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La philosophie

sa nature, ses grandes questions,

les plus célèbres philosophes, un classement de leurs propositions et son avenir

par Jean-Pierre Bacon

Dans cet article, nous allons (1) proposer une définition de la philosophie, (2) approcher celle-ci par ses grandes questions, (3) le faire par une nomenclature de ses plus célèbres penseurs et par un classement de leurs propositions, puis (4) envisager l’avenir.

(1) Une définition de la philosophie

Le mot « philosophe » vient du grec philosophos (philos, ami, et sophia, sagesse), qui a mené à traduire « philosophie » par « amour de la sagesse (issue de l’expérience) ».

Mais ce qui est classiquement appelé « philosophie » est loin d’exemplifier cette traduction. En effet, les philosophes de l’histoire ont proposé une multitude de choses non seulement différentes les unes des autres, mais très généralement incompatibles entre elles. Ils semblent souvent avoir exprimé tout bonnement ce qu’ils ont pensé, sans un adéquat éclairage scientifique, en n’essayant pas même parfois que leurs constructions puissent passer l’épreuve des faits ou, pire encore, en faisant fi de leurs « intuitions » les plus fortes, résultant des « expériences » de leur groupe ainsi que des leurs propres. Aussi, les idées des uns ont été traitées comme des mythes, par les autres.

La philosophie est beaucoup mieux définie en termes de l’ensemble des questions, des réflexions, des recherches, des interprétations… sur les objets, sur les propriétés physiques, sur les phénomènes, sur leurs causes, sur les valeurs… — bref sur l’Univers, sur les êtres vivants et sur les cultures — ainsi qu’en termes des activités comme la critique des méthodes, des faits, des concepts d’une science, d’un droit, d’un art, etc. Il n’y a pas trop de mal à dire que ce produit de la culture appartient à une étape préalable à l’établissement de la connaissance véritable (le savoir qui passe l’épreuve des faits), bien que des philosophes l’ont décrite, malheureusement, comme étant la science de la vérité, une science pure et théorique, la parfaite connaissance de toute chose dont l‘homme peut savoir tant pour la conduite de sa vie que pour sa santé et pour l’invention dans les arts, un système de connaissances rationnelles à partir de concepts, le savoir rationnel fondamental, la science de soi, de notre étonnement, un savoir au-delà de la nature, etc.[1]

En somme, au moins de nombreux textes religieux et de légendes peuvent être considérés appartenir à l’histoire de la philosophie, et il est vraisemblable de penser que les plus anciens hommes aient inventé la parole, les cultes, les mythes [2] … et la philosophie.

(2) Les grandes questions philosophiques

La compréhension de la nature de ce qu’on appelle « la philosophie » peut être précisée par une nomenclature des grandes questions dites « philosophiques ». Notons d’abord les trois suivantes, mentionnées classiquement : « D’où venons-nous? », « Qui sommes-nous? » et « Que devons-nous faire? ». Plus en détail, considérons les suivantes.

La philosophie

  1. Qu’est-ce que la philosophie?

  2. Les mythes et discours religieux appartiennent-ils à l’histoire de la philosophie?

 L’Univers

  1.  Pourquoi y a-t-il de l’être plutôt que le non-être, qu’est-ce que le néant, etc.?

  2. Quelle est la nature de l’Univers, que penser de sa vraisemblable origine (lors du Big Bang) et de ce qu’il y avait avant?

 L’objet et la conscience

  1.  Qu’est-ce qu’un objet, classiquement opposé à un sujet?

  2. Que sont l’espace et le temps, la matière, l’énergie, une force, la puissance, etc.?

  3. Plus globalement, que sont une perception, une sensation, une émotion, un besoin, etc.?

  4. Que sont un individu, une personne, le moi, etc.?

  5. Que sont l’expérience, l’apprentissage, l’habitude, l’éducation, un problème, etc.?

  6. Que sont la discrimination, la conscience, l’attention, la pensée, une idée, un concept, le rêve, l’intuition, la connaissance, le jugement, la réflexion, la science?

  7. Qu’est-ce que comprendre?

  8. Que sont la mémoire, la motivation, l’intelligence, l’imagination, la création, etc.?

La « liberté » et le déterminisme

  1. Pourquoi notre univers est-il ordonné, plutôt que chaotique?

  2. Dieu joue-t-il aux dés, que sont le hasard et les lois de la nature?

  3. Les hommes échappent-ils aux lois de l’Univers?

  4. Que sont un acte « volontaire », une intention, un choix, un but, un projet…, la responsabilité?

  5. Que sont le bon, le bien, le juste… la vertu, les valeurs, etc.?

  6. Que penser des philosophies du droit et de l’État?

    Le comportement verbal et d’autres caractéristiques humaines

  7. Qu’est-ce que parler, que sont un signe, les mathématiques, la logique (formelle)?

  8. Qu’est-ce que la signification d’un mot?

  9. Qu’est-ce que la vérité?

  10. La vérité est-elle relative ou absolue?

  11. Qu’est-ce qui distingue la vérité de la croyance?

  12. Qu’est-ce que la foi?

La dépression et la survie

  1. La question « Être ou ne pas être » exprime-t-elle le problème fondamental?

  2. Qu’est-ce que la vie et quelle est sa vraisemblable origine — ou quelle théorie scientifique à son sujet satisfait, le mieux, au principe de parcimonie (simplicité)?

  3. Que doit-on faire, individuellement et collectivement, en rapport avec la survie?

L’Histoire

  1. Quelle est la nature de l’Histoire, qu’est-ce qu’un événement, etc.?

  2. L’Histoire a-t-elle une « signification » ou, à tout le moins, un « sens »?

  3. Quels sont les « moteurs » de l’Histoire, son histoire est-elle une science, et quel est le principal apport que celle-ci pourrait fournir à notre culture ou à une autre plus susceptible de relever le défi de notre bien-être et de notre survie collective?

Terminons en notant la question suivante, qui ne doit pas être sous-estimée pour exprimer une des grandes incompréhensions manifestées par le passage de la philosophie occidentale d’origine, basée sur la science, vers une métaphysique au sens péjoratif : comment expliquer les occasionnelles discordances entre les observations d’un même objet? Pour tenter d’y répondre, des penseurs en ont appelé à d’hypothétiques images privées des objets (des images qui, soit dit en passant, devraient être appréhendées par de nouveaux sens, et des objets qu’il faudrait, alors, supposer hors de nous), et d’autres, à des manifestations publiques d’une chose en soi inaccessible. Mais pourquoi devrait-on faire appel à une chose hypothétique, voire inaccessible en soi, pour rendre compte d’un objet réel et bien accessible? Comment la matière d’un corps pourrait-elle être expliquée par une entité immatérielle, et sa forme par une chose incorporelle? Comment le fait d’être impénétrable serait-il causé par l’intangible? Bref, en quoi l’esprit (qui échapperait à la physique) serait-il d’un secours pour comprendre le matériel (qui ne lui échappe pas)?  

Cette liste de questions peut aider à cerner la problématique relative à la philosophie et la nature de celle-ci. Une autre façon de comprendre ce qu’il en est d’elle consiste à faire une nomenclature des célèbres philosophes de l’histoire et de leurs propositions de solution des grands problèmes exprimés par les questions posées ci-haut.

(3) Les plus célèbres philosophes

Les philosophes les plus mentionnés à ce titre sont Socrate et Platon, Aristote, Descartes, Spinoza, Locke, Kant, Hegel, Marx, Husserl, Nietzsche. À cette liste, on peut ajouter Héraclite, Démocrite, Augustin, Thomas d’Aquin, Bacon, Machiavel, Hobbes, Malebranche, Leibniz, Berkeley, Hume, Fichte, Schelling, Comte, Schopenhauer, Kierkegaard, Freud, Bergson, Russell, Heidegger, Wittgenstein, Sartre, parmi bien d’autres dont les Jésus et Paul historiques et les penseurs orientaux plutôt méconnus en Occident. [3]

La façon la moins litigieuse de lister ces penseurs est selon un ordre historique ou par périodes, comme l’Antiquité, le Moyen-Âge, la Renaissance et l’Époque moderne, avec ou non des sous-périodes, tels l’hellénisme, le siècle des Lumières et le romantisme.

Une autre façon de le faire, mais qui engendre des polémiques, est de prendre les propositions de ces philosophes et de les classer en grands groupes. Les trois suivants semblent intéressants : l’idéalisme (qui implique les penseurs qui dérivent la matière de l’esprit ou carrément nient l’existence de celle-ci : spiritualistes et idéalistes proprement dits), le matérialisme (impliquant ceux pour qui la matière est substance et fondement de l’existence) et le panthéisme (qui implique les penseurs selon lesquels le premier principe est une substance unique dont toutes les choses ne sont que des modes d’existence, comme Dieu et la Nature, la matière et l’esprit), avec ces sous-groupes (à distinguer utilement de ces premiers par le fondement proposé de la connaissance, plutôt que par celui du monde) : le rationalisme (impliquant ceux qui attribuent à la raison l’origine des connaissances), l’empirisme (qui implique les penseurs pour qui toute connaissance vient des expériences qui se gravent sur une tabula rasa) et le scepticisme (impliquant ceux qui mettent entre parenthèses les problèmes fondamentaux, dits « insolubles », et réduisent la réalité aux phénomènes).[4] Les penseurs des sous-groupes sont dans les trois premiers.

Bien des choses encore pourraient être mentionnées dans cette section, mais, en y privilégiant les avantages de la synthèse, nous nous en abstenons et poursuivons avec la dernière partie de l’article, consistant à considérer l’avenir de la discipline en question.

(4) L’avenir

À l’origine de la pensée occidentale, dès Platon et Aristote, la philosophie a été d’abord une réflexion scientifique sur l’Univers, sur les êtres vivants et sur les sociétés. Bien ultérieurement à leur écriture, le don du nom La métaphysique aux livres qu’Aristote a écrits après ce qu’il a appelé La physique est devenu malheureux. En effet, l’Univers est l’objet de la physique, dans l’infime comme dans l’immensément grand, alors que les êtres vivants et les sociétés sont ceux de la biologie (anatomie et physiologie, « théorie de l’évolution » et analyse expérimentale du comportement). Or cette science-ci est récente en très grande partie. Conséquemment, la philosophie antérieure a, au mieux, été basée sur la physique : les objets de La Métaphysique ne furent pas analysés sous l’éclairage de la part de la biologie la plus importante ici, d’où un glissement ultérieur de la réflexion scientifique, initiée originellement, vers une métaphysique au sens péjoratif : spiritualisme, théologie, idéalisme pur, matérialisme, panthéisme, rationalisme, empirisme [5] et scepticisme. Heureusement, Copernic (en montrant que la Terre n’est pas le centre de l’Univers), Darwin (en suggérant en toute apparence et en toute vraisemblance que l’homme origine d’organismes antérieurs à lui), Pavlov et Skinner (en montrant que le comportement respectivement « réflexif » [6] et « volontaire » de l’être humain même satisfait à des lois) ont réussi à opérer de grandes révolutions scientifiques.

Néanmoins, nul illustre penseur n’aborde actuellement (d’une façon individuelle et de surcroît dans leur ensemble) les problèmes philosophiques exprimés par les questions de la seconde partie de cet article, en raison d’un présent manque d’intérêts à établir et à promouvoir une métaphysique et de ce que la considération de ces problèmes échappe toujours à la physique (autant sinon plus aujourd’hui qu’au temps d’Aristote : en effet, ses penseurs « lorgnent » eux-mêmes, et de plus en plus, vers la métaphysique au sens péjoratif, en raison de l’inaccessibilité de la « réalité » aux échelles qui les occupent).

Une idée qui sous-tend la possibilité nouvelle, actuelle, de considérer d’une façon objective et même scientifique l’ensemble de ces « problèmes », dans leur solution ou dans leur mise à l’écart, c’est qu’ils renvoient à des comportements (parfois verbaux uniquement) et que ceux-ci sont les objets de la part récente de la biologie qu’est l’analyse expérimentale du comportement (appelée également « sciences des contingences de renforcement » et « analyse opérante »). Or contrairement par exemple aux psychologues de l’intelligence, partisans de l’introspection, et aux freudiens, soutenant l’existence d’un appareil psycho-social fait de traits, d’aptitudes et de facteurs dérivés de questions et de tests « mentaux », le scientifique de l’analyse expérimentale du comportement n’a pas à faire appel à la méthode hypothético-déductive (entourée d’une grande « aura » de mystère). Bien que complexe, son objet, le comportement, est découvert dans le milieu. Il n’est pas identifié en une situation unique, mais il l’est sans en appeler aux événements survenant dans le supposé esprit ou dans le système nerveux (réel ou conceptuel), éventuellement décrits en d’autres termes, selon différentes dimensions. On peut dire que nul appel n’est à faire ici à la matière ni au prétendu esprit.

Un fait scientifique, observé chez l’homme même, c’est qu’un comportement dit « volontaire » est suivi de conséquences qui font augmenter la fréquence qu’il produise une telle conduite de la même forme dans de semblables circonstances ultérieures —vraisemblablement en modifiant son organisme. En bref, un tel comportement est une classe définie par la caractéristique de ses seuls membres d’être en interrelations avec les mêmes circonstances d’émission et les mêmes conséquences qui le renforcent. [7] Certes, on peut parler d’eux en termes de la physique, du fait que les êtres qui les constituent ont une position indiscutable dans l’espace et le temps, et en termes de l’anatomie et de la physiologie, mais dans de présentes limites que l’analyse précédente permet de dépasser.

Il devient dès lors possible d’entrevoir une position complètement sensée, en tous ses points de vue, cohérente au sens de « non contradictoire », réaliste, rationnelle, vraie au sens de « la plus utile possible pour diriger des conduites appropriées », relativement simple et même satisfaisante pour considérer l’ensemble des grands problèmes irrésolus.

Il est vraisemblable que cette philosophie, scientifique et globale, soutiendra les propositions qui suivent, établies sous l’éclairage de l’ensemble des sciences modernes [8].

  1. L’Univers est la classe des objets astronomiques. Comme l’espèce humaine, l’Univers n’existe que par les éléments qui le constituent à un moment donné.

  2. En toute apparence, l’univers astronomique a une origine. [9] Et il est possible de penser cela de la classe même des objets physiques (occupant les physiciens).

  3. L’être est premier : le mot « non-être » a pour facteur d’émission non pas un être (en tant qu’être, ou en tant qu’étendue, essence, forme, condition, etc.), mais le mot « être », dont il sert à écarter la suggestion que son « référent » soit! Quand un néant est un fait (ce dernier terme suggère ici la vérité, le caractère approprié de la négation), ce qui n’existe pas n’est nulle part — non partout. La question « Pourquoi y a-t-il de l’être plutôt que le non-être? » est « véritable » quand l’être en question est défini; sinon elle n’est qu’apparente.

  4. Un actuel Univers chaotique, par opposition à ordonné, n’est pas une donnée de la science. Un niveau plus complexe s’établit sur une base, antérieure, qui est relativement plus simple. L’organisé persiste quand rien ne le désorganise. Il est illogique de proposer une solution au « problème de l’improbabilité du complexe » en suggérant une « cause » plus complexe et improbable encore. Et il est peu crédible que les choses soient créées pas à pas par un ou des êtres « surnaturels », d’où la vraisemblance des mécanismes internes de formation.

  5. Tout phénomène est constitué par ce qui existe au moment où il se produit. De présentes choses pouvaient exister avant, y avoir été modifiées, et d’autres permettent des prédictions, par des régularités. Les lois de la Nature dirigent les comportements non de la Nature, mais des hommes qui s’occupent d’elle. Aussi, aucune description n’est parfaite de ce qu’elle n’est pas ce qui est décrit.

  6. Les divers objets physiques (à distinguer d’un ensemble de telles choses) n’ont en commun que d’occuper une position indiscutable dans l’espace et le temps.

  7. Ce qui est vu, touché, etc. est où il semble être, à savoir dans l’environnement.

  8. Une sensation visuelle, tactile ou autre est un objet abstrait (ou, autrement dit, une caractéristique du monde) : elle est constituée par un ou par plusieurs objets physiques et elle est le « référent d’un mot », dit « abstrait ». Il en est ainsi de tout concept, propriété physique, matière, énergie, force, puissance… Les occasionnelles discordances entre les observations d’un même objet sont l’affaire de réponses sensitives discordantes à celui-ci [10], non d’images privées, qui multiplieraient les « expériences » sans les expliquer, ni de représentations publiques d’une chose qui ne pourrait rendre compte du monde de la réalité [11].

  9. La partie de l’univers qui est sous la peau d’un organisme n’est pas d’une nature radicalement différente de celle qui est hors de lui; elle est uniquement beaucoup plus difficile d’accès, pour les membres de la communauté verbale.

  10. Exercés par l’organisme qui les éprouve, les plaisirs, douleurs, émotions, etc. sont des entités abstraites, comme le sont nos sensations visuelle, tactile, etc.

  11. Tous les phénomènes « mentaux » sont l’affaire de comportements des organismes impliqués ici — non de simples ou alléchantes réactions physiques.

  12. Le comportement verbal même est à considérer comme il est, à savoir un comportement. Dans l’histoire collective, comme dans l’histoire personnelle, il est antérieur à l’existence des signes, mais postérieur aux actes non verbaux.

  13. Plusieurs caractéristiques humaines sont tributaires du comportement verbal. Celui-ci est particulier : il est « défini » et « maintenu » par des conséquences médiatisées [12].

  14. L’état d’un organisme au moment où il agit est, lui, le produit de son exposition antérieure au milieu, en tant que membre d’une espèce et en tant qu’individu.

  15. De tout comportement « volontaire » émis on peut dire qu’il a été « libéré » par les objets présents dans le milieu (quand on veut attirer l’attention vers les conditions externes de sa production : en d’autres circonstances, l’individu en cause aurait peut-être agi différemment). On peut aussi dire, éventuellement, qu’un tel acte émis « résulte » de l’organisme tel qu’il est au moment où il agit (quand on veut mettre l’accent sur le fait qu’un autre aurait peut-être agi, là, autrement). On a ici l’expression de deux points de vue partiels du même fait.

  16. Un homme se sent « libre » et se dit tel dans les conditions d’un acte renforcé positivement [13]. Un tel comportement peut être produit en l’absence de lois, contraintes ou coercitions, dans le présent milieu environnant, mais non de toute détermination préalable, et même un tel acte a des facteurs d’émission.

  17. Un « but » est l’affaire de conséquences qui ont affecté un être, dans le passé.

  18. Une « valeur » est l’affaire de conséquences d’un acte, non de ses « causes ». La survie de ce qui est au-delà de la vie d’un homme n’a pas une valeur pour lui. (La vie est le concept qui définit la classe des êtres vivants : elle est l’affaire de propriétés publiques qui manifestent des choses qui sont cachées ou moins apparentes, comme des constituants moléculaires, des structures internes et des phénomènes qui relèvent, pour les uns, de l’histoire universelle et, pour les autres, de la phylogenèse et aussi de l’ontogenèse des divers êtres vivants.) D’une façon différée de leurs conséquences lointaines, une culture peut donner une valeur aux comportements qui vont dans le sens de sa survie et de celle de l’humanité. Une culture est à distinguer d’un État de droit [14], dont les problèmes, légendaires, sont liés au fait que les actes émis sous des lois sont renforcés négativement [15] et sans lien direct avec les vrais facteurs d’émission.

  19. Il y a trois niveaux de valeurs. Par exemple un politicien peut agir pour ses seuls intérêts, le faire pour les intérêts de ceux qui vont le réélire ou agir pour l’État.

  20. L’Histoire est l’ensemble des événements, principalement passés : ils sont constitués par des êtres, animés ou inanimés, et peuvent souvent être décrits objectivement, voire scientifiquement, en des termes universels ou singuliers. Elle a trois « moteurs » : celui de la causalité physique, la sélection naturelle (qui semble être une simple effectivité) et le mécanisme du conditionnement opérant. Ce dernier est un produit de l’histoire évolutive, ce second de l’histoire universelle et les trois fonctionnent dans l’Univers, où, finement, il y a constamment la rencontre de chaines indépendantes d’événements. L’histoire peut nous fournir un apport ultime, en montrant ce que le passé peut apporter pour une « sage » planification et gestion d’une culture [16] ne portant pas, en elle, les conditions de sa disparition et de l’extinction de notre espèce.

Les propositions précédentes ne sont pas des vérités absolues [17]. Aucune ne doit être considérée comme un axiome, un principe, une définition, ni même un théorème [18], en vue d’une reconstruction de la connaissance dans un cadre logique. En passant, notons que nulle n’implique que nous fassions appel à des mots tels « absolu » [19], « insécable », « parfait » [20], « spirituel » (« immatériel »), « transcendant », « infini » (relativement à une quantité, à une étendue spatiale ou temporelle, etc.), sinon dans un but pratique, pour écarter la suggestion de l’existence de l’accessibilité à une chose dans sa grandeur, dans sa limite, etc. Les propos ne sont pas, non plus, irréfutables. Tous sont susceptibles d’être écartés afin d’établir la position la plus possible sensée [21], cohérente, réaliste, rationnelle, vraie, simple et satisfaisante, pour diriger des comportements appropriés dans le monde. Réalisons que, par-delà l’utilité de fournir une même façon de parler de notre monde dans ses divers aspects, l’objectif visé ici n’est ni plus ni moins que de le comprendre afin de l’améliorer à l’aide de la connaissance scientifique et des techniques qui en découlent, donnant raison à Francis Bacon, par rapport au célère René Descartes.

Notes de bas de page

 

[1] Voir par exemple : https://la-philosophie.com/qu-est-ce-que-la-philosophie, parmi bien d’autres sources.

[2] Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_mythologies pour une grande liste de mythologies mondiales et https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_divinit%C3%A9s_mythologiques pour une longue liste de dieux.

[3] Pour un exposé complet, voir Histoire de la philosophie, coll. Folio/essais, éd. Gaillimard, en six volumes. Au sujet de la philosophie africaine, qui est à faire, voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Philosophie_africaine

[4] Voir un intéressant article qui est à ce sujet : https://www.espacefrancais.com/histoire-de-la-philosophie/

[5] En ne fournissant pas la conscience réfléchie de la nature de l’expérience et, même, en dissociant celle-ci et le monde de la réalité physique, voire en incitant à spéculer sur la conscience comme forme de connaissance de soi, l’empirisme a mené les penseurs à combler l’intervalle entre le présent d’un individu et les événements antérieurs de son histoire environnementale par différents processus internes imaginaires (appréhension des objets selon l’agréable et le déplaisant, jugement sur le monde perçu, etc.).

[6] À ce sujet et à celui de l’analyse fonctionnelle, consulter l’ouvrage mentionné à la note 8 ci-dessous, p. 17.

[7] Pour un sommaire scolaire et élaboré de dix ans de recherches universitaires de B. F. Skinner lui-même, voir The behavior of organisms, Coplay Publishing Group, Acton Massachusetts 0170, 457 p. Pour des exemples très pertinents relatifs à l’homme, voir Les thérapies behaviorales, modifications correctives du comportement et behaviorisme, Gérard MALCUIT, Luc GRANGER et Alain LAROCQUE, éd. PUL, 1972, 219 p. Pour un court article explicatif voir https://lapsychologie.weebly.com/conditionnement-opeacuterant.html

[8] Voir Une philosophie scientifique et globale pour aujourd’hui et pour l’avenir, Jean-Pierre BACON, Fondation littéraire Fleur de Lys, Lévis, 2e éd., 2020, 138 p., gratuit, en PDF, et disponible en format papier.

[9] Voir : https://fr.wikipedia.org/wiki/Big_Bang, parmi un grand nombre d’articles qui sont à ce même sujet.

[10] Considérer cela permet de comprendre, même, quelles éventuelles structures chercher et où les trouver.

[11] Le monde où la réalité triomphe généralement, comme quand, avec sa tête tournée vers le bas, on revoit dirigée vers le haut une flèche qui peut aussi continuer à paraître à l’opposé, ou lorsqu’on voit bleu un corps qu’on peut encore voir vert — etc. dans tous les aspects relatifs à la vision et en rapport avec les autres sens, comme quand on identifie enfin la voix du locuteur tout en pouvant entendre à nouveau celle qu’on entendait. D’une façon plus complexe, les expériences de Ivo Kohler impliquant des hommes portant, en continu et durant de longues périodes, des lentilles qui inversent la direction de l’arrivée de la lumière des objets à leurs yeux montrent que l’environnement peut non seulement éteindre les réponses non verbales inappropriées qui sont émises dans ces conditions, tout à fait inhabituelles, puis favoriser celles qui le sont, mais faire qu’après un certain temps, ces hommes voient alors même les objets comme ils le faisaient avant. Cela étant dit, songeons bien à ce qui suit. Ce qu’un daltonien devrait avoir pour répondre à un corps sous sa couleur, ce sont d’autres yeux, non pas d’hypothétiques nouvelles images mentales, ni, à plus fortes raisons, de nouveaux rapports à une chose en soi inaccessible qui se manifesterait à lui. Pour faire la même chose dans l’obscurité, un homme normal n’a besoin que d’un éclairage adéquat, pas même d’autres yeux. Pour observer la courbure d’une tige rectiligne dans l’eau, il faut de l’eau, à travers laquelle on la regarde. Voir un cube de Necker comme un parallélépipède carré vu du dessus, ou vu du dessous, ne nécessite que l’émission d’une réponse de son répertoire ayant une probabilité d’émission tributaire du caractère adéquat de certaines actions. Les mots comme « invisible », « intangible », « inaudible », « inodore » et « insipide » ne sont pas appris en observant des objets, qui auraient des propriétés de ce nom! Nous pouvons dire cela aussi pour des mots comme « absolu », « infini », « informe », « immatériel » (« spirituel ») — qui servent à écarter la suggestion de l’existence d’un fait, non à identifier une propriété qui serait importante pour l’émission de réponses non verbales, préalables à l’existence de cette « entité ». En passant, notons que la « métaphysique » est une grande classe de doctrines caractérisées, pour au moins la plupart, par une mauvaise compréhension des négations, de l’antithèse, etc. : la philosophie du « non »!   

[12] Ces conséquences sont à distinguer des renforcements positifs sociaux utilisés pour les médiatiser. Aussi, il peut importer de différencier par exemple un « Merci! » émis par un homme (un comportement verbal) et un stimulus de la même forme (un stimulus discriminatif verbal, qui « favorise » l’émission d’un acte) produit par un simulateur vocal. Ajoutons qu’un renforcement peut avoir d’autres effets que celui en cause.

[13]Un acte suivi de conséquences qui font augmenter sa fréquence d’émission dans de semblables situations.

[14] Un état laïc ou religieux, les religions ayant en commun la suggestion de l’existence d’un supposé au-delà.

[15] Accrus dans leur fréquence d’émission par la disparition ou par l’atténuation d’un stimulus qui est aversif.

[16] Pour 4 principes établis sous l’éclairage scientifique, voir l’ouvrage mentionné à la note 8, chap. 5, p. 92.

[17] Une tautologie est une vérité dite « absolue », non relative ici à la « valeur de vérité » de ses propositions.

[18] En particulier, une déduction ou une induction établie dans le cadre logique d’une construction du savoir.

[19] Non relatif à quoi que ce soit, incluant à lui-même, quantitativement, dans le temps (coulant, fluide, etc.).

[20] Tout idéal est l’affaire de renforcements, non de propriétés sous lesquelles les actes renforcés sont émis.

[21] Ici le mot « réfère » à une caractéristique d’un ensemble d’expériences positives qui sont établies et maintenues dans l’environnement. Cette caractéristique est intelligible (compréhensible, descriptible, etc.).

 

AU SUJET DE L'AUTEUR

Diplômé du deuxième cycle de la faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal, Jean-Pierre Bacon a été professeur de physique et de mathématiques, au Collège de Montréal. Ses réflexions, étalées sur plus de quarante ans, l’ont ensuite mené à la rédaction d’un ouvrage encyclopédique : Tous les grands problèmes philosophiques sous l’éclairage de la science des contingences de renforcement, une histoire critique de la pensée réfléchie de la lointaine Antiquité jusqu’à nos jours, Fondation littéraire Fleur de Lys, 2017, 1484 p., gratuit en numérique. Ce travail spécialisé a déjà été téléchargé plusieurs milliers de fois, depuis sa parution. Tout récemment, il a écrit l’ouvrage intitulé Une philosophie scientifique et globale pour aujourd’hui et pour l’avenir, la Fondation littéraire Fleur de Lys, 2e édition, Lévis, 2020, 138 p., gratuit en format numérique.

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