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Montréal, 30 Mars 2007
L'Honorable Line Beauchamp,
Ministre de la culture et des communications
Gouvernement du Québec
Édifice Guy-Frégault
225, Grande Allée Est
Bloc A
1er étage
Québec (Québec)
G1R 5G5
Madame la Ministre,
Il me fait plaisir de vous transmettre mes plus sincères
félicitations pour votre réélection à titre de députée de la
circonscription de Bourassa-Sauvé dans le cadre de l'élection
générale de lundi dernier. Nous espérons que vous conserverez
votre poste de ministre de la culture et des communications au
sein du nouveau gouvernement Libéral.
Permettez-moi de commenter votre réaction face aux résultats de
cette élection qui place votre gouvernement en position
minoritaire à l'Assemblée nationale du Québec. Je me réfère ici
à l'entrevue que vous avez accordée à la chaîne française
d'information continue de la Société Radio-Canada le lendemain
de l'élection :
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«Ce que je comprends,
c'est qu'il n'y a aucun des partis politiques qui
peut se présenter en disant: « j'ai le monopole de
la vérité. » C'est un appel pour nous les
politiciens à écouter davantage la population. Je
pense aussi qu'on est habitué à un modèle de
confrontation, mais je pense que là, pour les
intérêts supérieurs du Québec, c'est un appel à un
modèle de coopération.»
— Line Beauchamp
Source
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Le journaliste résumait ainsi votre analyse :
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«Elle ajoute que les
Québécois ont envoyé un message clair à son parti,
de même qu'à l'ensemble de la classe politique.
Selon elle, les Québécois veulent être davantage
écoutés par les politiciens, et c'est ce que le PLQ
devra faire.»
Source
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Je suis parfaitement d'accord avec votre
constat d'autant plus que je fais parti de ces Québécois qui
réclament une plus grande écoute des politiciens depuis quelques
années.
Selon moi, le problème de fond en est un d'accessibilité des
politiciens et, plus spécifiquement, de nos ministres. Quand
j'étais de la vingtaine, au cours des années 80, il était facile
de sensibiliser un ministre et son entourage à un dossier. Il
suffisait d'écrire ou de se présenter en personne au cabinet du
ministre pour être entendu par un conseiller voire par le
directeur du cabinet. Nous savions dès lors que le ministre
serait informé de notre démarche et de nos propositions. Que ces
dernières soient acceptées ou non, nous avions tout de même la
satisfaction d'avoir été entendus. Ce n'est plus le cas
aujourd'hui.
Le ministre se retrouve plus souvent qu'autrement isolé de la
population, de ses demandes et de ses propositions, par les
membres même de son cabinet. Ces derniers se perçoivent de plus
en plus comme le rempart du ministre. Ils jugent ainsi ce dont
il faut informer ou non le ministre (cette lettre ne vous
parviendra peut-être jamais). Certains conseillers et directeurs
de cabinet bloquent littéralement l'accès aux ministres qu'ils
servent en les laissant dans l'ignorance des démarches de la
population.
Mon expérience avec votre cabinet depuis votre élection en 2003
en est un bel exemple. J'ai informé l'un de vos conseillers dès
juin 2003 des besoins de notre fondation et vous en avez été
informée par la bande seulement en novembre 2006, soit plus de
trois ans plus tard. Il faut dire «par la bande» parce que ce
dont vous avez été informée, c'est de ma lettre ouverte
intitulée «La
ministre Line Beauchamp confond le contenant avec le contenu»
en réaction à votre participation alors que vous accueilliez, à
la Société des arts technologiques à Montréal, vos homologues
responsables de la culture et du patrimoine au Canada afin
d'entamer les réflexions entourant l'impact des nouvelles
technologies sur les politiques culturelles. Je m'offusquais
alors du fait qu'il n'y avait au programme de l'événement,
qu’une seule intervention et un seul invité concernant
l'édition: «[Édition] M. Ronald Hawkins
(SONY, États-Unis) - Possibilités que suscite l’arrivée du livre
électronique dans le secteur de l’édition et ses retombées
possibles dans le domaine de la culture. Présentation du
dispositif de Sony.» L'important est de retenir que j'ai
dû envoyer cette lettre ouverte à toutes les directions de votre
ministère et à tous les membres de votre cabinet pour que vous
soyez finalement un peu sensibilisée à notre démarche dans le
domaine de l'édition en ligne.
Le 28 novembre dernier, en après-midi, je rencontrais le
journaliste David Patry du quotidien Le Journal de Montréal avec
un groupe d'auteurs édités en ligne par notre fondation qui a
donné lieu à
ces textes. Monsieur Patry m'a confié qu'il vous croiserait
sûrement en soirée lors de la première de Kent Nagano à l'OSM.
Je l’ai invité à vous demander si vous connaissiez notre
fondation et il l'a fait pour ensuite m'informer de votre
réponse :
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«Oui. Ils viennent
de commencer leur lobbying».
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Vous ne pouvez pas savoir, Madame la ministre,
jusqu'à quel point votre réponse m'a profondément déçu. Nous ne
venions pas de commencer notre lobbying à ce moment-là en
novembre dernier mais trois ans plus tôt. Autrement dit, votre
réponse me confirmait officiellement que malgré mes démarches
auprès de votre cabinet depuis juin 2003, vous veniez d'en être
informée, et ce, 41 mois plus tard. Ce n'est pas normal.
Votre réponse m'a également déçu parce que vous me placiez dans
une démarche de lobbying plutôt que de communication. Certains
diront que l'un et l'autre sont semblables mais je suis très
loin d'être de cet avis. Toute personne qui entreprend une
démarche auprès de ses politiciens ne se perçoit pas d'emblée
comme un lobbyiste. Votre réponse m’a laissé croire que seuls
les lobbyistes expérimentés ou les groupes organisés à cette fin
ont accès à vous. Personnellement, c'est à titre de citoyen
impliqué dans le développement culturel du Québec que je me suis
adressé à vous et à votre cabinet et non pas en tant que
lobbyiste professionnel, ni même amateur.
Je vous en prie, confirmez-moi que vous n'êtes pas uniquement
informée des dossiers des lobbyistes organisés. Je ne souhaite
pas pratiquer cette discipline. En fait, je tiens à demeurer un
simple citoyen, certes impliqué, mais un simple citoyen, parlant
au nom de simples citoyens, formant une partie de la population.
Quoique je sois impliqué dans le domaine culturel, je pense à la
politique avec un esprit scientifique qui exige que tous les
faits doivent être entendus et non pas uniquement ceux rapportés
par les lobbyistes. Je crois que la politique a le devoir d'être
objective et non soumise aux pressions des uns et des autres. Je
souhaite une écoute simple et active de tous les citoyens et,
surtout, un traitement de valeur égale sans égard à la
notoriété.
En science, toute personne peut se lever et faire avancer la
connaissance, seule une preuve factuelle suffit. Il devrait en
être ainsi en politique. Tout citoyen, même celui sans influence
aucune, pur inconnu, devrait pouvoir être entendu pour faire
avancer la connaissance.
Personnellement, je ne comprends pas pourquoi un homme qui tente
d'aider le Québec à reprendre son retard dans le domaine de
l'édition en ligne demeure sans réponse de votre cabinet à ses
demandes de rendez-vous avec vous.
Lorsque j'ai rencontré un membre de votre cabinet à la fin de
2003, je savais pertinemment que votre ministère n'avait aucun
programme d'aide à l'édition en ligne. Et c'est pourquoi c'est à
vous, l'élue en poste, que j'adressais ma demande plutôt qu'aux
fonctionnaires. Mais l'employé de votre cabinet a préféré
envoyer tout de même ma lettre aux fonctionnaires plutôt que de
vous informer. Je savais que vos fonctionnaires n'avaient alors
d'autre choix que de refuser ma demande puisque aucun programme
d'aide à l'édition en ligne existait, pas plus qu'aujourd'hui
d'ailleurs. Et c'est pourquoi je persiste à vouloir entrer en
communication avec vous. Mais mes demandes de rendez-vous
demeurent sans réponse, pas même un non.
Je me dois aussi de vous informer que la lettre que je vous
adressais en juin 2003 est aussi demeurée sans réponse. Six mois
plus tard, toujours rien. Je vous ai alors interpellé dans une
longue lettre ouverte publiée dans le quotidien Le Soleil. L'un
des membres de votre cabinet a communiqué avec moi le matin même
de la publication pour m'accorder un rendez-vous au cours duquel
elle promettait d'aider notre fondation mais elle a commis
l'erreur, comme je l'écris ci-dessus, d'envoyer notre demande
aux fonctionnaires plutôt que de vous la présenter. Conséquence
: vous êtes perçue par les 350 auteurs de la fondation et leurs
lecteurs comme étant opposée voire fermée à l'édition en ligne
et à notre fondation, initiative d'un simple citoyen en quête
d'un emploi.
Et pendant la campagne électorale, pas un mot de votre part et
de votre cabinet à la suite de l'article publié dans Le Journal
de Montréal annonçant la fermeture prochaine de notre maison
d'édition en ligne, la seule au Québec, si vous ne nous venez
pas en aide sous peu. «Être davantage à l'écoute de la
population» dites-vous. Oui ! Et plus que jamais.
Notez bien Madame la ministre : «de la population» et non pas
seulement des lobbyistes de l'OSM, du cinéma,... à qui vous avez
accordé des millions de dollars alors que la demande de notre
fondation en juin 2003 n'était que de 5,000$. Et faute d'aide de
votre part, nous avons été dans l'obligation d'imposer en
juillet dernier des frais d'édition aux auteurs, ce qui est très
loin de nous plaire compte tenu de notre mission de valorisation
du patrimoine littéraire et de promotion de l'écriture et de
lecture. Nous avons dû aussi fermer notre bureau en France et
ainsi nous limiter uniquement aux auteurs de citoyenneté
canadienne alors que nous en avions de tous les coins de la
francophonie. Car, en plus de contribuer à reprendre le retard
du Québec dans le domaine de l'édition en ligne, notre fondation
s'est permis d'innover en la matière, attirant ainsi des
dizaines d'auteurs d'Europe, d'Afrique et des États-Unis. Mais
on ne peut pas maintenir une telle innovation, entièrement
bénévole, sans l'aide de son gouvernement. Faute d'écoute, notre
fondation a dû se replier sur elle-même et sur le Québec.
Conséquence, comme le déclare également le président de l'UNEQ,
le marché de l'édition en ligne nous échappe au profit
d'entreprises françaises et américaines.
Enfin, à lire les déclarations de votre attachée de presse
rapportées dans cet article paru le 15 mars dernier dans Le
Journal de Montréal, je dois conclure que votre cabinet ne vous
informe pas adéquatement de la réalité et des véritables enjeux
de l'édition en ligne. Vous trouverez donc, en annexe à la
présente, copie de ma réponse à votre attachée de presse.
Veuillez agréer, Madame la ministre, mes salutations les plus
distinguées.
Au plaisir de vous rencontrer,
Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys
Pièce jointe :
lettre adressée à Véronik Aubry, attachée de presse
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