JEANNE JUTRAS

CORONA, MA MÈRE

Roman

Corona, ma mère

Roman

Jeanne Jutras

Roman,

Fondation littéraire Fleur de Lys,

Lévis, Québec, 2010, 408 pages.

ISBN 978-2-89612-353-7

Couverture souple couleur

Format 6 X 9 pouces

Exemplaire numérique (PDF): 7.00$ canadiens

PRÉSENTATION

D’abord exclusivement privés et thérapeutiques, mes écrits se mouillèrent souvent de larmes : je guérissais de mon père en ravivant des souvenirs douloureux. Puis, inconsciemment , je me mis à nourrir l'idée de changer le destin de maman par le biais d'un roman.

L’héroïne de ce roman vivote sur une terre de colonisation, en Abitibi, au début des années quarante. Sur une période de deux ans, une tranche de la vie colorée de Corona dévoile toutes les nuances de son faisceau de sentiments contradictoires à l’âme du lecteur. Voilà d’abord un plongeon dans l’histoire de la colonisation où on est catapulté dès la mise en situation. Une étrange visite bouscule soudain la vie de cette jeune femme battue par son mari. La connivence de Corona avec ce bon vieux temps que l’on dit paisible l’entraîne dans un long suspense aux répercussions imprévues.

Les cinquante-cinq courts scénarios de ce roman conjuguent les aventures de Corona et de ses proches à tous les temps dont les deux principaux s’interpénètrent : le présent et l’imparfait de sa vie.

Ma propre mère se prénommait Corona et a effectivement habité Évain, en Abitibi, de 1944 à 1950. Par le truchement de ce roman, je la ressuscite et l’incite à se soustraire, grâce à la magie des mots, à la dure réalité que fut sa vie.

Jeanne Jutras.

Table des matières

PREMIÈRE PARTIE

LE PRÉSENT QUOTIDIEN

Chapitre 1 ─ Une femme en pays de colonisation

Chapitre 2 ─ Le Gagne-pain

Chapitre 3 ─ La solitude

Chapitre 4 ─ Une étrange visite

Chapitre 5 ─ Madame Brûlé

Chapitre 6 ─ L’hiver abitibien

Chapitre 7 ─ Des hommes dans sa vie

Chapitre 8 ─ Le sapin

Chapitre 9 ─ Philippe

Chapitre 10 ─ La source

Chapitre 11 ─ L’injustice

Chapitre 12 ─ L’accident

Chapitre 13 ─ Les blessures

Chapitre 14 ─ Blanche

Chapitre 15 ─ L’intimité

Chapitre 16 ─ La soupape

Chapitre 17 ─ Le hasard

Chapitre 18 ─ Un autre départ

Chapitre 19 ─ Le rêve

Chapitre 20 ─ Lettre à Laurette

Chapitre 21 ─ L’homme à gages

Chapitre 22 ─ Un autre homme

Chapitre 23 ─ Au secours !

Chapitre 24 ─ Flagrant délit

Chapitre 25 ─ La chute de Corona

Chapitre 26 ─ De la grande visite

Chapitre 27 ─ Le cauchemar de Blanche

Chapitre 28 ─ Un bouton de rose

Chapitre 29 ─ Le doute

Chapitre 30 ─ Un intrus

Chapitre 31 ─ La promesse

Chapitre 32 ─ Plaisirs ludiques

DEUXIÈME PARTIE

L’IMPARFAIT S’INSTALLE

 Chapitre 33 ─ Le voile déchiré

Chapitre 34 ─ Les patates

Chapitre 35 ─ Sauvée par ses muses

Chapitre 36 ─ On fait boucherie

Chapitre 37 ─ Noël de bénédictions

Chapitre 38 ─ Le plus qu’imparfait

Chapitre 39 ─ Espoir

Chapitre 40 ─ Vengeance

Chapitre 41 ─ Odeur des événements

Chapitre 42 ─ Au loup !

Chapitre 43 ─ Imprévu

Chapitre 44 ─ La confirmation

Chapitre 45 ─ Feux d’abattis

Chapitre 46 ─ Le trop-plein du cœur

Chapitre 47 ─ L’impensable

Chapitre 48 ─ Fin d’année scolaire

Chapitre 49 ─ Toute une nouvelle

Chapitre 50 ─ Confidences

Chapitre 51 ─ Du monde charitable

Chapitre 52 ─ Revirement de situation

Chapitre 53 ─ La fatalité bifurque

Chapitre 54 ─ Face à face

ÉPILOGUE

Au sujet de l’auteure

Communiquer avec l’auteure

Extrait du Chapitre 1

Corona, ma mère

Roman

Jeanne Jutras

PREMIÈRE PARTIE - LE PRÉSENT QUOTIDIEN

Chapitre 1 (intégral)

Une femme en pays de colonisation

Voici l’Abitibi des années 40 : terre de défrichage, terre d’accueil des pauvres, terre de prédilection des familles nombreuses, terre des déserteurs de la conscription, explosif mélange de fol espoir et de misère noire. Les lointains échos de la Seconde Guerre mondiale qui ravage l’Europe parviennent en sourdine au pays par l’unique biais de la radio que les familles écoutent religieusement le soir, après les durs labeurs. On est à la ration, côté vivres, mais, un peu partout entre les colons et les marchands, le troc s’exerce au noir, adoucissant les effets néfastes de la guerre.

Au pied d’une colline jaunie par l’automne se dresse une minuscule maison de colon. À perte de vue, le ciel déroule sa limpidité bleue, car aucun obstacle ne vient obstruer la visibilité des nuages étalés en strates régulières aujourd’hui. L’électricité avec son polluant cortège de poteaux entortillés de fils n’a pas encore pénétré dans la campagne d’Évain sise à quelques milles de la ville de ROUYN. La pureté de l’air est toute relative cependant, compte tenu du fait que, certains jours, le vent apporte de fortes odeurs de souffre de la mine NORANDA et cela, depuis plus de dix ans. Ces émanations laissent dans la gorge un goût âcre, révélateur du risque qu’on prend à les respirer. Inconscients du danger, les habitants détournent le visage, souhaitant que le vent vire de bord. Ici, on ne parle de pollution que dans les rares dictionnaires réservés aux mieux nantis du village : le curé et les religieuses. La route qui mène aux rangs six et sept sera bientôt fermée par la neige durant quelque six mois. Mais, pour l’instant, engageons-nous sur un chemin étroit clairsemé de cailloux et envahi ici et là par les pousses robustes du plantain, de la camomille et de nombreuses herbes sauvages. Des vaches lourdes ruminent paisiblement à l’ombre d’une vieille grange qui s’allonge à droite de la maison. La chaumière s’élève étroite, pointue, fière sous ses bardeaux noircis par le temps. Dans le but de conserver la chaleur, lors de la rude saison, on a soigneusement recouvert de terre le solage de bois. Ce renchaussement, comme on le nomme, est soutenu par des planches de croûte; il forme un amas insolite où croissent librement des touffes de foin qui mûrissent au soleil. Sans même l’intermédiaire d’une galerie, on accède directement aux planches rudimentaires qui tiennent lieu de pas de porte.

Une délicieuse odeur de soupe aux pois parfume l’air en s’échappant par la fenêtre ouverte en avant de la maison. Soudain, des voix d’enfants fusent dans une agréable cacophonie. Quatre bambins blonds : trois fillettes et un garçonnet font cercle autour de quatre bols de granit bleu foncé déposés sans cérémonie sur une vieille table sombre. En concert, ils piochent allègrement sous cette table défraîchie. L’aîné, Cyrille, a huit ans aujourd’hui. Comme le dit un vieux refrain du terroir, ici, les enfants poussent comme des champignons et ce n’est donc pas coutume de célébrer les anniversaires… Les enfants se chamaillent pour deviner lequel d’entre eux sera servi le premier. Du fond de la cuisine, Corona, la mère, intervient de sa voix lasse :

– La simple logique veut que je commence toujours par la plus jeune. Vous le savez, voyons ! Maman vous l’a souvent expliqué, bonyenne ! Taisez-vous !

Ils se calment un peu, mais Cyrille, l’aîné, rouspète tout de même derrière son coude replié sur la bouche pour assourdir le son. Sa sœur cadette le rappelle à l’ordre d’un retentissant :

– Chut !

Il obtempère au désir de Jeanne en baissant les bras. Quatre paires d’yeux ronds se lèvent vers le gros chaudron en fonte noire rempli de la soupe bouillante que Corona apporte avec précaution. Durant un bref silence, les enfants joignent les mains en attendant presque religieusement la pitance que leur mère partage toujours dans un grand souci d’équité.

L’air avenant, imposante tant par son langage châtié que par sa haute taille, la grande Corona est plantée sur ses longues jambes déjà striées de varices. Son ventre porte encore un léger gonflement de sa grossesse du printemps dernier dont le fruit masculin dort à poings fermés dans la chambre parentale. Pas le temps de s’appartenir pour Corona : ses deux derniers sont nés à un peu plus de dix mois d’intervalle ! Malgré tout, ses yeux sombres et perçants pétillent de malice. Ce matin, elle a attaché en chignon ses cheveux noirs qui portent la vague trace d’une lointaine permanente. Une petite robe de coton noir fait ressortir son teint pâle. On doit reconnaître que Corona est racée et que son port altier lui confère une beauté très spéciale. Elle fait bien quarante-cinq ans cependant, mais, peu lui importe ! À moins de s’arrêter pour y réfléchir, elle ne sait plus très bien si elle a eu trente-cinq, trente-six ou, peut-être, trente-sept ans, en septembre. Par contre, ce qu’elle sait avec une certitude angoissante, c’est qu’elle est toujours en âge de procréer. Cette réalité l’obsède. La pauvre femme se demande avec désarroi comment faire cesser le cycle infernal de ses grossesses sans entrer en conflit avec les règles contraignantes de la religion catholique. Il n’y a pas si longtemps, elle en discutait avec son confesseur qui lui rappela les engagements pris lors de son mariage :

– Vous appartenez corps et âme à votre mari à qui vous avez promis obéissance et soumission. L’œuvre de chair doit s’accomplir dans le seul but de procréer.

– Mais, M. le Curé, il me semble plus péché de mettre des enfants au monde dans la misère noire que d’empêcher la famille…

– Taisez-vous, malheureuse ! Vous blasphémez ! Réjouissez-vous et acceptez d’être cocréatrice avec Dieu. Quelle grande tâche ! Et quelle récompense vous recevrez là-haut ! … Dans le cas contraire, si vous profitez du plaisir de la chair sans en assumer les responsabilités, vous brûlerez dans les éternelles flammes, Corona ! Ne refusez jamais de faire votre devoir envers votre mari. Évitez le plus possible le plaisir malsain de la chair quand vous répondez au désir bien naturel de votre époux. La volonté de Dieu s’accomplira… Les voies de Dieu sont impénétrables aux pauvres humains, vous savez… Repentez-vous, maintenant, de tous vos péchés accusés. Pour votre pénitence, vous réciterez un chapelet, ma fille.

Mais Corona n’avait pas écouté jusqu’à la fin. Elle avait baissé la tête, récité son acte de contrition et fléchi le genou droit avant de quitter l’église en vitesse car elle suffoquait ! C’en était trop : ma fille ! Elle avait bien entendu : ma fille ! Elle ne se sentait pas du tout d’affinité filiale avec cet homme glacial. Malgré les menaces du prêtre, elle allait faire à sa tête, selon sa propre conscience. La femme, blessée dans sa fierté, voyait comme de l’ingérence l’intrusion d’un autre homme dans sa vie intime, cet homme fut-il même le curé de la paroisse !

– Maman, on aimerait ça aller jouer dehors : veux-tu ? supplie la petite Pauline en tirant sur le bas de la robe de sa mère, ce qui ramène aussitôt Corona à la réalité de l’instant.

– Oui, oui ! Profitez de la tiédeur de l’automne; ça sent si bon dehors ces jours-ci !

Elle accompagne leurs cris joyeux d’un grand geste de soulagement. Enfin ! Elle pourra se reposer en dînant, pourvu que son bébé, le petit Michel, lui laisse quelques minutes de répit. Sa grosse théière bosselée l’interpelle sur le réchaud du poêle à bois :

– M’arrêter un peu, juste un peu…

Nonobstant son rêve de repos bien légitime, Corona est brutalement interrompue par l’intrusion de Colette, la cadette de ses filles, qui entre en pleurant, faisant sursauter le bébé. Le temps de changer de couche les deux petits derniers, d’embrasser le gros bobo de Colette, d’avaler en vitesse quelques bouchées et… que le thé attende ! Soudain, Corona vacille… Une nausée sournoise accompagne cet étourdissement inopportun.

– Ah, non ! Bonyenne !… pas encore tombée enceinte ?

Une vague d’inquiétude la submerge subitement. Des grosses larmes roulent sur sa joue et s’écrasent sans bruit sur son vieux soulier brun tout élargi. Corona touche délicatement son ventre qui n’a pourtant pas grossi.

– Mon Dieu, faites que ce ne soit pas vrai !

 L’expression désespérée tomber enceinte ne traduit que l’une des multiples facettes de l’ampleur du drame sous-jacent que vit présentement la pauvre Corona.

JEANNE JUTRRAS

Jeanne Jutras fut enfant de l’Abitibi mais elle habite la région de Saint-Jérôme depuis plus de 30 ans.

Romancière, elle s’adonne aussi à la poésie avec grand bonheur. Madame Jutras est retraitée de l’enseignement au secondaire où, à Amos, elle a exploité la poésie de Félix Leclerc, celle de Gilles Vigneault et celle de Jacques Michel, entre autres, en initiation poétique avec ses élèves. Elle a aussi enseigné au secondaire à Saint-Jérôme, durant plusieurs années.

Membre de l’Association des auteurs des Laurentides, elle a publié deux romans : Corona, ma mère (2010), Lucie l’enfant étrange (2013) et un recueil de poésie : La Quintessence de ma vie (2011), à La Fondation littéraire Fleur de Lys de Lévis, Québec

Madame Jutras fut coordonnatrice pour Poésie Académie qui offre encore avec grand succès un micro ouvert aux poètes adolescents et adultes de la région, à Saint-Jérôme, depuis le 19 mars 2013.

« Ma poésie s’avère réponse à un élan naturel du cœur jumelé à un jaillissement imprévisible de l’âme. Chaque prise de conscience de la beauté et de la bonté du monde me procure un état de gratitude sans borne à l’égard du Grand Programmeur de la vie », avoue madame Jutras.

TOUS LES LIVRES DE JEANNE JUTRAS

La quintessence de ma vie

Poésie

Jeanne Jutras

Poésie,

Fondation littéraire Fleur de Lys,

Lévis, Québec, 2011, 172 pages.

ISBN 978-2-89612-374-2

Exemplaire numérique (PDF): 7.00$ canadiens

Cliquez ici pour en savoir plus

Lucie, l'enfant étrange

Roman fantastique

Jeanne Jutras

Roman fantastique

Fondation littéraire Fleur de Lys,

Lévis, Québec, 2012, 232 pages.

ISBN 978-2-89612-428-2

Exemplaire numérique (PDF): 7.00$ canadiens

Cliquez ici pour en savoir plus

 

Corona, ma mère

Roman

Jeanne Jutras

Fondation littéraire Fleur de Lys,

Lévis, Québec, 2010, 408 pages.

ISBN 978-2-89612-353-7

Exemplaire numérique (PDF): 7.00$ canadiens

Cliquez ici pour en savoir plus

 

Corona au Lac Castagnier

Roman

Jeanne Jutras

Roman

Fondation littéraire Fleur de Lys,

Lévis, Québec, 2020, 382 pages.

ISBN 978-2-89612-584-5

Exemplaire numérique (PDF): 7.00$ canadiens

Cliquez ici pour en savoir plus

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