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Table des matières
INTRODUCTION 11
NOYADES ET NAUFRAGES 15
LE NON-PAYS 89
L’infonie de Luôar Yaugud 95
L’intense pays du non-sens de Michel Beaulieu 101
Le kaléidoscope de Denise Desautels 113
L’Amérique cinémascopique de Jean-Paul Daoust 129
Le dépaysement de Yolande Villlemaire 145
Le non-pays de François Charron 155
Le pays fictif de Bernard Pozier 169
Les tombeaux du jour de Martine Audet 177
La mémoire de l’eau de Lyne Richard 185
L’arbre-poème de Michel Pleau 193
L’apprivoisement de l’ombre 197
LIRE LA POÉSIE 201
QUELQUES GÉANTES 251
NOTES EN BAS DE PAGE 273
AU SUJET DE L’AUTEUR 293
COMMUNIQUER AVEC L’AUTEUR 295
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Introduction
J’étais au tout début de la vingtaine
lorsque j’ai fait la découverte des ouvrages de
Gaston Bachelard :
L’eau et les rêves, L’air et les songes, et tous les autres. Je fus
séduit par son approche à la fois poétique et lucide de la littérature.
Il m’apprit à lire avec des yeux neufs et je lui en suis à jamais
reconnaissant. Les Grecs partageaient le monde en quatre éléments : le
feu, l’eau, l’air et la terre. Bachelard s’aperçut, lui, que les œuvres
des grands auteurs étaient également dominées par la présence de ces
éléments. Il se contenta cependant d’observer ce qu’il appelait des
phénomènes sans s’aventurer à les interpréter de façon psychanalytique.
J’adoptai sa méthode, lui fis subir
de légères modifications et l’appliquai à la poésie québécoise. Je fis
paraître, en 1966, un essai intitulé La naissance du feu dans la
jeune poésie du Québec[i].
J’y constatais que le feu est à peu près absent de notre littérature et
qu’il ne commence à se manifester, timidement, qu’aux environs des
années 1960. Rien là qui ne doive étonner puisque le feu est associé à
la vie, à la passion, à la sexualité, à l’amour et que notre société n’a
commencé à s’épanouir librement qu’à l’époque de la Révolution
tranquille.
Pour
Saint-Denys Garneau, par
exemple, le feu est un ennemi. Dans le poème «Fièvre», il compare le feu
qui brûle en lui à un incendie de forêt, à la fièvre, c’est-à-dire à une
maladie. Dans «Un mort demande à boire», le feu tue celui qui n’est pas
apte à l’accueillir : «Alors le matin paraît dans sa gloire / Et répand
comme un vent la lumière sur la vallée / Et le mort pulvérisé / Le mort
percé de rayons comme une brume / S’évapore et meurt[ii]».
Cette conception du feu mauvais change-t-elle dans la littérature
actuelle? Il existe une œuvre dans laquelle le feu occupe une place très
importante, celle de
Gaétan Soucy. Dans La petite fille qui aimait
trop les allumettes, une enfant est atrocement punie pour avoir
allumé un incendie dans lequel sa mère a péri. Sa sœur lui a donné le
nom de Juste Châtiment. Dans L’immaculée Conception, le feu est
également relié à une expiation. Un incendiaire transforme un grill en
brasier où meurent soixante et quinze personnes; voici comment est
décrit ce sinistre : «On entendait les vociférations des victimes
distinctement. Des cris assez curieux, qui ressemblaient à des éclats de
rires, un hurlement désabusé. (…) Le rire qu’on entend de temps à autre
en enfer[iii].»
À la fin du roman, le héros s’immole, dans une cabane, en s’aspergeant
de l’huile d’une lampe. Et l’auteur écrit : «Vingt ans de condamnation à
vivre dans l’espérance d’une expiation. Et cette grâce qu’il avait
désespéré de mériter jamais, voilà que, contre toute attente, elle lui
était donnée. Il accueillait le châtiment avec reconnaissance[iv].»
Faut-il s’étonner que le feu n’apparaisse à peu près jamais sous son
aspect exaltant et joyeux et qu’il se manifeste plutôt comme un élément
vengeur? Rien de plus normal, me semble-t-il, puisque l’éducation
religieuse dispensée à notre peuple a hanté tous les esprits avec des
évocations terrifiantes du feu de l’enfer.
En 1970, je fis paraître un autre essai intitulé
Le château d’eau de Sylvain
Garneau[v].
Peu à peu, il me devint évident que l’eau occupait une place très
considérable dans notre imaginaire. Ce n’était pas toutefois une vaste
étendue sur laquelle s’élancent de courageux aventuriers. Au contraire,
elle ne semblait engendrer que naufrages et noyades.
Il serait intéressant aussi de parler
de l’air et de la terre, mais ce n’est pas le sujet du présent ouvrage.
Disons néanmoins que l’air ne donne pas lieu non plus à de grandes
aventures. Rien qui ressemble à L’Ode au vent d’ouest de Shelley
ou aux envolées périlleuses et contemplatives de
St-Exupéry. Une étude
plus approfondie démontrerait sans peine que l’espace dont parlent nos
auteurs a une connotation morale. Il y plane probablement plus d’anges
que d’oiseaux. Le dualisme et la désincarnation figurant parmi les
thèmes qu’on retrouve fréquemment dans la poésie, il n’y a pas à
s’étonner que l’envol prenne le sens d’une fuite du corps et de la
matière. Dans «Cage d’oiseau», Saint-Denys Garneau se présente ainsi :
«Je suis une cage d’oiseau / Une cage d’os / Avec un oiseau[vi]».
Cet oiseau, c’est la mort et son envol va signifier la fin de la vie.
Dans un autre poème, intitulé «Un bon coup de guillotine», l’auteur est
encore plus explicite. Il souhaite qu’un coup de guillotine sépare sa
tête de son corps et cette distanciation est si bénéfique que
Saint-Denys Garneau écrit : «Un sourire est sur ma bouche / Tel que si
je venais de naître / Mon regard passe, calme et léger / Ainsi qu’une
âme délivrée[vii».
Quant à la terre, dans ce qu’on
appelle le roman du terroir, elle se présente sous la forme d’un lopin
dont la préservation est assurée par les valeurs du conservatisme :
«Tout ce qu’ils demandaient, c’était qu’on les laissât en paix fouiller
la lourde glèbe, cultiver leurs arpents de bonne terre familière, sans
autre ambition que d’en tirer des moissons et d’y paître le bétail[viii]»
est-il dit dans Trente arpents de Ringuet. Conception qui se
situe aux antipodes des vastes espaces parcourus par les redresseurs de
torts dans les westerns américains ou par les pionniers traversant les
États-Unis pour se rendre au Far-West.
Il s’agit donc d’une terre
protectrice, d’un refuge permettant la survie d’un peuple replié sur sa
foi, sa langue et ses traditions. Une mère, en somme, et qui sera
chantée avec ferveur dans les années soixante : «Terre de Québec, Mère
Courage (…) tu es grosse / de nos rêves charbonneux douloureux / de
l’innombrable épuisement des corps et des âmes / je suis né ton fils par
en haut là-bas / dans les vieilles montagnes râpées du nord[ix]».
Une terre de laquelle on souhaite voir naître un homme neuf, libre : «Je
dresse sur la terre une image de l’homme[x]».
Certains poètes, tentant de se dégager de cette terre-mère, chantent les
charmes d’une terre-compagne : «Je ne savais pas qu’un pays ressemble à
tes seins tes hanches porteuses et la santé de tes lèvres (…) Je ne
savais pas que ton corps est un pays[xi]».
L’étude de ces conceptions du feu, de l’air et de la
terre seraient très révélatrices. Peut-être entreprendrai-je un jour
cette exploration. Pour le moment, c’est à l’eau que j’ai décidé de
consacrer le présent essai.
Parler de livres a été l’un des plus
grands plaisirs de ma vie. Parfois, je les regarde, ces livres, sur les
rayonnages de ma bibliothèque et je leur dis à voix haute : «Merci,
Livres, qui avez donné un sens à mon existence, Livres grâce auxquels je
n’ai jamais connu l’ennui, grâce auxquels chaque jour de ma vie a été
captivant. Merci, Livres !»
___________
[i]
Chatillon, Pierre, La poésie canadienne-française,
Montréal, Éditions Fides, Archives des lettres canadiennes, tome
IV, 1970, p. 225 à 285.
[ii]
Saint-Denys Garneau, Hector de, Poésies complètes,
Montréal, Éditions Fides, 1949, p. 64.
[iii]
Soucy, Gaétan, L’Immaculée Conception, Montréal, Éditions
du Boréal, 1999, p. 9.
[v]
Chatillon, Pierre, Voix et images du pays, Montréal, Les
Presses de l’Université du Québec, 1970, no III, p. 93 à 103.
[vi]
Saint-Denys Garneau, Hector de, op. cit., p. 96.
[viii]
Ringuet, Trente arpents, Montréal, Éditions Fides, 1938,
p. 175.
[ix]
Miron, Gaston , L’homme rapaillé, Montréal, Les Presses
de l’Université de Montréal, 1970, p. 62.
[x]
Lapointe, Gatien, L’ode au Saint-Laurent, Montréal,
Éditions du Jour, 1963, p. 69.
[xi]
Préfontaine, Yves, Débâcle, Montréal, Éditions de
l’Hexagone, 1970, p. 29.
Au sujet de
l'auteur

Pierre Chatillon est né à Nicolet le 6 janvier 1939. De 1968 à 1996,
il a enseigné à l’Université du Québec à Trois-Rivières où il a animé de
nombreux ateliers de création. Il se consacre désormais totalement à son
œuvre. En juin 1998, il a créé, à Nicolet, le parc littéraire L’arbre
de mots. En août 2005, il a fait installer trois sculptures en
aluminium, intitulées Les Oiseaux-Poèmes, dans le parc des lilas
de Bécancour.
Pierre
Chatillon a reçu le Grand Prix de la Ville de Trois-Rivières, en 1987,
pour l’ensemble de son œuvre, et en 2000, la Société Saint-Jean-Baptiste
du Centre du Québec lui décernait le Prix Lionel-Groulx également pour
l’ensemble de son œuvre. En 2005, il se méritait le Prix Adagio du Salon
du livre de Trois-Rivières et le Prix d’excellence en littérature du
Conseil de développement culturel du Centre-du-Québec.
Pierre Chatillon est également un mélodiste très prolifique. En
septembre 2006, il a produit un CD intitulé Air pour Claire. Sur
ce disque, six de ses œuvres sont interprétées par le quatuor de
saxophones Andran.
Bibliographie
Les
cris, poèmes, Montréal, Éditions du Jour, I968. Réédition en I969.
Soleil de bivouac, poèmes, Montréal, Éditions du Jour, 1969. Édition
remaniée en 1973.
Le
journal d’automne, récit, Montréal, Éditions du Jour, 1970. Édition
remaniée en 1977, Montréal, Éditions du Jour. Édition remaniée en 1998,
Nicolet, Les Éditions Grands Arbres.
Le
mangeur de neige, poème, Montréal, Éditions du Jour, 1973.
La
mort rousse, roman, Montréal, Éditions du Jour, 1974. Édition
remaniée, collection «Québec 10 /10», no 65, Montréal, Éditions Stanké,
1983. Réédition en 1998, Québec, Éditions du Septentrion.
Le
fou, roman, Montréal, Éditions du Jour, 1975.
L’île aux fantômes, contes, précédés de Le journal d’automne,
Montréal, Éditions du Jour, 1977. Édition remaniée, collection « Québec
10/10», no 107, Montréal, Éditions Stanké, 1988.
Philédor Beausoleil, roman, Paris, Éditions Robert Laffont et
Montréal, Éditions Leméac 1978. Édition remaniée, Montréal, Éditions
Libre Expression, 1985. Édition remaniée en 1999, Nicolet, Les Éditions
Grands Arbres.
Poèmes, rétrospective des poèmes (1956-1982) regroupant Les cris,
Le livre de l’herbe, Le livre du soleil, Soleil de bivouac, Poèmes
posthumes, Blues, Le mangeur de neige, Le château fort du feu, Le beau
jour jaune, Le printemps, Nuit fruit fendu, L’oiseau rivière,
Amoureuses, Saint- Lambert, Éditions du Noroît, 1983.
La
fille arc-en-ciel, nouvelles, Montréal, Éditions Libre Expression,
1983.
Le
violon vert, poèmes, Trois-Rivières, Écrits des Forges, 1987.
L’arbre de mots, poèmes, Trois-Rivières, Écrits des Forges, 1988.
La
vie en fleurs, nouvelles, Montréal, XYZ Éditeur, 1988.
Le
violon soleil, poèmes, Trois-Rivières, Écrits des Forges, 1990.
L’Atlantidien,
nouvelles, Saint-Lambert, Éditions Héritage, 1991.
L’ombre d’or, poèmes, Trois-Rivières, Écrits des Forges, 1993.
L’enfance est une île, nouvelles, Montréal, Éditions Triptyque,
1997.
La
porte du soleil, poèmes, Trois-Rivières, Écrits des Forges, 1997.
Grands arbres ce matin, anthologie des écrivain(e)s ayant vécu ou
étudié à Nicolet, Nicolet, Les Éditions Grands Arbres, 1998.
Amoureuses, poèmes, volume regroupant les poèmes d’amour écrits
entre 1958 et 1998, Trois-Rivières, Écrits des Forges, 1999.
Les
chants, poèmes, Trois-Rivières, Écrits des Forges, 2001.
L’Éternîle,
poèmes, Québec, Le loup de gouttière, 2002.
Le
livre de la lumière, poèmes, Trois-Rivières, Écrits des
Forges, 2003.
Le
mal-né, seize études sur la poésie québécoise, Québec, Presses de
l’Université du Québec, 2004.
Le
château de sable, une vie d’écrivain, Québec, Ottawa, Éditions
David, 2005.
Les
ailes de la mer, poèmes, Trois-Rivières, Écrits des Forges,
2006.
Communiquer avec l'auteur
Pierre Chatillon se fera un grand plaisir de lire
et de répondre personnellement à vos courriels.
Prière de lui écrire à l'adresse
suivante :
contact@manuscritdepot.com
Site Internet de l'auteur :
http://www.pierrechatillon.com/

http://www.pierrechatillon.com/
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