TEXTE INTÉGRAL
Quarantième anniversaire de LS-Radio (1970-71)

Article paru dans l'hebdomadaire régional Le Peuple Lévis le 7
octobre 2010 sous la plume du journaliste Pierre Duquet
Entrevue exclusive avec Michel Trahan
et Gaston Binet
artisans de LS-RADIO en 1970-71
Par Serge-André Guay
En 1970, le Québec se barricade
sauf la petite maison de la radio à Lévis
(Lévis,
le 6 octobre 2010 – Il n’y a que la belle aventure de LS-Radio qui
peut donner lieu à un communiqué de presse de 5 pages) Il y a
quarante ans, en septembre 1970, Michel Trahan, un animateur de
radio pas comme les autres, et sa bande de copains à l'imagination
sans limites, révolutionnent le monde des médias québécois sur les
ondes de CFLS (LS-Radio) à Lévis. L'aventure dura à peine neuf mois
mais s'inscrira à jamais dans l'histoire grâce à l'innovation de sa
formule caractérisée par la participation des auditeurs et la
flexibilité de la programmation. On en parlera jusque dans le
Vancouver Sun et même à l'ONU qui offre à l’équipe de passer sur
ondes courtes pour une diffusion internationale.
Dans une
entrevue exclusive accordée par Michel Trahan, directeur des
programmes, et Gaston Binet, animateur, le 22 septembre dernier au
siège social de la Fondation littéraire Fleur de Lys à Lévis, les
deux artisans de LS-Radio nous ont livré de nouveaux détails
croustillants au sujet de cette aventure radiophonique historique.
Les p’tits hommes verts débarquent !
Gaston
Binet entre en ondes pour la soirée. Un auditeur lui téléphone et
l’appel est transmis en ondes : «Il y a des p’tits hommes verts de
chaque côté de la station». Il abandonne son micro pour aller voir
de ses propres yeux ce qui se passe dehors et, chose faite, il
revient en studio : «Oui, il y a des p’tits hommes verts dehors».
Puis, un autre auditeur intervient : «Je viens de traverser le pont
de Québec et moi aussi j’ai vu des p’tits hommes verts». Les appels
des auditeurs voyant ici et là des p’tits hommes verts se succèdent
et on sent une certaine inquiétude. Soudainement, une panne de
courant se produit dans la région; la rive-sud et le rive-nord sont
plongées dans le noir. L’inquiétude grandit. «Les p’tits hommes
verts, raconte Gaston Binet, sont entrés dans la station, ont
regardé ce qui se passait et sont sortis sans dire un mot.» Les
rapports d’auditeurs inquiets par les p’tits hommes verts arrivant
un peu partout se multiplient en ondes. Certains téléphonent à la
police. Gaston Binet, qui devrait fermer la station à 1 heure du
matin décide de rester en ondes jusqu’à trois heures devant
l’insistance de son auditoire.
Le matin
venu, Michel Trahan arrive à la station et se retrouve devant une
énorme pile de messages. Parmi ces derniers, une note de rappeler la
police de Ste-Foy. «Vous avez fait peur au monde hier avec vos
p’tits hommes verts en pleine panne de courant», lui rapporte
l’agent de police.
Les
p’tits hommes verts, c’était le nom donné par le premier auditeur en
ligne ce soir-là aux soldats de l’armée canadienne en déploiement au
Québec lors de la Crise d’octobre. Mais jamais personne ne les
désigna de leur vrai nom, préférant l’expression «les p’tits hommes
verts, sans doute pour éviter les représailles. Mais pour les
auditeurs ne pouvant pas constater de visu la présence de ces p’tits
hommes verts, l’expression laissait planer l’idée…
d’extraterrestres.
«Ce n’est
que plus tard dans la journée que nous avons fait le rapprochement
entre notre soirée des p’tits hommes verts et le canular d’Orson
Welles» se rappelle Trahan et Binet. En effet, le 4 octobre 1938 sur
les ondes radio de CBS à New York, le dramaturge Orson Welles
diffuse une adaptation théâtrale de «La guerre des mondes» de HG
Wells au cours de laquelle un présentateur de CBS annonce et
commente l’arrivée des Martiens sur Terre. Près d’un million
d’auditeurs se feront prendre au jeu et croiront alors que les
États-Unis sont attaqués par les Martiens. Les soldats en permission
de l’armée stationnée au port de New York seront rappelés en service
pendant l’émission. LS-Radio venait donc de répéter, à une moindre
échelle, l’expérience à Lévis à une différence prêt : Orson Welles
avait tout planifié lui-même tandis qu’à LS-Radio l’initiative
revient aux auditeurs, et ce, grâce à la formule d’animation qui
permettait aux animateurs de transmettre en ondes les appels des
auditeurs en tout temps.
La «visite» est arrivée
Moins
d’un mois après son entrée en ondes à LS-Radio, Michel Trahan et son
équipe se retrouvaient donc en pleine Crise d’octobre. Pendant cette
période, Yvon Dufour, le directeur général de la station, avise son
directeur des programmes, Michel Trahan, de se préparer à se joindre
à lui pour recevoir la «visite». Puis, un matin, monsieur Dufour
joint Michel Trahan : «La «visite» est arrivée, viens me rejoindre à
mon bureau». La «visite», c’était le code pour les autorités
policières impliquées dans la Crise d’octobre. Dans le bureau de
monsieur Dufour, la police provinciale, la Gendarmerie royale du
Canada et l’armée. Michel Trahan arrive avec une petite boîte qu’il
place à ses côtés le temps de la rencontre. À la fin de cette
dernière, les invités rassurés sur les intentions de LS-Radio,
monsieur Dufour donne la parole à Michel Trahan. Il saisit sa petite
boîte, se lève et en sort quelques exemplaires d’un quarante-cinq
tours de Ginette Reno et en remet un à chaque invité. Seul Michel
Trahan pouvait penser à une pareille conclusion de la rencontre avec
la «visite». Comble du succès de l’opération, l’un des invités
demande une deuxième copie du disque de Ginette Reno. À LS-Radio, on
savait comment déstabiliser toutes appréhensions possibles face à la
liberté des ondes, ce qui n’était rien en pleine Crise d’octobre.
La
station se présentait avec succès comme le pôle positif face à
Montréal alors devenue bien malgré elle un pôle négatif avec cette
Crise d’octobre.
La visite à l’Organisation des Nations
Unies (ONU)
De retour
d’un voyage à Haïti, Michel Trahan est accueilli en ondes par un
collègue qui lui pose une question toute simple : «Pis, ton voyage
en Haïti, Michel ?». La réponse vient après une courte hésitation et
a tout pour surprendre l’auditoire : «Il a neigé à Port-au-Prince»,
lance Michel Trahan… en référence à la chanson de Jean-Pierre
Ferland. Puis le téléphone sonne, on demande monsieur Trahan. «Comme
ça il a neigé à Port-au-Prince» reprend l’auditeur qui se présente :
«Je suis l’ambassadeur d’Haïti à l’ONU. Je suis de passage à Québec
et j’aimerais vous rencontrer». Les échanges entre les deux hommes
se concluront sur une invitation à venir présenter la formule de
LS-Radio à la direction de la radiodiffusion de l’ONU à son siège
social à New York. Une lettre d’invitation officielle suivra et
Michel Trahan invite son collègue animateur André Rhéaume à
l’accompagner dans la «Big Apple».
La
nouvelle fera rapidement le tour du Québec. À la veille de son
départ, Michel Trahan reçoit quelques appels de menaces : «Ne va pas
vendre notre radio aux Américains.» Sur la première page de
l’hebdomadaire la Tribune de Lévis on voit les deux représentants de
LS-Radio monter à bord de l’avion sur le tarmac de l’aéroport de
Québec.
L’objectif de la rencontre a tout pour permettre de cerner la
nouveauté de la formule radiophonique expérimentée à Lévis. L’ONU
veut que l’équipe de LS-Radio déménage à son siège social, dans les
locaux de la direction de la radiodiffusion, et diffuse sur ondes
courtes pour devenir internationale.
Michel
Trahan se souvient de la réaction des Français lors de cette réunion
à l’ONU : «Votre formule de radio n’est pas bonne pour l’Afrique».
Michel Trahan rétorque : «Notre formule est universelle». Michel
Trahan garde aussi en mémoire la question adressée à André Rhéaume,
jusque-là plutôt silencieux : «Qu’est-ce que vous pensez de l’ONU
?». La réponse témoigne de la franchise qui fait alors la marque de
plusieurs animateurs de LS-Radio : «C’est une patente qui ne marche
pas. Je n’ai aucune confiance dans l’ONU.»
Finalement, André Rhéaume dira qu’il n’a pas l’intention de faire de
la radio dans un «bunker» et Michel Trahan ajoutera «Nous autres, ça
se passe à Lévis». Ainsi venait de prendre fin le rêve de l’ONU de
s’approprier la formule de Lévis. Quarante ans plus tard, Michel
Trahan n’a aucun regret.
Mais
avant de quitter l’édifice, les deux comparses de LS-Radio rendent
une petite visite au bar de l’ONU. «Je me rappelle, raconte Michel
Trahan, que l’un des deux ambassadeurs sur place m’a demandé, en
regardant la carte du monde en bronze : «Pourquoi voulez-vous vous
séparer, le Québec ? Le Canada est un si beau pays.» Et seul Michel
Trahan pouvait servir une telle réponse : «On ne veut pas se séparer.
On veut se souder (au reste du monde)».
Une
visite de courtoisie à l’ambassadeur du Canada conclut le voyage. À
la suite de la réception de la lettre d’invitation officielle de
l’ONU, Michel Trahan s’était demandé s’il devait en aviser le
l’ambassadeur canadien. «Non, c’est LS-Radio l’invitée, non pas le
gouvernement canadien» se dit-il. Il prit l’initiative d’une courte
visite improvisée à l’ambassadeur du Canada. «Oui, nous sommes au
courant de votre visite à l’ONU» affirma l’ambassadeur en ajoutant :
«Si vous voulez, je peux vous mettre en contact avec Pierre Elliot
Trudeau (alors Premier ministre du Canada)». «Non, non, ce ne sera
pas nécessaire» répondit Michel Trahan, davantage préoccupé par les
aspirations du Québec que celles du Canada.
«Où vous prenez ça cette musique-là ?»
La
programmation musicale de LS-Radio se distinguait de celles de
toutes les autres stations parce qu’elle se soustrayait
volontairement à l’influence de l’industrie et des agents d’artistes.
À la question «Où vous prenez ça cette musique-là ?», Gaston Binet
répondait simplement «Il y a deux côtés à un 45 tours» ou «Une plage
plus loin que celle de l’industrie» en parlant des 33 tours. «Quand
on entrait en studio, on était en plein contrôle. On avait le volant
dans les mains.» explique Gaston Binet.
«Je me
souviens de la sortie de la chanson «My Sweet Lord» de George
Harrison. On l’a fait joué au moins six fois en boucle. L’aventure
nous demandait beaucoup d’énergie et nous étions un peu fatigués au
moment de la sortie de cette chanson et elle agit sur l’équipe comme
un «Red Bull», raconte Gaston Binet.
Improviser au lieu de suivre des feuilles de route préétablies en
discothèque requiert effectivement beaucoup plus d’énergie mais
l’aventure de LS-Radio a transformé à jamais à la fois les
animateurs et les auditeurs de l’époque, tout comme leurs relations.
Invités partout, même là où on ne
l’attendait pas !
«Nous
étions invités partout, des communes aux petits fours» se souvient
Gaston Binet. «Un soir, on soupait à la bonne franquette avec des
jeunes, et le lendemain, nous dégustions des petits-fours chez un
médecin ou on prononçait un discours devant le personnel d’une
commission scolaire» LS-Radio rejoignait toutes les classes de la
société pour ne pas dire qu’elle fondait toutes les classes en une
seule.
Michel
Trahan se rappelle de l’invitation faite à LS-Radio pour participer
à une soirée de débat au sujet de la fameuse murale de Jordi Bonet
au Grand Théâtre de Québec. Lorsque LS-Radio s’installe sur la scène
avec les autres participants au débat, un fonctionnaire présent dans
la salle s’interroge : «Mais qu’est-ce qu’LS-Radio fait là ? Ce
n’est pas un parti politique.» En effet, seuls les partis politiques
intéressés pouvaient occuper la scène du débat. Mais les
organisateurs ne pouvaient pas entrevoir la discussion sans la
participation de LS-Radio. Voilà une belle démonstration des
privilèges accordés aux animateurs de LS-Radio invités partout,
vraiment partout, même là où on ne l’attendait pas.
Meilleurs moments
Michel
Trahan ─ «Mon meilleur moment, s’il faut en choisir un, c’est
lorsque les gens de CHOM-FM, la radio anglophone la plus populaire
de Montréal, sont venus nous rencontrer à Lévis. Jusque-là, on
disait que la meilleure radio était anglophone. Par exemple, quand
les gens revenaient de voyage aux États-Unis, ils s’empressaient de
souligner l’originalité de la radio à Los Angeles et à New York. Et
là, pour la première fois, sans doute, c’était les anglophones qui
s’intéressaient à notre radio, à LS-Radio, l’embryon d’une radio
purement québécoise. Je me souviens encore d’attendre les gens de
CHOM-FM sur le perron de la station, fier comme un Maire français en
apparats accueillant ses petits cousins d’Amérique. Je me voyais
avec une ceinture fléchée autour de la taille. Je n’oublierai jamais
cet événement.»
Gaston
Binet ─ «Mon meilleur moment de LS-Radio… C’est l’aventure elle-même,
toute l’aventure, parce qu’elle m’a transformé profondément, tant
sur le plan personnel que professionnel. Je ne voyais plus les
choses comme avant, j’en avais désormais une conscience plus large
et plus profonde. À la fin de l’aventure, il m’était impossible de
revenir en arrière, de faire de la radio traditionnelle. Par exemple,
après LS-Radio, je suis entrée à Radio-Canada dans l’équipe de
l’émission de contre-culture. Un soir, nous nous sommes mis
plusieurs stations de radio ensemble et nous nous répondions en
chanson. Le Saguenay choisissait une chanson et Montréal lui
répondait avec une autre chanson. Ça, c’est purement et simplement
du LS-Radio. C’était de l’improvisation. On était nous-mêmes, au bon
endroit, au bon moment, avec la bonne équipe. Et on était conscients
que l’aventure ne durerait pas, ce qui nous incitait à vivre
intensément chaque moment. Il n’est donc pas étonnant qu’on nous
parle encore de cette expérience radiophonique unique quarante ans
plus tard.»
Le Rapport Z
En 1970,
quelques mois avant l’arrivée de l’équipe de LS-Radio à l’antenne,
le gouvernement du Québec se dote d’un ministère des communications
et Jean-Paul L'Allier y sera nommé par le Premier ministre Robert
Bourassa. Évidemment, le nouveau ministère suit de près l’aventure
de LS-Radio et les pressions se font sentir à la fin de l’expérience
pour une intervention gouvernementale assurant l’avenir de la
formule. Monsieur L’Allier mandate alors un sous-ministre afin de
lui faire rapport, ce sera le fameux «Rapport Z». Michel Trahan aura
l’occasion de rencontrer le ministre pour en discuter. «Dites-moi,
qu’est-ce qui s’est passé à LS-Radio ?» demande le ministre à Michel
Trahan. «Ce qui s’est passé… Vous le savez, vous étiez à l’écoute.
Nous avons là les prémisses d’une vraie radio québécoise.» de
répondre l’ancien directeur de programme de LS-Radio. La discussion
ne faisait que commencer. Quelques mois plus tard naissait sur le
campus de l’Université Laval la première radio communautaire au
Québec (CKRL-FM) avec l’appui du ministère des Communications du
Québec.
Appel à tous
La
Fondation littéraire Fleur de Lys s’est donnée pour mission de
perpétuer la mémoire de la belle aventure de LS-Radio (1970-71). À
l’occasion du quarantième anniversaire de cette révolution
radiophonique, l’organisme lance un appel à tous afin de recueillir
souvenirs et commentaires en vue de la publication d’un livre. Déjà,
on trouve sur le site Internet de la Fondation un article dévoilant
d’autres détails intéressants qui permettent de comprendre toute
l’ampleur de l’aventure.
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