CyberpresseLe SoleilLe DroitLe NouvellisteLa TribuneLa Voix de l'EstLe Quotidien
Accueil Cyberpresse   Opinions
Accueil » Opinions » Texte complet

Le mercredi 18 janvier 2006

OÙ EST PASSÉ L'AVENIR DU LIVRE ?

Bilan littéraire 2005

Le Soleil

J'attendais la sortie des premières éditions 2006 de nos grands quotidiens pour lire des bilans littéraires. Mais je n'en ai trouvé aucun, pas plus que dans les autres médias. Pourquoi ? J'ai ma petite idée sur le sujet. Le recul fait défaut au monde littéraire. D'une semaine à l'autre, nos médias se contentent de mettre en vedette les nouveautés. En fin d'année, on se retrouve donc avec une longue parade de critiques littéraires peu propices au recul nécessaire pour dresser un bilan.

Pourtant, la mission du chroniqueur littéraire, tout comme celle de tout autre journaliste, est d'informer la population sur tous les aspects de sa spécialité. Ne couvrir que les nouvelles parutions tout au long de l'année est une grave erreur qui prive le lecteur d'une conscience juste du monde du livre. Imaginez si la section Économie nous présentait uniquement les nouveaux produits des entreprises et les foires commerciales. À l'instar de tout autre secteur, le monde du livre ne se limite pas à ses produits, à ses nouvelles parutions. Il évolue, se transforme, connaît des hauts et des bas, dont le lecteur a avantage à prendre conscience en tant que citoyen finançant à même ses impôts une part importante de ce pan de notre culture. La chaîne du livre elle-même semble considérer le lecteur comme un simple consommateur de nouveautés. Une couverture journalistique plus large est tout aussi nécessaire dans le monde du livre qu'en d'autres secteurs où l'implication du citoyen est essentielle à l'évolution pour ne pas dire à la démocratisation.

Le livre et internet



Très rares sont les chroniqueurs littéraires qui prêtent attention au monde du livre dans Internet, qui l'analysent et, par conséquent, qui informent adéquatement la population. Et toute nouvelle parution dans Internet, même si elle est plus accessible qu'en librairies traditionnelles, est d'emblée écartée. Dans un tel contexte, il n'est donc pas étonnant que notre Fondation, le premier éditeur libraire francophone sans but lucratif dans Internet, ne parvienne pas à attirer l'attention des médias et, par ricochet, de la population, même s'il s'agit d'une initiative purement québécoise.

Pourtant, les liens entre le livre et Internet sont loin d'être sans conséquence. Un sondage révélait en 2005 que 40 % des lecteurs québécois consultent Internet avant d'acheter un livre, en ligne ou chez leur libraire de quartier. Ils trouvent alors les critiques des chroniqueurs littéraires et celles d'autres lecteurs, la présentation officielle de l'éditeur, des extraits, différents portraits de l'auteur... Bref, un très grand nombre de lecteurs ont déjà fait de Internet leur principale source de nouvelles littéraires. Rare fait d'armes dans le monde de l'information, les lecteurs devancent maintenant et de très loin les chroniqueurs littéraires de nos quotidiens, encore et toujours dépendants des envois des éditeurs, des visites en librairies de quartier. Dans ce contexte, il est difficile de comprendre pourquoi nos médias traditionnels n'offrent pas encore une chronique hebdomadaire pour aider les lecteurs dans leurs recherches littéraires sur Internet, ce qui serait un moyen utile de se mettre à jour.


Problème de mobilisation


Peu ou pas informé, le lecteur ne s'est pas joint à la lutte de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois pour obtenir de la télévision de Radio-Canada un magazine littéraire. Le lecteur n'a pas non plus été mobilisé par l'Association des libraires du Québec dans sa lutte face à l'expansion des grandes chaînes de librairies. Ce défaut de mobilisation populaire s'inscrit aussi dans la perception du lecteur comme un simple consommateur plutôt qu'un citoyen.

Nous avons invité les libraires indépendants à devenir l'intermédiaire privilégié entre les lecteurs et les librairies dans Internet, avec un message simple : "Procurez-vous les livres offerts sur Internet à notre comptoir", une occasion non seulement de conserver sa clientèle mais aussi d'en développer une nouvelle. Notre proposition est demeurée sans réponse. Avec seulement 14 de ses 77 membres dotés d'un site Internet, on comprend que l'ALQ reste bouche bée face à toute solution impliquant Internet dans l'avenir des librairies indépendantes.


La démocratisation du livre


En 2005, l'impression à la demande a encore gagné du terrain. Il s'agit du principal outil des éditeurs en ligne pour opérer une démocratisation du livre. La possibilité d'imprimer un seul exemplaire à la fois à la demande expresse de chaque lecteur délivre à tout jamais l'éditeur des contraintes de l'inventaire et des risques des gros tirages Offset. Il peut désormais éditer un plus grand nombre d'auteurs. L'impression à la demande est présente partout en Europe et aux États-Unis. Au Québec, seule notre Fondation offre le service en collaboration avec un imprimeur. Le silence des médias sur le sujet demeure inquiétant.

La saturation du marché du livre a été de nouveau mise sur la sellette en 2005. Pour les uns, le développement exponentiel de l'offre n'est pas un problème puisqu'il ne nuit pas à la qualité. Pour les autres, le problème, c'est qu'on ne lit pas assez. Comme à l'habitude, Internet a été évacué du débat, si ce n'est l'intervention d'un lecteur qui demandera si "l'on compte la lecture dans Internet". En effet, comment oublier la libre diffusion de nombreux livres gratuits dans Internet, y compris sur notre site.

2005 ne fut pas une année différente des précédentes pour l'édition en ligne au Québec. Pendant que nos médias l'ignorent, les experts maintiennent le cap : l'édition en ligne représente l'avenir du livre, non pas dans l'optique où elle remplacera un jour l'édition traditionnelle, mais plutôt parce qu'elle complète son offre. Mais force est de conclure que les liens entre le livre et Internet, y compris l'édition en ligne, ne sont pas encore entrés dans les moeurs des chroniqueurs littéraires qui soustraient ainsi leurs lecteurs à une part importante de la nouvelle réalité du livre.

www.manuscritdepot.com

www.fondationlitterairefleur delys.org

Serge-André Guay

Président et éditeur de la Fondation litté-raire Fleur de Lys, l'auteur habite Lévis.

© 2006 Le Soleil. Tous droits réservés.



RetourRetour   HautHaut


Nouvelles plus lues
Articles précédents

Harper et Kyoto : un recul de 20 ans

Il faut reconnaître le rôle des centres de recherche industrielle

Recherche

Tout le site

Tout le web - Google

Imprimez

Imprimez

Envoyez à un ami

Envoyer à un ami


Copyright © 2000-2006 Cyberpresse Inc., une filiale de Gesca. Tous droits réservés.

Ce site a été optimisé pour les fureteurs Microsoft Internet Explorer, version 5.0 et ultérieures, Netscape, version 7.0 et ultérieures, Mozilla, version 1.3 et ultérieures et Firefox, version 1.0 et ultérieures.