un texte qu'ils ont trouvé intéressant. Monsieur Pineau a rapporté qu'un auteur d'une critique du gouvernement coréen a reçu pas moins de 30,000$ en pourboires des autres lecteurs.
La publication des contributions des simples citoyens est devenue pratique courante dans plusieurs médias, y compris CNN avec le site iReport qui se vante d'avoir plus de 80,500 «iReporters» à travers le monde.
Notre commentaire
La conférence de monsieur Pineau était intéressante mais elle nous rappelle qu'il se fait encore très peu de choses au Québec en faveur des utilisateurs générateurs de contenus. Il faut mentionner que ces derniers contribuent à la démocratisation des médias et à une meilleure réponse des besoins en informations au sein des populations. Pour accepter la contribution de ses lecteurs et de ses téléspectateurs, il faut savoir se remettre en question, accepter que le témoin d'un événement est souvent mieux placé pour en parler qu'un journaliste qui ne l'a pas vécu ou qui n'a rien vu. C'est le journalisme citoyen. Malheureusement, ce nouveau type de journalisme n'a pas encore réellement pris son envol au Québec alors qu'ailleurs dans le monde on s'y ouvre de plus en plus.
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Bruno Rives fait la démonstration d'un papier électronique. Cliquez sur l'image pour agrandir. © Infopresse 2008 Tous droits réservés
Notre résumé
La conférence de Bruno Rives au sujet du papier électronique, aussi dit «e-papier», a permis aux néophytes de découvrir un tout nouvel univers auquel la Fondation littéraire Fleur de Lys est déjà familière. Les intéressés sont invités à visiter notre Petit dictionnaire de l'édition électronique où se retrouve bon nombre des informations et des illustrations présentées par monsieur Rives à son auditoire.
Ce que monsieur Rives nous a appris, c'est que le papier électronique est désormais une affaire industrielle asiatique, là où le papier fait défaut en raison d'une ressource forestière limitée ou des coûts élevés. Monsieur Rives a donné l'exemple de la Chine qui investit massivement dans cette industrie. Sur le site Internet du gouvernement chinois, on peut lire que ce dernier invite les journaux à passer à l'étape du papier électronique: «Journaux encouragés à passer à une version électronique».
Et quand on parle de papier électronique, il ne s'agit pas seulement de livre, loin de là. Il est question de format aussi petit qu'une carte d'affaire ou aussi grande qu'une affiche d'abribus. L'idée, c'est d'utiliser le papier électronique comme support publicitaire dont on peut changer le contenu à distance. Dans le cas des abribus, par exemple, monsieur Rives croit qu'il y a d'énormes économies à faire car l'industrie publicitaire ne sera plus obligée de payer des gens pour changer les affiches imprimées sur papier traditionnel puisque les messages des affiches faites de papier électronique pourront être changés à distance par communication cellulaire. Monsieur Rives parle d'une durée de vie de 1,000 ans.
Dans le petit format, monsieur Rives a donné l'exemple des aimants publicitaires destinés au réfrigérateur. Ici aussi, il est projeté de changer le message à distance, par exemple, la recette du jour.
de papier électronique d'affichage flexible. Source Photo AFP
Voir ce document PDF de Fujitsu au sujet de son papier électronique
Autre document PDF de Fujitsu au sujet de son papier électronique
Site Internet de Fujitsu consacré au papier électronique
Vidéo de présentation du e-book de Fujitsu
Fujitsu propose aussi des affiches de 48 pouces (4 pieds) faites de feuilles de papier électronique de 12 pouces. Source
La compagnie japonaise Seiko fait dans le plus petit avec ce bracelet intégrant une horloge faite de papier électronique. Source
Interrogé à la fin de la conférence, monsieur Rive m'a confié qu'il croyait davantage dans l'avenir du papier électronique comme support publicitaire que dans le livre électronique (appareils de lecture portable), également à base de papier électronique. C'est sans doute pourquoi il en a peu parlé.
Notre commentaire
Jusqu'ici, le livre a échappé à la publicité (quoique certains écrivains furent accusés de placement de produits dans les textes de leurs livres, choisissant une marque plutôt qu'une autre). Et il ne faudrait pas que cela change, tant dans le support de lecture que le contenu. Ouvrir un livre électronique pour voir apparaître à l'écran une publicité ne sera pas apprécié.
De plus, s'il faut acheter plusieurs appareils de lecture différents en raison de formats de fichiers de livres numériques spécifiques à tel ou tel éditeur, encore telle ou telle librairie comme le cas du Kindel d'Amazon, je crois que les lecteurs n'aimeront pas faire les frais d'une pareille guerre de formats. Sans universalité, tant dans les formats que dans les appareils, le livre électronique connaîtra un succès limité.
Il faut donc espérer qu'un livre électronique s'impose davantage que les autres, à l'instar du iPod, par exemple.
Serge-André Guay, président Fondation littéraire Fleur de Lys
Suivi de presse Internet
Fédération professionnel des journalistes du Québec Bulletin d'information hebdomadaire, Semaine du 17 mars 2008, Item # 17
Article mis en ligne le 15 mars 2008
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