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Le trésor du Rif, roman historique, Pierre Bonin

Autre livre du même auteur

 

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Le trésor du Rif

 

PIERRE BONIN

 

Roman historique, 340 pages, Fondation littéraire Fleur de Lys,

Montréal, 2006.

ISBN 2-89612-177

Papier : 24.95$
Numérique : gratuit

 

Le premier roman québécois sur

la Légion étrangère au Maroc

 

Présentation

Communiqué de presse

Couverture de presse

Blogue

Table des matières

Extrait

Au sujet de l'auteur

Autre titre du même auteur

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Présentation

 

Le lieutenant Charles Perrier, commandant une compagnie de la Légion étrangère au Maroc, était loin de se douter que sa mission de pacification dans la vallée de l’oued Ziz, à l’automne 1927, prendrait une tournure différente de celle qu’il avait prévue. C’était sans compter sur la présence dans son expédition de l’archéologue Solange Briand, de sa rencontre fortuite avec le capitaine Pierre Dessanges du Bureau des Affaires indigènes, et de sa confrontation avec Bel Kacem le boiteux sanguinaire.

 

Ce dernier, surnommé la Cigogne par la population de la province du Tafilalet qu’il terrorise depuis quelques années, veut conserver à tout prix son emprise sur son territoire et poursuivre le pillage des oasis. Il n’hésitera pas à déployer les grands moyens pour parvenir à ses fins et empêcher les Français de s’installer à demeure dans la région.
 

Perrier et ses hommes, dont le sergent Tanguay, un Canadien français engagé volontaire, vont opposer une lutte sans merci au roi des pirates du désert. Le trésor du Rif, c’est un butin inestimable que convoite Bel Kacem pour accroître sa puissance et empêcher le Sultan de Rabat d’exercer son autorité légitime sur cette province.

 

 

Communiqué de presse

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Le trésor du Rif

 

Premier roman québécois sur la Légion étrangère

 

 

Montréal, le 25 septembre 2006 La Fondation littéraire Fleur de Lys vous invite à découvrir Le trésor du Rif, le premier roman québécois écrit sur la Légion étrangère, signé Pierre Bonin. L’intrigue se déroule au Maroc en 1927 et met en scène un détachement de la Légion étrangère dont l’un des personnages principaux est un Québécois de la Beauce. L’œuvre s’inspire d’événements réels survenus au Maroc à cette époque alors que des Québécois ont combattu dans les oasis du Sud sous l’uniforme de ce prestigieux corps d’armée.

 

Ce récit historique captivant divertit et informe tout à la fois. L’auteur raconte le court séjour mouvementé d’une compagnie de la Légion étrangère dans la vallée de l’oued Ziz, lors d’une première incursion dans une région soumise à la terreur engendrée par Bel Kacem N’Gadi, le roi des pirates du désert. Ce personnage historique joue un rôle clé dans le déroulement du récit.

 

Le roman est une véritable épopée admirablement bien documentée sur le plan historique qui nous fait découvrir les us et coutumes quotidiennes des Marocains de cette époque. Nous pénétrons aussi dans l’univers fascinant des Képis blancs qui ont marqué notre imaginaire collectif nourri par la littérature et le cinéma.

 

Pierre Bonin nous présente une galerie de personnages dont certains connaîtront un destin tragique dans cet affrontement sans merci avec le boiteux sanguinaire du Tafilalet.  Écrit dans la veine traditionnelle des romans d’action et d’aventure, l’amour y est aussi présent et influe sur le cours des événements et le destin des protagonistes.
 

Dans le but d’assurer l’authenticité du récit même s’il est le fruit de son imagination, l’auteur a consulté des témoignages et documents de l’époque et a séjourné au Maroc l’année dernière pour s’imprégner de la culture berbère, de l’islam, du vécu quotidien de ses habitants et visiter les lieux qui servent de décor à l’intrigue du roman.

 

Le livre inclut aussi une section documentaire avec des photos d’époque et un article relatant les exploits des Québécois qui se sont illustrés dans la Légion étrangère. Cette vénérable institution militaire célèbre cette année son 175e anniversaire au service de la France tandis que le royaume du Maroc fête le 50e anniversaire de l’abrogation du traité de protectorat et de son accession à la souveraineté nationale après cinquante années de domination européenne.

 

Le livre est disponible sur le réseau Internet et les lecteurs intéressés peuvent se le procurer sous le format traditionnel en papier au coût de 24.95$, taxes et livraison incluse, en acquittant les frais par carte de crédit ou chèque, ou  encore en télécharger la version numérique (fichier PDF) au coût de 7.00$ à partir de la page personnelle de l’auteur sur le site Internet de l’éditeur, la Fondation littéraire Fleur de Lys:

 

 

http://www.manuscritdepot.com/a.pierre-bonin.1.htm

 

 

 

-30-

 

 

SOURCE :

 

Serge-André Guay, président éditeur

Fondation littéraire Fleur de Lys

 

514-680-1211 (Montréal, Québec, Canada)

 

info@manuscritdepot.com 
 
http://www.manuscritdepot.com 

 

 

Couverture de presse

 

L'AER-ACTION - JUIN 2007

Association des retraités de la Ville de Montréal

 

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Blogue

 

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Pierre Bonin, un auteur de Villeray à découvrir

 

 

Table des matières

 

Remerciements
-
Préface
-
Avant-propos
-
Lexique
-
Chapitre 1 - Le Ksar fantôme
-
Chapitre 2 - L’ange du désert
-
Chapitre 3 - Escarmouches sur la piste
-
Chapitre 4 - L’ombre du boiteux sanguinaire
-
Chapitre 5 - Intermède
-
Chapitre 6 - L’heure de vérit
-
Chapitre 7 - Un banquet royal
-
Chapitre 8 - A la croisée des chemins
--
Chapitre 9 - La nuit des sortilèges
--
Chapitre 10 - Menaces sur la palmeraie
-
Chapitre 11 - La journée des dupes
-
Chapitre 12 - Le trésor du Rif
-
Chapitre 13 - Les adieux
-
Chapitre 14 - Allah Akbar !
-
Chapitre 15 - La souricière
-
Chapitre 16 - La nuit de la faucheuse
--
Chapitre 17 - Sur les trace de Bel Kacem
--
Épilogue
-
Annexes
-
Composition d’un régiment commandé

par un colonel en 1927
-
Ces Québécois qui ont fait la légion étrangère
-
Joseph Damase Chartrand dit des Ecorres,
un homme au destin exceptionnel
-
Du vert Québec aux pistes rocailleuses
et sablonneuses du Maroc
-
La fin tragique d’un mauvais garçon
-
Un Beauceron héros méconnu

de la Légion étrangère
-
Conclusion
-
Album photo
-
Bibliographie
-
Au sujet de l’auteur
-
Communiquer avec l’auteur

11
-
13
-
15
-
19
-
25
-
47
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61
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69
-
81
-
95
-
109

117

131

145

157

175

191

215

237

259

287

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Extrait

 

Préface

par Yvan Cliche


Je termine le roman de Pierre Bonin et ma première pensée va à l’auteur. Au terme de ce roman où se déploient l’aventure militaire, l’exotisme et le sentiment amoureux, j’admire en lui l’anthropologue, l’historien et le romancier.


L’anthropologue d’abord : la description que fait M. Bonin du Maroc, un pays qui est comme ma deuxième maison, force l’estime. L’auteur n’aura pris que quelques semaines d’un séjour mémorable dans cette contrée si envoûtante pour saisir tout un pan de la société marocaine, de son histoire, de ses valeurs millénaires. Sa curiosité, sa rigueur

dans la recherche du contexte ou se déroule le roman, son style précis, m’ont replongé dans les sentiments premiers à la source de ma passion pour ce pays considéré à juste titre comme un des plus magnifiques qui soit.


L’historien ensuite : M. Bonin démontre une sensibilité remarquable. Sa description des conditions historiques et matérielles du Maroc et de la vie d’époque des légionnaires fera le bonheur de tous ceux qui s’intéressent à la culture arabe et à l’histoire militaire. L’auteur apporte un éclairage stimulant sur la participation des Québécois et Canadiens français au sein de cette organisation aussi singulière que méconnue au Québec.


Le romancier enfin : de ce rapprochement entre une culture orientale mythique et une épopée militaire pleine de palpitations émerge une histoire au réalisme saisissant, qui divertit autant qu’elle informe.


Yvan Cliche

 

M. Cliche écrit sur le monde arabe et l’islam depuis plus de vingt ans. Il est aussi un membre actif de l’organisme www.tolerance.ca

 

 

Avant-propos

Le récit qui suit est une œuvre de fiction. Toutefois, elle s’inspire d’événements survenus au Maroc après la guerre du Rif que les historiens ont surnommé « La guerre oubliée ». De 1921 à 1926, s’est déroulée dans les montagnes du Rif, une guerre de guérilla qui a opposé les troupes du Sultan de Rabat aux tribus qui s’étaient ralliés au prétendant au trône, Abd el Krim.

Dans sa lutte contre Abd el Krim, la France et l’Espagne ont combattu aux côtés du Sultan pour l’aider à vaincre la résistance des dissidents. Des unités de la Légion étrangère ont été impliquées dans diverses opérations militaires.

La province du Tafilalet, située à proximité de l’Algérie occupée par la France, était littéralement ravagée par des bandes de pirates et de hors-la-lois qui semaient la terreur dans les oasis depuis de nombreuses années.

Le Sultan Moulay Youssef n’arrivait pas à y exercer son autorité légitime. De concert avec les autorités françaises assumant un rôle de Protectorat, par le traité de Fez depuis 1912, il avait été convenu, après la guerre du Rif, de pénétrer dans cette région pour la pacifier. En plus des troupes régulières du Sultan, constituées de goums et de partisans, la Légion étrangère a contribué à construire des routes, des forts, des lignes téléphoniques, tout en effectuant des opérations de police pour contrer le pillage des populations locales.

Tous ces efforts se sont poursuivis pendant cinq années jusqu’à la reddition des derniers pirates du désert. Parmi ceux-ci, Bel Kacem N’Gadi qui a tellement saigné la région qu’elle s’est vidée de la presque totalité de ses habitants. Ce seigneur du désert joue un rôle majeur dans le déroulement du présent récit dont l’intrigue se déroule durant cette période mouvementée de l’histoire du Maroc.

L’un des personnages principaux de ce roman est un Québécois, à l’époque, dans la Légion étrangère, il était inscrit sous la nationalité canadienne. Ce livre se veut un clin d’œil en hommage à nos compatriotes qui ont fait la Légion. En effet, de 1923 à 1928, des Québécois ont combattu sous l’uniforme de ce prestigieux corps d’armée lors de la guerre du Rif, et par la suite dans les oasis du Sud. Parmi ces légionnaires, l’un de la région de Québec et l’autre de la Beauce, ont laissé des témoignages écrits de leur séjour au Maroc. Des récits captivants qui ont été publiés respectivement en 1931 et 1932.

Par ailleurs, la Légion étrangère a dénombré 74 officiers, 158 sous-officiers et 1 264 légionnaires du rang qui ont trouvé la mort au Maroc, de 1920 à 1935. Pour la même période, des milliers de Marocains ont aussi perdu la vie tant dans la guerre du Rif que lors des affrontements armés qui ont découlé de la Pacification.

L’auteur s’est rendu en pèlerinage l’automne dernier dans ce pays, en compagnie d’un ami très cher, sur les lieux où nos compatriotes ont battu la semelle dans les sables du désert et sur les pistes rocailleuses des djebels. C’est là, qu’a pris forme cette histoire, sous le ciel d’une nuit constellée d’étoiles de l’Erg Chebbi.

Enfin, pour faciliter la compréhension du récit, le lecteur est invité à consulter le lexique lui permettant de se familiariser avec les mots arabes et berbères présents dans le texte.

Pierre Bonin
 

 

CHAPITRE 2

 

L’ange du désert

Du haut de la terrasse de la kasbah, le sergent Tanguay scrutait l’horizon avec ses jumelles et ne voyait toujours rien. Avec ce silence qui régnait tout autour et la palmeraie désertée de ses habitants, ça commençait à l’inquiéter. Il détestait tout ce qui sortait des sentiers battus. Il ne fallait surtout pas montrer aux hommes qu’il risquait de perdre le contrôle de la situation. D’autant plus que l’escouade avait pris une sérieuse avance sur son ordre de marche par rapport à la compagnie. Il commençait à se ramollir, au point d’être moins à cheval sur le respect des consignes. Il n’était pas fier de lui. Le lieutenant Perrier ne serait pas content. Dieu sait qu’il ne voulait surtout pas le décevoir. C’est le premier commandant de la compagnie pour lequel il éprouvait de l’estime comme officier. Attendre, oui attendre. Pour le moment, c’est ce qu’il y avait de mieux à faire. Il aimerait quitter son poste d’observation pour faire un brin de causette à ses képis blancs mais le devoir lui commandait de rester sur place.

Un bref moment d’absence. Il pensait au pays qu’il a quitté et à Madeleine qu’il a laissée derrière. Il a paniqué quand elle lui a parlé de mariage et de fonder une famille. Non, il ne se sentait pas prêt pour vivre un tel engagement pour la vie. Le mariage c’est sérieux. Faire des petits c’est facile. Non, le métier de père, ce n’était pas pour lui. Un jour, peut être. Pourtant, presque tous les soirs, sous la tente avant de partir dans les bras de Morphée, l’image de Madeleine le hantait. Il se rappelait tous les bons moments passés ensemble à faire la fête avant son départ pour s’engager dans la Légion. Il ne pourra jamais oublier son visage et sa déception lorsqu’il lui avait annoncé sa décision de la quitter. Il s’est enfui comme un lâche lui qui aime tant le baroud comme disent les copains. Ça y est. Le cafard tel un poison insidieux envahissait son âme, il sentait que les larmes allaient gicler.

– Vite ! Vite ! Sergent venir voir, cria Zaid qui le sortit de sa torpeur.

Sans hésiter, heureux de l’adrénaline qui se remit à circuler dans ses veines, il se précipita auprès de Zaid et ordonna aux hommes de garder leur position jusqu’à avis contraire.

– Regarde sergent, lui indiqua Zaid d’un geste de la main. Droit devant, un méhariste.

Tanguay fixa avec ses jumelles l’objectif désigné par Zaid. En effet, un homme cavalait sur un dromadaire et se dirigeait tout droit vers la porte d’entrée du ksar. Il était vêtu d’un chèche noir et d’une garounda bleu azur. Il portait en bandoulière un sac de peau. Tanguay passa ses jumelles à Zaid et lui demanda d’identifier l’homme.

– Lui habillé comme Berbère, pas habile avec dromadaire. Roumi déguisé en Berbère.

– Bravo Zaid, tiens-le bien en joue, on va le laisser approcher le plus près possible et on va le questionner. Si c’est un Blanc tant mieux pour lui sinon tu le descends. Compris Zaid ?

– Compris sergent, de répondre Zaid, heureux de la marque de confiance de Tanguay à son endroit.

Tanguay et Zaid observaient le cavalier qui dirigeait sa monture vers la porte d’entrée du ksar. Une fois l’enceinte franchie, celui-ci hésita un instant puis s’avança au trot, en remontant l’allée vers la kasbah. Il s’arrêta finalement devant l’édifice et leva la tête en direction du toit.

– Ne tirez pas, je suis un officier français. Je m’appelle Pierre Dessanges, capitaine de spahis, assigné au Bureau des Affaires indigènes de Fez. Je sais qu’il y a des légionnaires cachés sur la terrasse. Je dois vous parler, c’est urgent.

Le sergent Tanguay a entendu parler de cet homme. C’est sûrement l’officier qui s’amusait à se promener déguisé en Berbère. Il a combattu lors de la guerre du Rif. C’était un officier courageux et un bon militaire qui admirait les Marocains, au point de troquer l’uniforme pour la gandoura. Une tactique pour se rapprocher ainsi des tribus qu’il voulait pacifier sans tirer un coup de fusil. Un idéaliste, tombé en amour avec le désert et qui vouait une admiration sans bornes aux Berbères, au grand déplaisir de ses frères d’armes. Il a échangé son cheval pour un dromadaire mais ne maîtrisait pas encore parfaitement les techniques pour conduire la bête avec brio.

Des rumeurs à son sujet laissaient croire qu’il se prend pour un missionnaire de la Pacification au point de s’être converti à l’islam. Il ne serait pas non plus insensible aux charmes des femmes voilées au point d’avoir laissé des rejetons dans les douars ou les gours.

Tanguay se pencha au-dessus du merlon qui lui servait de cache et s’adressa au méhariste :

– Sergent Tanguay de la 3e compagnie, du 1er bataillon du 2e REI, mon capitaine, j’envoie un homme vous chercher pour discuter. Nous ne pouvons quitter notre poste d’observation. Nous attendons l’arrivée de la colonne, d’une minute à l’autre. Avez-vous croisé du monde dans le secteur ?

– Non sergent, pas encore. Je vais monter vous rejoindre, répondit Dessanges.

– Monter par l’escalier à votre droite.

Le capitaine approuva d’un signe de tête et fit baraquer son dromadaire. Une fois debout, les deux pieds bien ancrés sur le sol, il se dirigea vers la porte d’entrée de la kasbah qu’il ouvrit et y pénétra sans hésiter.

Tanguay se dirigea vers Burns qui gardait la porte de sortie de la tour par laquelle Dessanges allait accéder.

– Ça va Burns ! Va me remplacer à mon poste, c’est moi qui reçois la visite.

– A vos ordres, sergent ! Vos jumelles pour la suite des opérations ?

En guise de réponse, Tanguay tendit ses jumelles à Burns et dégaina son revolver de son étui. Un simple réflexe quand on s’apprête à rencontrer un inconnu déguisé en Berbère. Au bout de quelques minutes, la porte s’ouvrit lentement par l’intérieur. Tanguay visa alors la silhouette qui apparut dans la lumière.

– Ne tirez pas sergent, c’est moi Dessanges, cria le capitaine tout en dévoilant son visage.

Sur ce, le sergent abaissa son arme et dévisagea l’homme avec curiosité. Un blond aux yeux bleus avec une moustache. Le portrait-type d’un officier de cavalerie, probablement un aristo ou un fils à papa de la bourgeoisie.

– Vous ne saluez pas un officier, sergent ?

– Avec tout votre respect monsieur, qu’est-ce qui me prouve que vous êtes officier de l’armée française, répondit-il, du tac au tac.

– Vous êtes un homme avisé sergent, voici mes papiers et mon ordre de mission. Lisez !

En même temps, Dessanges sortit du sac de peau en bandoulière, les précieux documents remisés dans un portefeuille en cuir que saisit Tanguay et parcourut rapidement en lisant en diagonale.

– Convaincu de mon identité sergent ? demanda Dessanges qui se doutait que le sergent peinait à lire et écrire.

– Tout a l’air correct, monsieur.

– Écoutez sergent Tanguay, je sais que vous appartenez à la 3e compagnie commandée par le lieutenant Perrier qui sera ici dans peu de temps et je connais la mission que le colonel Vallières lui a confiée. Je sollicite votre collaboration et celle de vos hommes au cas où les choses iraient au plus mal.

– J’comprends pas mon capitaine où vous voulez en venir ?

– Vous n’avez pas été étonné de voir le ksar vide de tous ses habitants ?

– Oui, nous avons été surpris d’entrer dans un village désert.

– J’en connais les raisons et je vais vous les expliquer brièvement. On peut s’asseoir pour causer, on sera plus à l’aise.

Puis, les deux hommes se dirigèrent vers un merlon opposé aux chauds rayons du soleil pour s’y réfugier à l’ombre.

– La population du village s’est enfuie ce matin en apportant le strict nécessaire, raconta Dessanges. Le caïd Aziz ben Abdou de la tribu des Aït Idzerg avec sa famille, et tous les villageois se sont réfugiés dans un endroit sûr de la palmeraie, à l’abri des regards indiscrets. Une cachette secrète aménagée pour se protéger des rezzou commises par les djouch de Bel Kacem N’Gadi. Cet homme, boiteux et sanguinaire, surnommé aussi la Cigogne, est le roi des pirates du Tafilalet et commande une harka de quatre cent hommes, des pillards de la pire espèce qui répandent la terreur : ils égorgent les hommes et violent les femmes, pillent les récoltes, volent le bétail et détruisent tout sur leur passage comme Attila le roi des Huns.

Le caïd a été informé au lever du jour de l’arrivée imminente de deux djouch dans le secteur, ce qui équivaut à une centaine de combattants, Comme il ne dispose que de quarante-cinq hommes capables de se battre, il a préféré la retraite à un affrontement à deux contre un.

– J’constate que vous êtes bien informé capitaine, dit le sergent.

– C’est mon boulot de savoir tout ce qui se passe dans mon secteur d’intervention. J’étais avec la population du ksar au moment de leur départ. Le caïd m’a chargé de vous informer de la situation et de vous souhaiter la bienvenue en son absence. Dès l’arrivée de la colonne, il va revenir avec ses gens et organiser une diffa pour souligner votre installation. En attendant, gardons l’œil ouvert au cas où les hommes de Bel Kacem décident de se pointer dans le coin, de conclure Dessanges.

 

* * *

 

Après avoir galopé à vive allure, Hassan et ses cavaliers ont rejoint la colonne du lieutenant Perrier. Tous les hommes étaient au repos et mangeaient du bœuf salé en boîte de conserve, une ration réglementaire surnommée singe avec dérision. Certains en profitaient pour substituer l’eau au pinard dans leurs bidons sous les regards complaisants des officiers. D’autres mettaient à profit cette pause pour griller une cigarette ou une pipée.

– Salam alaykoum, lieutenant Perrier.

– Alaykoum salam, Hassan.

Hassan raconta au lieutenant les derniers développements survenus à la suite de sa mission de reconnaissance dans la palmeraie.

– Dis Hassan, combien de temps il nous reste pour arriver au ksar ?

– Hassan, pas sûr. Si courir, arriver vite. Sinon, trop tard, si attaque sur le ksar.

– Bon, fit songeur Perrier, impossible d’augmenter la cadence de la troupe avec tous nos bagages. On a pris du retard sur notre ordre de marche. On maintient le cap à notre allure. Toi Hassan, laisse-moi la moitié de tes cavaliers en soutien et pars avec les autres pour rejoindre le sergent Tanguay et lui venir en aide si c’est nécessaire.

– À vos ordres, mon lieutenant, acquiesça Hassan qui tourna bride et ordonna à dix de ses cavaliers de rester sur place tandis qu’il s’élança au galop avec les dix autres.

Perrier appela le légionnaire qui lui servait de planton et lui demanda de quérir le sous-lieutenant Guyot et l’adjudant-chef Kirinsky. Chose dite, chose faite. Au bout de quelques instants, les deux hommes étaient déjà auprès de Perrier et attendaient les directives pour la suite des opérations.

– Messieurs, nous ne serons pas arrivés au ksar avant quinze minutes, peut être moins. J’ai renvoyé Hassan et la moitié de ses hommes en renfort au sergent Tanguay qui s’est installé dans la kasbah. J’anticipe du grabuge. Hassan sera utile pour permettre à l’escouade de tenir jusqu’à notre arrivée. Je propose à l’un de vous deux de prendre le commandement des moghaznis et d’assurer notre couverture sur les flancs. Qui se porte volontaire ?

N’obtenant pas de réponse, Perrier désigna Guyot qui, surpris de cette décision protesta :

– Vous n’y pensez pas lieutenant, je suis officier d’infanterie et je n’ai aucune expérience de ce genre de chose. Aussi, je dois rester à vos côtés et prendre le relais du commandement s’il vous arrivait malheur. Étant donné que je suis votre second, je dois vous succéder selon les dispositions prévues par le code de procédure.

– Vous marquez un point Guyot. Je n’ai pas le choix. Kirinsky vous commanderez le peloton. Vous êtes le plus apte à mener cette mission étant donné que vous étiez un ancien officier chez les cosaques de l’armée tsariste. Votre expérience vous servira, j’en suis convaincu.

– Je vous remercie de l’honneur que vous me faites, mon lieutenant. Puis-je vous demander une faveur ?

– Allez-y ! Que voulez-vous ?

– J’ai besoin d’un cheval et le vôtre est tout indiqué pour faire ce que vous me demandez. Vous êtes le seul de la compagnie à avoir une monture.

– J’accepte mais prenez en soin comme s’il vous appartenait.

– N’ayez crainte mon lieutenant.

Perrier descendit de son cheval et tendit la bride à Kirinsky en lui chuchotant à l’oreille : 

– Surtout pas de risques inutiles. Je veux vous revoir sain et sauf au ksar dès que nous y serons rendus.

– A vos ordres, mon lieutenant. Je ferai ce qu’il faut pour respecter vos consignes et éviter les accrochages avec l’ennemi s’il se présente.

– A la bonne heure et bonne chance, lui dit Perrier en lui serrant la main.

Kirinsky sauta sur le cheval tout heureux de retrouver la sensation de conduire une monture, il rassembla aussitôt les moghaznis et le peloton s’engagea sur la piste en direction de la palmeraie.

– Maintenant, ordonna Perrier à Guyot, nous repartons et reformez les rangs immédiatement. Que les hommes se tiennent sur leurs gardes. Vous dirigerez le flanc droit, le sergent Schmidt est déployé sur le flanc gauche, et qu’il désigne un caporal pour lui succéder à l’arrière.

 

* * *

 

Khalil et Abou ont rejoint le campement du caïd Aziz ben Abdou, camouflé dans une douf entourée de dunes de sable et appuyée sur la paroi rocheuse de l’un des versants de la vallée. A des endroits stratégiques, des hommes en armes avec moukhalas et sabres assuraient le guet, tapis couchés sur les crêtes des dunes.

La cuvette a été entièrement creusée et aménagée pour y abriter un site avec des tentes et des enclos pour les animaux : chèvres, moutons, dromadaires et ânes. Par ailleurs, au milieu du campement, un puits alimentait en eau potable les nomades qui y ont trouvé un refuge temporaire. Ça et là des hommes et des femmes s’affairaient à remplir des cruches d’eau, nourrir les bêtes, vaquer aux occupations quotidiennes requises pour le maintien du camp en activité, malgré la menace qui planait à l’horizon.

Khalil et Abou entrèrent dans la grande tente du caïd. Le mobilier se résumait à des tapis qui faisaient office de planchers, à une table sur laquelle était déposée une théière ventrue en argent avec des verres pour le service du thé à la menthe et le narguilé, cette pipe avec laquelle le caïd fume le kif. Lui-même était assis sur un pouf. À ses côtés, légèrement en retrait, était assise par terre, une jeune femme vêtue d’un caftan magnifiquement brodé en soie, rouge écarlate avec parements dorés.

Elle ne portait pas le voile et son visage était celui de l’Ange du désert, aux traits finement dessinés et aux yeux noir perçants. Sa longue chevelure noire était parée d’un diadème en or. C’était Raïssa, fille du caïd, elle serait la réincarnation de la reine berbère de la cité antique de Sijilmassa, selon des rumeurs récentes colportées par des nomades qui ont transité par le ksar, voilà déjà quelques semaines. Vrai ou faux, le désert engendrait bien des mirages.

Les deux hommes saluèrent leurs hôtes puis s’assirent par terre, les jambes croisées. Khalil le premier entama la conversation :

– Père ! Les Roumis seront bientôt rendus au ksar, ils coucheront dans notre kasbah et occuperont les maisons de nos gens. Et nous laissons faire sans intervenir. Nous nous terrons comme des gerboises dans le sable au lieu de les affronter et de leur montrer qu’ils ne sont pas les bienvenus dans notre pays.

– Suffit mon fils ! J’ai combattu les Français à El-Moungar voilà près de 25 ans. Je n’ai pas de leçon à recevoir de toi. Les temps ont changé. Le sultan Mohamed ben Youssef qui gouverne à Rabat est le monarque légitime du royaume. N’oublie pas qu’il est le Commandeur des croyants et notre Père à tous. Béni soit le prophète Mahomet. Que la Paix soit avec Lui. Maintenant que le Rogui Abd el Krim a été exilé et que la paix est de retour dans le Rif, notre Sultan a décidé de pacifier le berceau de ses ancêtres. La province du Tafilalet est devenue un véritable coupe-gorge depuis que Bel Kacem fait régner la terreur. La vallée du Ziz se vide de ses habitants et ceux qui restent vivent dans la crainte des rezzou des pirates du désert. Voilà pourquoi mon fils, j’ai demandé l’aide du Sultan et accepté d’ouvrir les portes de notre village aux Français. Ils vont nous aider à fortifier notre village et nous protéger des rezzou. Je n’ai qu’un but : assurer la protection des nôtres et vivre en paix avec nos voisins de la palmeraie. Inch Allah !

– Tes intentions sont nobles mon père, mais je ne peux accepter l’aide des Roumis que j’ai combattus et jamais je ne pourrai tolérer leur présence sur notre sol.

– Soit mon fils, si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi. Je préfère ne plus avoir de fils qui apporterait la honte et le mal dans ma maison.

Visiblement décontenancé par les propos de son père, Khalil s’adressa à sa sœur Raïssa, cherchant visiblement un appui à sa démarche :

– Tu ne dis rien Raïssa ?

– Je ne suis pas le chef de la maison et je respecte les volontés de notre père. Tout comme notre père, je désire vivre en paix par la grâce du prophète Mahomet. Que la Paix soit avec Lui. Je ne peux t’approuver dans ton projet de faire la guerre au Sultan et à ses alliés les Français.

Voyant la tournure que prenait la discussion, Abou décida d’intervenir pour appuyer son ami et renverser la vapeur :

– Ne crains rien, notre caïd bien-aimé. Khalil et moi avons rapporté des armes et des munitions qui nous permettront d’affronter les pirates du désert à dix contre un et nous pourrons aussi imposer le respect aux Roumis qui envahissent notre terre. Je me charge d’équiper tous nos hommes valides et de leur enseigner le maniement de ces armes. Avec Khalil, nous pourrons instruire les hommes sur les manières de combattre des soldats infidèles.

– Assez ! J’en ai assez entendu. Ce n’est pas la volonté d’Allah que nous combattions nos ennemis avec les armes des infidèles. Vos paroles sont sacrilèges. Vous n’avez plus rien à faire parmi nous. Quittez ce campement immédiatement et ne tentez pas de soulever les nôtres contre ma volonté et celle d’Allah. Quant à toi, mon fils, je te renie. Va-t-en, avant que ma colère ne s’abatte sur vous deux.

– Très bien Père, si tel est votre volonté, nous partons. Nous reviendrons quand vous aurez compris que nous avons raison et que vous avez tort. Adieu.

Sans demander leur reste, Khalil et Abou se levèrent, saluèrent le caïd et sortirent de la tente.

– Jeunes fous, vociféra Aziz ben Abdou, vous causerez votre perte.

– Calmez-vous père, s’exclama Raïssa, ils ne méritent pas votre colère. Ils sont vifs et fougueux comme les purs-sangs arabes qui ne veulent pas être domptés et courir en toute liberté dans le reg.

– Les cœurs de ton frère et de son ami sont remplis de haine depuis qu’ils ont fait la guerre dans le Rif. La vue du sang les excite. Je peux le comprendre, j’ai moi-même fait la guerre et coupé des têtes. Sache Raïssa, que le saint Moulay Idriss est venu à moi dans un rêve et qu’il m’a dit que toute lutte contre les Roumis est présentement vouée à l’échec, et que le Sultan va imposer son autorité sur tout le pays. Le jour viendra où toutes les tribus du Maroc seront unifiées sous une même bannière et que l’occupant étranger devra quitter notre sol. Mais cette heure n’est pas encore arrivée. Inch Allah !

– Que ce rêve soit réalité, par la grâce du prophète Mahomet, que la Paix soit avec Lui, de conclure Raïssa.

 

 

Au sujet de l'auteur

 

 

Il s’agit d’une première expérience littéraire majeure pour Pierre Bonin. En effet, celui-ci réalise un vieux rêve de jeunesse. Il vient tout juste d’accéder au statut de retraité après 30 années de service dans la fonction publique montréalaise. Au cours des quinze dernières années, il a occupé successivement des postes d’agent d’information, de rédacteur relationniste et de chargé de communication pour différents services municipaux.

Dans l’exercice de ses fonctions, il a collaboré activement à la tenue de campagne de promotion, sensibilisation et d’information auprès des citoyens, notamment dans les secteurs des sports et loisirs, de l’aménagement des parcs, de la culture et des travaux publics. Il a terminé sa carrière comme gestionnaire pour le Service des travaux publics de l’arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie.

Il a obtenu certains prix dont celui du meilleur directeur de campagne au sein des municipalités pour l’organisme Centraide en 1989, et le Mérite municipal émis par le ministère des Affaires municipales en 1997, pour la mise en place du service téléphonique et de références «Info-travaux-Montréal».

Diplômé en animation culturelle de l’Université du Québec à Montréal, l’auteur a aussi suivi des cours en journalisme et en relations publiques à l’Université de Montréal. L’auteur a également réalisé à titre semi professionnel des courts métrages en cinéma et en vidéo au cours des années 70/80.

Pour écrire ce roman dont l’intrigue se déroule au Maroc au début du XXe siècle, l’auteur a procédé à des recherches exhaustives sur le sujet en consultant des documents et témoignages de cette époque et en allant visiter les lieux qui servent de décor à l’intrigue du récit.

 

 

Autre titre du même auteur

 

Les captifs de Rissani

Exemplaire numérique gratuit

 

Depuis son retour du Maroc, au printemps de 1928, à la suite de son départ de la Légion étrangère, le sergent Tanguay croyait avoir réintégré la vie civile dans la sérénité. Toutefois, il n’avait jamais vraiment réussi à faire le deuil de son engagement légionnaire, après cinq années de bons et loyaux services. La réception d’une lettre d’outre-mer, lui annonçant quatre années plus tard la mort du lieutenant Perrier, a fait ressurgir les vieux démons qui le hantaient. Accablé par le chagrin, le sergent Tanguay s’est réfugié dans l’alcool, au point de provoquer l’éclatement de sa famille.

L’arrivée à l’improviste du brigadier-chef Miller va plonger le sergent dans ses souvenirs. Son vieux frère d’armes va lui faire revivre à rebours les événements... En savoir plus

 

 

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