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Qu’est-ce que l’histoire?

par Jean-Pierre Bacon

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Dans une forme qui n’est pas la plus usuelle, disons, avant tout, que l’histoire a pour objet l’Histoire, comme il convient de dire que l’astronomie (ce nom, commun, commence par une minuscule) a pour objet l’Univers (ce nom, propre, commence par une majuscule). Mais l’histoire peut embrasser les concep­tions de l’Histoire, comme l’astronomie les théories de l’Univers. Conséquemment, notons que l’histoire et sa philosophie sont dans l’Histoire.

Dans ce texte, nous allons proposer une « philosophie de l’histoire » établie sous l’éclairage de la part récente de la biologie qu’est l’analyse expérimentale du comportement (appelée aussi « science des contingences de renforcement et « analyse opérante »). En première partie, L’Histoire, nous décrirons la nature des faits historiques et nous parlerons des moteurs de l’Histoire. En seconde partie, L’histoire, nous proposerons une définition de l’histoire et nous parlerons des difficultés, véritables ou fictives, qui lui sont associées. En troisième partie, Autres conceptions, nous présenterons des propos historiques relatifs à l’histoire et à son objet. En conclusion, nous soulignerons les avantages de la philosophie soutenue dans ce texte et nous ferons ressortir l’importance de l’histoire, qui est très souvent sous-estimée.

 

(1) L’Histoire

 

L’Histoire est certes constituée de nombreux événements singuliers et évanescents. Heureusement, beaucoup d’autres, comme le retour régulier d’une comète et un comportement émis occasionnellement par un homme, appartiennent à des classes définies par des propriétés et satisfont à des lois permettant la prédiction et le contrôle de similaires phénomènes ultérieurs.

On peut dire que l’Histoire est l’ensemble des événements, passés principalement. Il est possible d’en parler en termes universels. Mais du fait que nous pouvons considérer les phénomènes historiques en tant que les stimuli qui les constituent, sa description peut également se faire en termes particuliers, individuels, singuliers. Précisons que c’est en tant que stimuli que les événements auxquels personne ne répond ni n’a répondu appartien­nent à l’Histoire. Mais celle-ci n’est en rien réductible à des objets physiques.

Fondamentalement, ce sont des êtres animés et des corps inanimés qui constituent les objets abstraits que sont les événements. Plusieurs sont de ces classes : la cause physique, l’effet physique, l’agent provocateur d’un « réflexe » (répondant), le stimulus conditionnel de celui-ci, le facteur d’émission d’un acte « volontaire » (contrôle d’un opérant), l’agent du renforcement positif (le stimulus qui définit un opérant, directement ou en renforçant une séquence dont il fait partie), l’agent du renforcement négatif (qui renforce un opérant lorsqu’il est détruit ou affaibli), le stimulus aversif, conditionné ou non (lequel éteint une réponse opérante — en entraînant, principalement sur le système nerveux autonome, des réactions ressenties comme de l’anxiété — et en faisant de la place pour des conduites qui étaient incompatibles, antérieurement), le stimulus discriminatif d’un agent du renforcement positif, celui d’un agent du renforcement négatif et le contrôle différé (ces trois derniers éléments « favorisant » l’émission d’un opérant). Les événements constitués fondamentalement par ces êtres animés et/ou objets inanimés sont, eux, des choses diverses : le phénomène physique, le processus physique, le répondant (conditionné ou inconditionné), l’opérant, le processus opérant, etc. Toutes ces classes sont définies en des termes scientifiques, et, pour les dernières, en ne faisant pas appel à la matière (ni à l’esprit). À cette liste, on pourrait ajouter « le phénomène évolutif », si on découvrait un mécanisme (peut-être comparable au conditionnement opérant mais effectif en un temps plus long) par lequel le milieu causerait le changement des descendants dans les propriétés qui définissent leur espèce. Est en marge d’elle la rencontre de chaines indépendantes de phénomènes.

L’Histoire a trois mécanismes de complexification : celui de la causalité physique, spontanée, partout dans l’espace et le temps vraisemblablement, le mécanisme de la sélection naturelle, qui implique, en apparence du moins, une simple effectivité, agissant à l’échelle de l’histoire des espèces des êtres vivants, et celui du conditionnement opérant, impliquant un « effet » (une conséquence) qui définit la « cause » de l’émission de tout membre de la classe opérante, conditionnée dans l’histoire personnelle des organismes. Ce dernier « moteur » semble issu de l’Histoire évolutive, cet avant-dernier de l’Histoire universelle, et chacun des trois fonctionnent dans l’Univers, où se font constamment des rencontres de chaines indépendantes d’événements.

Un penseur qui cherche à définir l’Histoire essaie de trouver ce qui caractérise les faits historiques. Or ce ne peut pas être une chose inaccessible pour nous (un ou des Êtres transcendants, l’Idée, l’Esprit, la Cause finale, L’Élan vital, la Spontanéité, la Volonté inconsciente, l’Autorégulation, le Temps, un Principe, une Force naturelle…), car nous ne pourrions répondre sous cette caractéristique et nous identifions pourtant ces faits directement, sans grande conscience réfléchie. Ce serait un peu mieux de décrire l’Histoire avec les mots « évolutions » et « régressions », mais l’objectivité de tels énoncés manquent ici. L’idée d’une nature économique (ou politique au sens de « la tenue des échanges, des affaires ») de l’Histoire humaine appartient, elle, à des doctrines (opinions, interprétations, etc.), opérant en périphérie.

Au sujet de celles-ci, notons ce qui suit. Le schéma S-R-C (Situation-Réponse-Conséquence) représente tous les processus à y considérer : ceux du troc, de l’esclavage, de la paysannerie, etc. Pour leur part, les formules classiques comme M-M (Marchandise-Marchandise) et comme M-A-M (Marchandise-Argent-Marchandise) occultent le comportement (l’échange, la vente, l’achat), sa situation d’émission et le renforcement. Avec le troc, une marchandise est donnée pour une autre, qui n’a généralement pas la même valeur pour l’individu qui la donne et pour celui qui la reçoit, et cela, peu importe qu’il ait fallu ou non le même « travail » pour la produire. Avec l’apparition du moyen-terme qu’est l’argent, il y a échange d’une chose pour un stimulus différé d’un renforcement ultérieur qui, il importe de le réaliser, peut être sous le mode positif (celui d’une « récompense » future, comme une marchandise) ou sous le mode négatif (celui de la destruction ou de l’affaiblissement postérieurs d’un stimulus aversif). Dans le cadre d’une économie, il peut sembler que l’argent, posé en moyen-terme, concrétiserait l’idée ou même le principe que l’objet vendu et celui-ci acheté avec l’argent auraient la même « valeur ». Cependant, cet argent n’est que différé des renforcements dont toute « valeur » est l’affaire et l’acheteur peut donner au vendeur un montant supérieur à sa « valeur de production », s’il est assez important pour lui par exemple. Pour l’économie capitaliste, l’explication est plus complexe, mais elle répond, elle aussi, au schéma S-R-C : dans une situation, un homme, dit « capitaliste », demande le travail d’un autre, appelé « ouvrier », qu’il rémunère en vue de renforcements ultérieurs. Le comportement de l’ouvrier est renforcé par son salaire, qui agit en différé de conséquences futures qu’il obtiendra par celui-ci. Celui du capitaliste l’est par le travail de l’ouvrier, travail qui diffère la marchandise qu’il produit, laquelle est un renforcement différé de l’argent que rapportera sa vente, lui-même différant les conséquences ultérieures obtenues par cet argent. Le schéma A-M-A’ peut y exprimer un véritable paradoxe : la marchandise achetée par le capitaliste (thèse) y apparaît avec une « valeur » supérieure lors de sa vente par celui-ci (antithèse). On considère sa résolution par l’idée (synthèse) que M représenterait une marchandise particulière : le travail de l’ouvrier. Or, ici, le schéma A-M-A’ non seulement occulte les trois termes de l’interaction, mais réduit le comportement à un objet matériel (à savoir une marchandise). Il en va de même de la figure A-A’, pour expliquer le prêt pour intérêts par exemple. Bref l’économie profiterait d’être une application de l’analyse opérante (qui explique aussi la conduite d’un homme qui est isolé).

Cela dit, comprenons qu’on ne peut pas plus caractériser l’Histoire en termes de successions, opposées à des répétitions, ne serait-ce qu’en raison de l’existence de phénomènes concomitants et du fait que les événements ne tiennent pas tous au hasard (ici à l’indépendance à tous les autres), en toute apparence et toute vraisemblance. Notons que le mot « hasard » sert non pas à identifier un concept, à savoir un ensemble de propriétés sous lequel une classe est définie, mais à écarter la suggestion de l’existence d’une dépendance, comme celle de l’effet physique, écartée par l’expression « aux contingences du renforcement ». Toutefois, un hasard peut être un « fait » : ce terme-ci indique qu’il est alors approprié d’écarter la suggestion, fautive. Soulignons la grande importance de différencier la classe des événements historiques, de laquelle il a été question précédemment, et un certain ensemble de tels phénomènes, bien déterminés, qui pourrait être circonscrit dans l’espace et le temps. Il faut distinguer aussi une classe d’événements de ces événements mêmes. Considérons ici cette proposition : un événement répétitif, comme la naissance d’un homme, est d’une autre nature qu’un événement comme la naissance de l’homme, qui se serait produite une seule fois dans l’Histoire, ou comme la naissance d’un individu illustre dans notre Histoire, lequel est unique parmi les humains et donc par sa naissance. Ce propos est en termes d’un même objet abstrait — qui existe, à répétition, par différents membres naissants de l’espèce humaine et, une seule fois, par le ou les premiers hommes engendrés ou par un individu donné. Et il ne faut pas, non plus, mettre au même niveau catégorique un objet, membre d’une classe, et la classe de ce spécimen, incluant quand elle ne comprend que lui.

Finalement, il faut noter que les difficultés examinées précédemment n’incitent pas, pour autant, à établir un système de règles en termes de prétendues conditions a priori ou à titre de principes méthodologiques. Il suffit ici de réaliser que les faits historiques (les multiples phénomènes : ceux aléatoires, physiques, comportementaux, etc.) n’ont probablement en commun que d’être des objets abstraits (événements, pouvant comprendre plus d’un stimulus, plus d’une propriété, etc., en relation), auxquels nous répondons verbalement. Le nom « l’Histoire » se réfère donc à une grande classe indéfinie. Nous pouvons certes répondre à des faits historiques en tant qu’objets abstraits, ou en tant que stimuli, mais la totalité des cas de ce tout (comme leur ensemble actuel, d’ailleurs) est un « objet construit » que personne ne s’attend à découvrir. Il en va un peu d’elle comme de l’ensemble des corps ayant existé depuis le Big Bang jusqu’à ce jour. Par comparaison, l’Univers est une classe définie par les (en raison des) propriétés communes aux objets astronomiques : ses cas sont de véritables ensembles de stimuli, accessibles en partie. Notons que toute durée même est constituée par des stimuli et que la « temporalité » n’est que l’aspect temporel de ces éléments.

 

(2) L’histoire

 

L’histoire est la description (celle explicative ainsi que celle narrative) de l’Histoire et comprend aussi des récits construits en attente de faits qui les confirment. L’histoire humaine a pour objets spécifiques les phénomènes qui concernent les hommes (dans leurs histoires évolutive, personnelle et culturelle) et, plus particulièrement, les événements qui sont exercés par les autres êtres humains, parmi d’autres « objets ». Elle n’est ni un type de logique de l’Histoire, ni une sorte de physique de l’Univers, ni, non plus, un genre de biologie du Monde, bien qu’en ce cas, les notions du progrès et de la régression, chères à des penseurs de l’histoire, puissent être rapprochées du concept du renforcement et de l’idée de l’extinction de conduites émises. Au passage, prenons bien conscience que le processus de l’extinction et le mécanisme du conditionnement opérant permettent d’expliquer d’une façon satisfaisante les « évolutions » personnelles et culturelles — dues à la disparition « accidentelle » de renforcements, à l’affermissement d’actes inconditionnés ou émis anormalement, à des effets différés et planifiés, etc.

Pour un behavioriste radical, tous les événements observés, incluant ceux qui sont singuliers, pourraient être connus objectivement, par le moyen de reproductions appropriées, et, pour un grand nombre d’entre eux, en étant identifiés en tant que cas de classes définies sous des propriétés, physiques, opérantes, etc., puis expliqués en raison de la connaissance de celles-ci ou de l’observation d’objets ayant de semblables propriétés, ou en étant d’une connaissance construite à partir de traces, d’indices (c’est-à-dire d’une « construction a posteriori » qui passe l’épreuve des faits accessibles).

Soulignons aussi qu’une connaissance peut être objective sans être scientifique : la science est l’affaire de comportements dont l’objectivité est accrue par les tests, les preuves… et la méthode scientifique, minimisant les influences subjectives. Cependant, rien ne permet de différencier les objets des historiens et ceux des scientifiques comme le suggèrent des penseurs de l’histoire. Les documents historiques diffèrent très clairement des données scientifiques (résultats de mesures, d’observations, etc.), mais par leur degré d’objectivité (entre autres choses pertinentes ici), nullement par leur nature.

La méthodologie de l’histoire humaine, et de toutes les sciences sociales, est distincte de celle des sciences des objets matériels. Il s’agit de décrire les comportements impliqués (ce qui se fait mieux « en laboratoire », où les facteurs sont plus faciles à « découvrir » et à « contrôler »), pour comprendre comment, optimalement, enseigner ces réponses et éteindre (à distinguer de punir) certaines autres, incompatibles, dans le répertoire des individus, et afin d’aménager l’environnement social pour qu’il y « libère » les comportements qui sont appropriés, et de là renforcés. Donc, au niveau méthodologique, on n’y raisonne pas déductivement à partir d’hypothèses, qui, en ce cas-ci, sont les propositions fondamentales de la « connaissance », ni ne procède par des inductions reconstruites, dans un cadre logique, et soumises, par la suite, à l’épreuve des faits (quelquefois, uniquement analogues). Au passage, notons que cette dernière méthode diffère de l’induction, préalable, qu’est la construction de règles pour diriger, sans trop d’exceptions, des comportements appropriés à un ensemble d’expériences positives. Disons que nul besoin n’est, non plus, d’en appeler à des objets « imaginaires », comme ceux de la psychologie cognitive. À aucune étape, il n’y a une distance de nature trop grande entre les hypothèses de travail et les faits qui les sélectionnent. Les modèles ne sont pas utiles ici. Les termes des déterminants des conduites (leurs cas, les circonstances d’émission de ceux-ci et leurs renforcements) sont en fait découverts directement, dans le milieu environnant. Ici c’est l’objectivité des réponses (accrue par les tests de validité, la démarche scientifique, etc.) qui distinguent les sciences des non-sciences — non le réfutationisme d’une théorie. L’épistémologie est la plus cohérente qui soit : les opérants sont expliqués, et on peut contrôler ou prédire leur émission, avec, en surplus, la vraisemblable explication de faits déjà observés. Aucune question n’est liée à l’idée d’un réductionnisme. Les discussions idéologiques, celles des conceptions de la culture et de l’homme escomptés, ne concernent pas les fondements, mais l’étape ultime (ici en privilégiant « sagement » une planification et une gestion sous un éclairage scientifique, — plutôt que le hasard ou l’intervention d’hommes mal dirigés).

Profitons de cette occasion pour parler d’un « emploi verbal » qui est discuté en histoire même, et âprement dans plusieurs domaines connexes, comme l’anthropologie. Pour certains penseurs une « fonction » est une métaphysique « cause finale », pour d’autres une activité, pour certains autres un préalable facteur, ou aspect (structurel ou non), ou fait (tel « un manque ou un besoin »). D’abord, disons que ce dont on parle parfois en ce terme relationnel est l’affaire d’un fait postérieur à un premier organisme, qui, s’il survit en raison d’un avantage adaptatif, a au moins la possibilité de le transmettre. Ensuite, notons que, dans le domaine du behavioriste radical entre autres, une analyse fonctionnelle est un processus de décomposition d’un système en variables dépendantes et indépendantes. Par ce processus, on découvre, par exemple, que tel stimulus inconditionnel, comme de la nourriture observée, provoque un répondant, comme le « réflexe » de saliver, ou que, dans une situation spécifique, un comportement opérant, bien déterminé, voit sa fréquence d’émission augmenter lorsqu’il est suivi d’une certaine conséquence sélective, bien définie (autrement dit ici, qu’à tel ensemble d’interrelations entre une réponse émise, ses circonstances d’émission et sa conséquence qui la « renforce » correspond un et un seul opérant). De là il n’y a pas de mal à dire, par exemple, que chacune des fonctions du foie est l’affaire d’un l’effet d’une activité « innée » (un répondant), dans le système global qu’est l’organisme, et que celle d’un organe institutionnel, ou d’une réponse opérante dans le répertoire d’un membre d’une culture, ou de cet être lui-même, est celle de la conséquence (distincte d’une caractéristique préalable, incluant quand celle-ci dépend d’elle) qui définit ce « système agissant ». Le foie, notamment, n’est pas un objet isolé (une chose ayant une position indiscutable dans l’espace et le temps), contrairement à un organisme. Cet organe n’est pas comme une pièce d’une automobile : il ne sera jamais un corps si on n’en fait pas l’ablation du système. Néanmoins, il est un objet bien défini (non pas par le tout qui le constitue, mais, plutôt, par le renforcement d’un « ensemble d’expériences positives » qui en font le « référent » d’un mot, lequel n’est pas d’abord un terme qui est « défini » par une loi, voire par un plan global, antérieur). Ici on ne répond pas à un corps, ni à sa classe, mais plutôt à un objet abstrait qu’on peut appeler « partie d’un individu ». On le fait toujours, verbalement, en des termes de relations, ici fonctionnelles, avec le reste du système. De là, il n’y a pas de mal à poser que le concept d’un tel organe est l’ensemble des propriétés physiques et de celles biologiques communes à tous ses cas, et à eux seuls. Conséquemment, la synthèse et la sécrétion de la bile sont des propriétés biologiques appartenant au concept en question. Or celles-ci ont pour effet de participer à la digestion des aliments (ainsi qu’à l’assimilation et à la survie de l’organisme, soumis à la sélection naturelle) et cet effet est ce dont dépend en partie le contrôle impliqué ici. Le concept de l’organe institutionnel qu’est la voix d’un grand collège est, pour sa part, constitué par entre autres la propriété de parler publiquement, et chacune de ses fonctions (comme réunir parfois des gens), tient, elle, à un effet de ses informations transmises. Par comparaison, le concept qui définit la classe des chaises est fait des propriétés physiques communes à tous ces objets, et à eux seuls, et de la caractéristique d’un ensemble d’expériences positives qu’est le contrôle qu’elles y exercent sur l’usage de s’asseoir, alors que la fonction de certaines chaises de réduire le va-et-vient relève du fait qu’est exercé un renforcement relatif à s’asseoir. Bref, nous répondons toujours non pas à une « fonction », mais à plus d’une chose en relation fonctionnelle, et, au mieux (dans ce propos même), ce dernier terme renvoie, d’une façon métonymique, à une « réponse verbale » qui est en des termes fonctionnels, lesquels n’ont pas été produits isolément avant l’invention de l’alphabet. Comme lorsque « A est plus petit que B » est vrai, rien dans le milieu n’est représenté par le terme de relation (tel « plus petit que ») : on a une réponse verbale d’une certaine forme qui agit en lieu et place du contrôle exercé (ici par A et B). Il en est ainsi quand on informe que telles chaises servent à réduire le va-et-vient. Parler de réduction de mouvement n’apporte pas plus. Nulle analyse formelle, même structurale, ne peut soutenir cette explication.

Terminons cette seconde section en considérant deux « discours » plutôt récents qui sont mis en rapport avec la philosophie de l’histoire. Pour certains penseurs, il y aurait une dichotomie entre la philosophie et l’histoire, c’est-à-dire entre l’amour de la sagesse (la thèse), qui n’aurait que faire de l’histoire, et l’histoire (l’antithèse), qui n’aurait que faire de l’amour de la sagesse. Ce qui dissiperait la prétendue difficulté (la synthèse) serait l’histoire de la philosophie de l’histoire, dite être l’histoire de l’amour de la sagesse historique, opposée à la philosophie de l’histoire de la philosophie, dite être l’amour historique de la sagesse philosophique. Pour d’autres penseurs, une division du même type serait présente entre l’histoire de la philosophie (la thèse), où l’attention, accordée à l’histoire, exclurait les problèmes philosophiques, et les problèmes philosophiques de l’histoire (l’antithèse), où l’attention, donnée aux problèmes philosophiques, exclurait l’histoire. Cette supposée dichotomie se retrouverait dans la pratique même de l’enseignement de la philosophie, faite selon la méthode historique (qui est l’examen global de l’histoire de la philosophie) ou selon la méthode problématique (qui est l’examen des problèmes philosophiques). En ce cas, ce qui dissiperait les difficultés (la synthèse) serait l’histoire des problèmes philosophiques, où l’attention serait donnée à la philosophie en impliquant non seulement son histoire, ses problèmes passés et ses solutions bien sûr, mais aussi les nouvelles difficultés que l’Histoire inviterait à formuler. De la position du philosophe de l’analyse opérante (l’analyse expérimentale du comportement), tous les prétendus problèmes en question précédemment sont tributaires d’une mauvaise compréhension de la nature des disciplines en cause et d’une reconstruction disons « métaphysique » respectivement de la philosophie dans son histoire, de l’histoire dans sa philosophie, de la philosophie (spécifique) de l’histoire de la philosophie et de l’histoire (spécifique) de la philosophie de l’histoire. Les discours comme ceux examinés ici suggèrent souvent que l’on puisse répondre vraiment à une chose qui demeurerait inaccessible. Mais c’est à tort, même quand on suggère le faire par une question. Au mieux peut-on proposer l’existence d’une chose qui exercerait un concept (ensemble de propriétés) imaginé, lui aussi. Cela dit, un mot défini par un ensemble d’expériences peut passer dans notre répertoire sous des règles partiellement erronées. Sont en de tels mots des questions, dites « éternelles », comme « L’âme pense-t-elle toujours? », « Lui faut-il des images rétiniennes pour voir? » et « Le fait que toutes les apparences, sensibles ou non, n’existent pas en soi n’implique-t-il pas l’être d’une chose en soi dont elles sont les apparences? ». Enfin, une chose est de construire un concept en attente de sa découverte et une tout autre est de reconstruire un comportement qui est « défini », antérieurement, par un ensemble de déterminants. L’histoire de la philosophie est la description de ce qui sert à établir la connaissance qui dissipe les problèmes philosophiques, lesquels sont dans le monde, établi, lui, dans l’environnement, au cours de notre Histoire. Or la philosophie fait cela de diverses façons (en interprétant beaucoup de faits familiers à la lumière de la science et en critiquant des méthodes, des faits et des concepts, par exemple), non seulement en allant plus loin que la science par des hypothèses, que la connaissance remplacera.

 

(3) Autres conceptions

 

Par comparaison, considérez les propos suivants, au sujet de l’histoire (pour une autre liste, voyez : https://fr.wikipedia.org/wiki/Philosophie_de_l%27histoire).

  1. L’histoire universelle se déroule selon le plan divin et l’histoire humaine est son déroulement temporel, débutant avec la perte de l’éternité, par nos deux premiers parents, et se terminant avec la « fin des temps », quand l’Homme recouvre sa bienheureuse vie éternelle.

  2. L’histoire est dans la nature, mais la nature ne peut être considérée hors de l’histoire. Or un point de vue transcendant est nécessaire. En effet, il y a des événements qui relèvent de Dieu car ils ne résultent ni de lois universelles, ni d’actes libres, ni de hasards (n’expliquant rien).

  3. Les idées du bien et du mal, qui sont aux limites éternelles de l’éthique ou à tout le moins de la morale, constituent « l’essence » de l’histoire. Le mal est un instrument divin de création historique, comme le bien. C’est la communion avec le Dieu unique et véritable, approchée par les relations primitives, qui non seulement donne la solution au problème de la signification de l’histoire, mais, également, permet de surmonter la discorde et inspire l’idéal efficace et décisif de conduite.

  4. C’est du point de vue éthique, plus qu’intellectuel et esthétique, que l’histoire humaine peut être synthétisée avec une vue d’ensemble qui, seule, permet d’étudier les détails, d’une manière assez satisfaisante.

  5. La signification de l’Histoire est liée aux valeurs ou à d’incontournables normes et étalons idéaux qui transcendent les différents phénomènes.

  6. Si la philosophie de l’histoire n’est pas « idéaliste », elle est naturaliste.

  7. Les hommes peuvent écrire leur Histoire sans référence aux religions. L’histoire est la philosophie, la sagesse, qui enseigne par les exemples. Elle est au centre du projet philosophique de la totalisation du savoir.

  8. La loyauté, l’amitié pour le prochain, le sacrifice de soi sont les éléments immuables de la nature de l’homme, et donc de son histoire.

  9. La souffrance éduque les humains sur le chemin de l’histoire humaine.

  10. La lutte pour la vie est l’état naturel des relations humaines et sociales.

  11. Le sens de l’histoire se définit par l’évolution des conflits au fil du temps. Les civilisations croissent et meurent selon un « cycle naturel ».

  12. Le fil directeur de l’histoire est l’inscription progressive de la raison dans les institutions, grâce à la transmission du savoir d’une génération à l’autre. Son moteur repose sur l’insociable sociabilité humaine, à savoir le choc entre notre sociabilité et notre insociabilité.

  13. L’histoire est le processus par lequel l’esprit se découvre. Le rôle du philosophe est de faire émerger, dans la réalité, une structure qui soit l’incarnation de l’idée absolue, à savoir l’État-providence, la forme suprême de l’existence, le produit final de l’humanité, la réalité de la liberté concrète, le rationnel en soi et pour soi, le résultat divinisé qui garantit à la fois la cohésion sociale et l’intérêt général. L’histoire est une marche, un vaste processus spirituel qui engendre la raison faisant passer dans l’immanence ce qui était transféré dans la transcendance.

  14. La philosophie de l’histoire consiste à montrer les relations que les faits, objets, phénomènes, événements des divers types ont entre eux. Le moteur de l’histoire humaine est la rationalisation de la vie sociale.

  15. Dès les origines de la civilisation, l’histoire suit un mouvement linéaire qui est façonné non par l’impulsion du mouvement des « idées », mais par l’évolution des systèmes économiques. Les hommes peuvent et doivent établir, eux-mêmes, le cours de leur histoire par une pratique politique réfléchie faisant que le prolétariat s’approprie les moyens de production, puis modifie les institutions afin de légitimer la révolution.

  16. L’histoire n’est pas un progrès linéaire et rationnel, mais un ensemble d’évolutions dispersées et spécifiques à un grand nombre de peuples.

  17. Les hommes doivent s’adapter à « l’industrialisation ». Le cours de l’histoire est déterminé, presque en entier, par l’évolution technique. Savoir plus, pour pouvoir plus, pour être plus! L’homme devrait utiliser toutes les techniques possibles non seulement pour pallier les déficiences naturelles (rôle dévolu à la médecine), mais aussi pour transformer sa condition, pour doter les hommes de qualités dont la nature ne les a pas pourvus, pour « designer » son évolution, voire pour confier à des algorithmes le soin de penser l’histoire et la diriger.

  18. L’Histoire n’est qu’un angle, un point de vue, sur la réalité universelle.

  19. Le réel ne prend appui sur rien. Une signification peut être attribuée à un événement du seul fait que les deux se produisent simultanément, sans quelque relation causale. L’histoire est donc absurde. L’existence se trouve reléguée dans le hasard, ou du moins dans notre inconscient.

  20. Les hommes tirent peu de profit de l’histoire : c’est la leçon principale qu’elle nous enseigne. Les événements historiques ne sont que des « ponts » entre, d’une part, des actes volontaires et des impulsions, et, d’autre part, des réactions et des événements qui les provoquent.

  21. Le domaine propre à l’historien est celui de la psychologie, de l’ethnologie, de l’anthropologie, de la sociologie, etc. en coordination!

  22. Les faits historiques sont des phénomènes et c’est la phénoménologie qui peut dissiper le dilemme entre l’immanence et la transcendance. Elle met « entre parenthèses » la question de l’existence d’une chose transcendante ou d’entités immanentes, pour privilégier le hic et nunc.

  23. C’est par nous que l’être brut accède à l’existence et à l’histoire : nous devons opter sans cesse pour notre signification même, car chez l’être humain seul, l’existence précède l’essence et, donc, tout phénomène.

  24. L’instant n’est à proprement parler « historique » que s’il est pensé en rapport avec l’avenir, à savoir celui d’une tâche à accomplir, et avec le passé, qui la lui assigne. Les possibilités historiques du présent ne sont découvertes que par ceux qui saisissent cette correspondance des temps, nullement par celui qui se cantonne dans l’ici et le maintenant.

  25. Toute pensée n’a une valeur que dans un contexte historique. Aucune ne peut appréhender un quelconque prétendu aspect absolu de l’histoire. L’historicisme repose sur la croyance en le « progrès » des sciences, qui assignerait la direction à suivre. Mais il n’existe aucun critère indiscuté à partir duquel on puisse juger les actions humaines.

  26. La catastrophe de notre histoire est désormais inévitable, du fait que la réalité patente, seule, peut rendre les personnes plus raisonnables.

Ces propos (écrits, eux, en conformité avec un usage assez courant des termes « histoire » et « Histoire ») diffèrent les uns des autres et plusieurs sont incompatibles entre eux. Nous invitons ici les lecteurs à les reconsidérer de la position qui est éclairée par l’analyse expérimentale du comportement.

 

Conclusion

 

Relativement à l’Histoire, un prétendu « paradoxe » est exprimé ainsi : admettant que l’avenir n’existe pas, le passé explique-t-il le présent, qui en résulterait, ou le présent explique-t-il le passé, en en faisant une « raison »?

Mais tout phénomène est constitué par ce qui existe au moment où il se produit : trivialement parlant, il n’est pas fait de choses qui n’existent pas, incluant par celles qui n’existent plus! Évidemment, certains objets présents pouvaient exister auparavant, sous leur forme actuelle ou sous une autre, modifiée, et des phénomènes réguliers peuvent être annoncés, incluant sous des lois (qui dirigent les comportements non pas des choses, mais plutôt des hommes qui s’intéressent à elles). Apparemment et vraisemblablement, tout n’est pas prévisible, ne serait-ce que du fait que la connaissance (narrative ou explicative) est imparfaite : elle n’est pas ce qui est connu. Poser que les cas d’une classe d’événements sont prévisibles n’implique pas qu’un cas de cette classe qui se produit a été prévu, ni, même, déterminé (incluant dans les caractéristiques définissant sa classe) par un homme (ni, certes, par un Dieu ou une Fatalité, par un Principe, par des Lois, par un Droit naturel…). Et il n’y a pas lieu de considérer aller plus loin : le mot « prévisibilité » sert non pas à identifier une propriété, mais à influencer un auditeur dans la prévision d’un phénomène, et dans sa détermination. Du « déterminisme » de la métaphysique (ici un métalangage de la physique classique) on peut dire que c’est la « théorie de la nécessité des faits du présent, du passé et du futur », en comprenant bien qu’une théorie est une construction (parfois, constituée dans un cadre logique avec des relations fonctionnelles entre des variables dépendantes et des variables indépendantes), que le mot « fait », qui peut être censé décrire un référent d’une phrase, suggère ici sa vérité par opposition à l’erreur, que le mot « nécessité » sert non pas à identifier une propriété de ce « référent », mais à rassurer un auditeur quant à l’aspect approprié suggéré, et que les termes « passé », « présent » et « futur » renvoient ici à des formes qu’ont des phrases, antérieures, pour des effets chez l’auditeur, comme l’émission de certaines réponses (avec la désinence du présent), l’arrêt de celles-ci au révolu (avec la désinence du passé) et leur émission dans les situations qui y sont décrites (avec la désinence du futur).

Comprenons que l’explication détaillée du comportement de l’être humain lui-même est dégagée du présent, par une analyse expérimentale de l’environnement auquel nous sommes exposés. Elle en donne tout, dont les conditions antérieures, confondues avec les causes de la physique, et celles postérieures, les renforcements, dont les causes finales des métaphysiciens sont de « l’intuition ». Les variables impliquées ici sont « historiques » — non « causales » (comme en physique). Certes, autre chose est d’expliquer pourquoi un homme a agi d’une façon plutôt que d’une autre, dans une situation donnée. À ce sujet, disons que tout comportement y résulte de l’organisme tel qu’il est au moment où il agit : l’état de cet être est, en toute apparence et en toute vraisemblance, l’actuel résultat de son antérieure exposition environnementale, en tant que membre d’une espèce et en tant qu’individu. Une telle connaissance serait évidemment intéressante, mais l’importance de ce dont il est question ici, à savoir l’histoire, est plutôt de découvrir les comportements alors émis, leurs circonstances d’émission ainsi que leurs conséquences et autres effets d’une façon telle que nous puissions planifier et gérer une culture — à distinguer d’un État — qui assurera le bien-être à ses membres et sa survie, à long terme même (ce qui est sous-estimée, au mieux). Dans toute l’étendue du possible, les comportements y seraient émis sous le contrôle direct de l’environnement, enseignés sous le mode du renforcement positif, donc sans l’intermédiaire de lois suivies pour éviter des « punitions » (au sens le plus large). Vraisemblablement, pour être optimale cette culture aurait avantage à se décliner en de multiples sous-ensembles…

Tout cela permet de dire que le discours sur l’homme même n’a pas à être inspiré par le rationalisme, qui attribue l’origine du savoir à la raison, voire à une Raison, ni par la construction de systèmes hypothético-déductifs, car l’explication du comportement peut être établie sans hypothèses suivies de déductions tautologiques, soumises à l’épreuve des faits accessibles : les variables peuvent être observées et manipulées pour confirmer les effets. L’empirisme — qui est une position philosophique, non pas la science — atteste, lui, que la connaissance est l’affaire de sensations (plutôt que de réponses, émises sous des sensations ou sous des contrôles d’autres types), ce qui est problématique pour établir la connaissance du passé entre autres (laquelle est très généralement d’une nature verbale, non pas sensitive), il ne livre pas la nature des sensations ni celle des expériences, qui, y dit-on, se graveraient sur une tabula rasa, et il incite même à spéculer sur la conscience comme forme de connaissance de soi, menant les penseurs à combler l’intervalle entre le présent d’un individu et les événements antérieurs de son Histoire environnementale par d’inutiles et même nuisibles processus internes imaginaires, comme des jugements sur le monde observé (perçu ou ressenti). On peut dire une telle chose en termes des scepticismes : d’abord de ceux qui nient tout le mental (à la suite des images privées, qui empêchent de comprendre « l’accord entre les observateurs »), puis de ceux-là pour lesquels, en réaction, il faut se limiter à la connaissance des phénomènes (bien que ceux-ci ne soient ni ce qui en rend compte, ni la connaissance de cela) et qui dénigrent le futur pour se cantonner dans le hic et nunc, avec la possibilité certes de dire comment on agit, mais non pourquoi on le fait. En passant, notons que « la conscience » n’est pas « la présence », à savoir l’existence ici et maintenant (avec le mot « existence » suggérant la vérité opposée à l’erreur d’une affirmation comme celle-ci : « l’objet est ici et maintenant ») : la conscience d’un corps est l’affaire de réponses dont le contrôle (une sensation ou non) est exercé par l’objet de cette conscience, bien qu’elles puissent être émises en son absence, sous d’autres conditions. Le structuralisme, lui aussi, néglige systématiquement ainsi des informations très utiles. Par exemple, sa notion de la performance, qui est l’affaire de renforcements de comportements émis, s’explique, aisément, en termes d’un ensemble de contingences de renforcement, donc sans faire appel à un objet construit (comme la compétence, un processus ou un savoir interne) dont on inférerait l’existence, par des procédés contestés, scientifiquement.

Aussi, la philosophie soutenue dans ce travail n’est pas atteinte par le criticisme qui est la « critique sceptique » relative à la métaphysique rationnelle. Elle prétend être uniquement la position la plus cohérente qui soit pour expliquer le monde, dans les limites et les imperfections de toute connaissance de l’Univers, qui change, effectivement, d’une façon souvent contingente. Certes la science n’est pas un corps cohérent et parfaitement organisé, les rationalistes ne peuvent démontrer, rationnellement, l’idéal rationaliste (que tout relève de la raison, voire d’une Raison) et les empiristes, prouver, empiriquement, le principe empiriste (que tout est fonction des expériences), mais il n’y a pas lieu, en fait et en droit même, de tenter de ramener toutes les « connaissances » à une unité. Il serait incorrect de suggérer la possibilité de confondre tous les éléments du fourre-tout impliqué ici, qui est sans uniformité en fait et en droit. Ce tout comporte les connaissances modelées directement par un « ensemble d’expériences positives » jusqu’à celles dirigées par des règles, en passant par les savoirs mixtes : en elles sont toutes les descriptions narratives (les explicatives et les mixtes), celles qui sont objectives, voire scientifiques, les subjectives, les différentes lois, en termes de variables « causales » ou de variables « historiques », les déductions (les opérantes et les tautologiques) et aussi les inductions comportementales ainsi que les « inférences logiques » toutes une fois passées sous les faits, les connaissances qui sont reconstruites dans un cadre logique, etc. Et il comprend aussi les vraisemblables descriptions de faits déjà observés, les constructions allant de celles qui sont cohérentes, jusqu’à ces autres qui sont utiles, simples et satisfaisantes, en passant par les énoncés réalistes, vraisemblables, voire rationnels aussi… Au comble, cette critique se considère tomber d’elle-même quand elle prend pour son propre objet un raisonnement comme : le fait que les sensations (perceptions, émotions, etc.), les propriétés physiques et autres objets abstraits ne sont que des apparences implique ou suggère la nécessité de l’être de la chose en soi inaccessible qu’ils manifesteraient. C’est l’individu qui agit, non son âme, quand il répond à des stimuli (même à des images rétiniennes, visuellement ou non). Son âme est son répertoire opérant, le Je pense n’en est qu’une sous-classe et son Moi pur, le Moi en puissance, n’est pas un acte, mais son répertoire répondant (phylogénétique), antérieur à la discrimination même. Finalement, c’est l’examen du monde — défini ici comme étant l’ensemble des « expériences » des différents types — qui permet, dans l’éventualité, de systématiser et de coordonner nos connaissances, et ce sont les objets environnementaux — desquels il y a tout avantage à dire qu’ils existent indépendamment des réponses qu’on leur donne — qui sont la limite des concepts (incluant les raisons) véritables, dont il ne faut pas nier l’existence. 

La boîte noire dont en entend parler malheureusement encore de nos jours lorsqu’il est question de l’analyse expérimentale du comportement et de sa philosophie est, elle, le domaine des scientifiques de l’anatomie et de la physiologie — non celui des supporteurs du cognitivisme, du mentalisme… et de la psychologie cognitive, qui place le « mental » au cœur de l’analyse, en supposant que l’on puisse « déduire », du comportement humain, des structures, des formes, des représentations, des processus mentaux, etc. Or pourquoi devrait-on transporter le comportement et l’environnement dans le mental? Les discours en termes de processus imaginaires, d’un système nerveux conceptuel, etc. pourraient-ils même être des explications? En bref ne vaut-il pas mieux tenter de rendre compte des choses en termes objectifs de l’équipement génétique (objet des scientifiques de l’anatomie et de la physiologie) et de « l’expérience positive » (objet des scientifiques des contingences de renforcement, qui peuvent diriger les précédents vers ce qu’ils doivent chercher et vers lieu où le trouver dans le système nerveux)? Et d’ailleurs nous n’avons nul besoin d’en appeler à une neuro-histoire, à une neuro-économie, etc. L’analyse expérimentale du comportement est une science à part entière. Elle rend compte de l’interaction entre un organisme et son environnement, que celui-ci soit physique ou autre. Un sociologue, par exemple, a tout avantage à expliquer les choses qui sont en son domaine de spécialisation sous l’éclairage de cette connaissance. Il est vrai que les gouvernements, les institutions, la famille, les individus sociaux… font largement appel aux lois, aux incitations, aux recommandations, etc., mais le mécanisme de leur action est décrit en termes d’opérants. Soulignons, en passant, qu’il n’apparaît nullement nécessaire d’en appeler à un nouveau mode d’apprentissage des conduites pour ce faire : en toute apparence et en toute vraisemblance, l’apprentissage sous un « modèle » même n’est qu’un processus faisant appel à un stimulus discriminatif, dont le rôle, qui est celui de « favoriser » l’émission d’un comportement, est, lui aussi, bien expliqué par cette analyse. Au pire faudrait-il ici parler d’une prédisposition innée des membres d’une espèce à imiter les congénères, mais ce n’est en rien prouvé.

Terminons en notant que deux questions, liées au « dilemme » ci-haut, semblent permettre de classer les penseurs de l’histoire en quatre groupes : « L’Histoire a-t-elle une signification ou à tout le moins une fin, un sens dans la direction d’un renforcement? » et « L’Histoire s’explique-t-elle ou, du moins, est-il possible d’y rendre compte de suffisamment d’événements historiques, connus directement ou indirectement? ». Pour un philosophe de l’analyse expérimentale du comportement, l’Histoire montre des régularités qui permettent d’établir des lois pour contrôler et pour prédire de plus en plus de ses phénomènes d’une façon suffisante, et il est possible aussi d’y faire des descriptions diverses et des reconstitutions « a posteriori » qui sont « vraies » au sens particulier de « les plus utiles possibles pour diriger des comportements appropriés à de nombreux ensembles d’expériences ». Mais ses faits ne sont pas des paroles ni ne sont des objets appartenant à un verbe (comme des écrits), apparemment et vraisemblablement. Il est donc insensé d’y chercher ce dont nous parlons avec le mot « signification ». Et il ne semble pas réaliste d’envisager qu’ils soient établis pour une fin, avec un sens dans la direction d’un renforcement (déterminé, comme en éducation, ou non comme dans la production d’une œuvre d’art), ni construits pas à pas par quelque chose de transcendant. Les mécanismes paraissent donc être dans l’Histoire, avec les hasards. De plus, il est important de comprendre que même la survie de l’humanité ne peut être un renforcement et, de là, une « valeur » pour nous. Si aucune culture ne relève le défi de notre survie, ce sera tant pis pour notre espèce, dont tous les membres disparaîtront en un temps extrêmement plus court assurément que les dinosaures par exemple.

L’histoire, dont l’importance culmine avec cette « sagesse », doit avoir sa philosophie établie sous un éclairage approprié : l’analyse expérimentale.

 

BIBLIOGRAPHIE

 

Bacon, J.-P. La philosophie, sa nature, ses grandes questions, les plus célèbres philosophes, un classement de leurs propositions et son avenir, La Fondation littéraire Fleur de Lys, Lévis, Québec, Canada, 2021, 9 pages, gratuit en numérique

Bacon, J.-P. Le behaviorisme radical, La Fondation littéraire Fleur de Lys, Lévis, Québec, Canada, 2021, 14 pages., gratuit en numérique

Bacon, J.-P. Tous les grands problèmes philosophiques sous l’éclairage de la science des contingences de renforcement, La Fondation littéraire Fleur de Lys, Lévis, Québec, Canada, 2017, 3 tomes, 1484 p., gratuit en numérique

Bacon, J.-P. Une philosophie scientifique et globale pour aujourd’hui et pour l’avenir, la Fondation littéraire Fleur de Lys, Lévis, Québec, Canada, 2020, 148 p., gratuit en format numérique

Chottin, Marion. Histoire de la philosophie et problèmes de philosophie, Klésis — Revue philosophique, 2009 = 11, gratuit sur la toile

Cozic, Mikaël. Philosophie de l’économie, Cahiers de recherche, série — Décision, Rationalité, Interaction, cahier DRI-2010-02, IHPST Éditions, 13 rue Dufour 75006 Paris, gratuit sur la toile

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Ermoni, Dr. V. Nécessité de la métaphysique, Revue néo-scolastique, 13e année, no 51, 1906, pp. 229-245, gratuit sur la toile.

Collectif sous la direction de Brice Parain pour le volume 1 (tomes 1 et 2) et d’Yvon Belaval pour le volume II (tomes 1 et 2) et le volume III (tomes 1 et 2). Histoire de la philosophie, folio essais, Gaillimard, 1969 à 1974, 4257 p.

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widgery, alban g. Les grandes doctrines de l’histoire de confucius à toynbee, traduit de l’anglais par Serge Bricianer, nrf, Gaillimard, 1965, 377 p.

AU SUJET DE L'AUTEUR

Diplômé du deuxième cycle de la faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal, Jean-Pierre Bacon a été professeur de physique et de mathématiques, au Collège de Montréal. Ses réflexions, étalées sur plus de quarante ans, l’ont ensuite mené à la rédaction d’un ouvrage encyclopédique : Tous les grands problèmes philosophiques sous l’éclairage de la science des contingences de renforcement, une histoire critique de la pensée réfléchie de la lointaine Antiquité à nos jours, la Fondation littéraire Fleur de Lys, 2017, 3 t., 1484 p., gratuit en numérique. Ce travail spécialisé a déjà été téléchargé plusieurs milliers de fois depuis sa parution… Plus récemment, il a écrit l’ouvrage intitulé Une philosophie scientifique et globale pour aujourd’hui et pour l’avenir, la Fondation littéraire Fleur de Lys, 2e édition, Lévis, 2020, 138 p., gratuit en format numérique.

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