Accueil

Librairie

Édition

Formation

Webzine

 Nous

Contact

Recherche

 

Accueil

Mission

Valeurs

Historique

Charte

Logotype

Drapeau

Devise

Organisation

Statistiques du site Internet

Statistiques livres

États financiers

Financement

Nétiquette

Confidentialité

Mention légale

© Site Internet

Vie privée

Équipe

Revue de presse

Édition écologique

Impression à la demande

Vidéo

 

Paniers de Noël littéraires

Relations gouvernementales

Informations additionnelles

Faire un don

 

Dernière modification : 13/01/15 à 13:33

Relations gouvernementales

 

La ministre Line Beauchamp confond
le contenant avec le contenu

 

Le 31 août 2006, la ministre de la Culture et des Communications et ministre responsable de la région de Montréal, Mme Line Beauchamp, accueillait à la Société des arts technologiques, à Montréal, ses homologues responsables de la culture et du patrimoine au Canada afin d'entamer les réflexions entourant l'impact des nouvelles technologies sur les politiques culturelles (lire le communiqué de presse). Au programme, une seule intervention et un seul invité concernant l'édition: «[Édition] M. Ronald Hawkins (SONY, États-Unis) - Possibilités que suscite l’arrivée du livre électronique dans le secteur de l’édition et ses retombées possibles dans le domaine de la culture. Présentation du dispositif de Sony.»

 

Le choix du «livre électronique» n'est pas innocent et nous informe peut-être sur l'inertie voire l'incompréhension du gouvernement du Québec dans le domaine de l'édition en ligne. En effet, une fois de plus, on préfère parler de la bébelle électronique, du contenant plutôt que du contenu: «Livre électronique: petit portable en forme de livre, muni d'un écran de visualisation, qui permet de stocker et de lire les publications en ligne disponibles par téléchargement dans Internet.» (Source : Office québécois de la langue française). Et pour ce faire, on invite à Montréal rien de moins qu'un représentant américain de la compagnie Sony Electronics pour une démonstration du petit portable. Voilà une démonstration sans équivoque de la suprématie du contenant sur le contenu en Amérique, jusque dans le cabinet de la ministre québécoise de la culture.

 

Dans le communiqué ministériel annonçant l'événement, titré «Vitrine technologie: Montréal 2006 - Imaginons notre culture au futur», on peut lire: «La rencontre permettra aux ministres d’entamer les réflexions entourant l’impact des nouvelles technologies sur les politiques culturelles.» On y cite Mme la ministre: «La révolution numérique a provoqué de profonds bouleversements dans le paysage culturel et médiatique un peu partout sur la planète. La radio satellite, la télévision IP, la distribution numérique du cinéma et le livre électronique ne sont que quelques-uns des changements qui ont un impact sur le travail des artistes et sur les industries culturelles. Il importe de comprendre ces nouveaux environnements, de les documenter et de les expérimenter. L'événement auquel nous prenons part aujourd'hui nous fournira des connaissances précieuses pour que nous soyons prêts le plus rapidement possible à adapter nos politiques culturelles.» Notez ici qu'on persiste et signe en faisant référence au «livre électronique».

 

La ministre attend-elle après le contenant pour adapter ses politiques d'aide à l'édition du contenu? Croit-elle que l'édition de livres numériques méritera d'être incluse dans les politiques d'aide à l'édition de son ministère que le jour où le livre électronique sera à la portée de tous? Est-ce parce que la ministre québécoise de la culture est obnubilée par le contenant qu'elle a est passé à côté de l'édition en ligne?

 

Je vous rappelle que le Québec et le Canada sont au dernier rang des pays occidentaux industrialisés dans le domaine de l'édition en ligne. Même la Suède et la Hongrie nous dépassent dans ce domaine. Dois-je aussi vous rappeler que le ministère français de la culture a tenu sa commission de réflexion sur le livre numérique à l'aube l'an 2000, d'où sortira le fameux Rapport Cordier. Aussi, en mars 2000 les ministres européens des affaires culturelles se réunissaient au Conseil de l'Europe pour un colloque sous le thème «L’heure des choix: vers une politique démocratique en matière de livre et d’édition électronique». Cette réunion et les documents qui en découlèrent ont servi à préparer le Colloque des Ministres de la Culture sur les Livres et l’Edition Electronique à Francfort en octobre 2000. Chez nous, au Québec, rien de tel, même six ans plus tard. Notre ministre de la culture se contente d'examiner les bébelles électroniques de Sony.

 

Pourtant, en mars 2001, l'économiste Marc Ménard de la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC), organisme d'état sous la responsabilité du ministère de la culture du Québec, signait une étude intitulée Des chiffres des mots où nous pouvions lire:

Le deuxième grand défi relève de l’organisation générale de la structure industrielle. L’histoire du livre montre clairement la façon dont cette structure s’est constamment modifiée, restructurée, élargie et complexifiée. Nul doute que les innovations technologiques en matière de diffusion et de consommation du livre — du commerce électronique au livre numérique, en passant par l’impression sur demande et l’édition numérique — risquent fort d’imposer de nouvelles recompositions, d’affecter certains acteurs plus que d’autres. Le repli défensif n’est certes pas souhaitable en ce domaine. Car loin de constituer uniquement des menaces aux positions établies, ces nouvelles technologies offrent également de nouvelles perspectives, entre autres par le développement et l’élargissement du marché pour les livres épuisés et à faible demande autant que pour les livres à contenu scientifique, technique ou pédagogique, ou de référence. Ces perspectives pourront profiter aux acteurs concernés. Car si la demande générée par ces nouvelles technologies demeure assez limitée, leur complémentarité pourrait compter beaucoup dans certains segments de marché.

 

Des chiffres des mots

 

Notez bien ce passage : «Le repli défensif n’est certes pas souhaitable en ce domaine.» Or, il semble que la ministre québécoise de la culture a bel et bien fait du «repli défensif» sa stratégie en matière d’impression sur demande et d'édition numérique. On peut aussi se demander si la ministre et son entourage ont lu cette étude car M. Ménard invitait les décideurs à ne pas confondre le contenant et le contenu:

Les transformations qui pourraient résulter de l’implantation de ces nouvelles technologies sont loin d’être négligeables, mais il faut toutefois prendre garde aux confusions qui naissent souvent de l’excitation médiatisée entourant leur lancement. Le eBook n’est pas le contenu, pas plus que le téléviseur n’est l’émission télévisée. Ainsi, ce qui est véritablement en jeu dans la numérisation, la « dématérialisation » et la vente électronique du livre, c’est d’abord la multiplication des canaux et des supports qui permettent de diffuser le contenu, le produit intellectuel. Ce processus doit être considéré dans une perspective de complémentarité (les nouveaux supports ne feront pas disparaître le livre de papier, ils le compléteront) et il contient les germes d’un élargissement de l’accessibilité et des débouchés économiques du livre. Cette complémentarité prend sa source dans la diversité des contenus et des goûts des consommateurs, ainsi que dans l’utilité relative, pour les différents contenus, que peuvent avoir les possibilités de recherche, de références croisées ou d’indexation que ces nouveaux supports autorisent.

 

Ici, on peut retenir que la ministre n'a pas suivi le conseil de l'économiste de la SODEC: «il faut toutefois prendre garde aux confusions qui naissent souvent de l’excitation médiatisée». Pis encore, elle contribue elle-même à la confusion en priant les médias de se joindre à elle lors de sa rencontre le 31 août dernier axée exclusivement sur le contenant. «Le eBook n’est pas le contenu, pas plus que le téléviseur n’est l’émission télévisée» écrivait l'économiste de la SODEC.

 

La principale question dans le cas du livre n'est donc pas la technologie elle-même mais le contenu. Est-ce que la ministre québécoise a demandé au représentant de Sonic Electronics si les Québécois seront limités à la seule banque de livres numériques de Sony s'ils achètent l'appareil de lecture de la compagnie? A-t-elle parlé du contenu ou s'est-elle tout simplement émerveillée devant la prouesse technologique de Sony? Car, il ne faut pas l'oublier, ce genre de gadget électronique cache un modèle d'affaires basé sur un certain monopole du contenu, comme le soulignent les Européens:

La plupart des formats, PDF, HTML... sont visualisables sur l'objet, qui peut même afficher le contenu de flux RSS. Mais Sony espère que le gros des livres proviendra de son catalogue. Dix mille textes seront ainsi téléchargeables sur Connect, le site de la société japonaise. Du moins sur sa version américaine. Pour l'instant, la commercialisation du Sony Reader n'est prévue qu'aux États-Unis. Avant de le voir débarquer en Europe, il faudra que les représentants du constructeur négocient pays par pays avec les éditeurs locaux, un processus qui n'a pas encore démarré. Et, sans catalogue conséquent de livres, difficile de convaincre un particulier de s'acheter un objet dont le prix, pas encore fixé, devrait commencer à 299 dollars.

 

Source

 

Il est écrit : «Sony espère que le gros des livres proviendra de son catalogue». Et même si l'appareil peut lire le format PDF (Portable Document Format), le plus répandu sur internet dans le domaine de l'édition numérique, est-ce qu'il y aura un défaut caché pour la lecture des fichiers ne provenant pas de la banque de Sony? La ministre a-t-elle posé la question?

 

Pour la ministre, l'important, c'est d'être dans la parade. C'est du moins ce qu'elle a déclaré au quotidien Le Devoir:

«Nous sommes interpellés par l'apparition des nouvelles plates-formes de diffusion dans le domaine culturel, a expliqué la ministre Beauchamp. Mais aucun pays du monde n'a encore de modèle d'affaires clair concernant les nouveaux outils numériques. Notre principale responsabilité est d'être dans la parade, de savoir ce qui s'y passe, de bien comprendre.»

 

Le Devoir, 1er septembre 2006

 

Permettez-moi, madame la ministre, de vous inviter à consulter les fonctionnaires de votre ministère pour savoir ce qui se passe et bien comprendre car ils me semblent beaucoup mieux informés et, surtout, beaucoup plus critiques et bien au fait des enjeux, que les représentants des compagnies d'électronique et soi-disant experts en technologie. Je vous rappelle que votre gouvernement n'a pas de prise sur la technologie mais uniquement sur le contenu. Vous n'avez pas à attendre la technologie pour investir dans l'édition numérique de contenu littéraire francophone, pas plus que les pays européens et les États-unis d'Amérique ont attendu.

 

Est-ce la question des droits d'auteurs qui incite au repli défensif? À ce sujet, sachez, madame la ministre, que les lois actuelles et les conventions internationales s'appliquent tout autant au livre papier qu'au livre numérique. Le modèle d'affaires actuel se prête autant à l'un qu'à l'autre, sans problème. L'implication sans attendre de plusieurs pays dans l'édition numérique en ligne sur internet démontre que vous vous trompez en déclarant au journaliste du quotidien Le Devoir: «Mais aucun pays du monde n'a encore de modèle d'affaires clair concernant les nouveaux outils numériques.» Et que dire de l'expérience de notre fondation dans le domaine de l'édition et de la librairie en ligne depuis juin 2003. Qui vous a dit qu'il y avait un problème avec le modèle d'affaires et les droits d'auteur au sujet du livre numérique? Votre source confond le contenant («outils numériques») avec le contenu (livres numériques). Elle confond sûrement aussi «outils» avec «support», et «numérique» avec «électronique».

 

Je ne serais pas surpris que ce soit nos éditeurs traditionnels qui montent en épingle la question du droit d'auteur face au livre numérique. Or, ces derniers n'ont rien à voir avec le développement de l'édition et de la distribution du livre numérique à ce que je sache. En effet, l'édition numérique, y compris celle en ligne sur internet, est loin d'être à la solde de l'édition traditionnelle. Il s'agit d'une toute nouvelle approche de la littérature, des auteurs et des lecteurs. L'édition numérique ne se spécialise pas dans les livres édités par les éditeurs traditionnels, subventionnés ou non pas votre ministère. Le livre numérique n'est pas une simple reproduction des livres que l'on trouve en librairie. Loin de là. L'édition numérique offre des oeuvres uniques, des oeuvres que les éditeurs traditionnels refusent, des oeuvres dont les auteurs préfèrent l'internet et le numérique,... Bref, l'édition numérique est un complément et non pas une copie conforme de l'édition traditionnelle.

 

Si les éditeurs traditionnels rencontrent des problèmes à l'idée d'offrir les livres de leurs catalogues en version numérique, ce sont leurs problèmes, non pas ceux des éditeurs en ligne. Il y a là deux dossiers indépendants l'un de l'autre. Il n'y a aucune raison pour ne pas subventionner l'édition en ligne maintenant. Vous ne pouvez pas maintenir le Québec au dernier rang de l'édition en ligne tout simplement parce que les éditeurs traditionnels ne sont pas prêts. Ils ne le seront jamais, à moins que tout l'argent leur soit réservé en exclusivité. Est-ce que c'est ce que vous voulez madame la ministre?

 

Avez-vous pris connaissance de cette nouvelle publiée dans le quotidien Le Devoir la veille de votre rencontre «Imaginons notre culture au futur»:

«Le moteur de recherche sur Internet Google permet depuis hier aux internautes de télécharger et d'imprimer dans leur intégralité certains livres dont les droits de protection ont expiré, a indiqué le groupe dans un communiqué. «Découvrir Dante, Newton et Hugo est maintenant un peu plus facile.

[...] Les lecteurs peuvent trouver des versions gratuites et téléchargeables de certaines des plus grandes oeuvres mondiales sur Google Book Search (http://books.google.com)», a indiqué Google. «Le domaine public recouvre des oeuvres classiques connues et des ouvrages moins connus sur une vaste gamme de sujets», a souligné Sidney Verba, directeur de la Harvard University Library.»

 

Le Devoir, 29 août 2006

 

Et que dire de cet article paru dans le même quotidien le 17 août dernier sous le titre «Le livre virtuel a la cote»:

-
Qu'ont en commun les oeuvres d'Edgar Allan Poe, de Nietzsche, de Mark Twain, de T. E. Lawrence, Guerre et paix de Tolstoï, L'Art de la guerre, Don Quichotte et les principaux écrits religieux? Un format virtuel qui s'est écoulé sur Internet comme des petits pains chauds.

La première Foire mondiale du livre virtuel (
World's eBook Fair) s'est terminée il y a quelques jours avec un total de 30 millions de livres téléchargés gratuitement en cinq semaines.

«Je m'attendais à ce qu'on écoule 10 millions de livres virtuels, alors j'ai été assez stupéfait par la réponse des lecteurs-internautes et par le fait qu'elle soit si répandue dans le monde avec des pointes en Europe et en Asie», affirme dans un échange de courriels avec Le Devoir Michael Hart, fondateur du
Projet Gutemberg (PG), qui pilote le rendez-vous en ligne.

Au total, plus de 300 000 livres étaient disponibles en ligne dans 100 langues différentes. Cette immense librairie virtuelle rassemblait la collection du PG (20 000 ouvrages libérés de droits ou dont les auteurs ont accepté la diffusion en ligne) et celles de 125 autres librairies virtuelles privées, dont la World eBook Library, qui exige normalement un paiement pour le téléchargement.


Fort de ce succès, le PG prévoit déjà la prochaine mouture de la foire en octobre prochain, dans le cadre de la Foire internationale du livre de Francfort. M. Hart espère cette fois atteindre les 100 000 livres téléchargés.


Le PG rassemble la première (bien avant Google) et la plus vaste collection de livres électroniques gratuits. On lui doit l'invention en quelque sorte du livre virtuel, dont il a pour mission d'encourager la création et la distribution. Il se distingue de Google notamment en multipliant les formats de livres virtuels, les sites où l'on se les procure et les méthodes de distribution. Le projet vise ultimement à hausser de 10% le niveau d'alphabétisation dans le monde.

 

Source: Le devoir, 17 août 2006

Section des livres en français
du Projet Gutenberg

Projet similaire (La bibliothèque universelle)

 

Saviez-vous madame la ministre qu'il y a déjà plus de 2,790 titres se référant au Québec téléchargeables dans la World eBook Library, dont plusieurs traitant du gouvernement du Québec? On parle de nous mais il n'y a pas de livres en français du Québec. Et dans la bibliothèque du Projet Gutenberg - Section Canadianna, il y a des auteurs canadiens mais il n'y a toujours pas de livres en français du Québec. Ces deux banques de livres numériques enregistrent des millions de téléchargements à chaque mois mais on n'y retrouve peu ou pas de livres en français d'auteurs québécois. Pourquoi est-ce ainsi madame la ministre? Pourquoi la France et plusieurs autres pays sont impliqués et non pas le Québec?

 

Vous saurez peut-être me dire que votre gouvernement fait un effort en ce sens dans le cadre de la collection numérique de la Bibliothèque nationale du Québec. Mais attention madame la ministre, il ne s'agit pas d'édition en ligne! Tout ce que notre bibliothèque nationale réalise, ce sont les reproductions en mode image de livres et de manuscrits. On ne peut pas effectuer de recherche dans les fichiers PDF de ces livres offerts en ligne; ce ne sont que des images. Et avec un peu moins de 1,500 livres, on peut dire que nous faisons grandement pitié! Et je ne sais si vous faites le lien mais il n'est pas besoin d'appareil de lecture portable à la Sony pour lire ces fichiers. Vous n'avez pas attendu pour subventionner la numérisation de ces oeuvres québécoises du domaine public. Pourquoi attendez-vous pour subventionner l'édition numérique d'oeuvres contemporaines, comme cela se fait ailleurs en d'autres pays?

 

Est-ce une question de personnes à savoir qui aura droit ou non à une aide à l'édition numérique au Québec? Si vous croyez que les éditeurs traditionnels que vous subventionnez déjà sont les mieux placés pour développer l'édition numérique au Québec vous faites fausse route. La majorité des éditeurs de livres numériques dans le monde ne proviennent pas de l'édition traditionnelle. Parce que l'édition numérique ne consiste pas à reproduire sur internet les activités de l'édition traditionnelle. L'édition numérique doit son succès à l'internet et l'impression à la demande, ce qui implique de comprendre et de respecter les possibilités et les limites de ces technologies. Or, ici comme ailleurs dans le monde, les éditeurs traditionnels ne sont pas en position pour exploiter adéquatement et avec succès ces nouvelles technologies. La très grande majorité des projets d'édition numérique en ligne sur internet sont l'initiative de nouveaux venus. Un fait saisi par la plupart des gouvernements impliqués dans le développement de ce nouveau type d'édition sur leur territoire. Et vous, madame la ministre, est-ce que vous comprenez?

 

Revenons sur l'article publié dans Le Devoir au sujet de cette rencontre du 31 août à Montréal. L'article est signé par le chroniqueur Médias du quotidien, Paul Cauchon, et non pas par un journaliste des pages culturelles. Pourtant, il s'agissait bel et bien d'une rencontre traitant de la culture et non pas des communications. Il y a ici confusion entre le sujet, le moyen et l'objectif. Cette confusion caractérise toute la couverture de presse québécoise au sujet des nouvelles technologies, y compris l'internet et l'édition numérique. On voit dans le sujet uniquement le contenant, la technologie elle-même, d'où le renvoi systématique aux chroniqueurs médias ou nouvelles technologies. Or, le sujet véritable demeure, dans le cas qui nous concerne, la culture. Les nouvelles technologies ne font figure que de moyen. Tant et aussi longtemps que les journalistes affectés à la culture confondront le sujet avec le moyen en matière de numérique, la population est mal informée. Par exemple, notre fondation, le seul éditeur libraire en ligne sur internet au Québec, a eu droit à un article de fond uniquement dans le cadre de la chronique dédiée aux nouvelles technologies plutôt que dans les pages culturelles du quotidien Le Devoir. Et puisque les sujets de chronique ne manquent pas dans le domaine des nouvelles technologies, il a fallu un imbroglio juridique pour attirer l'attention du chroniqueur. Au quotidien La presse, on ne savait pas si notre initiative culturelle en ligne relevait de la chronique «Actuel» (nouvelles technologies) ou des «Arts & Spectacles». Finalement, nous sommes tombés entre deux chaises.

 

Autre caractéristique importante de la couverture de presse québécoise au sujet de la culture numérique, la priorité donnée à la question des droits d'auteur. Le chroniqueur Paul Cauchon traite d'entrée de jeu du sujet dans son article. Ce n'est qu'au quatrième paragraphe de son texte qu'il aborde finalement l'objet premier de son affectation: les nouvelles technologies. Il cite donc d'abord et avant tout la ministre au sujet du droit d'auteur avant le sujet principal des nouvelles technologies.

 

Pourquoi? J'ai expliqué en partie ci-dessus cette hantise québécoise pour le droit d'auteur lorsque vient le temps de parler du numérique et de l'internet, comme s'il y avait péril en la demeure. Évidemment qui ne comprendra pas l'importance des redevances à verser aux auteurs et aux créateurs, qu'importe le support. Mais il n'y aura aucune redevance à verser à qui que ce soit si le contenu n'est pas au rendez-vous, si le gouvernement se concentre uniquement sur le contenant ou, pis encore, s'il ignore les nouveaux venus.

 

Quand la ministre déclare au journal Le Devoir que la «discussion sur le droit d'auteur se poursuit actuellement entre les créateurs, les producteurs et les diffuseurs», de qui parle-t-elle? Certainement pas de notre fondation et de nos 300 auteurs car personne ici n'a reçu d'invitation à cette discussion et nous sommes les seuls dans le domaine de l'édition littéraire en ligne sur internet au Québec. Nous sommes exclus parce que la loi québécoise du livre exclut l'édition en ligne, tout comme les programmes gouvernementaux d'accréditation. Il en va de même de l'Association Nationale des Éditeurs de livres qui ne reconnaît pas l'éditeur en ligne comme un éditeur à part entière; nous ne pouvons pas en devenir membres. C'est la même situation avec les Salons du livre de Québec et de Montréal qui, tout au plus, classent l'édition en ligne parmi les «métiers connexes du livre», avec les éditeurs de cartes postales et les relieurs haut de gamme, une véritable insulte pour nos auteurs. Ainsi, la vision de nos gouvernements quant au futur numérique de notre culture se limite aux acteurs déjà en place, déjà subventionnés, comme si le défi était de permettre uniquement à ces derniers de conquérir l'univers virtuel avec des versions numériques de leurs produits actuels. Est-ce à dire que les politiques seront adaptées uniquement en fonction des besoins et des attentes commerciales des acteurs du monde traditionnel de la culture, excluant les nouveaux venus?

 

Je l'ai souvent dit, les membres de l'establishment actuel ne veulent pas partager avec des nouveaux venus tout argent neuf qu'investirait le ministère de la culture dans l'univers numérique. Ils brandissent encore et toujours la fragilité financière de leur secteur et la question du droit d'auteur pour bloquer tout développement qui ne leur serait pas directement profitable. Le Québec n'est pas au dernier rang de l'édition en ligne et de l'impression à la demande en Occident par hasard. Et le seul éditeur libraire en ligne au Québec n'éprouve pas des difficultés financières par hasard. J'aurais honte si j'étais ministre de la culture! Nous sommes au dernier rang de l'édition en ligne parce que notre gouvernement, sous l'emprise de l'establishment, garde la porte fermée, conséquence d'une vision limitée du futur numérique de notre culture, et ce, malgré les études qu'il a lui-même publiées.

 

Serge-André Guay, président fondateur

Fondation littéraire Fleur de Lys

 

 

Cliquez ici pour revenir au texte en page principale Relations gouvernementales

PUBLICITÉS

-

 

-

 

 

 


       Le présent site est géré par la Fondation littéraire Fleur de Lys inc.
       La Fondation littéraire Fleur de Lys décline toute responsabilité quant au contenu des autres sites auxquels elle pourrait se référer.