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Le naturel et l’artificiel

par Jean-Pierre Bacon

Dans ce court texte, nous allons examiner trois propositions classiques présentées à titre de définition des mots « naturel » et « artificiel » et nous mentionnerons des difficultés qui ont amené des penseurs à considérer que l’opposition impliquée par ces mots n’aurait nul fondement objectif. Nous ferons cela en trois sections, intitulées (1) le profond et le superficiel, (2) le normal et l’anormal et (3) la nature et la culture. Dans la dernière partie, nous proposerons ce qui oppose (4) le naturel et l’artificiel. En conclusion, nous ferons un commentaire au sujet des mots qui sont difficiles à analyser.

(1) Le profond et le superficiel

Première proposition : le naturel est ce qui possède sa nature en soi, ou par soi, alors que l’artificiel a une nature qui lui est conférée de l’extérieur.

 

Dans le cadre d’une telle proposition, on dit que la nature de l’homme est son âme, que celle de tous les êtres animés est la vie ou, encore, que tout corps est un amalgame d’une matière informe et d’une forme immatérielle.

 

De nos jours, peu de penseurs proposent vraiment ces idées, et il en va d’autant plus ainsi de ceux qui soutiennent, comme ici, que l’âme est le comportement, que la vie est le concept qui définit la classe des êtres vivants (à savoir leur caractéristique de métaboliser, de croître… de se reproduire, laquelle manifeste des choses communes moins apparentes, comme des constituants moléculaires, des structures internes et des phénomènes relevant soit directement de l’histoire astronomique, soit de l’histoire évolutive) et que les matières et les formes sont des objets abstraits, à savoir ici des propriétés ou des concepts (ensembles de propriétés) qui, importants lors de réponses non verbales à des corps qui les constituent, deviennent des objets lorsqu’un ensemble d’expériences en font les « référents » de mots (réponses verbales). Occasionnellement, il demeure pertinent de distinguer le « superficiel » (par exemple, la nature d’une roche en tant qu’enclume) du « profond » (en l’occurrence, la matière de cette roche). Ces termes se réfèrent à deux types de caractéristiques d’ensembles « d’expériences positives » : particulières et universelles, respectivement. Notons aussi (comme le fait, justement, B. F. Skinner IN L’analyse expérimentale du comportement, éd. Dessart & Mardaga, 1976, p. 226) que le comportement gouverné par les règles est surimposé, il est un vernis de la civilisation, alors que la psychologie des profondeurs a pour objet les expériences universelles.

 

[Mots analogues à « superficiel » :  inessentiel, peu naturel, non idiosyncrasique, impersonnel, marginal, corrompu, perverti, dégénéré, mort, immoral, inhumain, réfléchi, utilitaire, acquis, pluriel, sophistiqué ou pseudo-esthétique, explicatif ou philosophique.]

(2) Le normal et l’anormal

Deuxième proposition : le naturel est ce qui satisfait aux lois de la Nature, alors que l’artificiel est tout ce qui ne le fait pas, ou qui ne le fait plus.

 

Dans le cadre de l’examen de cette proposition, il y a lieu de nous demander si les flocons de neige (qui satisfont à la loi des six branches, mais diffèrent les uns des autres), un handicapé de naissance, la production d’un incendie ou ce feu dans le « but » de faire mourir quelqu’un… sont naturels.

 

De tels exemples sont encore plus problématiques pour ceux qui considèrent, comme ici, que ce qu’on appelle « les lois de la Nature » dirigent les comportements non pas de la Nature, mais des hommes qui s’occupent d’elle : ces lois ne sont impératives que pour ceux-ci, dans ces situations. L’anormal ne permet pas d’établir une norme, ni d’identifier un type. Il en va ainsi entre autres de tout ce qui va à l’encontre de la survie d’un organisme.

 

[Mots analogues à « anormal » : singulier, exceptionnel, inexplicable, irrégulier, inconditionné, accidentel, fortuit, causé sans finalité, miraculeux, mythique, monstrueux (en biologie et en morale), surprenant, insolite, particulier (non universel), incomplet, contraint, mauvais ou mal, létal, impur, distinctif, positif (en droit), imprudent, excessif.]

(3) La nature et la culture

Troisième proposition : le naturel est ce qui est issu de la Nature, alors que l’artificiel vient de l’art, de l’artisanat ou, par extension, de la technique.

 

Dans le cadre de l’examen de cette proposition, il y a lieu de demander si la Nature elle-même, une toile d’araignée (qui, d’une fois à l’autre, diffère, en partie, avec le même arachnide), un organisme conçu in vitro, un homme dont la vie dépend d’un instrument amalgamé à son corps… sont naturels. C’est d’autant plus le cas pour ceux qui soutiennent, comme ici, que la distinction impliquée se ramène à distinguer le comportement contrôlé par des règles de celui modelé directement par l’ensemble de ses déterminants (contingences de renforcement, communément appelées « expériences positives »). Celui-ci est universel, comme le sont les expériences en cause ici, et celui-là est acquis avec la culture et diffère d’une culture à une autre. De plus, les histoires physique, évolutive, personnelle et culturelle diffèrent et dans le cas de l’explication du comportement du tissage d’un arachnide, il est possible que, seule, une disposition à certains renforcements soit innée.

 

[Mots analogues à « culturel » : fabriqué, synthétique, contrefait, non universel, humain, fardé, postiché, plastique, trop insensible, pas assez émotif, regénéré, inventé, scientifique opposé à artistique, trop rationnel, spirituel, surnaturel, supranaturel, divin.]

(4) Le naturel et l’artificiel

Ce qui est communément dit « artificiel » a, parfois, quelque chose à la fois du « superficiel » (par opposition au « profond »), du culturel certes et aussi, en quelque sorte, de l’anormal au sens de s’éloignant de la norme (ensemble de lois) qui contrôle, d’une façon appropriée, les comportements impliqués. Mais alors même, la distinction de l’artificiel du naturel se ramène à des faits comme les suivants : le comportement impliqué est sous la direction d’un stimulus discriminatif, non directement sous le contrôle qui s’exerce sur le comportement dont celui-là relève, il est renforcé par des conséquences différentes de celles qui définissent celui-ci, il possède une topographie, une force, une probabilité d’émission différentes… Ainsi, comme l’a compris B. F. Skinner, un comportement contrôlé par des règles peut être émis pour des raisons qui sont sans rapport avec les renforcements qui opèrent dans l’ensemble des « expériences positives » dont ces règles sont extraites. C’est l’explication de la conduite d’un comédien sur la scène, par exemple : le comportement de l’acteur est produit, sous une direction scénique, pour des effets relatifs aux spectacles — non pour les conséquences habituelles, lesquelles, notons-le, sont fréquemment des renforcements primaires, comme dans le cas de boire pour assimiler ou dans celui de scruter vraiment les lieux, non  simuler le faire, pour y découvrir un éventuel objet qui exercerait un tel renforcement de toute la séquence comportementale impliquée. Le sens, la direction, le but, l’intention… de ce comportement sont l’affaire d’effets antérieurs qui ne sont pas les conséquences qui définissent la conduite antérieure dont il dérive. Réalisons que les règles sont souvent suivies pour éviter des « punitions » (comme un reproche d’un parent, une mauvaise note, une amende, l’exclusion d’un groupe), plutôt que pour les renforcements conséquents aux réponses qui, avantageusement de la sorte, sont sous le contrôle direct exercé par l’environnement. Il en va malheureusement trop fréquemment ainsi dans les domaines de l’éducation, du travail, des relations sociales, de l’éthique, etc. Ajoutons que le mot « artificiel » est souvent péjoratif. Il annonce alors la perte d’une « valeur » et cette annonce fait partie de la signification du mot.

 

En somme, il est soutenu ici que la distinction de l’artificiel du naturel se ramène à ce qui distingue non le particulier de l’universel (comme dans les 3 cas ci-haut), mais le comportement contrôlé par un « artifice » de celui modelé directement par l’ensemble de ses déterminants, que ceux-ci soient universels ou particuliers, à un groupe marginal, voire à un individu qui est seul à avoir vécu cela, ou à toute une culture. Cette conscience réfléchie permet de mieux voir entre autres quand, dans l’éventualité, le mot « artificiel » est émis analogiquement (en réponse sous une caractéristique comparable de l’objet), ou anormalement (sous des propriétés sans rapport).

 

[Mots analogues à « artificiel » : affecté, déguisé, truqué, suspect, faux, feint, simulé, imité, déguisé, emprunté, illégitime (enfant), non convenu, inusité, inhabituel, hors coutume, pas intuitif (ou passionnel, ou émotif), mal déterminé ou réglé (en science, en politique, et en morale), mal réfléchi, métaphysique, irrationnel, magique, idolâtre, construit à des fins pratiques, opposées à idéales, réduit, uniquement normatif ou social.]

Conclusion

Les mots sont généralement émis sans grande conscience réfléchie et certains sont difficiles à analyser. Pour ceux en cause ici, les penseurs ont proposé différentes définitions qu’il serait incorrect de justifier en disant qu’elles « dévoileraient leur objet par un rayonnement dans des directions diverses, parfois opposées, à partir d’une idée primitive, ayant en elle de l’infini, dans un principe liant (enveloppant ou développant), d’une façon dialectique, spontanée, libre, voire contradictoire, le profond et le superficiel, le normal et l’anormal (l’accidentel, le fortuit, l’exceptionnel, l’anomal), la nature et la culture (la matière et l’esprit, le déterminisme et la liberté, le matériel et le téléologique), respectivement ». S’il en était ainsi, chacun n’identifierait qu’une classe de mots n’ayant que la même « forme ».

 

Selon toutes les apparences et la vraisemblance, dans l’histoire de l’humanité comme dans celle d’un individu, le comportement non verbal précède de beaucoup la conduite verbale, et celle-ci est bien antérieure à la reconstruction des réponses impliquées, incluant dans le cadre logique où est postulée l’antériorité, sur la Nature, du profond (incluant ici la signification), de la norme (incluant la logique, la grammaire…) ou d’une universelle culture surnaturelle, à l’existence d’autant plus improbable qu’il y aurait une Nature en moins avec des êtres bien définis, dans l’espace et le temps, pour l’établir. La dissipation des mystères tient ici, comme souvent, à l’acceptation de l’idée du fortuit et, plus consciemment, à la compréhension des contingences du renforcement, par l’analyse expérimentale de ces déterminants, qui ont et les avantages et les inconvénients de ne pas être planifiés, originellement.

 

 

* * *

AU SUJET DE L'AUTEUR

Diplômé du deuxième cycle de la faculté des arts et des sciences de l’Université de Montréal, Jean-Pierre Bacon a été professeur de physique et de mathématiques, au Collège de Montréal. Ses réflexions, étalées sur plus de quarante ans, l’ont ensuite mené à la rédaction d’un ouvrage encyclopédique : Tous les grands problèmes philosophiques sous l’éclairage de la science des contingences de renforcement, une histoire critique de la pensée réfléchie de la lointaine Antiquité à nos jours, la Fondation littéraire Fleur de Lys, 2017, 3 t., 1484 p., gratuit en numérique. Ce travail spécialisé a déjà été téléchargé plusieurs milliers de fois depuis sa parution… Plus récemment, il a écrit l’ouvrage intitulé Une philosophie scientifique et globale pour aujourd’hui et pour l’avenir, la Fondation littéraire Fleur de Lys, 2e édition, Lévis, 2020, 138 p., gratuit en format numérique.

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