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Perrier et ses hommes, dont le sergent Tanguay, un Canadien français
engagé volontaire, vont opposer une lutte sans merci au roi des pirates
du désert. Le trésor du Rif, c’est un butin inestimable que convoite Bel
Kacem pour accroître sa puissance et empêcher le Sultan de Rabat
d’exercer son autorité légitime sur cette province.
Communiqué de presse
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Le trésor du Rif
Premier roman québécois sur la Légion
étrangère
Montréal, le 25 septembre 2006
— La Fondation
littéraire Fleur de Lys vous invite à découvrir Le trésor du Rif,
le premier roman québécois écrit sur la Légion étrangère, signé Pierre
Bonin. L’intrigue se déroule au Maroc en 1927 et met en scène un
détachement de la Légion étrangère dont l’un des personnages principaux
est un Québécois de la Beauce. L’œuvre s’inspire d’événements réels
survenus au Maroc à cette époque alors que des Québécois ont combattu
dans les oasis du Sud sous l’uniforme de ce prestigieux corps d’armée.
Ce récit historique captivant divertit et informe tout à
la fois. L’auteur raconte le court séjour mouvementé d’une compagnie de
la Légion étrangère dans la vallée de l’oued Ziz, lors d’une première
incursion dans une région soumise à la terreur engendrée par Bel Kacem
N’Gadi, le roi des pirates du désert. Ce personnage historique joue un
rôle clé dans le déroulement du récit.
Le roman est une véritable épopée admirablement bien
documentée sur le plan historique qui nous fait découvrir les us et
coutumes quotidiennes des Marocains de cette époque. Nous pénétrons
aussi dans l’univers fascinant des Képis blancs qui ont marqué notre
imaginaire collectif nourri par la littérature et le cinéma.
Pierre Bonin nous présente une galerie de personnages
dont certains connaîtront un destin tragique dans cet affrontement sans
merci avec le boiteux sanguinaire du Tafilalet. Écrit dans la veine
traditionnelle des romans d’action et d’aventure, l’amour y est aussi
présent et influe sur le cours des événements et le destin des
protagonistes.
Dans le but d’assurer l’authenticité du récit même s’il
est le fruit de son imagination, l’auteur a consulté des témoignages et
documents de l’époque et a séjourné au Maroc l’année dernière pour
s’imprégner de la culture berbère, de l’islam, du vécu quotidien de ses
habitants et visiter les lieux qui servent de décor à l’intrigue du
roman.
Le livre inclut aussi une section documentaire avec des
photos d’époque et un article relatant les exploits des Québécois qui se
sont illustrés dans la Légion étrangère. Cette vénérable institution
militaire célèbre cette année son 175e anniversaire au
service de la France tandis que le royaume du Maroc fête le 50e
anniversaire de l’abrogation du traité de protectorat et de son
accession à la souveraineté nationale après cinquante années de
domination européenne.
Le livre est disponible sur le réseau Internet et les
lecteurs intéressés peuvent se le procurer sous le format traditionnel
en papier au coût de 24.95$, taxes et livraison incluse, en acquittant
les frais par carte de crédit ou chèque, ou encore en télécharger la
version numérique (fichier PDF) au coût de 7.00$ à partir de la page
personnelle de l’auteur sur le site Internet de l’éditeur, la Fondation
littéraire Fleur de Lys:
http://www.manuscritdepot.com/a.pierre-bonin.1.htm
-30-
SOURCE :
Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys
514-680-1211 (Montréal, Québec,
Canada)
info@manuscritdepot.com
http://www.manuscritdepot.com
Couverture de presse
L'AER-ACTION - JUIN 2007
Association des retraités de la Ville de Montréal
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Pierre Bonin, un auteur de Villeray à découvrir
Table des matières
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Remerciements
-
Préface
-
Avant-propos
-
Lexique
-
Chapitre 1 - Le Ksar fantôme
-
Chapitre 2 - L’ange du désert
-
Chapitre 3 - Escarmouches sur la piste
-
Chapitre 4 - L’ombre du boiteux sanguinaire
-
Chapitre 5 - Intermède
-
Chapitre 6 - L’heure de vérit
-
Chapitre 7 - Un banquet royal
-
Chapitre 8 - A la croisée des chemins
--
Chapitre 9 - La nuit des sortilèges
--
Chapitre 10 - Menaces sur la palmeraie
-
Chapitre 11 - La journée des dupes
-
Chapitre 12 - Le trésor du Rif
-
Chapitre 13 - Les adieux
-
Chapitre 14 - Allah Akbar !
-
Chapitre 15 - La souricière
-
Chapitre 16 - La nuit de la faucheuse
--
Chapitre 17 - Sur les trace de Bel Kacem
--
Épilogue
-
Annexes
-
Composition d’un régiment commandé
par un colonel en 1927
-
Ces Québécois qui ont fait la légion
étrangère
-
Joseph Damase Chartrand dit des Ecorres,
un homme au destin exceptionnel
-
Du vert Québec aux pistes rocailleuses
et sablonneuses du Maroc
-
La fin tragique d’un mauvais garçon
-
Un Beauceron héros méconnu
de la Légion étrangère
-
Conclusion
-
Album photo
-
Bibliographie
-
Au sujet de l’auteur
-
Communiquer avec l’auteur |
11
-
13
-
15
-
19
-
25
-
47
-
61
-
69
-
81
-
95
-
109
117
131
145
157
175
191
215
237
259
287
301
-
-
-
305
--
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306
-
307
-
-
310
-
-
310
-
313
-
-
316
-
317
-
325
-
327
-
329 |
Extrait
|
 |
Préface
par Yvan Cliche
Je termine le roman de Pierre Bonin et ma première pensée va à l’auteur.
Au terme de ce roman où se déploient l’aventure militaire, l’exotisme et
le sentiment amoureux, j’admire en lui l’anthropologue, l’historien et
le romancier.
L’anthropologue d’abord : la description que fait M. Bonin du Maroc, un
pays qui est comme ma deuxième maison, force l’estime. L’auteur n’aura
pris que quelques semaines d’un séjour mémorable dans cette contrée si
envoûtante pour saisir tout un pan de la société marocaine, de son
histoire, de ses valeurs millénaires. Sa curiosité, sa rigueur
|
dans la recherche du
contexte ou se déroule le roman, son style précis,
m’ont replongé dans les sentiments premiers à la
source de ma passion pour ce pays considéré à juste
titre comme un des plus magnifiques qui soit.
L’historien ensuite : M. Bonin démontre une sensibilité remarquable. Sa
description des conditions historiques et matérielles du Maroc et de la
vie d’époque des légionnaires fera le bonheur de tous ceux qui
s’intéressent à la culture arabe et à l’histoire militaire. L’auteur
apporte un éclairage stimulant sur la participation des Québécois et
Canadiens français au sein de cette organisation aussi singulière que
méconnue au Québec.
Le romancier enfin : de ce rapprochement entre une culture orientale
mythique et une épopée militaire pleine de palpitations émerge une
histoire au réalisme saisissant, qui divertit autant qu’elle informe.
Yvan Cliche
M. Cliche écrit sur le monde
arabe et l’islam depuis plus de vingt ans. Il est aussi un membre actif
de l’organisme www.tolerance.ca
Avant-propos
Le récit qui suit est une œuvre de fiction.
Toutefois, elle s’inspire d’événements survenus au
Maroc après la guerre du Rif que les historiens ont
surnommé « La guerre oubliée ». De 1921 à 1926,
s’est déroulée dans les montagnes du Rif, une guerre
de guérilla qui a opposé les troupes du Sultan de
Rabat aux tribus qui s’étaient ralliés au prétendant
au trône, Abd el Krim.
Dans sa lutte contre Abd el Krim, la France et
l’Espagne ont combattu aux côtés du Sultan pour
l’aider à vaincre la résistance des dissidents. Des
unités de la Légion étrangère ont été impliquées
dans diverses opérations militaires.
La province du Tafilalet, située à proximité de
l’Algérie occupée par la France, était littéralement
ravagée par des bandes de pirates et de hors-la-lois
qui semaient la terreur dans les oasis depuis de
nombreuses années.
Le Sultan Moulay Youssef n’arrivait pas à y exercer
son autorité légitime. De concert avec les autorités
françaises assumant un rôle de Protectorat, par le
traité de Fez depuis 1912, il avait été convenu,
après la guerre du Rif, de pénétrer dans cette
région pour la pacifier. En plus des troupes
régulières du Sultan, constituées de goums et de
partisans, la Légion étrangère a contribué à
construire des routes, des forts, des lignes
téléphoniques, tout en effectuant des opérations de
police pour contrer le pillage des populations
locales.
Tous ces efforts se sont poursuivis pendant cinq
années jusqu’à la reddition des derniers pirates du
désert. Parmi ceux-ci, Bel Kacem N’Gadi qui a
tellement saigné la région qu’elle s’est vidée de la
presque totalité de ses habitants. Ce seigneur du
désert joue un rôle majeur dans le déroulement du
présent récit dont l’intrigue se déroule durant
cette période mouvementée de l’histoire du Maroc.
L’un des personnages principaux de ce roman est un
Québécois, à l’époque, dans la Légion étrangère, il
était inscrit sous la nationalité canadienne. Ce
livre se veut un clin d’œil en hommage à nos
compatriotes qui ont fait la Légion. En effet, de
1923 à 1928, des Québécois ont combattu sous
l’uniforme de ce prestigieux corps d’armée lors de
la guerre du Rif, et par la suite dans les oasis du
Sud. Parmi ces légionnaires, l’un de la région de
Québec et l’autre de la Beauce, ont laissé des
témoignages écrits de leur séjour au Maroc. Des
récits captivants qui ont été publiés respectivement
en 1931 et 1932.
Par ailleurs, la Légion étrangère a dénombré 74
officiers, 158 sous-officiers et 1 264 légionnaires
du rang qui ont trouvé la mort au Maroc, de 1920 à
1935. Pour la même période, des milliers de
Marocains ont aussi perdu la vie tant dans la guerre
du Rif que lors des affrontements armés qui ont
découlé de la Pacification.
L’auteur s’est rendu en pèlerinage l’automne dernier
dans ce pays, en compagnie d’un ami très cher, sur
les lieux où nos compatriotes ont battu la semelle
dans les sables du désert et sur les pistes
rocailleuses des djebels. C’est là, qu’a pris forme
cette histoire, sous le ciel d’une nuit constellée
d’étoiles de l’Erg Chebbi.
Enfin, pour faciliter la compréhension du récit, le
lecteur est invité à consulter le lexique lui
permettant de se familiariser avec les mots arabes
et berbères présents dans le texte.
Pierre Bonin
CHAPITRE 2
L’ange du désert
Du haut de la terrasse de la kasbah, le sergent Tanguay
scrutait l’horizon avec ses jumelles et ne voyait toujours rien. Avec ce
silence qui régnait tout autour et la palmeraie désertée de ses
habitants, ça commençait à l’inquiéter. Il détestait tout ce qui sortait
des sentiers battus. Il ne fallait surtout pas montrer aux hommes qu’il
risquait de perdre le contrôle de la situation. D’autant plus que
l’escouade avait pris une sérieuse avance sur son ordre de marche par
rapport à la compagnie. Il commençait à se ramollir, au point d’être
moins à cheval sur le respect des consignes. Il n’était pas fier de lui.
Le lieutenant Perrier ne serait pas content. Dieu sait qu’il ne voulait
surtout pas le décevoir. C’est le premier commandant de la compagnie
pour lequel il éprouvait de l’estime comme officier. Attendre, oui
attendre. Pour le moment, c’est ce qu’il y avait de mieux à faire. Il
aimerait quitter son poste d’observation pour faire un brin de causette
à ses képis blancs mais le devoir lui commandait de rester sur place.
Un bref moment d’absence. Il pensait au pays qu’il a
quitté et à Madeleine qu’il a laissée derrière. Il a paniqué quand elle
lui a parlé de mariage et de fonder une famille. Non, il ne se sentait
pas prêt pour vivre un tel engagement pour la vie. Le mariage c’est
sérieux. Faire des petits c’est facile. Non, le métier de père, ce
n’était pas pour lui. Un jour, peut être. Pourtant, presque tous les
soirs, sous la tente avant de partir dans les bras de Morphée, l’image
de Madeleine le hantait. Il se rappelait tous les bons moments passés
ensemble à faire la fête avant son départ pour s’engager dans la Légion.
Il ne pourra jamais oublier son visage et sa déception lorsqu’il lui
avait annoncé sa décision de la quitter. Il s’est enfui comme un lâche
lui qui aime tant le baroud comme disent les copains. Ça y est. Le
cafard tel un poison insidieux envahissait son âme, il sentait que les
larmes allaient gicler.
– Vite ! Vite ! Sergent venir voir, cria Zaid qui le
sortit de sa torpeur.
Sans hésiter, heureux de l’adrénaline qui se remit à
circuler dans ses veines, il se précipita auprès de Zaid et ordonna aux
hommes de garder leur position jusqu’à avis contraire.
– Regarde sergent, lui indiqua Zaid d’un geste de la
main. Droit devant, un méhariste.
Tanguay fixa avec ses jumelles l’objectif désigné par
Zaid. En effet, un homme cavalait sur un dromadaire et se dirigeait tout
droit vers la porte d’entrée du ksar. Il était vêtu d’un chèche noir et
d’une garounda bleu azur. Il portait en bandoulière un sac de peau.
Tanguay passa ses jumelles à Zaid et lui demanda d’identifier l’homme.
– Lui habillé comme Berbère, pas habile avec dromadaire.
Roumi déguisé en Berbère.
– Bravo Zaid, tiens-le bien en joue, on va le laisser
approcher le plus près possible et on va le questionner. Si c’est un
Blanc tant mieux pour lui sinon tu le descends. Compris Zaid ?
– Compris sergent, de répondre Zaid, heureux de la
marque de confiance de Tanguay à son endroit.
Tanguay et Zaid observaient le cavalier qui dirigeait sa
monture vers la porte d’entrée du ksar. Une fois l’enceinte franchie,
celui-ci hésita un instant puis s’avança au trot, en remontant l’allée
vers la kasbah. Il s’arrêta finalement devant l’édifice et leva la tête
en direction du toit.
– Ne tirez pas, je suis un officier français. Je
m’appelle Pierre Dessanges, capitaine de spahis, assigné au Bureau des
Affaires indigènes de Fez. Je sais qu’il y a des légionnaires cachés sur
la terrasse. Je dois vous parler, c’est urgent.
Le sergent Tanguay a entendu parler de cet homme. C’est
sûrement l’officier qui s’amusait à se promener déguisé en Berbère. Il a
combattu lors de la guerre du Rif. C’était un officier courageux et un
bon militaire qui admirait les Marocains, au point de troquer l’uniforme
pour la gandoura. Une tactique pour se rapprocher ainsi des tribus qu’il
voulait pacifier sans tirer un coup de fusil. Un idéaliste, tombé en
amour avec le désert et qui vouait une admiration sans bornes aux
Berbères, au grand déplaisir de ses frères d’armes. Il a échangé son
cheval pour un dromadaire mais ne maîtrisait pas encore parfaitement les
techniques pour conduire la bête avec brio.
Des rumeurs à son sujet laissaient croire qu’il se prend
pour un missionnaire de la Pacification au point de s’être converti à
l’islam. Il ne serait pas non plus insensible aux charmes des femmes
voilées au point d’avoir laissé des rejetons dans les douars ou les
gours.
Tanguay se pencha au-dessus du merlon qui lui servait de
cache et s’adressa au méhariste :
– Sergent Tanguay de la 3e compagnie, du 1er
bataillon du 2e REI, mon capitaine, j’envoie un homme
vous chercher pour discuter. Nous ne pouvons quitter notre poste
d’observation. Nous attendons l’arrivée de la colonne, d’une minute à
l’autre. Avez-vous croisé du monde dans le secteur ?
– Non sergent, pas encore. Je vais monter vous
rejoindre, répondit Dessanges.
– Monter par l’escalier à votre droite.
Le capitaine approuva d’un signe de tête et fit baraquer
son dromadaire. Une fois debout, les deux pieds bien ancrés sur le sol,
il se dirigea vers la porte d’entrée de la kasbah qu’il ouvrit et y
pénétra sans hésiter.
Tanguay se dirigea vers Burns qui gardait la porte de
sortie de la tour par laquelle Dessanges allait accéder.
– Ça va Burns ! Va me remplacer à mon poste, c’est moi
qui reçois la visite.
– A vos ordres, sergent ! Vos jumelles pour la suite des
opérations ?
En guise de réponse, Tanguay tendit ses jumelles à Burns
et dégaina son revolver de son étui. Un simple réflexe quand on
s’apprête à rencontrer un inconnu déguisé en Berbère. Au bout de
quelques minutes, la porte s’ouvrit lentement par l’intérieur. Tanguay
visa alors la silhouette qui apparut dans la lumière.
– Ne tirez pas sergent, c’est moi Dessanges, cria le
capitaine tout en dévoilant son visage.
Sur ce, le sergent abaissa son arme et dévisagea l’homme
avec curiosité. Un blond aux yeux bleus avec une moustache. Le
portrait-type d’un officier de cavalerie, probablement un aristo ou un
fils à papa de la bourgeoisie.
– Vous ne saluez pas un officier, sergent ?
– Avec tout votre respect monsieur, qu’est-ce qui me
prouve que vous êtes officier de l’armée française, répondit-il, du tac
au tac.
– Vous êtes un homme avisé sergent, voici mes papiers et
mon ordre de mission. Lisez !
En même temps, Dessanges sortit du sac de peau en
bandoulière, les précieux documents remisés dans un portefeuille en cuir
que saisit Tanguay et parcourut rapidement en lisant en diagonale.
– Convaincu de mon identité sergent ? demanda Dessanges
qui se doutait que le sergent peinait à lire et écrire.
– Tout a l’air correct, monsieur.
– Écoutez sergent Tanguay, je sais que vous appartenez à
la 3e compagnie commandée par le lieutenant Perrier qui sera
ici dans peu de temps et je connais la mission que le colonel Vallières
lui a confiée. Je sollicite votre collaboration et celle de vos hommes
au cas où les choses iraient au plus mal.
– J’comprends pas mon capitaine où vous voulez en
venir ?
– Vous n’avez pas été étonné de voir le ksar vide de
tous ses habitants ?
– Oui, nous avons été surpris d’entrer dans un village
désert.
– J’en connais les raisons et je vais vous les expliquer
brièvement. On peut s’asseoir pour causer, on sera plus à l’aise.
Puis, les deux hommes se dirigèrent vers un merlon
opposé aux chauds rayons du soleil pour s’y réfugier à l’ombre.
– La population du village s’est enfuie ce matin en
apportant le strict nécessaire, raconta Dessanges. Le caïd Aziz ben
Abdou de la tribu des Aït Idzerg avec sa famille, et tous les villageois
se sont réfugiés dans un endroit sûr de la palmeraie, à l’abri des
regards indiscrets. Une cachette secrète aménagée pour se protéger des
rezzou commises par les djouch de Bel Kacem N’Gadi. Cet homme, boiteux
et sanguinaire, surnommé aussi la Cigogne, est le roi des pirates du
Tafilalet et commande une harka de quatre cent hommes, des pillards de
la pire espèce qui répandent la terreur : ils égorgent les hommes et
violent les femmes, pillent les récoltes, volent le bétail et détruisent
tout sur leur passage comme Attila le roi des Huns.
Le caïd a été informé au lever du jour de l’arrivée
imminente de deux djouch dans le secteur, ce qui équivaut à une centaine
de combattants, Comme il ne dispose que de quarante-cinq hommes capables
de se battre, il a préféré la retraite à un affrontement à deux contre
un.
– J’constate que vous êtes bien informé capitaine, dit
le sergent.
– C’est mon boulot de savoir tout ce qui se passe dans
mon secteur d’intervention. J’étais avec la population du ksar au moment
de leur départ. Le caïd m’a chargé de vous informer de la situation et
de vous souhaiter la bienvenue en son absence. Dès l’arrivée de la
colonne, il va revenir avec ses gens et organiser une diffa pour
souligner votre installation. En attendant, gardons l’œil ouvert au cas
où les hommes de Bel Kacem décident de se pointer dans le coin, de
conclure Dessanges.
* * *
Après avoir galopé à vive allure, Hassan et ses
cavaliers ont rejoint la colonne du lieutenant Perrier. Tous les hommes
étaient au repos et mangeaient du bœuf salé en boîte de conserve, une
ration réglementaire surnommée singe avec dérision. Certains en
profitaient pour substituer l’eau au pinard dans leurs bidons sous les
regards complaisants des officiers. D’autres mettaient à profit cette
pause pour griller une cigarette ou une pipée.
– Salam alaykoum, lieutenant Perrier.
– Alaykoum salam, Hassan.
Hassan raconta au lieutenant les derniers développements
survenus à la suite de sa mission de reconnaissance dans la palmeraie.
– Dis Hassan, combien de temps il nous reste pour
arriver au ksar ?
– Hassan, pas sûr. Si courir, arriver vite. Sinon, trop
tard, si attaque sur le ksar.
– Bon, fit songeur Perrier, impossible d’augmenter la
cadence de la troupe avec tous nos bagages. On a pris du retard sur
notre ordre de marche. On maintient le cap à notre allure. Toi Hassan,
laisse-moi la moitié de tes cavaliers en soutien et pars avec les autres
pour rejoindre le sergent Tanguay et lui venir en aide si c’est
nécessaire.
– À vos ordres, mon lieutenant, acquiesça Hassan qui
tourna bride et ordonna à dix de ses cavaliers de rester sur place
tandis qu’il s’élança au galop avec les dix autres.
Perrier appela le légionnaire qui lui servait de planton
et lui demanda de quérir le sous-lieutenant Guyot et l’adjudant-chef
Kirinsky. Chose dite, chose faite. Au bout de quelques instants, les
deux hommes étaient déjà auprès de Perrier et attendaient les directives
pour la suite des opérations.
– Messieurs, nous ne serons pas arrivés au ksar avant
quinze minutes, peut être moins. J’ai renvoyé Hassan et la moitié de ses
hommes en renfort au sergent Tanguay qui s’est installé dans la kasbah.
J’anticipe du grabuge. Hassan sera utile pour permettre à l’escouade de
tenir jusqu’à notre arrivée. Je propose à l’un de vous deux de prendre
le commandement des moghaznis et d’assurer notre couverture sur les
flancs. Qui se porte volontaire ?
N’obtenant pas de réponse, Perrier désigna Guyot qui,
surpris de cette décision protesta :
– Vous n’y pensez pas lieutenant, je suis officier
d’infanterie et je n’ai aucune expérience de ce genre de chose. Aussi,
je dois rester à vos côtés et prendre le relais du commandement s’il
vous arrivait malheur. Étant donné que je suis votre second, je dois
vous succéder selon les dispositions prévues par le code de procédure.
– Vous marquez un point Guyot. Je n’ai pas le choix.
Kirinsky vous commanderez le peloton. Vous êtes le plus apte à mener
cette mission étant donné que vous étiez un ancien officier chez les
cosaques de l’armée tsariste. Votre expérience vous servira, j’en suis
convaincu.
– Je vous remercie de l’honneur que vous me faites, mon
lieutenant. Puis-je vous demander une faveur ?
– Allez-y ! Que voulez-vous ?
– J’ai besoin d’un cheval et le vôtre est tout indiqué
pour faire ce que vous me demandez. Vous êtes le seul de la compagnie à
avoir une monture.
– J’accepte mais prenez en soin comme s’il vous
appartenait.
– N’ayez crainte mon lieutenant.
Perrier descendit de son cheval et tendit la bride à
Kirinsky en lui chuchotant à l’oreille :
– Surtout pas de risques inutiles. Je veux vous revoir
sain et sauf au ksar dès que nous y serons rendus.
– A vos ordres, mon lieutenant. Je ferai ce qu’il faut
pour respecter vos consignes et éviter les accrochages avec l’ennemi
s’il se présente.
– A la bonne heure et bonne chance, lui dit Perrier en
lui serrant la main.
Kirinsky sauta sur le cheval tout heureux de retrouver
la sensation de conduire une monture, il rassembla aussitôt les
moghaznis et le peloton s’engagea sur la piste en direction de la
palmeraie.
– Maintenant, ordonna Perrier à Guyot, nous repartons et
reformez les rangs immédiatement. Que les hommes se tiennent sur leurs
gardes. Vous dirigerez le flanc droit, le sergent Schmidt est déployé
sur le flanc gauche, et qu’il désigne un caporal pour lui succéder à
l’arrière.
* * *
Khalil et Abou ont rejoint le campement du caïd Aziz ben
Abdou, camouflé dans une douf entourée de dunes de sable et appuyée sur
la paroi rocheuse de l’un des versants de la vallée. A des endroits
stratégiques, des hommes en armes avec moukhalas et sabres assuraient le
guet, tapis couchés sur les crêtes des dunes.
La cuvette a été entièrement creusée et aménagée pour y
abriter un site avec des tentes et des enclos pour les animaux :
chèvres, moutons, dromadaires et ânes. Par ailleurs, au milieu du
campement, un puits alimentait en eau potable les nomades qui y ont
trouvé un refuge temporaire. Ça et là des hommes et des femmes
s’affairaient à remplir des cruches d’eau, nourrir les bêtes, vaquer aux
occupations quotidiennes requises pour le maintien du camp en activité,
malgré la menace qui planait à l’horizon.
Khalil et Abou entrèrent dans la grande tente du caïd.
Le mobilier se résumait à des tapis qui faisaient office de planchers, à
une table sur laquelle était déposée une théière ventrue en argent avec
des verres pour le service du thé à la menthe et le narguilé, cette pipe
avec laquelle le caïd fume le kif. Lui-même était assis sur un pouf. À
ses côtés, légèrement en retrait, était assise par terre, une jeune
femme vêtue d’un caftan magnifiquement brodé en soie, rouge écarlate
avec parements dorés.
Elle ne portait pas le voile et son visage était celui
de l’Ange du désert, aux traits finement dessinés et aux yeux noir
perçants. Sa longue chevelure noire était parée d’un diadème en or.
C’était Raïssa, fille du caïd, elle serait la réincarnation de la reine
berbère de la cité antique de Sijilmassa, selon des rumeurs récentes
colportées par des nomades qui ont transité par le ksar, voilà déjà
quelques semaines. Vrai ou faux, le désert engendrait bien des mirages.
Les deux hommes saluèrent leurs hôtes puis s’assirent
par terre, les jambes croisées. Khalil le premier entama la
conversation :
– Père ! Les Roumis seront bientôt rendus au ksar, ils
coucheront dans notre kasbah et occuperont les maisons de nos gens. Et
nous laissons faire sans intervenir. Nous nous terrons comme des
gerboises dans le sable au lieu de les affronter et de leur montrer
qu’ils ne sont pas les bienvenus dans notre pays.
– Suffit mon fils ! J’ai combattu les Français à El-Moungar
voilà près de 25 ans. Je n’ai pas de leçon à recevoir de toi. Les temps
ont changé. Le sultan Mohamed ben Youssef qui gouverne à Rabat est le
monarque légitime du royaume. N’oublie pas qu’il est le Commandeur des
croyants et notre Père à tous. Béni soit le prophète Mahomet. Que la
Paix soit avec Lui. Maintenant que le Rogui Abd el Krim a été exilé et
que la paix est de retour dans le Rif, notre Sultan a décidé de pacifier
le berceau de ses ancêtres. La province du Tafilalet est devenue un
véritable coupe-gorge depuis que Bel Kacem fait régner la terreur. La
vallée du Ziz se vide de ses habitants et ceux qui restent vivent dans
la crainte des rezzou des pirates du désert. Voilà pourquoi mon fils,
j’ai demandé l’aide du Sultan et accepté d’ouvrir les portes de notre
village aux Français. Ils vont nous aider à fortifier notre village et
nous protéger des rezzou. Je n’ai qu’un but : assurer la protection des
nôtres et vivre en paix avec nos voisins de la palmeraie. Inch Allah !
– Tes intentions sont nobles mon père, mais je ne peux
accepter l’aide des Roumis que j’ai combattus et jamais je ne pourrai
tolérer leur présence sur notre sol.
– Soit mon fils, si tu n’es pas avec moi, tu es contre
moi. Je préfère ne plus avoir de fils qui apporterait la honte et le mal
dans ma maison.
Visiblement décontenancé par les propos de son père,
Khalil s’adressa à sa sœur Raïssa, cherchant visiblement un appui à sa
démarche :
– Tu ne dis rien Raïssa ?
– Je ne suis pas le chef de la maison et je respecte les
volontés de notre père. Tout comme notre père, je désire vivre en paix
par la grâce du prophète Mahomet. Que la Paix soit avec Lui. Je ne peux
t’approuver dans ton projet de faire la guerre au Sultan et à ses alliés
les Français.
Voyant la tournure que prenait la discussion, Abou
décida d’intervenir pour appuyer son ami et renverser la vapeur :
– Ne crains rien, notre caïd bien-aimé. Khalil et moi
avons rapporté des armes et des munitions qui nous permettront
d’affronter les pirates du désert à dix contre un et nous pourrons aussi
imposer le respect aux Roumis qui envahissent notre terre. Je me charge
d’équiper tous nos hommes valides et de leur enseigner le maniement de
ces armes. Avec Khalil, nous pourrons instruire les hommes sur les
manières de combattre des soldats infidèles.
– Assez ! J’en ai assez entendu. Ce n’est pas la volonté
d’Allah que nous combattions nos ennemis avec les armes des infidèles.
Vos paroles sont sacrilèges. Vous n’avez plus rien à faire parmi nous.
Quittez ce campement immédiatement et ne tentez pas de soulever les
nôtres contre ma volonté et celle d’Allah. Quant à toi, mon fils, je te
renie. Va-t-en, avant que ma colère ne s’abatte sur vous deux.
– Très bien Père, si tel est votre volonté, nous
partons. Nous reviendrons quand vous aurez compris que nous avons raison
et que vous avez tort. Adieu.
Sans demander leur reste, Khalil et Abou se levèrent,
saluèrent le caïd et sortirent de la tente.
– Jeunes fous, vociféra Aziz ben Abdou, vous causerez
votre perte.
– Calmez-vous père, s’exclama Raïssa, ils ne méritent
pas votre colère. Ils sont vifs et fougueux comme les purs-sangs arabes
qui ne veulent pas être domptés et courir en toute liberté dans le reg.
– Les cœurs de ton frère et de son ami sont remplis de
haine depuis qu’ils ont fait la guerre dans le Rif. La vue du sang les
excite. Je peux le comprendre, j’ai moi-même fait la guerre et coupé des
têtes. Sache Raïssa, que le saint Moulay Idriss est venu à moi dans un
rêve et qu’il m’a dit que toute lutte contre les Roumis est présentement
vouée à l’échec, et que le Sultan va imposer son autorité sur tout le
pays. Le jour viendra où toutes les tribus du Maroc seront unifiées sous
une même bannière et que l’occupant étranger devra quitter notre sol.
Mais cette heure n’est pas encore arrivée. Inch Allah !
– Que ce rêve soit réalité, par la grâce du prophète
Mahomet, que la Paix soit avec Lui, de conclure Raïssa.
Au sujet de
l'auteur

Il s’agit d’une première expérience littéraire
majeure pour Pierre Bonin. En effet, celui-ci
réalise un vieux rêve de jeunesse. Il vient tout
juste d’accéder au statut de retraité après 30
années de service dans la fonction publique
montréalaise. Au cours des quinze dernières années,
il a occupé successivement des postes d’agent
d’information, de rédacteur relationniste et de
chargé de communication pour différents services
municipaux.
Dans l’exercice de ses fonctions, il a collaboré
activement à la tenue de campagne de promotion,
sensibilisation et d’information auprès des
citoyens, notamment dans les secteurs des sports et
loisirs, de l’aménagement des parcs, de la culture
et des travaux publics. Il a terminé sa carrière
comme gestionnaire pour le Service des travaux
publics de l’arrondissement de Rosemont-La
Petite-Patrie.
Il a obtenu certains prix dont celui du meilleur
directeur de campagne au sein des municipalités pour
l’organisme Centraide en 1989, et le Mérite
municipal émis par le ministère des Affaires
municipales en 1997, pour la mise en place du
service téléphonique et de références «Info-travaux-Montréal».
Diplômé en animation culturelle de l’Université du
Québec à Montréal, l’auteur a aussi suivi des cours
en journalisme et en relations publiques à
l’Université de Montréal. L’auteur a également
réalisé à titre semi professionnel des courts
métrages en cinéma et en vidéo au cours des années
70/80.
Pour écrire ce roman dont l’intrigue se déroule au
Maroc au début du XXe siècle, l’auteur a procédé à
des recherches exhaustives sur le sujet en
consultant des documents et témoignages de cette
époque et en allant visiter les lieux qui servent de
décor à l’intrigue du récit.
Autre titre du même auteur
 |
Les
captifs de Rissani
Exemplaire numérique gratuit
Depuis son retour du Maroc, au printemps de 1928, à la suite de son
départ de la Légion étrangère, le sergent Tanguay croyait avoir
réintégré la vie civile dans la sérénité. Toutefois, il n’avait jamais
vraiment réussi à faire le deuil de son engagement légionnaire, après
cinq années de bons et loyaux services. La réception d’une lettre
d’outre-mer, lui annonçant quatre années plus tard la mort du lieutenant
Perrier, a fait ressurgir les vieux démons qui le hantaient. Accablé par
le chagrin, le sergent Tanguay s’est réfugié dans l’alcool, au point de
provoquer l’éclatement de sa famille.
L’arrivée à l’improviste du brigadier-chef Miller va plonger le sergent
dans ses souvenirs. Son vieux frère d’armes va lui faire revivre à
rebours les événements... En savoir
plus |
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et de répondre personnellement à vos courriels.
Voici son adresse électronique :
pierrebonin33@sympatico.ca
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